‹ Phytographie médicaleChapitre 95 sur 116 · SI · texte numérisé non relu

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accuse les modernes d’ignorance pour les avoir accueillies , prétend que non-seulement l’if n’est pas un poison , mais qu’au contraire l’extrait de ses feuilles est un remède efficace contre les tumeurs lymphatiques , et surtout contre les rhumatismes invétérés.

Un homme qui ne pouvait exécuter aucun mouvement du bras gauche , qui gardait le lit depuis plus de six mois et avait épuisé à peu près tous les moyens qu’on emploie en pareil cas , prit l’extrait d’if d’abord à la dose de trois grains par jour, et puis par gradation à la dose de sept pendant quarante jours. Ce remède , qui le purgea d’abord un peu et excita une abondante sécrétion de salive, lui fut si salutaire, qu’il put bientôt reprendre son travail habituel.

Si d’autres observations venaient confirmer ce fait , l’extrait d’if serait une bonne acquisition pour la matière médicale. Au reste , d’après le mode de prescription du docteur Gaterau , on voit , sans qu’il le dise , que les fables des anciens lui avaient pourtant inspiré quelque crainte. Un médecin circonspect n’administrerait pas autrement un poison ou un remède énergique. On peut blâmer les anciens pourvu qu’on imite leur prudence.

Les naturalistes voyageurs qui nous ont fait connaître quelques espèces exotiques s’étendent peu sur leurs propriétés. L’if du Japon ( taxus nucijera , Linn.), décrit et figuré par Kæmpfer , est un arbre assez élevé, très-touffu , dont les feuilles sont linéaires , pointues , un peu moins longues que celles de l’if commun , d’une teinte plus sombre et comme noirâtre en-dessus, d’une couleur glauque à leur face inférieure.

PHYTOGRAPHJE

Le fruit est une baie ovale , à peu près de la forme d’une olive , un peu aiguë au sommet , lisse , d’une couleur herbacée, parsemée de lignes blanchâtres. La chair en est molle, fibreuse, d’une saveur balsamique, astringente et un peu âcre 5 elle recouvre un noyau oblong , pointu aux deux extrémités , contenant une amande charnue , huileuse , d’une saveur acerbe comme les glands du chêne. Lorsque ces noix sont sèches elles perdent de leur âpreté , et on les sert sur les tables avec les autres noix du pays. Cette espèce d’if croît au Japon dans les provinces du Nord.

L’ifverticillé ( taxus verticillata , Thunb. ) a quinze ou vingt pieds de hauteur. Les rameaux qui sortent de la tige y sont resserrés, et, devenant insensiblement plus courts, lui donnent une forme pyramidale comme celle du cyprès. Les feuilles sont sessiles, verticillées , réunies au nombre de huit à chaque verticille , linéaires , obtuses , convexes et d’un vert foncé en-dessus , concaves en-dessous avec deux lignes saillantes. L’if verticillé croît naturellement au Japon. On le cultive dans quelques jardins comme un arbre d’ornement.

N ous avons signalé les propriétés vénéneuses de l’if européen ; nous dirons succinctement ses usages économiques , car cet arbre , comme presque toutes les productions de la terre, a aussi quelques bonnes qualités. On le multiplie de marcottes , de boutures et de semences. Il vient dans tous les terrains , mais il réussit mieux sur un sol ombragé un peu humide. Son bois est dur, serré , fin , d’une couleur rousse ou rougeâtre et presque incorruptible ; il prend un très-beau pob et il ressemble à quelques bois rares qui nous viennent de l’Inde.

On cultive l’if dans les bosquets d’hiver, dans les jardins anglais , où il prend des formes élégantes , lorsque la main qui le taille est conduite par le goût. Autrefois on le tourmentait dans tous les sens pour lui donner des formes ridicules et bizarres : on en faisait des géans , des dragons, des animaux de toute espèce. Mais il vaut mieux le laisser croître en liberté , le placer dans des massifs de nuances variées, ou , si l’on veut absolument le tondre, en faire des buissons , des haies, des palissades, qu’on peut rendre impénétrables en leur donnant une assez forte épaisseur.

Au reste la véritable place de l’if est dans les forets , dans les parcs , où sa couleur sombre contraste d’une manière pittoresque avec la douce verdure des bouleaux, des peupliers, des platanes, etc. Mais il faut en éloigner les animaux ruminans , car il est pour eux un dangereux voisin, d’après les faits que nous avons recueillis. Ses fruits rouges , ressemblant en quelque sorte à des cerises sauvages , pourraient aussi tenter les enfans 5 et bien qu’011 les mange , dit-on , sans accident dans certains pays, nous ne croyons pas à leur innocuité. Nous n’avons, il est vrai, rapporté qu’une seule observation; mais elle doit suffire pour éveiller la sollicitude des pères de famille.

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