‹ Phytographie médicaleChapitre 79 sur 116 · Pinus picea. Linn. Spec. 1420. Lamb. Pin. t · texte numérisé non relu

Pinus picea. Linn. Spec. 1420. Lamb. Pin. t

— Pinus pectinata. Lapeyr. Hist. Plant. Pyr. 2. 589.

(Planche 1 4^0

Le sapin pectiné est un des plus grands arbres de nos forets; il s’élève à la hauteur de cent pieds, et plus.

San tronc est nu, cylindrique, blanchâtre, garni à sa partie supérieure de branches horizontales disposées en pyramide régulière. Les rameaux sont opposés., verticillés, jaunâtres ; les feuilles solitaires, comprimées, presque linéaires, obtuses, coriaces, luisantes et d’un vert foncé en dessus, d’un blanc argenté en dessous, très-rapprochées, et déjetées de côté et d’autre sur deux rangs. Les fleurs naissent en chatons simples , solitaires; les uns mâles, jaunâtres, effilés ; les autres femelles, presque cylindriques , souvent d’un rouge vif. Les cônes sont allongés, obtus, assez gros, et redressés vers le ciel. Cet arbre croît naturellement dans les Pyrénées, les Alpes , les Vosges , etc. On l’appelle sapin, sapin commun , sapin argenté .

Il découle de cette espèce de sapin un suc résineux , blanchâtre, transparent, d’une odeur forte et d’un goût un peu amer, connu sous le nom de térébenthine de Strasbourg. La récolte s’en fait pendant l’été dans les grandes forêts voisines des Alpes. Ce suc résineux est fourni par des vésicules de forme variée, répandues çà et là sur l’écorce de l’arbre. On perce ces vésicules avec une espèce de cornet terminé en pointe aiguë, et la térébenthine coule dans un vase attaché ordinairement à la ceinture.

Ce suc résineux est uni à une grande quantité d’huile volatile , incolore , très-odorante , qu’on obtient par la distillation , et qui porte le nom d "essence de térébenthine.

La térébenthine jouit des propriétés excitantes que nous avons signalées dans quelques autres résines et dans les baumes. On connaît l’abus qu’on a fait de ces

médicamens dans la phthisie pulmonaire , dans les affections catarrhales, etc. *, nous ne reviendrons point sur ce sujet-, ces répétitions seraient fastidieuses et superflues. Nous dirons seulement qu’on ne saurait trop s’attacher à reconnaître l’état des organes lorsqu’on veut prescrire la térébenthine. Non-seulement elle ne convient point dans les catarrhes aigus, mais encore elle nuit très-souvent lorsqu’ils ont passé à l’état chronique , s’il existe quelques légers mouvemens de fièvre , si le sujet est pléthorique, sanguin ou très-irritable. On la donne avec plus de sûreté et de succès aux personnes lymphatiques dans les catarrhes de la vessie.

Quelques observations démontrent l’efficacité de la térébenthine dans la néphrite calculeuse. Nous les puisons dans une thèse inaugurale, soutenue à la Faculté de médecine de Paris par M. Ribes fils, dont l’éducation médicale a été dirigée par un père à la fois grand anatomiste et médecin habile.

M. J***, avocat à l’ancien parlement de Paris, était depuis quarante ans sujet à des douleurs néphrétiques qui s’apaisaient un peu après qu’il avait rendu quelques graviers, ou une certaine quantité de pus mêlé avec l’urine 5 mais pendant les accès il éprouvait des douleurs affreuses. Cette maladie l’avait presque réduit au marasme. On lui conseilla la tisane de bourgeons de sapin et l’eau de goudron. Il en prit deux pintes par jour ; mais , déjà épuisé, il ne put long-temps supporter une aussi grande quantité de boisson , et il fut bientôt forcé de la discontinuer. Cependant, persuadé qu’un moyen analogue pourrait lui être utile , il prit , matin et soir, d’abord un gros de térébenthine molle , divisée en

pilules, el quelques jours après, deux gros, puis trois gros, enfin demi-once dans la journée.

