IF COMMUN. TAXUS BAC CAT A
Taxus baccata. Linn. Spec. 1472. Lam. Dict. Encycl. 3. 228.
DC. Fl. Fr. 2069. Lapeyr. Hist. Plant. Pyr. 2. 609.
Doham. Ed. Nov. 1 62. t. 19.
( Planche 1 5o. )
C’est un arbre vénéneux et toujours vert , haut de trente à quarante pieds , et quelquefois davantage. Sa tête touffue forme un cône arrondi , dont le feuillage imite un peu celui des sapins. Ses rameaux sont grêles , plians , garnis de feuilles linéaires , d’un vert foncé , très-rapprochées, et disposées de côté et d’autre comme les dents d’un peigne. Les fleurs sont axillaires, sessiles, peu apparentes. Le fruit est une petite baie ovale placée au milieu d’une cupule succulente ; à sa maturité
PHYT0GRAPH1E
il devient d’un rouge vif et d’une saveur douceâtre.
L’if croît naturellement en France, en Allemagne, en Suisse , en Italie , etc. ; on le rencontre dans les vallées sombres et sur les rochers des Alpes. Lapeyrouse dit qu’il croît parmi les sapins dans la vallée d’Aran ( Haute-Garonne ).
Dans les lieux ombragés et un peu humides son tronc acquiert quelquefois une grosseur prodigieuse. Il fleurit au printemps, et les fruits mûrissent en automne.
Dans l’antiquité , l’if était dédié aux morts ; il servait à orner les monumens funéraires : aussi les poètes lui donnent-ils l’épithète de noir, de lugubre. Les rives du Styx et de l’Achéron en étaient ombragées. Stace, dans sa Thébaïde , fait éclairer la route ténébreuse des enfers par une Furie portant à la main un rameau d’if enflammé :
JVec clum ilium auL Irunca lustraverat obvia taxo Eumenis.
Lucain place la caverne de la magicienne Érichtho dans la Thessalie , au milieu d’une forêt d’ifs où abondent les plantes les plus vénéneuses (i).
On voit encore aujourd’hui des ifs entourer les cimetières dans plusieurs cantons de la Suisse, en Angleterre, et surtout en Ecosse : leur feuillage sombre a quelque chose de grave , d’imposant , qui convient à ces lieux de silence et de paix.
(1) Cette caverne se prolonge et descend presque jusqu’aux enfers. Une sombre forêt la couvre de ses rameaux penchés vers la terre , jamais dirigés vers le ciel : c’est le taxus , dont le noir feuillage la rend impénétrable au jour.
La Pharsale , liv. G.
PROPRIÉTÉS DÉLÉTÈRES
Les qualités vénéneuses de l’if, signalées par Théophraste, Nicandre , Dioscoride , Pline, Galien, Jules César, Lucrèce , Virgile , contestées ensuite par quelques modernes toujours prêts à traiter de rêveries les observations des anciens , ont été enfin mises en évidence par une foule d’épreuves tentées sur les animaux , sans compter les accidens fortuits occasionés par ce poison. Mathiole et Jean Bauhin, parmi les modernes, ont démontré son action délétère par des faits positifs. Les feuilles publiques avaient également annoncé, vers le milieu du siècle dernier, la mort de plusieurs chevaux qui avaient mangé des branches d’if aux environs de Bois-le-Duc en Hollande 5 les effets du poison se manifestèrent au bout de quatre heures par des convulsions.
Le professeur Villars racontait qu’un de ses chevaux qui avait brouté quelques brins d’if dans les montagnes du Dauphiné était tombé mort au bout de deux heures sans avoir éprouvé aucun symptôme apparent. Deux professeurs de médecine vétérinaire , Bredin et Hernon, s’empressèrent de vérifier ce fait par des expériences.
On fit manger six onces de feuilles d’if à un cheval , qui mourut sans convulsions au bout d’une heure. Lamême dose donnée à un mulet qui avait mangé du foin le fit périr seulement au bout de cinq heures , sans convulsions ni météorisme. On en fit l’ouverture en présence du docteur Gilibert. Les feuilles d’if étaient mêlées dans le ventricule avec le foin} elles avaient encore leur forme et leur couleur. On aperçut seulement sur les intestins
grêles quelques eeehymoses. Un cheval soumis à la même épreuve mangea impunément une double dose de feuilles d’if. (Gilibeut t Démonstrations élémentaires de botanique. )
Vaimont de Bomare rapporte qu’un paysan ayant attaché son âne dans une arrière-cour du Jardin du Roi où il y avait une palissade d’ifs , l’animal , pressé par la faim , brouta quelques rameaux qui étaient à sa portée. Lorsque le maître vint pour prendre son âne , il le vit tomber par terre et mourir subitement tout enflé.
