PIN LARICIO. . P INUS LARICIO
Pinus laricio. Poir. Dict. Encycl. 5. 339. DC. Fl. Fr. 2060.
Düham. Ed. Nov. t. 71 et 67. Lapeyr. Hist. Plant. Pyr. 2.
C’est un des plus grands arbres de la nature; il a jusqu’à deux cents pieds d’élévation dans l’île de Corse, où il abonde. Il se rapproche , par la longueur et par la forme de ses feuilles , du pin maritime ; mais ces feuilles, au lieu d’ëtre droites , régulières et un peu raides , comme dans cette dernière espèce, sont très-lisses, chiffonnées et courbées en divers sens. Les jeunes pousses sont d’une couleur verdâtre, assez semblables à celles du pin sauvage. Les cônes sont courts, pendans, coniques et pointus, composés d’écailles brunes, amincies, étroites à leur base, et dont le sommet est luisant, d’un jaune pâle, convexe, épais, nullement anguleux ,
MED ICA LE.
un peu irrégulier, à peine ombiliqué. Les semences sont garnies d’une aile très-mince et diaphane.
Voilà une espèce qu’il faudrait cultiver et multiplier en France, dans les forets-, elle résiste au froid de nos hivers , et fournit de la térébenthine à profusion.
Lapeyrouse dit que ce pin majestueux est concentré dans les Pyrénées , entre la rivière de l’Esterra et celle de la Cinca , dans les vallées de Plau, de la Pez , et à Campo, où il est connu sous le nom de pin-nazaron . Il occupe une surface d’environ six lieues carrées , la plus grande partie dans P Aragon, l’autre en France. Il n’est ni isolé, ni en masse ; il croît avec les autres espèces , surtout dans les bois antiques et presque inexploitables des hauteurs.
Tous ces arbres sont, en général, d’un très-beau vert, et produisent un bel effet dans les bois, dans les parcs , dans les bosquets , surtout au printemps , époque de leur floraison. La poussière de leurs nombreuses étamines, emportée par les vents, ressemble alors à une pluie de soufre qui tombe sur la terre. Ils couvrent d’une verdure éternelle les montagnes du Nord, où la longueur de l’hiver laisse à peine aux autres arbres le temps de développer leurs feuilles. On ne saurait trop les multiplier dans nos landes, dans nos terrains arides et incultes. Les environs de Fontainebleau n’offraient, il y a quelque temps, qu’un désert; c’est aujourd’hui une superbe forêt de pins de diverses espèces , dont on doit la plantation au céièbre Le Monnier, qui a rendu de grands services à l’agriculture et à la botanique.
Les pins forment un groupe très-intéressant dans la ni. 27
PHYT0G11APH1E
famille des conifères. Ces arbres sont précieux pour l’économie rurale et domestique , pour la navigation , pour les arts, pour la médecine. Leur culture prospère dans les plus mauvais terrains. À quinze ans on peut les abattre pour les brûler ; à vingt-cinq et trente, ils donnent de la résine 5 ils sont dans toute leur force à soixante ans , comme les chênes à cent cinquante -, enfin leurs futaies produisent un revenu annuel considérable , et n exigent presque aucune dépense.
Le pin rouge , qui abonde dans les forêts de la Lithuanie et de la Livonie , fournit les belles mâtures de Riga. Le pin d’Écosse donne aussi des mâts aux Anglais. La culture de ces espèces ou variétés de pins devrait être propagée en France dans les terrains incultes et pour ainsi dire abandonnés.
Dans le Nord , dans les montagnes du Dauphiné et de la Suisse , on fait , avec les copeaux de plusieurs espèces de pins , des torches pour s’éclairer pendant la nuit. Les pauvres gens s’éclairent encore avec une sorte de chandelle qu’ils préparent en faisant fondre la résine de pin sur des mèches de coton. Cette chandelle répand, avec une odeur résineuse, une lumière faible, rousse et lugubre : c’est la bougie du pauvre j il n’a pas besoin d’une clarté brillante ; il travaille , il souffre, vit et meurt dans un bouge.
