‹ Phytographie médicaleChapitre 92 sur 116 · GENÉVRIER COMMUN. JUNIPERUS COMMUN IS · texte numérisé non relu

GENÉVRIER COMMUN. JUNIPERUS COMMUN IS

Juniperus commuais. Linn. Spec. 1470. DC. Fl. Fr. 2065.

Chev. Fl. Par. 2. 34 1 . Lapeyr. Hist. Plant. Pyr. 2. 609.

Fl. Dan. t. 1119.

C’est un arbrisseau toujours vert , rameux, difforme, d’un aspect sauvage , haut de quatre à six pieds. Sa tige est tortue , d’un brun rougeâtre , à rameaux nombreux , épars, garnis de feuilles étroites, aiguës, raides, piquantes, légèrement canaliculées , un peu glauques à leur base , et disposées trois par trois en verticilles. A Faisselle des feuilles se trouvent, sur des individus séparés, des chatons mâles ou femelles très-petits, de forme ovoïde.

Les fruits sont de petites baies globuleuses , vertes d’abord, puis d’un bleu noirâtre à leur maturité.

Ce genévrier croît abondamment aux Pyrénées dans les bois et les friches $ il est toujours rampant et tortu sur les sommets. Quelquefois il s’élève en arbre , et il acquiert jusqu’à quarante pieds de hauteur dans les Alpes. On le trouve également dans les bois de Fontainebleau , de Villers-Coterets , de Compiègne. Il aime

les terrains incultes , les lieux secs et rocailleux , et fleurit en mars et avril.

Toutes les parties de cet arbrisseau sont douées de propriétés actives. Les fruits, d’une saveur chaude, aromatique, un peu sucrée, fournissent une huile volatile très-fluide et un extrait amer, un peu résineux. Les feuilles, les rameaux et le bois sont également empreints d’un principe aromatique.

Les baies de genièvre ont une action diurétique qui a été remarquée par tous les praticiens. Rai assure avoir guéri des malades attaqués de douleurs néphrétiques occasionées par des graviers , en leur donnant tous les jours une décoction de baies de genièvre dans du vin. On a également administré avec succès dans les infiltrations cellulaires l’infusion vineuse ou aqueuse des mêmes fruits. Mais, comme nous l’avons plus d’une fois observé, on abuse de ces boissons stimulantes, car l’hydropisie et la gravelle sont souvent liées à des lésions organiques qui réclament d’autres moyens.

Lange donnait aux graveleux les baies de genièvre concassées et infusées dans du lait de chèvre. Cette infusion, administrée pendant plusieurs jours , débarrassait les reins sans aucune espèce d irritation, et burine charriait de petits calculs mêlés à une assez grande quantité de sable fin. L’infusion des feuilles et des rameaux a une vertu diurétique non moins puissante.

Tissot recommande l’emploi des baies de genièvre comme un très-bon préservatif contre les fièvres intermittentes. Leur infusion vineuse convient surtout dans les pays insalubres où ces maladies sont endémiques.

Nous avons employé dans les hôpitaux militaires , à

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une époque ou le bon quinquina était rare , l’infusion suivante.

Infusion fébrifuge de genièvre. Prenez , baies de genièvre, quatre onces 5 sommités d’absinthe coupées menu, deux poignées-, eau de rivière ou de fontaine, quatre livres ; eau-de-vie de Cognac ou de Montpellier, huit onces. Laissez infuser pendant quatre ou cinq jours , et passez l’infusion à travers un linge.

On administre cette préparation à la dose de deux onces, le matin à jeun, à midi et le soir. La dose doit être plus forte lorsqu’on a des accès fébriles à combattre. C’est au reste un moyen prophilactique que nous recommandons avec confiance aux médecins qui pratiquent dans les pays marécageux où régnent des lièvres intermittentes opiniâtres , des fièvres ataxiques , etc.

Dans les pays où le genévrier est commun , et où les eaux sont malsaines , on pourrait préparer une sorte de bière, en faisant fermenter les fruits dans de l’eau, et en y ajoutant quelques corps muqueux afin d’augmenter la fermentation.

Les Lapons boivent la décoction aqueuse de cesbaies , comme ailleurs on prend du café ou du thé.

