In Astrologiam, lib. XII, p. ySo
mencement du mois d'avril i486, Pic de la Mirandole quittait Paris, laissant derrière lui des amitiés vivaces que son savoir autant que son caractère ' lui avaient acquises, et sans provoquer l'envie comme l'avait assez durement éprouvé, à ses dépens, quarante années plus tôt, le jeune et non moins illustre Fernand de Cordoue, dont la science prodigieuse avait donné à penser qu'il avait fait un pacte avec le diable ^ et qu'il était même l'Antéchrist en personne.
1. Paolo Cortese rend témoignage de sa science aristotélique « cujus ingenii splendore est Italica exhilarata virtus », et de son extrême modestie, de Cardinalatu, « in Castro Cortesio », i5io, in-fol., f. i5 v° et 232 v° : il est à remarquer que Paolo Cortese qui mentionne plusieurs fois, avec de grands éloges, dans son de Cardinalatu^ la science de Pic, son ami, ne fasse pas une seule fois allusion à ce dernier dans son de Hominibus doctis dialogiis, Florence, 1734, in-4°, semblant ainsi donner raison, par avance, au jugement excessif, partant injuste, de Nisard sur le jeune comte de la Mirandole, Études sur la Renaissance, Thomas Morus, Paris, 1864, in-18% p. 102.
2. Voir la notice de Julien Havet, Maître Fernand de Cordoue et l'Université de Paris au xv siècle, dans les Mémoires de la Société de l'histoire de
En songeant à cet homme extraordinaire, comme lui noble et riche, « chevalier en armes de bataille, maître es arts libéraux, docteur en droit spirituel et temporel, maître en médecine et docteur en la sainte Écriture », parlant grec, latin, hébreu, chaldéen, arabe, sachant par cœur presque toute la bible, saint Thomas, Alexandre de Haies, Scot, Bonaventure, le livre des décrets, Avicenne, Galien, Hippocrate, égalé à Aristote lui-même, et qui, après avoir remporté dans les académies et dans les cours des succès comme jamais savant n'en avait obtenus, terminait à ce même moment, à Rome, dans les fonctions obscures de sous-diacre du Saint-Siège, occupé à la rédaction d'ouvrages où s'affirment ses étonnantes connaissances ', une existence qui avait passé comme un brillant météore
Paris et de l'Ile de France, Paris, i883, t. IX, pp. 193-122. Cf. Morel-Fatio, Études sur l'Espagne, I" série, Paris, i888, in-8°, pp. iS-ig, et Mélanges Julien Havet, Paris, 1895, pp. 52i et suiv. ; H.Harrisse, Christophe Colomb et les Académiciens espagnols, Paris, 1894, in-8°, pp. 3-4.
j. Julien Havet, ibidem.
s'abîmant dans la nuit, Pic de la Mirandole ne semble pas alors avoir été frappé de la destinée de cet émule tant prôné et si tôt désabusé, bien qu'il dut plus tard Timiter dans son renoncement à la gloire mondaine dont il reconnaissait ainsi la fragilité.
Pic retourna à Florence. 11 ne tardait pas à y retrouver Robert Gaguin qui se rendait à Rome avec l'ambassade française conduite par M. de Faucon '. La conformité de leurs goûts et de leurs études avait dû rapprocher dans une mutuelle sympathie le vieux docteur en décret et le jeune érudit italien. Même amour des livres ^ même penchant
1. Busev, Die Be^iehungen der Mediceer :{ii Frankreicli, Leipzig, 1879, in-S», pp. 24601 sqq. et 5i3, et la dépêche d'Éléonore de Ferrare à Mathias Corvin, en date de Ferrare, 4 avril i486. Moniimenta Hungarice histofica, Màtyds Kirdly Kordbôl, Budapest, 1877, in-S", t. III, p. 80, dépèche 68 ; de Vaissière, de R. Gaguini vita, p. 34; Gaguin, Epistolce et orationes (Paris, 1498), oratio ad Florentinos (9 mai i486), fol. 3i et sqq.
2. Gaguin avait réuni une bibliothèque aussi nombreuse que rare, à laquelle Erasme fait souvent allusion. Opéra omnia, Leyde, 1703, in-fol., t. III. Epist. 84, col. 76; epist. 86, col. 78. Voir égale-
pour les disciplines scolastiques ', même hostilité pour l'astrologie ''; et, bien que
ment epist. 3g5 et 43y, col. 1781-1784 et 181 7i8ig, où il lui parle du lustre que ses œuvres ont répandu sur la très célèbre Université de Paris. A Gaguin revient la gloire, conjointement avec Jean Heynlin, bibliothécaire de Sorbonne, et Guillaume Fichet, docteur en théologie, d'avoir établi à la Sorbonne le premier atelier typographique. Philippe, Guillaume Fichet et l'introduction de l'imprimerie à Paris, Paris, 1888, in-8', pp. 92 et sqq.M.Sieber a réimprimé (Bâle, 1887, in-8°), puis M. Léopold Delisle a fait reproduire par l'héliogravure (Paris, 1889, in-8''}, en une très élégante plaquette, sur l'exemplaire unique, ut videbatur, conservé à la bibliothèque de l'Université de Bâle, la lettre liminaire de Fichet à Gaguin qui est en tète de V Orthographia de Gasparino de Bergame. — La bibliothèque de Pic de la Mirandole était célèbre (Petrus Crinitus, Dehonesta disciplina, Lyon, i554,in-8°, liv. II, ch, 11, p. 25). Elle fut achetée à sa mort par le cardinal Grimani(Sanuto,Di<jrn', t. II, col. 9o5). Cf.L. Dorez et Ad. Neubauer, La Bibliothèque de Pic de La Mirandole et des cardinaux Grimani (sous presse).
