‹ Phytographie médicaleChapitre 83 sur 116 · MÉLÈZE CÈDRE. LARIX CE DRUS · texte numérisé non relu

MÉLÈZE CÈDRE. LARIX CE DRUS

Larix cedrus. Mill. Dict. n° 3. Desf. Horl. Par. 357. — -

Abies cedrus. Poir. Dict. Encycl. 6. 510. — Pinus cedrus.

Lamb. Pin. t. 35.

Arbre célèbre dans les livres sacrés , d’un port majestueux, d’une forme pittoresque, dont les branches, vastes , touffues , se déploient horizontalement , et couvrent de leur ombre un espace immense. Les rameaux , disposés par étages , sont garnis de feuilles très-rapprochées , petites, étroites , raides , pointues , triangulaires , persistantes, et d’un vert foncé. Les fleurs sont disposées en chatons simples , épars sur les branches , les uns ne portant que des fleurs mâles, les autres des fleurs femelles. Les cônes sont redressés, assez gros, ovales ou un peu arrondis, obtus à leur sommet, composés d’ écailles larges , minces , roussâtres , demi-circulaires , fortement appliquées les unes contre les autres , et enduites d’une résine abondante.

Le cèdre croît en Syrie \ il couvrait autrefois le mont Liban, où il est maintenant oublié et presque anéanti. La Billardière , qui a voyagé dans ces contrées , en compte à peine cent. D’autres voyageurs disent aussi que ces arbres ont singulièrement dégénéré sur le mont Liban , qu’ils y sont peu nombreux , très-épars , peu élevés, la plupart rabougris. Parmi ceux qu’on y rencontre , il en est peu qui ne soient attachés à de vieilles souches , dont les restes cependant attestent la forte dimension des arbres qui en ont été enlevés. Depuis quelque temps on le cultive en Europe, où il brave les froids les pi us rigoureux.

Toutes les parties clu cèdre exhalent une odeur balsamique et pénétrante. Pendant les chaleurs de l’été, il découle de son bois un suc résineux qui se condense promptement , et qu’on appelle cédria ; on obtient également cette résine par des incisions pratiquées sur le tronc et sur les branches ; elle est amère , stimulante et d’une odeur très-agréable. Les jeunes rameaux, les feuilles et les fruits peu développés possèdent les vertus des autres conifères. 'On peut les prescrire également sous la forme d’infusion et de décoction.

Trop long-temps négligée, la culture de cet arbre magnifique commence enfin à se propager en Europe. Il se plaît dans les terrains pierreux, sablonneux et maigres, et il réussit également dans les climats d’une température différente. Tl croît parmi les neiges , et supporte , quand il est adulte , les froids les plus rigoureux : dans sa première jeunesse , il faut pourtant le garantir contre les fortes gelées. Il vit plusieurs siècles , et son tronc acquiert avec l’âge jusqu’à dix ou douze mètres de circonférence 5 il en a quelquefois plus de trente d’élévation.

On pourrait le multiplier dans nos bois et dans nos forets , en couvrir les coteaux arides ou les petites montagnes , le placer dans les jardins anglais, dans les parcs , où sa sombre verdure produirait un contraste admirable avec celle des autres végétaux. On respire sous son vaste ombrage une fraîcheur délicieuse, et , lorsque les vents balancent ses branches étendues , on croit voir s’agiter toute une foret.

Le beau cèdre qu’on voit au Jardin des Plantes de

Paris a été apporté d’Angleterre , il y a environ un in. 29

PH YTOGRAPH1E

siècle , par Bernard de Jussieu. Ce célèbre naturaliste le portait avec une sorte de ravissement dans son chapeau , lorscfu’il vint le confier au sol jaloux de le posséder. C’est lui qui a soigné et protégé sa première jeunesse. Honneur aux hommes modestes qui travaillent sans bruit , sans intrigue , aux progrès de la science , à la prospérité du pays! On peut oublier leurs services , mais ce qu’ils ont fait est là pour attester qu’ils n’ont pas vécu sans gloire. Un arbre, un seul arbre, planté par un naturaliste , vaut bien une statue.