On prépare avec les mêmes fruits un extrait aqueux , connu sous le nom d’extrait de genièvre -, il a un goût aromatique, et son usage est populaire dans les faiblesses d’estomac et pendant les longues convalescences. On l’administre aussi dans les maladies scorbutiques et dans l’hydropisie.

Van Swieten recommande contre l’ascite et l’anasarque la mixture suivante.

Prenez, extrait de genièvre, quatre onces 5 faites dis-

soudre dans deux livres d’eau distillée de genièvre , et ajoutez deux onces d’esprit de genièvre. Si le malade est tourmenté par la soif, on acidulé cette boisson avec une demi-once d’esprit de nitre dulcifié. La dose est d’une ou deux onces toutes les trois heures.

Toutes ces compositions ont une propriété plus ou moins stimulante ; elles réveillent , excitent les tissus organiques, provoquent la transpiration, et très-sou vent le cours des urines.

Dans le nord de l’Europe, en Allemagne, en Belgique , on prépare une liqueur alcoholique très-active , connue sous le nom d’eau-de-.vie de genièvre : c’est de l’eau-de-vie de grain , que l’on distille de nouveau avec les fruits du genévrier. Le peuple de ces contrées en abuse surtout en cherchant dans sa vertu excitante un remède à ses maux ou à ses fatigues. On ne dit pas assez à la classe du peuple , aux ouvriers , aux hommes de peine, combien l’usage des liqueurs alcoholiques leur est funeste. L’abus de ces boissons perfides conduit dans les hôpitaux des milliers de ces malheureux , la plupart atteints de maladies chroniques, d’inflammations viscérales, d’affections squirrheuses de l’estomac, qui se jouent de tous les traitemens. Dans les classes plus élevées, ce sont des maladies nerveuses , c’est l’hypochondrie avec ses irritations précordiales , la goutte avec ses tourmens. Nos eaux-de-vie, le kirsch, le rhum, produisent les memes effets.

Le bois du genévrier compte également parmi les substances médicinales. Il est léger, poreux, résineux, à couches concentriques très-distinctes , et il exhale , quand on le brûle, une odeur aromatique. On le râpe

comme le bois de gayac , et on en prépare des infusions , des décoctions sudorifiques , qu’on prescrit dans les affections cutanées , goutteuses , rhumatismales , etc. On emploie de la même manière, et pour remplir le même but, les sommités des tiges.

Enfin on fait avec le bois du genévrier de jolis ouvrages de tour et de marqueterie; il est rougeâtre, odorant, légèrement veiné; son grain prend un beau poli qui s’avive encore avec le temps.

On cultive cet arbrisseau sauvage dans les bosquets d’hiver et dans les parcs. Les grives et les merles sont affriandés par ses fruits, qui leur donnent un fumet d’une agréable amertume.

GENÉVRIER OXYCÈDRE. JVNIPERUS CADUS.

Junipcruscadas.hnw. Spec. 1470. Lam. Dict. Encycl. 2. 625.

DC. Fl. Fr. 2066. Lapeyr. Hist. Plant. Pyr.2. 609.Duham.

Arbr. 1. t. 128.

Il ressemble beaucoup au genévrier commun , mais il en diffère par ses feuilles plus longues , plus larges , et par ses fruits beaucoup plus gros. Les branches sont tortues, rameuses , revêtues d’une écorce d’un gris brun ou rougeâtre. Les feuilles sont linéaires , aiguës , très-ouvertes , raides , piquantes , sessiles , ternées , marquées au dessus de deux raies glauques. Les fruits sont charnus , axillaires , ovoïdes ou arrondis , gros comme les baies du groseiller épineux, marqués au sommet de trois raies divergentes, d’une couleur roussâtre à leur maturité, et couverts d’une poussière glauque.

Cet arbrisseau , qu’on appelle vulgairement carie , a

quelquefois la hauteur d’un arbre moyen , et son tronc est de la grosseur d’un homme. Il croît en Espagne , sur les côtes de Barbarie et dans nos départemens méridionaux 5 on le trouve dans les Pyrénées- Orientales,

aux environs de Prades et de Bagnols. Il aime les terrains montueux , arides et incultes.

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