Après cinq semaines de lusage de ce remède, les douleurs et la tension des reins diminuèrent sensiblement, et l’urine parut moins chargée de pus. Le malade commença à prendre quelques alimens $ les forces et l’embonpoint se rétablirent un peu. Ilne guérit pas toutà-fait , mais son état s’améliora sensiblement par l’usage de la térébenthine, et il vécut encore six ans ne souffrant presque plus. Son urine devint claire , naturelle, excepté à des intervalles très-éloignés , où il y avait une apparence de suppuration. Il ne rendit plus de graviers, et il continua de temps en temps l’usage de la térébenthine. Il mourut d’une pneumonie , à l’âge de quatrevingt-trois ans. A l’ouverture du corps , on trouva une pierre du volume d’un petit œuf de pigeon dans un des calices. Le rein droit était plus dur et d’un volume plus grand que dans l’état naturel.

Un herboriste de soixante ans , d’un assez fort em-r bonpoint, était, depuis près de sept ans, retenu dans sa chambre par des accès alternatifs de goutte et de néphrite qui ne lui laissaient presque point de repos. Depuis son enfance il avait rendu très-souvent des graviers. Il avait les articulations des doigts et des orteils pleines de nodosités , les pieds et les mains singulièrement difformes. Son médecin lui conseilla de prendre tous les jours demi-once de térébenthine réduite en trente bols , avec la poudre de réglisse-, il prenait dix bols le matin, dix à midi et dix le soir. Dès le premier jour, il urina beaucoup ; l’urine devint très-odorante , et perdit l’odeur infecte qu’elle exhalait auparavant. Il

n’eut point de coliques , les selles ne furent point augmentées, mais les matières qu’il rendit ressemblaient à de la térébenthine délayée ou liquide. Un mois après , le malade se trouva sensiblement soulagé -, il avait rendu une assez grande quantité de petits graviers , et l’écoulement de sang et de pus avec l’urine était moins abondant.

Il prit alors six gros de térébenthine divisés en quarante-cinq pilules; mais le premier jour il ressentit de la chaleur et de l’irritation à l’estomac ; l’abdomen devint tendu et douloureux; il eut des envies de vomir et plusieurs garde-robes. La dose fut diminuée et réduite à une demi-once par jour, distribuée en trois prises de dix pilules chacune. Il continua néanmoins l’usage de la térébenthine , en diminuant graduellement la dose à mesure que les accidens s’apaisaient. Ce remède fut continué à la dose de deux gros pendant dixhuit mois avec un succès inespéré. Les reins étaient presque entièrement dégorgés; il n’y avait plus de douleur vers les lombes ; et , chose remarquable , les accès de goutte devenaient moins intenses , beaucoup plus éloignés, et ils auraient été probablement plus rares , si le malade avait fait moins d’excès de vin et de liqueurs fortes. Se trouvant infiniment mieux , il partit pour la Bourgogne , son pays natal.

Le célèbre De Haen prescrivait également la térébenthine comme un puissant diurétique. Voici sa formule , qui est fort simple :

Prenez, térébenthine , deux gros ; réglisse en poudre, quantité suffisante. Faites des pilules du poids de quatre grains chacune. On en prend une toutes les heures, et

l’on boit immédiatement après une tasse d’une forte infusion de réglisse animée avec une cuillerée à bouche de vin blanc.

L’usage de ces pilules est presque toujours suivi de soulagement dans la gravelle , dans les suppurations du rein et dans le catarrhe de la vessie. Chez les sujets lymphatiques, on peut en élever hardiment la dose. Elles augmentent la sécrétion de l’urine , facilitent la sortie des graviers et des petits calculs, et consolident ou hâtent la guérison des ulcères des reins.

Il est quelquefois utile de remplacer les pilules de térébenthine par la tisane de bourgeons de pin ou de sapin , par beau de goudron. On a sans doute abusé des remèdes balsamiques dans les maladies de la vessie et des organes pulmonaires -, mais la médecine actuelle a grand tort de les abandonner.

Après les vomitifs répétés , qu’il plaçait au premier rang dans le traitement du catarrhe du poumon, le professeur Laennec administrait la térébenthine à la dose de trente-six gouttes par jour, et plus, suivant les cas. Ce médicament enlève les dernières traces du catarrhe ou le modère beaucoup. On fait en même temps respirer des vapeurs aqueuses imprégnées de térébenthine.

