LETTRE DEDICATOIRE DE SIMON DE PHARES AU ROI CHARLES VIII
Au très hault, très puissant et très christien roy de France Charles huitiesme de ce nom, son souverain seigneur et naturel, Symon de Phares, son humble astrologien et obéissant subject et serviteur, humble recommandation.
Pour ce que aucuns détracteurs ignorans et par ce ennemis de la science de astrologie ont sedicieusement voulu arguer de supersticion aucuns mes livres toutesfois purement traitans de la science de astrologie, et que j'ay congneu que par ignorer la grande differance qui est entre ladite vraye science de astrologie et les ars divinatoires et supersticieux, venoient plusieurs grans et ennormes abbuz ou royaume de France, j'ay voulu employer mon petit entendement à vous faire ce présent Elucidaire, pour vous monstrer et donner clerement a congnoistre et à iceulx détracteurs comment astrologie est vraye science, l'une des sept ars
liberaulz, et que elle a esté aprke, sceue et pratiquée et leue par plusieurs sains patriarches, prophètes, papes, cardinaulx, arcevesques, evesques, empereurs, roys, ducz, contes, et de plusieurs autres nobles hommes, sages et graves personnes, et grans docteurs, philosophes et clers jusques à présent, et aussi qu'elle est pure et non soy aydant d'aucun art divinatoire ne supersticieux, contre ce que lesdits détracteurs envieulx sur icelle ont voulu dire. Lequel Elucidaire vous plaise benignement recevoir, et en excusant mon petit entendement, si je n'ay pas partout traictié ne en si hault stille comme je deusse et que bien conviendroit à vostre excellante et très illustrée, sacrée et royalle majesté; et par manière de recreacion entre voz haulx, nobles et ardues négoces et affaires, en passant temps vous plaise le veoir et considérer. Car j'espère que en icelluy verres plusieurs choses dont l'advertissement et congnoissance vous porra porter autant de prouffit que l'ignorance moult de dommage, jaçoit ce que ad se composer riens du mien n'y ay peu ne puis emploier, comme il soit que je ne use que de matière et chose empruntée, et que texissiée ne soit que d'aultrui fil ou layne; car, comme dit le Sage : « Nemo dat quod non habet » ; pour quoy, s'il y a quelque
erreur ou négligence de grande investigacion, vous plaise à supporter mon inbescille savoir et prandre en gré seullcment mon bon vouloir. Car selon les diverses parties du ciel sont changées les faces des hommes, les coulleurs et les diversitez des courages.
Avant, Sire, que procéder à la matière de ce présent traictié, qui sera de élucider et esclarsir la differance de la vraye science de astrologie et des ars supersticieux et divinatoires, vous vueil bien faire sçavoir que si aucuns invocateurs, nigromanciens, abuseurs ou divins, pour couvrir leurs mauvais ars ont contrefait et contresfont les astrologiens et se aident d'aucune consideracion des corps célestes, il ne s'ensuit pas pourtant que la très noble et excellante science de astrologie et les purs astrologiens en doyent estre blasmés ou en valloir mains, non plus que fait le soleil de estre regardé de quelque homme infect, ou la sainte Evvangille, si quelque sorcier ou charmeur s'en aide ou faint aider en ses mauvaises opperacions, ne semblablement et en est tout ainsi comme si en une clere fontaine vient boire quelque serpent ou beste venimeuse, il ne s'ensuit pas que la source d'icelle en soit infecte ne par ce la dicte fontaine en doive estre adnichillée et condempnée, ne ceulx qui puis après boivent d'icelle. Ces
choses non considerans, iceulx détracteurs, ignorans totallement la vraye science de astrologie et les fondemens, principes, règles et moiens d'icelle, affectez à leur propre oppinion et volenté mauvaise, à faulte de scavoir la differance des bons ars et des mauvais et sçavoir aussi séparer le vray du faulx, le blanc du noir et le pur de l'impur, mais jugeans de ce à travers comme aveugles font de couleurs, suivans seullement leur dite affection desordonnée, procédant de faveur d'une part, de hayne et envie d'autre, et le tout fondé sur ignorance, ont prétendu et se sont efforciez icelle tant excellante et utille science et la principalle et doyenne des sept ars liberaulx, astrologie villipender, aboUir et destruire du tout quasi les principaulx livres d'icelle sans y garder ne observer aucune ordre de droit ne de justice, ne appeller gens expers en icelle matière, fors eulx qui n'y entendent riens, mais usans d'auctorité empruntée et de la raison contenue en ce mectre de Juvenal : Sic volo, sic jiibeo, sit pro racione voluntas, l'ont calumpniée de supersticion ou sesdits livres contre toute vérité, et moy, son indigne et petit disciple, dès long temps en ça diversement molesté, et tout ou contempt de vous, Sire. Car ma première persecucion est venue des jugemens que je ay faiz pour vous à Lion