Le bois de cèdre passait pour être incorruptible , et il était très-estimé des anciens, qui l’employaient à la construction des temples, des monumens publics. C’est avec le cèdre du Liban que les Égyptiens et les Syriens construisaient , au rapport de Pline , des vaisseaux d’une durée prodigieuse*, ils en faisaient aussi des statues.

Quin eliam veterum effigies ex ordine avorum Antiqua ex cedro.

Vikg.

Homère parle souvent du cèdre dans l’Iliade et l’Odyssée. On en faisait des boiseries pour les pièces destinées à recevoir les choses les plus rares ; le cabinet de Priam en était revêtu. A l’entrée de la grotte de Calypso étaient des brasiers superbes d’où s’exhalait un parfum de cèdre qui embaumait l’air.

Les conifères tiennent un des premiers rangs dans l’ordre des arbres forestiers. Ils devraient couronner nos montagnes, nos collines que la hache a dépeuplées. Leur verdure perpétuelle garantirait nos campagnes de la

sécheresse de l’été, des froids rigoureux de l’hiver.

Ces beaux arbres raniment les lieux abandonnés , les landes, les bruyères, les terrains les plus arides; ils couvrent la nudité des rochers ; ils embellissent les sites les plus tristes, les plus sauvages. Leur vaste ombrage entretient la fraîcheur des vallons , la fertilité des plaines. Ils assainissent les marais fangeux ; ils pompent les miasmes délétères cpii s’exhalent des lieux bas et humides ; ils les élaborent , et transsudent à leur place des parfums balsamiques, des résines odorantes, dont les émanations se répandent au loin , et qu’on respire avec une sorte de volupté.

Ils se contentent de la plus maigre substance ; ils végètent, ils vivent là où le plus humble buisson ne saurait croître. Us entourent nos bassins de leurs écharpes verdoyantes ; ils raniment les sources , les ruisseaux , les rivières, les étangs, épuisés par l’absence de la végétation. Sous leur empire , les épidémies , les épizooties sont plus rares, la température est plus régulière, et les météores qui dévastent quelquefois toute une contrée deviennent moins fréquens. On marie leur feuillage épais et sombre avec la verdure riante du bouleau, du charme , de l’érable , des saules , des peupliers; cette variété de nuances , de parfums, forme un des plus gracieux tableaux de la création.

Les conifères ont quelque chose de mélancolique qui porte au recueillement. La verdure éternelle qui les couvre contraste avec la nudité des campagnes pendant l’hiver, et nous dédommage de l’absence des fleurs. Leurs riches franges, leur tête pyramidale qui se perd dans l’azur du ciel ou dans les nuages, leurs vapeurs

balsamiques qui s’exhalent au loin, leurs branches qui s’agitent et gémissent lorsque l’ouragan gronde, et au milieu de ce mouvement de l’air et de la terre , le silence de l’homme, voilà des impressions pleines de charmes : mon âme seule peut les sentir sur la colline solitaire, mes paroles ne sauraient les peindre.

Vous qui portez dans votre sein des passions ardentes ou haineuses, venez , au déclin du jour, au milieu d’une forêt remplie de mélèzes, de cèdres, de pins ou de cyprès : en traversant ces allées sombres , ces sentiers pleins de mélancolie , vous sentirez bientôt votre coeur s’amollir, un doux frémissement vous dira que celui que vous haïssez est votre frère , qu’il est digne de votre pitié. Vous déposerez vos armes homicides, des pleurs involontaires couleront de vos yeux 5 vous deviendrez compatissant, charitable, un charme inconnu se répandra dans vos veines, et la paix, cette fdle du Ciel, viendra vous endormir pendant la nuit, entourera votre couche de rêves délicieux.