1. Elles auraient fait tort, selon Érasme, à la pureté du style de Pic. Dialogus Ciceronianus, Bàle, 1529, in-8°, p. i5i. Quant à Gaguin « non ita pridem habitus est magni nominis, dictione tamen quam scriptis vendibilior ». Ibidem, p. iSg.
2. Lettre de Gaguin « Guillermo Hermano, canonico divi Augustini ». Epist. lxxx, fol. 59-62.
nous n'ayons pu trouver trace de leur correspondance, la mention émue que Gaguin faisait plus tard de son malheureux ami nous est un sûr garant des rapports affectueux qu'ils avaient entretenus et du pieux souvenir qu'il conservait pour sa mémoire '. Pendant le court séjour que fit à Florence la mission française, Pic dut présenter
I. Compenditim, lib. XI, fol. ccxcii v (Paris, i5ii). Nous y voyons un souvenir personnel, autrement la mention de Pic, dans un tel recueil, ne s'expliquerait pas. Plus tard, Gaguin traduisait en français la lettre de Pic à son neveu Jean François, datée de Ferrare, i5 mai 1492, pp. 340-343 de l'édition de Bâle ibbj, sous ce titre : « Conseil prouffitable contre les ennuys et tribulations du monde », s. 1. n. d., 8 feuillets sans sig. n. réel. Dans la préface, Gaguin y qualifie Pic de moult grant philosophe et bon théologien^ Bibl. nat.. Réserve D 6372 (Edit. du xv= siècle). L'attribution faite à Pic de la Mirandole, parM. Alcide Bonneau, d'un petit traité italien, traduit en latin par Gaguin, sous le titre d'Utile consilium contra labores et tribulationes, i5i8, est inexacte de tous points. Voir Vlntroduction qui précède le poème de V Immaculée conception de la Vierge Marie, traduit par M. Alcide Bonneau, Paris, i885, in-8°, p. 41. — Cf encore infra, p. 69, note ; et les Notes sur R. Gaguin, dans les Additions et corrections, II.
Gaguin dans le cénacle de savants et d'humanistes que présidait Laurent de Médicis", et c'est à cette circonstance que le général de rOrdre de la Trinité dut de faire la connaissance de Marsile Ficin avec qui, dès ce jour, il entretenait un commerce de lettres dont une seule, postérieure de dix ans à leur entrevue première, nous est parvenue. Elle nous montre en quelle haute considération le docte traducteur de Platon et son représentant le plus autorisé % celui de Plo-
1. Réunion unique alors en Europe, et qui faisait dire à Cristoforo Landino, l'ami intime de Pic, de Politien, de Ficin, d'Alberti et de toute cette illustre pléiade, que non seulement l'Académie et le Portique avaient déserté Athènes pour s'y transporter, mais encore toute l'Université de Paris. De vera nobilitaie, ms. conservé à la Bibliothèque Corsini, à Rome. Passage cité par Berti, Rivista contemporanea, iSSg, p. lo et note i. Bandini a publié deux extraits de cet ouvrage dans son Spécimen littérature Florentinœ sceculi xv, in qiio Christophori
Landini gesta enarrantiir, etc., Florence, ijSi, in-8°, t. II, pp. I lo-i 12.
2. Christophori Landini Florentini Camaldulensitim dispiitationiim opiis doctrinœ et elcgantiœ plenissimum, Paris, i3ii, in-4°, fol. 4.
tin ' et l'auteur de tant d'autres œuvres remarquables, était tenu en France, non seulement à l'Université de Paris, mais dans les collèges « et les classes mêmes d'enfants » où son nom était aimé et célébré ^
1. Ce dernier auteur fut traduit par Ficin à l'instigation de Pic. Corsius, Marsilii Ficini vita, dans le recueil de Galletti, Philippi Villani liber de
civitatis Floretitiœ et de Florentinonim littera-
tiira . ... Florence, 1847, in-4°» P- i^g.
2. « Robertus Gag. Marcillio {sic) Ficino. S. « Virtus et sapientia tua Ficine, tanta in nostra maxime Academia parisiens! circumfertur ut cum in doctissimorum virorum collegiis, tum in classibus etiam puerorum tuum nomen ametur atque celebretur. Testes tuorum meritorum sunt illis preclari labores tui quosut Platonem latinum redderes desumpsisti : auget gloriam tuam Plotinus ex schola Platonis latinus a te factus. Leguntur preterea atque in pretio habentur alia lucubrationis tue volumina et familières epistole quibus omnibusplerisque nostratum scholasticorum ardent te facie nosce et intueri hominem a quo tam preclara doctrina monumenta prodierunt...., ex Parisiis, kl. septembris M. CCCC. XCVI. » Epist. lviii, fol. 45. Cette lettre manque dans toutes les éditions de Marsile Ficin.