‹ Pic de la Mirandole en France (1485-1488)Chapitre 18 sur 47 · LES NEUF CENTS THESES · texte numérisé non relu

LES NEUF CENTS THESES

ic avait dû faire en France un agréable séjour ; car lorsque, peu de mois après, Alessandro Cortese veut entrer en relations avec lui, il ne trouve rien de mieux que de lui rappeler ce voyage récent. Voici le début de cette lettre : « Bien souvent, auparavant, j'avais admiré la gloire de ton génie, qui était répandue de toutes parts ; cependant, comme je me rendais en France pour visiter la Provence, en suivant à peu près le même itinéraire que tu avais suivi l'année d'avant, tes hôtes, qui ont été aussi les miens, m'ont, en plus d'un endroit, tant et tant parlé de toi que j'en ai conçu de jour en jour un désir de plus en plus vif de compter au nombre de tes amis '. »

Si Pic avait laissé de nombreuses sym-

I. Voy. plus bas le texte, encore inédit, de cette lettre d'Alessandro Cortese, tirée du Vaticano-Capponiamis 235, fol. 35 de la seconde partie.

pathies le long des routes qui conduisaient à Paris, il rapportait de France un redoublement d'intérêt pour ces « philosophes barbares » dont il avait pris la défense quelques semaines avant son départ. Et ce n'était plus seulement pour leurs idées, mais aussi pour leur style, dont la tradition était encore si vive à l'Université de Paris, qu'il s'était pris d'enthousiasme pendant ce séjour de moins d'une année. Aussi, à peine de retour à Florence, il se plonge dans l'étude pour remettre en lumière, avec un grand éclat, toute cette philosophie médiévale que l'humanisme triomphant chassait sans pitié des chaires italiennes.

S'il s'en fût tenu à reproduire, même dans leur indépendance parfois exagérée, les doctrines de l'Université de Paris, il est probable qu'on l'eût déjà vu d'assez mauvais œil à la cour de Rome. Mais son ambition était plus haute. Aux maîtres de la scolastique il voulait associer les philosophes alexandrins. Non content de cette nouveauté, il y joignait les commentateurs orientaux, encore si mal connus, des traités d'Aristote. Enfin, une acquisition de manus-

crits, sur Fàge desquels il paraît bien s'être grandement abusé, lui fit introduire dans ses études les écrits de la Kabbale.

C'est de La Fratta, près de Pérouse, où il s'était retiré pour étudier en paix, qu'il écrit à Ficin, probablement vers la fin du mois d'avril i486, la curieuse lettre où il lui annonce sa découverte '. Il s'est mis à l'étude de l'hébreu pendant un mois et y a fait de rapides et sérieux progrès. Il est maintenant tout entier à l'arabe et au chaldaïque. S'il travaille nuit et jour avec cette ardeur, c'est que, par un hasard providentiel, il est devenu possesseur de manuscrits chaldaïques, qui sont de vrais trésors et apportent à ses recherches des matériaux aussi merveilleux qu'ignorés. Ils contiennent les oracles des mages Esdras, Zoroastre et Melchior ; une interprétation de la philosophie chaldéenne, courte et un peu obscure, il est vrai, mais pleine de mystères; un petit traité sur les dogmes de la théologie chaldéenne, etc. Il n'a qu'un désir : les lire sans le secours de personne.

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