La térébenthine , dépouillée de son huile volatile par l’ébullition dans l’eau , est beaucoup moins active , et porte le nom de térébenthine cuite. Quelques vieux praticiens l’emploient encore sous la forme de pilules dans les anciennes gonorrhées. Swediaur la combinait avec la poudre de rhubarbe.

L’essence de térébenthine jouit d’une propriété très-»

irritante lorsqu’elle est en contact avec l’organe cutané de certains animaux. Appliquée en frictions sur la peau non dénudée des chiens, elle leur cause, environ un quart d’heure après , une irritation locale qui augmente peu à peu, et devient ensuite insupportable. Iis paraissent d’abord inquiets , tristes; ils sont immobiles ou ils marchent la tête basse, et bientôt après ils s’agitent en tournant sur eux-mêmes, courent avec une vitesse extrême , s’arrêtent brusquement et se traînent à terre en poussant des cris plaintifs. Des aspersions d’eau fraîche calment à peine pour quelques instans cet état d’irritation et d’anxiété : bientôt les mêmes symptômes recommencent avec une intensité nouvelle. Ces animaux se contractent, se roulent dans tous les sens, hurlent, et paraissent éprouver des douleurs violentes. Après plusieurs heures d’agitation et de souffrance qui se renouvellent par accès, le calme renaît peu à peu, et il ne reste plus qu’un léger abattement.

Nous avons répété ces expériences plusieurs fois ; elles ont toujours donné lieu aux mêmes phénomènes-, seulement les jeunes animaux ont éprouvé une irritation beaucoup plus vive.

Cette huile, qu’on donnait autrefois par gouttes, est employée depuis quelques années à des doses qui pourraient paraître effrayantes, si les faits n’étaient là pour nous rassurer un peu. Toutefois cette hardiesse thérapeutique doit être sagement limitée , et nous aimons à en donner l’exemple dans notre pratique comme dans nos préceptes. Les effets de l’huile de térébenthine ont surtout paru remarquables dans le traitement delà névralgie sciatique. Home , dans son Traité d expérience

PHYTOGRAPH1E

clinique , avait déjà recommandé contre cette maladie si réfractaire un mélange de deux gros d’huile de térébenthine et d’une once de miel , à la dose d’une petite cuillerée matin et soir, avec la précaution de prendre immédiatement après un verre de petit-lait tiède ou de quelque tisane appropriée.

La manière d’agir de ce remède varie beaucoup. Il produit souvent de la chaleur à l’estomac , et diminue l’appétit, échauffe la partie affectée, et y provoque une sensation particulière de douleur ; d’autres fois il devient diurétique, et même il occasione la strangurie, lorsqu’on l’emploie à trop haute dose-, dans quelques cas il excite la transpiration. Home ajoute que la guérison a quelquefois lieu en quatre jours.

Le docteur Martinet, auteur d’un excellent mémoire sur l’emploi de l’huile de térébenthine dans la sciatique et quelques autres névralgies des membres, donne aussi de grands éloges à ce médicament. Sur trente-six personnes affectées de sciatique ou de névralgie des membres supérieurs tant aiguës que chroniques, vingt-six ont été complètement guéries, sept en ont éprouvé un soulagement notable , et chez trois seulement ce remède a échoué. D’après l’observation de M. Martinet, l’essence de térébenthine produit de la chaleur dans l’extrémité frappée de névralgie. Ce phénomène a été également remarqué par M. Dufaur, médecin à Écouen, qui, après avoir employé sans succès la saignée, les sangsues, les rubéfians contre plusieurs sciatiques, en a triomphé en très-peu de temps avec le secours de l’essence de térébenthine.

Appelé à donner des soins à plusieurs malades affec-

tés de sciatique, M. Dufaur a eu recours à l’huile de térébenthine avec un succès remarquable. La sciatique est une affection si souvent rebelle au traitement le plus méthodique 5 elle résiste avec tant d’opiniâtreté à l’emploi des bains, des frictions de toute espèce, des vésicatoires, des sangsues, des saignées, que nos lecteurs nous sauront sans doute gré de leur offrir ici quelquesunes des observations recueillies par cet habile praticien.