et à Paris, toutesfois selon et conservant purement ladite science d'astrologie, telx qu'il pleut lors à vostretrès sacrée Magesté me commander faire, ce que je feiz en publiq, en vostre présence et de plusieurs grans clercs et autres seigneurs de vostre sang. A cause de quoy se esleva contre moy entre aucuns cestui détracteur ignorant et ney de lieu obscur, sec et bruslé du vice d'envye et principal ennemy de ceste science, lequel s'est efforcé accuser de supersticion les livres de ce sage philozophe Albumazar, de Alkinde, Abraam, de Hispalence, de Albubater, de Jolangeli, astrolabium planum, Alcabice, amicus îuedicortnn, et autres souverains acteurs d'icelle science, pour lesquieux deffendre je metz en avant à l'encontre de lui ce présent Ei.ucidaire. Lesquelles choses, à le bienprandre, ont esté couvertement faictes contre votre royalle Majesté; et non seullement contre vous, mais aussi contre l'onneurde tous voz prédécesseurs roys très crestiens, qui ont aymée et eue chérie et afïectionée plus ceste science de astrologie que nulle des autres sciences liberalles, et qui ont eu avecque eulx les plus expers clers, tant en ladite science que autres, qu'ilz ont sceu finer en leur temps, et plus encore de laquelle, Sire, aucuns d'iceulx ont esté sçavans et expers, comme il sera
déduit cy après plus amplement de chacun en son temps, ordre et aage, et par especial trois portans vostre nom, comme ce vertueulx, victorieulx et glorieux empereur Charlemaigne, premier instituteur et fondateur de l'Université de Paris. Lequel atira à luy de la cité de Romme icelle science avecque les autres ars liberaulx, qui illecques avoit esté tirée de la cité d'Athènes , et la voulut mettre audit Paris; et pour estre introduit et enseigné en icelle, fist venir ung grant philozophe, astrologien et orateur nommé Alkindus (duquel ces ignorans condempnent les livres), qui de ceste science a escript et composé plusieurs livres et traictez bien subtilz. Et le très sage et débonnaire Charles le quint, lequel tant estudia et ayma ceste science de astrologie, en congnoissant et voyant l'utillité d'icelle, fonda et renta à perpétuité ung collège et estudians en icelle en la Université de Paris, ainsi qu'il sera veu cy après en son ordre, et leur donna belle librarie bien garnie de livres, spères, astrolabes, sophée et autres instrumens servans à ladicte science, qui encores y sont, et mesmement des semblables et pareilz livres que ce détracteur ignorant a voulu calumpnier à tort et sans cause. Laquelle fondacion fut confermée par nostre saint père le Pappe lors estans, qui
sur ce octroya bulle expresse, par laquelle entre autres choses il anathematiza tous ceulx qui presumeroient oster ou diminuer aucuns d'iceulx livres; ce qu'il n'eust esté fait, s'ilz eussent esté autres que bons. Et le victorieux roy Charles VU';, vostre grant père, qui tousjours a eu à l'entour de lui les plus expers astrologiens qu'il povoit finer, de l'un desquieulx parle Gaguin en sa cronique; et voulloit bien oyr leurs oppinions en ses grans affaires et conquestes. Et consequamment le très devost roy Loys, vostre feu père, qui n'y estoit pas ignorant, ains très bien entendu, et ne venoit nul si habille astrologien à lui que incontinent ne sentist et entendist bien, en ayant paroUe avecque lui, s'il y estoit profondement erudict ou non ; et en eust bien sceu pratiquer aucune chose, s'il en eust voulu prandre la paine. Lesquieulx Roys tous et plusieurs autres Roys, très crestiens comme vertueux, ont bien désiré sçavoir la dicte science, ou au moins avoir en icelle gens expers, affin de plus paisiblement et glorieusement sçavoir régir, gouverner et conduire leurs subjectz et affaires, et obvier aux inconveniens qui pevent survenir. Et ce qu'ilz en ont fait, ilz ne l'ont pas fait sans sur ce en avoir grande et singulière exemple de leurs majeurs prédécesseurs, comme du roy