Linné nous dit que les Lapons font avec l’écorce du pin sauvage , qui est très-commun dans leur pays , une sorte de pain dont ils se nourrissent. Pour cela ils choisissent les pins très- élevés et dégarnis de branches, parce que ceux qui sont petits et rameux contiennent trop de résine -, ils enlèvent, dans le temps de la sève,
l’écorce du tronc , dont ils ne conservent que les lames intérieures; ils les mettent sécher à l’ombre, les coupent en morceaux , les broient sous la meule , et les réduisent en une sorte de farine , qu’ils délaient dans l’eau. Avec cette farine ainsi délayée ils font des galettes fort minces, qui , séchées au four, peuvent se conserver pendant un an.
Le pin pinier ( pinus pinea. Linn.), arbre touffu et d’un beau feuillage, qui croît dans nos départemens méridionaux , en Italie , en Espagne , porte des cônes arrondis , renfermant des amandes huileuses , d une saveur douce comme celle des noisettes. On les mange dans le Midi crues ou cuites, et on en retire par expression une huile agréable au goût. Le bois de cette espèce de pin fournit une résine odorante et balsamique.
Le pin d’Alep (pinus Aiep en sis. Desf.), vulgairement appelé pin de Jérusalem; le pin de Weimouth (pinus str obus . Linn.), espèce originaire du Canada, donnent aussi beaucoup de térébenthine.
Tous les pins se recommandent par leurs propriétés médicales. Les jeunes pousses sont imprégnées d’un suc amer , balsamique , et comme térébinthacé. On en faisait un grand usage autrefois dans le traitement de plusieurs maladies, le scorbut , la goutte , le rhumatisme, la syphilis , la leucorrhée , le catarrhe de la vessie , etc. On en parle à peine aujourd hui ; quelques remèdes nouveaux, beaucoup moins utiles, ont pris leur place dans la thérapeutique. La pratique médicale paie aussi de temps en temps son tribut à la mode, et, dans ses momens de caprice , elle abandonne
assez souvent de fort bons remèdes pour courir après des substances d’une vertu douteuse. Si bon excepte la térébenthine, tous les autres produits des conifères sont à peu près tombés dans l’oubli. Cependant l’infusion ou la décoction des sommités de pin a une action diurétique très-marquée , et je 11e suis point surpris quelle ait eu de bons effets dans quelques affections de l’appareil urinaire , surtout chez les vieillards et chez les personnes d’une faible constitution. Je l’ai administrée moi-même plusieurs fois avec un succès inespéré dans le catarrhe chronique de la vessie. D’autres médecins , entre autres Baglivi , ont eu à s’en louer dans les affections rhumatiques et goutteuses. Édulcorée avec du miel , cette infusion est un excellent sudorifique que Klein préférait à la décoction des bois exotiques, dans quelques affections vénériennes , dartreuses , etc.
On emploie ordinairement les jeunes pousses des feuilles à peine développées -, mais les chatons mâles doivent être préférés; ils sont odorans, balsamiques et très-résineux par l’agrégation des étamines.
Ces arbres ne sont pas moins précieux par la grande quantité de résine qu’ils fournissent depuis le printemps jusqu’à l’automne. Le suc résineux qui coule dans des auges par les incisions qu’on a pratiquées sur l’arbre se nomme galipot ; celui qui se fige et se dessèche le long des blessures de l’écorce s’appelle barras .
La térébenthine des pins , moins pure et moins estimée que celle des sapins , est rarement employée à l’intérieur comme substance médicinale; elle jouit néanmoins d’une propriété stimulante très-marquée. Le pin appelé mugho, espèce ou variété qui croît dans le
Nord , dans la Suisse et dans le Dauphiné , donne même une résine très-odorante, imitant le baume du Pérou. La térébenthine du pin cembro n’est pas moins agréable.
On retire du bois des pins , à l’aide de la combustion , une substance résineuse , une sorte de térébenthine altérée et noircie, qu’on appelle goudron. On en fait également avec les souches des pins abattus , avec toutes les parties de l’arbre qui sont résineuses. Cette substance résineuse a une odeur empyreumatique désagréable , une saveur amère et charbonnée -, elle contient un peu d’huile volatile et d’acide acétique.