Un jeune maçon, d’un tempérament bilioso-sanguin , d’une stature grêle , descendit , étant en sueur, dans un puits de soixante-quinze pieds de profondeur. Peu de temps après il fut pris d’un tremblement général et de frisson, ce qui l'obligea de remonter au bout de vingt minutes. Rentré chez lui , il se coucha. Vers deux heures du matin , il ressentit une vive douleur dans la cuisse droite, avec difficulté de la mouvoir. La douleur, qui occupait tout le trajet du grand nerf sciatique, devint bientôt intolérable. Le deuxième jour de l’invasion , le docteur Dufaur vit le malade saisi d’une fièvre intense , très-souffrant , et presque perclus de la cuisse. Application de vingt-cinq sangsues vers la région ischiatique , boissons adoucissantes, diète sévère.

Le quatrième jour, même état, même traitement. Le cinquième jour, accès plus longs et plus douloureux , rougeur de la peau. Vingt sangsues. Les sixième et septième jours, point de changement; augmentation de la rougeur, accès plus fréquens, mais moins longs. Même boisson , lavemens émolliens. Du huitième au onzième jour, frictions sur la partie malade avec un liniment volatil. Du quatorzième au dix-huitième jour, accès

moins fréquens , mais plus douloureux. Usage des bains sans amélioration sensible.

Depuis cette époque jusqu’au cinquante-deuxième jour, le malade fut vainement soumis à l’emploi des révulsifs , des antispasmodiques, des calmanssous toutes les formes. Un vésicatoire, qui suppura pendant six semaines, ne produisit aucun soulagement. L’extrémité perdait de son vol urne ^ les souffrances étaient les mêmes-, le malade se dégoûtait des médicamens. M. Dufaur lui conseilla de se reposer pendant quelques jours , et lui permitun régime un peu plus substantiel. Son état resta lè même. Enfin il lui prescrivit deux gros d’essence de térébenthine dans quatre onces de miel rosat ^ ce remède fut pris en quatre doses dans la journée. Le soir même , le malade éprouva un sentiment de chaleur à la , gorge et à la partie malade. L’essence de térébenthine fut continuée ; à la cinquième prise, il éprouva du soulagement : les mouvemens de la cuisse, qui étaient presque nuis depuis l’invasion de la maladie, devinrent plus aisés, et il put faire le tour de sa chambre, ce qui ne lui était pas arrivé depuis deux mois et demi. Le quatrième jour de l’emploi du remède, il quitta les béquilles , eL le sixième il n’existait plus de douleurs. M. Dufaur vit encore cet homme tous les cinq ou six jours pendant six semaines. Parfaitement rétabli, il n’a éprouvé depuis cette époque aucune récidive.

Une dame, âgée de cinquante-sept ans, d’un tempérament sanguin , d’un embonpoint considérable , éprouva dans le mois de décembre une forte douleur au bras droit, particulièrement à l’articulation de l’épaule, et irradiant jusqu’à la main. Fièvre très-forte, redou-

blant plusieurs fois dans la journée , quintes de toux , émission involontaire des urines chaque fois que la malade tousse , impossibilité des mouvemens du bras , point de sommeil.

Le deuxième jour de l'invasion , application de vingt sangsues sur la région douloureuse, cataplasme émollient; infusion de fleurs de violette édulcorée avec le sirop de guimauve. Le troisième jour , point de changement dansl’étatde la malade. Quinze sangsues, meme boisson, looch pectoral. Quatrième et cinquième jours, même état. Sixième jour, diminution de la fièvre, douleur profonde et. lancinante le long du bras, accès ordinaires.

Septièmejour, trois cuillerées de looch térébenthine. A la troisième cuillerée, grande chaleur à la gorge et à la région de F estomac , picotement dans toute la partie malade , sommeil de deux heures. Après la quatrième cuillerée, cessation de rémission involontaire des urines, toux moins violente, chaleur extrême dans le bras , mouvemens plus libres , douleur supportable. Le neuvième jour , cessation de la douleur et de la toux.

Dixième et onzième jours , le mieux se soutient , et la convalescence se confirme. La malade a conservé un peu d’inappétence , qui s’est dissipée d’ elle-même au bout d’une quinzaine de jours.

