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POIVRIER NOIR. PIPER NIGRVM

Piper nigrum. Linn. Spec. 40. Kern. Gen. Plant, v. 10. Icon. — Piper aromaticum. Pom. Dict. Encycl. 5. 458. Lam. Illustr. t. 23.

(Planche i47-)

C’est un arbuste dont la racine , fibreuse et noirâtre, pousse des tiges souples, sarmenteuses , grimpantes sur les arbres voisins , ou rampantes lorsqu’elles ne trouvent point d’appui , dicliotomes et entrecoupées de quelques nœuds. Les feuilles sont alternes , larges de

deux ou trois pouces , longues de quatre , arrondies , glabres, épaisses, marquées de sept nervures, et d’un vert foncé. Les fleurs naissent en grappes pédonculées, terminales ou opposées aux feuilles. Les fruits sont globuleux, d’abord verdâtres, puis rouges dans leur maturité ; ils ne deviennent noirs qu’en se desséchant.

Le poivrier croît dans les Indes orientales , à Java , à Sumatra , au Malabar, à l’île de France ; il est maintenant naturalisé à Cayenne. Lorsqu’on a récolté les fruits, on les expose au soleil pendant plusieurs jours; ils deviennent alors noirs et ridés , et portent le nom de poivre noir. Celui-ci prend le nom de poivre blanc lorsqu’il est dépouillé de son tégument extérieur par la macération dans de l’eau salée. Le poivre a une odeur aromatique , une saveur piquante , qu’il doit à la présence d’une huile volatile. Appliqué sur la langue, il y produit sur-le-champ une chaleur âcre suivie d’une abondante excrétion de salive. Pris intérieurement, il excite les voies digestives , pénètre dans le sang , accélère les mouvemens du cœur, écarte le sommeil , et réveille faction de tous les tissus organiques. Une forte dose de poivre peut déterminer une inflammation grave des tuniques de l’estomac. Ces effets nous avertissent d’user sobrement de ce puissant aromate, et de le prescrire à très-petites doses lorsque nous voulons rendre les digestions plus faciles , ou ranimer les forces générales dans quelques affections chroniques qui demandent un stimulant efficace. On a quelquefois guéri des fièvres intermittentes en donnant avant l’accès dix ou douze grains de poivre légèrement broyés , et délayés dans du vin ou dans un peu d’eau-de-vie. Ce re-

mède populaire est un véritable poison -, il peut causer instantanément la mort , lorsque la fièvre dépend d’une irritation inflammatoire des organes gastriques. Mais , administré à des doses convenables dans les fièvres intermittentes simples, dépouillées de toute espèce d’irritation gastro-intestinale , il a réussi comme beaucoup d’autres fébrifuges. Il a été recommandé anciennement par Celse , Alexandre de Tralles , Paul d’Égine, etc.

En 1820, Louis Frank et le docteur Green , de Liverpool , avaient essayé de fixer de nouveau l’attention des médecins sur cette substance. Le professeur Meli répétait à Milan les expériences, de Frank , lorsque le chimiste danois OErstaedt publia dans le Journal de physique la découverte d’un nouvel alcali contenu dans le poivre noir, et auquel il donna le nom de piperin. Cette substance , analysée depuis par M. Pelletier, a été reconnue pour n’ëtre point un alcali, mais une matière cristalline d’une nature particulière.

D’après les recherches du docteur Meli, le poivre employé à la dose de huit à douze grains , et uni à la gomme arabique , possède une vertu fébrifuge évidente, mais inférieure pourtant à celle du piperin. Ce médecin a guéri avec cette dernière substance des fièvres de tous les types. Il en donnait un scrupule en douze pilules dans la journée pendant l’apyrexie 5 quarantehuit à soixante grains suffisaient, en général, pour le traitement d’une fièvre intermittente. •

A l’hôpital de Ravenne, le docteur Miccoli a employé avec succès le piper i y. , d’après Ja méthode du

professeur Meli, contre vingt-deux fièvres intermittentes.

Le docteur Berti ni , de Turin, rapporte également plusieurs observations qui constatent la propriété fébrifuge du piperin. Nous nous bornons au fait suivant :

Une femme de quarante-sept ans était depuis longtemps affectée d’une fièvre quotidienne irrégulière, accompagnée d’une forte céphalalgie et d’une toux sèche. Traitée d’abord par quelques évacuans , puis par les extraits amers, la toux se calma -, mais la fièvre et la céphalalgie persistant, on lui fit prendre vingt grains de piperin en trois doses, avant l’accès. La fièvre et la douleur de tète cessèrent complètement. Le lendemain on en donna dix grains , et la fièvre disparut. Toutefois le piperin provoqua chez cette femme une sensation de chaleur à la gorge et à l’estomac. ( Répertorie) medico-chirurgico di Torino. )

A Pesaro les docteurs Simonnetti et Siniscalchi , à Livourne les docteurs Gordini et Orsini, ont recueilli des faits analogues. M. Gordini assure que le piperin guérit les fièvres intermittentes à la dose de huit et meme de six grains ; qu’administré en poudre il a plus d’activité qu’en pilules -, qu’il guérit aussi certaines fièvres qui ont résisté au sulfate de quinine \ et qu’il prévient les récidives mieux encore que le sulfate de quinine.

Témoins des succès obtenus en Italie, les médecins français ont voulu aussi essayer le piperin. Les épreuves faites à Toulouse par M. Saint-André , professeur de thérapeutique, n’ont pas été moins favorables à cette substance.

