ADDITIONS ET CORRECTIONS
Pedro Garcia et l'k Apologie ».
(Voy. supra, p. 68.)
Pedro Garcia, Tun des commissaires, qui était maître es arts et en théologie de l'Université de Paris, ne voulant pas perdre la peine qu'il avait mise à examiner consciencieusement les Conclusiones et VApologia, crut devoir faire sa cour à Innocent VIII en publiant son travail ', peut-être à Finsti-
I. Pétri Garsie, episcopi Usselleusis, ad sauctissimum patrem et dominum Innocentium papam VIII. Determinationes magistrales contra Conclusiones apologales Joannis Pici Mirandulani, Concordie comitis. — Impressum Rome per Eucharium Silber alias Franck, natione Alemanum, ab anno nostre salutis M. CCCC. LXXXIX, die vero xv mensis octobris. In-4°.
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gation de la majoritc de ses collègues et pour protester contre la défection de Jean Cordier '.
Dans sa dédicace au pape, après un bref commentaire sur le passage de l'épître de saint Paul aux Corinthiens (I, ii, 19) : « Oportct hereses esse », Garcia s'exprime ainsi :
«... Itaque, Pater beatissime, cum apologeticus liber Joannis Pici Mirandulani, Concordie comitis, jussu tuo legendus et examinandus exhibitus mihi sit, in quo magorum et cabalistarum vanitates ac superstitiones ^ suscitantur,
1. Ce qui rend cette hypothèse très vraisemblable, c'est que les théologiens romains ont dû être singulièrement heureux d'opposer un maître es arts et en théologie de Paris au parisien Jean Cordier. — Cf. infra le soin avec lequel Garcia insiste sur ce point.
2. C'est là que portait, et avec raison, le principal effort des théologiens romains. On en a une preuve, entre beaucoup d'autres, dans le titre même de l'ouvrage où frà Arcangelo di Borgonovo Val Tidone (province de Plaisance) répondit aux assertions de Garcia : Apologia fratris Archangeli de Bitygonovo agri Placentini, Ordinis Minonim, pro defensione doctrine Cabalce, contra Reverenditm
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et in quo nonnulla etiam ad fidem orthodoxam pertinentia falso interpretata et defensa esse deprehenduntur et in quo plurima ex philosophicis disciplinis ad sacre Scripture contrarium sensum exponuntur, existimavi rem gratissimam tue Celsitudini facere et professioni mee convenientissimam, si adversus eos errores fidem nostram clipeis Davidice turris pro module intelligentie nostre muniremus, aut potius
D. Petriim Gar^iam, episcopiim Ussellensem, Mirandulam impugnantem, sed minime lœdentem ; et Conchisiones Cabalistica; numéro LXXI, secundum opinionem propriam ejiisdem Mirandulœ, ex ipsius Hebrceorum sapientum fiindamentis Chvistianam religionem maxime déclarantes, per eitndem Fratrem Archangelinn acutissime declaratœ et élucidâtes. — Bologne, i564, in-8° (autres éditions: Venise, 1569, in-8° ; Bâle, 1587, in-folio, dans le t. I" du recueil des Artis Cabalisticœ scriptores de Pistorius, et, ibid., à part, 1600, in-S"). — A. la bibliothèque de Modène (mss. Campori, n" 174), se trouve un manuscrit, peut-être original, de cet ouvrage, in-folio, sur papier, contenant des suppressions, corrections et additions, et simplement intitulé : « Conclusiones cabalisticae numéro 72, secundum opinionem illustris Joannis Pici Mirandule principis christianissimam religionem maxime confirmantes. » A la suite du titre, d'une autre main : « A fratre Archangelo Burgonovo placentino. »
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munitam demonstraremus. Quam rem eo libcntius ac conlidentius fecimus, quod Sanctitas tua, CLijus munus est, cvangelica falce, ut optimus et prudentissimus messor, zizaniam a tritico abscindore, predictos errores damnavit et
anathematizavit Quas ob res, beatissime
Pater, contra apologeticas conclusiones prefati Johannis Pici librum htimili stilo et scholastico more Parisiensium theologorinn ' scripsi, in quo sanctorum Patrum plurimorum sententias et determinationcs magistrales (unde liber nomen accepit) collegi, preposita cuilibet determinationum conclusione apologali, ut liquide a legentibus intelligatur cas non odio et invidia, scd optima et perquam efficaci ratione esse damnatas... »
Cette dernière phrase montre la crainte qu'avaient les commissaires romains d'être accusés d'une certaine partialité, dont l'épilogue de Garcia serait plutôt la preuve que la réfutation. Voici cet épilogue [op. cit., fol. r iiii vo) :
I. Garcia était très fier, en sa qualité de maître es arts de l'Université de Paris, de riposter au « Stylus Parisiensis » par le « stylus Parisiensis ».