La femme Chevreau, habitant au Ménil-Aubry , canton d’Écouen, âgée de quarante-sept ans, d une constitution éminemment lymphatique , éprouva à l’âge de trente-quatre ans de fortes douleurs à toutes les petites articulations, sans changement de couleur à la peau, suivies de gêne dans les mouvemens. Elle fut soumise à

des traitemens variés à différentes époques , mais sans résultat favorable. Les uns regardaient cette affection comme goutteuse, d’autres comme scrophuleuse. Cette femme présentait des nodus de différente grosseur, les uns adhérens , les autres mobiles.

Le 22 avril, elle fut saisie tout-à-coup d’un lumbago, qui s’étendait jusqu’à la partie supérieure externe delà cuisse droite. La douleur était des plus fortes, durait de trois à quatre heures , et se renouvelait plusieurs fois par jour. La malade , croyant à l’existence d’un rhumatisme inflammatoire, se fit appliquer quinze sangsues à l’anus. Le même soir, la douleur devint beaucoup plus forte, et gagna toute la partie externe de l’extrémité gauche, ainsi que la plante du pied. Dès-lors les accès furent plus longs , les douleurs plus aiguës.

Le docteur Dufaur vit cette femme pour la première fois le quatorzième jour de l’invasion de la maladie, et, d’après l’état des symptômes, il acquit bientôt la conviction quelle était atteinte d’une névralgie.

Le lini ment volatil cantharidé fut de suite employée! pendant plusieurs jours , mais inutilement. Un vésicatoire qui suppura pendant un mois n’eut pas plus de succès. Fatiguée par les souffrances et le défaut de sommeil , la malade sollicita M. Dufaur de la délivrer de ses douleurs par tous les moyens qu’il lui plairait d’employer. L’essence de térébenthine fut administrée sous forme de looch , et d’après le mode indiqué dans la première observation. La deuxième cuillerée produisit de la chaleur et un prurit très-incommode sur toutes les autres parties du corps. Les douleurs diminuèrent à la neuvième cuillerée, et cessèrent, ainsi que les démangeaisons, à

la dix-neuvième, au grand contentement de la malade. Aujourd’hui elle est parfaitement rétablie, et les mouvemens de la cuisse sont aussi libres qu’avant la névralgie.

M. Dufaur emploie habituellement dans sa pratique l’essence de térébenthine, et de nouveaux faits sont venus confirmer ses effets salutaires contre les névralgies. D’après l’opinion de ce médecin, elle n’agit ni comme révulsif, ni comme diurétique , ni comme sudorifique , contrairement à l’avis qu’a émis M. Martinet dans son mémoire. Elle a paru, d’après le sentiment de chaleur qui se développe dans les membres douloureux, diriger son action plus spécialement sur le nerf malade , et changer ainsi son mode de sensibilité.

Voilà encore un médicament dont il n’est pas facile d’expliquer l’action thérapeutique. Agit-il comme révulsifou bien d’une manière spéciale sur les nerfs , dont il modifie la sensibilité ? Cette hypothèse nous paraît plus satisfaisante que celle de la révulsion. Au reste , l’huile de térébenthine exige quelques précautions dans son emploi. D’après le témoignage du docteur Aumont, elle a excité à une assez faible dose une inflammation mortelle des voies urinaires. Elle produira également de funestes effets si la névralgie se complique d’une irritation vive des tuniques digestives.

L’huile de térébenthine a été administrée comme vermifuge à des doses énormes ( trois ou quatre onces ) parle docteur W. Money. Continuée avec persévérance à la dose de six gros chaque matin , elle a dissipé chez des enfans de douze ans cette sorte d’idiotisme mélancolique qui tient au défaut de réaction des organes. A