Antoine Delrio , Espagnol , âgé de quarante-deux

FHYTOGRAPHIE

ans , d’un tempérament bilieux , d’une complexion grêle en apparence , mais assez forte , est soumis à des travaux pénibles et journaliers. Dans le courant d’octobre , par un temps très-froid , il se sent subitement atteint d’une douleur au côté droit , avec oppression accompagnée d’un froid très-intense et de tremblement vers la fin de la journée. Douleurs contusives dans tous les membres , soif avec chaleur vive , et sueurs abondantes pendant la nuit. On réclame les soins de • M. Saint-André. La fièvre , qui était prononcée le lendemain matin , avait continué , mais avec une diminution sensible depuis midi jusqu’ au soir, où elle reprit avec violence. Des boissons émollientes chaudes amènent la diaphorèse ; l’oppression diminue , mais la douleur latérale persiste ; elle est dissipée par un vésicatoire appliqué sur le siège douloureux. La fièvre , ayant dans sa diminution progressive conservé sa rémittence , se change , à la suite d’un petit écart dans le régime , en intermittente quotidienne.

Après le quatrième accès , administration de neuf grains de piperin en trois pilules : nul retour de la fièvre. Le lendemain, on donne six grains de piperin. Le surlendemain , une dose de trois grains arrête définitivement cette fièvre automnale , dont la guérison est permanente pendant deux mois. Au bout de ce temps , cet homme , à la suite d’une marche forcée , pendant laquelle il est inondé de sueur et surpris par la pluie, essuie un accès de fièvre. Le surlendemain , second accès, qui est suivi d’un troisième après un jour d’intervalle. Six grains de piperin en préviennent le retour. Il n’y a point eu de rechute, quoique le fébrifuge

n’ait pas été continué. Plusieurs autres observations de M. Saint-André viennent appuyer ce fait, qui nous paraît très-concluant.

Voilà les propriétés fébrifuges du poivre assez bien établies par les faits que nous venons de rapporter 5 maintenant nous avons à peine besoin de dire qu’il est un des condimens les plus utiles et les plus agréables. Sans poivre que deviendrait l’art culinaire? Lorsqu’on én use avec modération , il corrige par sa qualité stimulante les alimens fades ou visqueux, réveille les facultés digestives , et donne aux tempéramens inertes un sentiment de force et d’alacrité , comme toutes les épices de l’Inde.

Du temps de Pline , les Romains l’employaient dans les ragoûts. Toutefois ce naturaliste , qui 11e savait pas être gourmand, n’approuvait point son usage. « Le poivre, dit-il, n’a que de l’amertume 5 quel est celui qui, le premier, s’avisa d’en goûter ? était-ce pour s’aiguiser l’appétit ? il suffisait d’attendre. » Voilà de la philosophie outrée. L’homme sage use de toutes les productions naturelles qui peuvent lui rendre la vie plus agréable ; c’est une sorte de compensation pour les peines qu’il trouve sur son passage.

Les mêmes propriétés excitantes se font remarquer dans la plupart des arbustes congénères. Après le poivre noir, les plus intéressans sont le poivre long ( piper longum ) , plante du Bengale remarquable par son fruit cylindrique , formé d’un grand nombre de graines réunies , d’une saveur âcre et un peu amère 5 le bétel (piper belle) , dont les feuilles aromatiques servent de

masticatoire aux Indiens 5 le poivre anisé ( piper anisatum), décrit par MM. de Humboldt, Bonpland et Kunth ; le poivre cubèbe ( piper cubeba) , qui croît à Java et à l’île de France , et dont les fruits globuleux , pédicules , manifestent une saveur chaude , une odeur aromatique.

Les médecins anglais ont introduit F usage de ces derniers fruits pulvérisés dans le traitement de la blennorrhagie. Les faits que le professeur Delpech de Montpellier a consignés dans le huitième volume de la Revue médicale , sont très-favorables à ce nouveau médicament, qu’on peut administrer dans toutes les périodes de la gonorrhée. Lorsque la maladie est récente, le prurit, la chaleur, la douleur et l’écoulement diminuent considérablement dès les premières doses , et en deux ou trois jours tous les symptômes sont dissipés. Les blennorrhagies plus graves qui ne sont attaquées que dans le cours de la seconde ou de la troisième semaine, c’est-à-dire au milieu de l’état inflammatoire -, celles qui s’accompagnent de vives douleurs , soit dans un seul point , soit dans toute la longueur du canal de l’urètre , ou d’une forte rétraction de ce même canal produisant la cordée par l’érection , cèdent aussi , mais plus lentement , à l’usage du poivre cubèbe , dont il faut d’ailleurs élever les doses de manière à en donner deux gros toutes les trois ou quatre heures. Dès les premiers momens , la dose ordinaire doit être au moins d’une demi-once par jour, divisée en deux prises ; les jours suivans, on ajoute une troisième prise 5 et, s’il n’y a pas d'inconvénient, on les porte à trois gros chacune.

Dans quelques cas , le professeur Delpech a prescrit dans le jour quatre dosesdedeux etdetrois gros, ou trois doses de demi-once chacune , et le plus souvent sans produire d’irritation sur les voies digestives. Il pense néanmoins qu’il convient ordinairement de diviser davantage la substance , et de multiplier les doses. Quelquefois le poivre excite la chaleur , et meme un sentiment douloureux à l’épigastre, qui oblige de le suspendre ou meme d’y renoncer,

J’ai rarement employé moi-méme cette espèce de poivre , parce que le baume de copahu me paraît être le remède par excellence ; mais j’ai vu un médecin étranger en donner jusqu’à deux onces par jour et enlever promptement les gonorrhées les plus rebelles. Toutefois j’ai vu aussi un de ses malades presque mourant d’une inflammation d’entrailles ; il n’a vécu pendant plus de six semaines que de bouillon de poulet.

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