Nos hôpitaux , placés au milieu des villes , et souvent dans les quartiers les plus populeux , les plus insalubres , devraient occuper un vaste terrain entouré d’arbres résineux, embelli d’une avenue de platanes, de tilleuls, de peupliers , où les convalescens iraient aspirer leurs suaves exhalaisons. Ces arbres odoriférans ne seraient pas moins utiles dans les lieux où nous avons des bains publics, des sources d’eaux minérales. Les malades qui s’y rendent de toutes les contrées trouveraient , au milieu de cette balsamique atmosphère , un remède peut-être plus efficace que les eaux. Les bains de Salut , à Bagnères-de-Bigorre, sont un modèle en ce genre : des

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allées magnifiques, plantées d’arbres divers qui entrelacent leurs branches et confonden t leurs douces odeurs ; des ruisseaux limpides, qui murmurent sous leur ombrage, donnent à ce lieu un charme puissant. Je me rappelle encore avec délice les heures que j’ai passées dans ces frais bocages. Ah ! qu’on ne dédaigne point cette grande pharmacopée aérienne où les vieillards, les convalescens , les valétudinaires , viendraient respirer la santé. Honneur à l’administration qui entreprendra ou secondera cette œuvre de bienfaisance ! Faisons fleurir les arts , élevons des obélisques , mais faisons aussi quelque chose pour les pauvres , pour le vieillard qui a usé ses organes par le travail -, abrégeons surtout les souffrances de l’ouvrier qui fait vivre une nombreuse famille, que les hôpitaux , que les établissemens publics soient isolés, au milieu d’un air pur et salubre -, c’est là seulement que la médecine peut avoir de grands succès , et guérir en peu de jours des maladies qui se prolongent et deviennent souvent mortelles dans des cloaques.

Les anciens , dont on ne saurait méconnaître l’habileté et la philosophie , envoyaient leurs poitrinaires dans l’île de Crète , qui était alors couverte d’arbres résineux. Là , sans autre remède que l’air embaumé qu’ils respiraient à grands flots , ils trouvaient souvent la guérison , et retournaient dans leur patrie avec une santé florissante.

La diète lactée , le lait d’ânesse , le lait de chèvre , la saignée , les exutoires , les caïmans , vous avez tout épuisé pour guérir ce malade qui se consume , qui tombe dans le marasme $ vous n’avez plus que quelques paroles consolantes et l’opium 5 je me trompe , vous avez encore

PHYÏOGRAPHIE

îe changement de lieu. Eh bien ! qu’il parte , il en est peutêtre encore temps -, qu’il quitte sa chambre ou l’air est saturé de ses sueurs , de ses crachats , de toutes ses excrétions. Qu’il aille habiter une petite maison , bien propre , bien aérée , située à mi-côte , dans un vallon arrosé par une petite rivière, ombragé de tilleuls, de saules , de peupliers , d’arbres verts. Que là , sous la direction de son médecin , il suive un régime approprié à son mal, qu’il se livre aux douceurs de l’espérance , qu’il se promène dans la vallée , si son état le permet , que la journée soit remplie par de petits soins , par des jeux amusans, par des lectures agréables. Surtout que le malade ne soit jamais seul ; qu’on lui parle sans cesse de la beauté , de la salubrité du lieu qu’il habite , de sa guérison prochaine $ enfin qu’on éloigne par tous les moyens imaginables l’ennui , la crainte , l’inquiétude , tous ces sentimens pénibles qui dévorent l’existence, et si le mal n’est pas incurable , l’air balsamique de la vallée et îe régime le rendront à la santé.

Combien d’autres maux ne pourrait-on pas guérir ou soulager par le séjour à la campagne! Les maladies nerveuses, l’hypochondrie , l’hystérie, la mélancolie, toutes ces irritations qui prennent leur source dans les peines ou dans le trouble de Famé, s’adoucissent par la variété des objets qui charment la vue. Des sites pittoresques , la beauté du ciel , la fraîcheur des ombrages , la pureté de l’air, tout cela répand dans l’esprit un calme qu’on ne saurait trouver à la ville.

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