la close de deux gros répétée plusieurs fois par jour, elle a fait disparaître ou a rendu moins fréquentes des attaques' d’épilepsie qui existaient depuis quelque temps. M. Money a observé que l’huile de térébenthine rectifiée produit de fâcheux effets quand elle n’est point administrée à une dose convenable. Ainsi, par exemple , quatre à cinq gouttes données deux ou trois fois par jour excitent l’hématurie, la strangurie, et d’autres fâcheux symptômes ; tandis que sur le meme sujet une, deux, trois onces, ne causent pas ces effets. Lorsque après de petites doses il se manifeste des phénomènes graves , c’est que l’huile a été détenue trop longtemps dans l’estomac, et quelle exerce une funeste impression sur les nerfs de ce viscère, et par sympathie sur les fonctions du cerveau. Un homme prit le matin un gros d’huile de térébenthine : au bout de dix minutes , il commença à éprouver une chaleur insolite à l’estomac , qui fut suivie de douleurs de tête ; le pouls et la respiration devinrent très-fréquens ; il rendit une grande quantité d’urine. Dans la nuit, il éprouva encore des douleurs violentes ; mais le lendemain tout avait disparu. Quatre jours après, il prit un autre gros d’huile , qui provoqua les mêmes symptômes ; il en avala immédiatement une once et demie, et les douleurs , loin d’augmenter, se calmèrent. Il fut promptement purgé , et ne ressentit aucun autre accident.

Malgré ces expériences , il ne me paraît pas bien démontré que l’essence de térébenthine puisse être donnée sans inconvénient à de si hautes doses , surtout lorsque Je cariai alimentaire se trouve dans un état de phlogose ou d’irritation vive , ce qui arrive très-souvent

dans ies affections vermineuses. Mais lorsque les organes gastriques sont dans un état sain , on peut manier ce médicament avec plus de hardiesse, Par exemple , si Ton veut expulser le lænia avec l’huile de térébenthine , il faut en donner des doses suffisantes pour l’attaquer avec vigueur , et exciter en même temps des évacuations qui l’entraînent hors du corps. Avec de faibles doses , non-seulement on n’atteindrait point ce but, mais encore on s’exposerait à provoquer tous les symptômes de la néphrite.

Le docteur Sainte-Marie a observé un semblable accident survenu à la suite d’une potion préparée avec l’essence de térébenthine. Non-seulement le malade ne fut point purgé, mais il se plaignait d’une chaleur insupportable dans le dos, de douleurs dans la région lombaire qui venaient se perdre dans le bassin , de difficulté d’uriner, et d’une stupeur à la partie supérieure des cuisses. Le médecin, par excès de timidité, avait cru devoir diminuer de beaucoup la dose indiquée dans les prescriptions anglaises.

Mixture de térébenthine du docteur Home contre la névralgie sciatique. Prenez : essence de térébenthine, deux gros -, miel blanc , une once : mêlez. La dose est d’une cuillerée matin et soir.

Durande prescrivait contre l’ictère et les calculs biliaires un mélange par parties égales d’essence de térébenthine et d’éther sulphurique. Le malade en prenait un gros matin et soir dans une tasse de petit-lait ou de bouillon de veau.

Des frictions pratiquées sur la région lombaire avec l’essence de térébenthine ont quelquefois singulière-

ment soulagé des hydropiques en provoquant une abondante diurèse.

Looch térébenthine contre La névralgie sciatique . Prenez , essence de térébenthine , trois gros 3 triturez avec un jaune d’œuf, et ajoutez peu à peu, sirop de menthe , deux onces -, sirop de fleur d’oranger , sirop d’éther , de chaque une once -, teinture de cannelle , demi-gros. La dose est de trois cuillerées par jour. Lorsque l’estomac ne peut supporter cette potion , on prévient souvent les vomissemens par l’addition d’un gros de teinture anodine de Sydenham.

Électuaire térébenthiné . Prenez : huile de térébenthine, deux gros ; gomme arabique en poudre , une once et demie 3 sucre pulvérisé, demi-once 3 sirop de fleur d’oranger, une once. On en prend le tiers par jour, en trois fois , et entre deux pains à chanter. Le docteur Martinet préfère ces deux préparations, comme moins désagréables que le mélange de la térébenthine avec le miel.

Mixture de térébenthine du docteur Percivat. Prenez : huile de térébenthine purifiée , sucre blanc , de chaque une once 3 eau de menthe, vingt-quatre onces. On donne trois fois par jour une once de cette mixture dans l’épilepsie avec manie périodique. D’après le docteur Percival , elle est un des remèdes les plus efficaces que nous possédions contre cette opiniâtre maladie.

