‹ Pic de la Mirandole en France (1485-1488)Chapitre 36 sur 47 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

L'arrestation de Pic et sa détention eurent un retentissement considérable, et on en garda longtemps le souvenir à Paris. L'astrologue Simon de Phares rappelait avec soin ces événements à Charles VIII, lorsqu'en 1498, il mettait la dernière main à son curieux Elucidaire. Il se servait habilement de l'exemple du comte, auquel s'était si vivement intéressé le roi, pour se défendre des accusations portées contre lui par les théologiens. II ne cite, il est vrai, qu'une seule fois le nom de l'illustre persécuté; mais il est aisé de voir que, dans tout le cours de ce véritable plaidoyer, il a pensé au prisonnier de 1488 '.

i.Voy. ci-dessous cette lettre dédicatoire (Appendice, document VI). — Sur Simon de Phares, cf. l'article substantiel de Vallet de Viriville dans la Nouvelle biographie générale, t. XXXIX, col. 816 et 817.

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Pic n'en avait pas fini avec les théologiens romains. Malgré les prières de Laurent de Médicis, qui avait donné sa fille, en 1487, à un des fils naturels d'Innocent VI II, celui-ci ne consentit jamais à absoudre le comte de la condamnation lancée contre les Conclusiones dans la bulle du 4 août 1487. Aussi la mort d'Innocent VIII futelle pour le philosophe un soulagement longtemps attendu. Rodriguez Borja, monté dans la chaire de saint Pierre, le 2 août 1492, sous le nom d'Alexandre. VI, fut moins impitoyable que son prédécesseur.

Les bulles d'absolution, que Laurent de Médicis, en dépit de ses formelles instances répétées pendant quatre ans, n'avait pu obtenir de l'entêtement inexplicable d'Innocent VIII, furent expédiées par Alexandre VI le 18 juin 1493, moins d'un an après son exaltation au trône pontifical '.

Ainsi se termina ce procès dont toutes les pièces sont, à divers points de vue, d'une extrême importance. Outre la vigilance

I. Cf. L. Dorez, Lettres inédites de J. Pic, loc. cit., pp. 355 et 358-36 1.

doctrinale d'un pape de sentiment aussi peu élevé que l'était Innocent VIII, elles montrent, entre autres choses, qu'une guerre sans merci était déclarée entre les théologiens romains et la Sorbonne, d'une part, entre les théologiens romains et parisienset l'humanisme, d'autre part. Pic perdit sa peine à vouloir concilier ces mondes ennemis, et son œuvre tout entière porte la marque de ce vain effort. Pas plus que la cour de Rome, la Sorbonne ne voyait d'un œil favorable l'application hardie des études orientales à l'étude des livres saints. Pas plus que la cour de Rome, la Sorbonne n'entendait sacrifier, si peu que ce fût, Aristote à Platon '. De son côté, l'humanisme, surtout l'humanisme florentin, ne

I. Un peu plus tard, le fameux cardinal Adriano de Corneto repoussait même l'autorité d'Aristote. Cf. Hadriani cardinalis S. Chrysogoni de vera philosophia libri quatuor..., cura et studio Benedicti Passionei. Rome, i775.in-4°. Ce livre, paru en i5i4, à Bologne, chez Giovanantonio Benedetti, constitue, en dépit des apparences, un des plus audacieux réquisitoires de l'humanisme contre les doctrines du moyen âge, qu'il attaque en la personne du philosophe si vénéré par les théologiens.

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voulait connaître que Platon, s'opposait de toutes ses forces à ce que l'on accordât à la littérature du moyen âge, toute fondée sur Aristote et grandie dans une ignorance presque totale de la littérature antique, une place quelconque dans le mouvement nouveau. De là l'incertitude générale de l'œuvre de Pic, qui tentait de fondre ces éléments si divers dans l'harmonie d'une doctrine supérieure : il est humaniste dans ses lettres, scolastique dans ses thèses, tour à tour platonicien et aristotélicien timide dans ses traités. Il ne lui reste peut-être qu'une indéniable originalité, qui suffit d'ailleurs à sa gloire : il est le véritable instaurateur des études orientales en Occident, il est le créateur de l'exégèse biblique.

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