FiNALIS CONCLUSIO OPERIS
cum débita protestatione.
« Hec sunt, beatissime Papa Innocenti, que jussu tue Sanctitatis contra conclusiones apologales spectabilis viri Jo. Pici Mirandulani, Concordie comitis, ego Petrus Garsias de civitate Xativa, Valentine diocesis, et episcopus Ussellensis, in artibus et sacra theologia magister Parisiensis, anno salutifere nativitatis Domininostri JesuChristiM CCCC LXXXVIII, felicis pontificatus tue Beatitudinis anno IIII, in urbe Roma scripsi, in edibus Reverendissimi domini mei domini Roderici de Borja, episcopi Portuensis, S. R. Ecclesie vicecancellarii, cardinalis Valentini '. In predictis autem determinationibus magistralibus semper mens mea fuit Conclusiones tantum et non personam Joannis Pici damnare ^ Scio enim et expertum habeo
1. Il est curieux de constater que ce livre a été composé dans la maison même de celui qui, devenu pape, releva Pic de la condamnation prononcée par Innocent VIII dans sa bulle du 4 août 1487 (cf. supra, p. 68).
2. La bulle du '4 août spécifiait très clairement ce point important. Elle déclarait que Pic n'avait encouru, pour avoir publié ses thèses^ « nuUam
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pluribus concertationibus super hoc hahitis coram R. P. domino Joannc, episcopo Tornacensi, tue Sanctitatis magistro domus etinhujusmodi causa commissario dignissimo, prcfatum virum singulari ingenio pariter et doctrina ac cloquentia esse preditum '. Ceterum si in hoc
sinistrae œstimationis notam ». — Chose étrange, Garcia ne fait aucune allusion, dans sa préface et dans son épilogue, à la procédure qui a suivi la publication de V Apologie et la fuite de Pic ; il est vrai que tout son livre est précisément écrit pour justifier cette môme procédure. 11 n'en reste pas moins qu'il passe sous silence la qualité de « relaps » de Pic de la Mirandole. — Garcia a peut-être agi sur le conseil de son patron, le futur Alexandre VI. Cf. la bulle d'absolution octroyée par ce pape à Pic de la Mirandole, le i8 juin 1493 (dans toutes les éditions des Œuvres de Pic). — Cf. encore sur ce point la sérieuse et sympathique étude du P. Oreglia di Santo Stefano : Giovanni Pico délia Mirandola e la Cabala (dans la Civiltà Cattolica, série XII, vol. I (i883), fasc. 786-798), reproduite dans VIndicatore Mirandolese (18° année, 1894, n°' 7-1 1, et tirage à part).
I . Pic a dû être fier de cet éloge, sorti de la plume d'un de ses adversaires les plus acharnés. — Son neveu n'a pas été désarmé par l'aveu de Garcia. Dans la lettre à Francesco Leiio, où Gianfrancesco Pico fait une sorte de revue de ses propres œuvres, il dit (éd. de Bâie, t. II, p. 878) : « Ejus
opère aliquid digne laudabiliterque a nobis scriptum sit, Illi soli laus et gloria, per quem mundo data est gratia et veritas patefacta ; quod si secus forte fuerit, attribuatur imperitie mee et non malicie : studium enim meum Parisius et Rome et ubique semper fuit veritatem inquirere. Sed quia homo sum, non dubito, imo verissime presumo, quod in determinationibus nostris multa forsitan poterunt inveniri, que saniori judicio possunt jure corrigi et in melius commutari, quod opto et fieri oro per
[Joannis Pici patrui] Apologiam a Pétri Garsiae calumniis vindicavinius... » Et plus loin {ibid., pp. 879-880) : « In Theologia vero magis pura et antiqua magis, annotationes [sunt meae] in sacra eloquia. In ea vero quae apud Parisios colitur, defensio Apologiae Joannis Pici patrui, adversus Pétri Garsiae calumnias. » Cette défense de V Apologie paraît perdue ; mais la distinction faite par Gianfrancesco, en une telle occasion, entre les deux théologies, celle de Rome et celle de l'Université de Paris, est bien caractéristique. Elle montre que la théologie parisienne, qui avait exercé une si forte influence sur l'esprit de Giovanni, n'avait pas fait école en Italie, pas même auprès de Gianfrancesco, extrêmement soucieux de la gloire de son oncle, mais aussi tout imprégné de l'enseignement de Savonarole.
talem qui sit veritatis amator et non cmulus rcprehensor, ut tam opus nostrum quam corrcctio opcris cedat ad honorem Domini nostri Jesu Christi, qui veritas est et vita cuni Deo pâtre et Spiritu Sancto. Amen. »
Notes biographiques sur Robert Gaguin.