SAPIN ÉLEVÉ. ABIES EXCELSA.

Aines excelsa. Poir. Dict. Encycl. 6. 518. DC. Fl. Fr. 2062.

Du ham. Ecl. Nov. 5. 289. t. 80. — Pinus abies. Linjn.

Spec. 1421. Lamb. Pin. t. 25.

C’est un arbre vigoureux, d’une grande hauteur et d’une verdure sombre. Son tronc s’élève jusqu’à cent pieds , et se termine par une belle tête pyramidale. Ses rameaux sont opposés , un peu pendans , couverts de feuilles d’un vert très-foncé, courtes, anguleuses , aiguës, linéaires, très -rapprochées. Les cônes sont allongés , plus ou moins gros , pendans , composés d ecailles ovales , planes, imbriquées, très-minces à leurs bords , obtuses et rougeâtres.

On l’appelle vulgairement faux sapin, pesse, pi céa, épicia. Il croît dans les Alpes, dans les Vosges , dans les Pyrénées, dans les montagnes de l’Auvergne, de la Provence, etc.

Il ne faut pas confondre cet arbre avec le véritable sapin (abies pectin ata), qui fournit abondamment la térébenthine. Celui-ci n’en donne presque point, mais il découle des entailles que l’on pratique sur son écorce une sorte de résine qui se fige , devient concrète à l’air, et se ramollit par la chaleur. Cette résine porte le nom de poix. Soumise à la coction dans l’eau sur un feu très-doux, elle se fond, et la partie la plus pure qui s’en écoule est reçue dans des barils. C’est la poix grasse ou poix de Bourgogne du commerce.

Ce suc résineux est rarement employé à l’intérieur ; mais il sert à former divers onguens, surtout des topi-

ques irritans ou rubéfians, qu’on applique comme les vésicatoires, les sinapismes, sur diffère ns points du derme , pour y produire des révulsions salutaires. On rend leur action plus forte, plus rapide, en les saupoudrant de tartre stibié , d’euphorbe , etc.

Les bourgeons des sapins ont à peu près les mêmes vertus que ceux des pins. On les emploie dans les mêmes maladies. Us communiquent à l’eau dans laquelle on les fait bouillir une odeur balsamique , une saveur amère et térébinthacée. Parla fermentation dans l’eau des pousses naissantes , on obtient une liqueur acide, une sorte de bière qu’on édulcore avec du miel , et qu’on emploie comme un fort bon diurétique. Ces préparations , d’un usage simple et facile , augmentent presque toujours le cours des urines , diminuent les douleurs néphrétiques , et facilitent la sortie des calculs. Nous avons vu plusieurs malades chez qui les urines coulaient lentement, difficilement et en petite quantité, en rendre quatre et six pintes en vingt-quatre heures.

Ces boissons apéritives et balsamiques conviennent parfaitement après l’opération de la taille , après la lithotritie: elles préviennent le retour de la maladie, la formation de nouveaux calculs. Mais il faut alors faire concourir le régime diététique avec les remèdes si Ton veut combattre avec quelque succès la diathèse calculeuse. Ce régime doit même varier suivant la nature de la gravelle ; mais il faut en général un régime doux , composé de viandes blanches , de légumes frais , farineux et sucrés , de vins légers , surtout de vins blancs coupés avec une décoction de chiendent ou de saponaire.

MEDIC A LE

La diététique appropriée aux maladies produites par les calculs est fort bien tracée dans Y Essai sur la g tavelle et la pierre , publié récemment par M. Ségalas, professeur agrégé à la Faculté de Médecine de Paris. Les hommes de mérite sont toujours modestes. M. Ségalas appelle essai un écrit qui , à la vérité , n’est point volumineux, mais qui décèle un praticien fort habile, joignant à la délicatesse et à la sûreté de la main une instruction médicale étendue et variée. Manier avec dextérité l’instrument lithotriteur, c’est bien; mais guérir le calcul ou en prévenir le retour par un traitement méthodique , par un régime habilement tracé , c’est encore mieux.

SAPIN BAUMIER. AB1ES BALSAMEA.

Abies balsamea. Poir. Dict. Encycl. 6. 521. Desf. Arbr. 2.

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