La Gazette de santé du ier novembre 1817 rend compte de plusieurs expériences tentées par M. Grognier, professeur à l’école vétérinaire de Lyon, sur divers animaux avec les feuilles et les fruits de l’if. Le suc exprimé des feuilles donné à la dose de cinquante grammes, et ensuite d’un hectogramme, à un chien barbet de moyenne taille n’a produit d’autres effets que le vomissement -, mais quarante grammes ont fait périr un chien plus petit. La décoctio'n très-chargée des feuilles 11’a produit aucun effet vénéneux sur d’autres chiens. Plusieurs expériences ont démontré l’innocuité des fruits.
Maintenant, si nous examinons Faction de l’if sur l’homme , nous trouvons des faits qui s’accordent avec l’opinion émise par les anciens.
D’après le témoignage de Percival, trois enfans à qui l’on avait donné à sept heures du matin une cuillerée de poudre de feuilles d’if en trois doses, à titre de vermifuge , éprouvèrent, deux heures après , des frissons , des bâillemens, une propension continuelle au sommeil , et des défaillances. Deux de ces enfans ne donnèrent
aucun signe de douleur; le troisième éprouva des vomissemens et des tranchées. Tous les trois périrent dans la journée sans angoisses, sans météorisme : on eut dit après leur mort qu’ils étaient plongés dans un sommeil paisible. (Plenck, Toxicologia.)
Les fruits , d’abord un peu fades , manifestent bientôt après une saveur désagréable , presque nauséabonde ; ils contiennent , d’après l’examen de MM. Chevallier et Lassaigne, une matière sucrée , fermentescible, incristallisable ; de la gomme , de l’acide malique , de l’acide phosphorique , et une substance grasse d’un rouge de carmin.
Des naturalistes , des médecins, qui en ont fait l’épreuve , affirment qu’on peut manger ces fruits sans inconvénient. Cependant Puinh rapporte {Materna venenaria regni veget.) qu’un enfant qui en avait mangé une certaine quantité mourut en peu de jours après avoir éprouvé des vomissemens, une prostration soudaine des forces et une éruption de taches livides. A l’ouverture du corps , l’estomac offrait à peine quelques traces d’inflammation ; mais il était rempli d’un mucus noirâtre.
On avait dit anciennement qu’il était dangereux de se livrer au sommeil sous l’ombrage de l’if. Quelques modernes ont répété cette assertion sans examen ; mais aucun fait n’atteste que ses émanations aient causé des accidens fâcheux. Au reste, il est plus sage de ne point s’y exposer, surtout lorsque l’arbre est en fleurs. Les opinions diverses qui ont été émises sur les effets délétères de l’if peuvent s’expliquer par l’exposition des lieux, la nature du sol, l’âge de l’arbre, et autres cir-
constances qui influent plus ou moins sur les qualités des végétaux. Toutefois, il est constant que les feuilles sont vénéneuses et les fruits au moins suspects.
Ce poison , dont les propriétés semblent résider dans un principe amer et nauséeux , agit à la manière des sédatifs et des narcotiques. Son impression sur la force vitale est vive , profonde , rarement accompagnée de convulsions. Les principaux phénomènes qu’il excite sont des bâillemens , des vertiges , des défaillances , un assoupissement comateux. On remarque parfois quelques nausées, quelques vomissemens, sans irritation notable et permanente du tube digestif. Le cerveau est l’organe essentiellement affecté.
Dans la première période de l’empoisonnement, le médecin doit se hâter d’administrer des vomitifs assez énergiques pour expulser la substance délétère. Si le poison a été avalé depuis quelque temps , et s’il se manifeste déjà des signes de congestion cérébrale, on fait une saignée du bras , ou l’on applique des sangsues sur le trajet des jugulaires ; on prescrit des pédiluves irritans , des lavemens laxatifs , des boissons acidulées avec le vinaigre ou le jus de citron.
Lorsque le narcotisme persiste, on le combat par des affusions froides sur la tête , par des potions excitantes, animées avec quelques gouttes d’ammoniaque liquide, par une infusion concentrée de café, et autres remèdes indiqués dans nos méthodes générales.
PROPRIÉTÉS MÉDICALES
Un médecin de Montauban, le docteur Gatei au , qui ne croit pas aux fables inventées par les anciens , et qui