(Voy. supra, p. 46.)
Gaguin était déjà allé à Rome comme ambassadeur d'obédience en 1484. Il avait quitté Paris le dernier jour d'octobre et y rentrait le 3o avril 1483, comme il l'écrit lui-même : « Ego Robertus Gaguinus, generalis niinister, etc., decanus, etc., redii de legatione Romana pro domino Rege, die ultima mensis aprilis M CCCC IIIJx>^ quinto. » Mémorial de la Faculté de Droit de Paris {Archives, 2), t. II, fol. 1x3 ro (autographe de Gaguin). On trouve dans ce registre de nombreux documents intéressant sa biographie. Le 17 septembre 1478, il présentait une supplique dans le collège ordinaire de la Faculté de décret pour passer l'examen du baccalauréat en droit canon. Il était reçu le 24 du même mois (fol. 29 r»). Le
24 avril 1479, Gaguin s'inscrivait pour l'obtention du grade de docteur en droit romain (fol. 56 r°). Le 27 avril, il renouvelait sa demande, qu'appuyait Jean de Courcelles (fol. 56 v«). Il était reçu le 4 mai, remplissait les diverses obligations que comportait cet acte, et prêtait serment {ibidem). La cérémonie de 'sa réception, particulièrement glorieuse, est rapportée dans tous ses détails par le doyen Ambroise de Gambray (fol. 58 v» et 5q r° et vo). Le 20 juin, Gaguin recevait les insignes du doctorat, montait en chaire et faisait un « remarquable » discours [ibidem). Le 6 novembre 1488, Gaguin était élu doyen de la Faculté de décret' en remplacement d'Ambroise de Gambray. Gaguin rédige à son tour le registre de son décanat: il cède bientôt la plume à « Reginaldus de Vaccaria », ex-doyen, pour les années 148 1 et 1482 (fol. 88 ro et 96 ro), pendant son ambassade à Rome d'où il revenait le 3o avril 1485 (fol. ii3 r»). Le 17 novembre 1485, Gaguin est continué dans sa charge de doyen (fol. 121 v). Le 9 mars, le roi Charles VIII le désignait pour faire partie de l'ambassade qu'il envoyait à Rome pro certis negociis se et regnum concernentibus (fol. 126 v°). Il partait le 17 mars [ibidem), et était de retour à Paris le 18 août suivant, i486 (fol. i32 r«). Le 9 novembre i486,
Gaguin était continue dans sa charge de doyen (fol i3t) V"), ainsi que Tannée suivante, le 0 novembre 1487 (fol- i^ r»), Robert de Toul lui succédait le i3 novembre 1488 (fol. 160 r"). Le 17 août 1480, Gaguin se rendait en Angleterre, comme ambassadeur du roi de France (fol i65 r"). On le retrouve, assistant à la messe de la Faculté, le jeudi 24 septembre (fol. i65 v"). Il repartait en Angleterre le 24 octobre (toi. 166 r«). Le25 février 1489/qo, Gaguin, revenula veille de son ambassade, demandait à être admis ad usuvi regentie : le lendemain 26, ses collègues acquiesçaient à sa demande. Le lundi, i^-" mars, il se rendit auprès du roi (fol. 171 v°). En 1498, le doyen Nicolas Dorigny, de Troycs, ayant donné sa démission (fol. 255 r»), Gaguin, maigre la goutte et les occupations innombrables dont il était accablé, acceptait, pour la sixième fois, d'être nommé doyen de la Faculté de décret, le '15 novembre 1498 [ibidem]. Le i5 novembre de l'année suivante i499> il était continué dans sa charge [Mémorial [Archives, 3), t. III, fol. II vo). Le vendredi, i3 novembre de la même année, Gaguin résignait le décanat entre les mains de Nicolas de Conty, doyen naturel de la faculté (fol. i5 r») '.Le i3 novembre,