L’eau de goudron a eu une grande vogue vers le milieu du dernier siècle. Berkley, évêque de Cloyne, en avait fait une panacée universelle. Il y a sans doute beaucoup à rabattre de ces grands éloges, mais ce n’est point un remède sans elficacité -, il est d’ailleurs fort simple et peu coûteux : on le prépare en faisant infuser deux livres de goudron dans seize pintes d’eau de fontaine , et en remuant de temps en temps la matière résineuse. L’infusion prend une couleur fauve-, au bout de huit ou dix jours on la décante, et on la conserve dans des bouteilles.
Cette eau relève le ton de l’estomac et des intestins , excite l’appétit , favorise la digestion , augmente le cours des urines. Lorsqu’elle passe difficilement, on y mêle un peu de vin blanc ou quelque substance aromatique, Ce même remède a été administré utilement dans diverses maladies, telles que le scorbut, le rhumatisme chronique, la goutte, l’asthme, le catarrhe pulmonaire. Le professeur Laennee assure que l’usage de 1’ eau de goudron pour boisson habituelle a quel-
quêtais sufli pour guérir des catarrhes chroniques. Il en est de meme d’une atmosphère remplie des vapeurs sèches ou aqueuses de goudron que l’on fait bouillir lentement , seul ou mêlé à de l’eau , dans l’appartement du malade.
M. le docteur Hannin a vu administrer avec succès l’eau de goudron, dans une dysenterie chronique, à la suite d’une épidémie de cette grave maladie -, beaucoup de militaires, qui firent alors usage de ce médicament, faute d’autres , guérirent tous. Dans les blennorrhagies chroniques les plus opiniâtres , c’est encore l’eau de goudron qui lui a le mieux réussi. On l’emploie également dans les maladies de la peau les plus graves. On se sert aussi du goudron extérieurement dans les mêmes cas, en le mêlant avec de la graisse, pour en faire une sorte de pommade.
On donne l’eau de goudron à la dose d’une livre le matin .à jeun. Le premier effet de ce médicament est d’exciter l’urine et la sueur , quelquefois de légères nausées et des selles ; mais , au bout de quelques jours , il resserre, et augmente sensiblement la circulation.
Décoction de bourgeons de pin de Frédéric Hoffmann . Prenez, bourgeons de pin sauvage ou de pin maritime, deux poignées. Faites bouillir dans une livre et demie d'eau pendant un quart d’heure. Ajoutez à la décoction refroidie une égale quantité de vin blanc. Après douze heures d’infusion , passez et exprimez la liqueur. La dose est de deux à quatre onces. Klein fait l’éloge de ce remède , qu’il substitue à la décoction des bois exotiques. « Il excite, dit-il , toutes les excrétions; il dépure le sang; il produit d’ex-
cellens effets dans le scorbut , la goutte vague , etc. »
Décoction balsamique. Prenez , pousses naissantes de pin , deux onces -, eau de rivière ou de fontaine , deux livres. Faites bouillir pendant un quart d’heure , en ajoutant vers la fin deux onces de miel blanc. Passez au travers d’un linge sans expression. On prend trois onces de cette décoction matin et soir, et on augmente progressivement les doses jusqu’à quatre tasses de cinq ou six onces chacune , qu’on distribue dans le cours de la journée. Ce remède a été quelquefois salutaire dans les affections catarrhales du poumon et de la vessie. Il faut le continuer pendant environ un mois.
SAPIN. ABIES.
Fleurs monoïques. Fleurs mâles : chaton couvert d’écailles nombreuses , disposées en spirale , et imbriquées sur un axe commun ; deux anthères sessiles, à une loge sous chaque écaille. Fleurs femelles : chaton couvert d’écailles fort petites , nombreuses , onguiformes , recouvertes extérieurement d’une autre écaille colorée ; deux ovaires situés à la base des écailles intérieures ; deux stigmates glanduliformes. Cône ovale ou oblottg, formé d’écailles arrondies à leur sommet , portant à leur base deux graines surmontées d’une aile membraneuse.
SAPIN PECTINE. ABIES PECTINATA.
Abies pectinata. DC. Fl. Fr. 2063. — Abies vulgaris.
Poir. Die. Encycl. 6. 515. — Abies taxifolia. Desf. Arbr. 2.