Clovis, Phelippe le bel, Phelippe le hardi et autres, et des victorieurs (sic) empereurs et Roys qui devant eulx avoient esté, comme Alexandre le grant, qui en icelle science de astrologie par Aristote fut instruit, et plusieurs Roys d'Egipte, entre lesquieux y eut le tant prudent et très renommé roy Ptholomée Pheludien, qui voulut avoir aussi avecque lui les plus grans philozophes et astrologiens qu'il peut recouvrer sur la terre, pour en icelle science l'instruire et enseigner, et si très studieusement se y appliqua, qu'il y fut plus profond que nul qui devant lui ne après (ce sçoy-je) aye esté ou soit, et qu'il soit ainsi, en a composé plusieurs grans œuvres et volumes que plus semblent divins que humains. Et semblablement le preux et vaillant empereur de Romme JuUes César monstra bien comme il y estoit erudit et profont, quant par disputacions et raisons astrologalles, il fist condescendre les Egipciens à son oppinion, touchant la quantité des jours de l'an, lesquieiilz il réduisit à trois cens soixante cinq jours et vi heures ou environ, desquieux il composa les bixes; et de ce ordonna xii moys, desquelz en perpétuelle mémoire de son nom il nomma l'un et le plus cler Jullet. Outre plus il composa le kallendrier et nombre d'or. Lesquelles choses n'avoient esté
ainsi devant lui taictes ne si bien ordonnées, et que nous tenons encores en usage. Aussi Alphonse, Roy des Romains et d'Arragon et de Castille, semblablement très vertueux, en caste science ne fut pas petitement fondé, qui d'icelle composa tables et canons à tousjours moult justement et précisément calcullées, très utilles et convenables à tous astrologiens. Et s'il est doncqucs que tant de si très excellans empereurs et Roys, fulciz et environnez de si grans et notables clers et si profonds en diverses sciences, y ayent ou eussent voulu emploier leur temps et longue estude, et mesmement que les dessusdits Roys de France et empereurs, ou temps desquelz ont esté les grans clercs et flory en France, profonds en toutes sciences plus sans comparoison que à présent, par especial à Paris, eussent souffert en eulx, autour de eulx ne en leur royaume dès lors appelle très crestien, livres ne autre chose qui eust esté supersticieuse, mauvaise ne contre la foy, pour laquelle eulx mesmes ont si très longuement et chevallereusement milité, et laquelle ilz ont tousjours secourue et augmentée; il n'est pas à présumer, à dire ne à penser que si la science de astrologie fait à louer et à recommander en tant de si très vaillans et saiges empereurs et Roys dessusdits, et mesmement
ou glorieux et saint empereur Charlemaigne, je ne puis veoir qu'elle face nullement à reprandre ou blasmer à cestui ignorant qui rien n'y entend, mais fait naturellement à aymer à leurs successeurs, comme il soit ainsi que plusieurs saintes personnes auparavant de eulx Payent estudiée, sceue, leue et pratiquée, comme Adam, Noé, Abraham, Moïse, David, Job, Salomon, saint Denis et plusieurs autres, comme plus à plain sera veu cy après de chacun en son ordre et aage. L'onneur et sainteté de tous lesquelz ledit calumpniateur et ignorant détracteur s'efforce charger, fouller et diminuer en blasmant ladite science; et aussi, en ce faisant, s'efiForce confondre et adnichiler toute philozophie dont elle deppend, et les grans philozophes qui d'icelle science ont esté autteurs et ellucidateurs, desquieux le nombre sera veu cy après. Et là où ce détracteur dit : « Nous confessons que astrologie est vraye science ; mais elle ne devroit traicter que du mouvement et cours du ciel et des corps célestes », jeluidemanderoie volentiers quel fruit ou utillité peut il venir à l'omme de sçavoir seullement le cours du ciel et des corps célestes, quant ne à quelle heure et minute et par quelz signes ilz passent, s'ilz sont en leurs domicilies ou en estranges, s'ilz sont en leur exaltacion ou dechéement.
rétrogrades ou stacionnaires, quel aspect ou application il y a entre elles et tous les autres mouvemens sans autre chose en faire, certes il en pourroit venir toute telle utillité, qu'il pourroit faire à ung malade d'avoir medicines propices auprès de lui et ne s'en oser ou povoir aider. Or si les corps célestes ont influence aussi bien que cours (ce que les ignorans ne puent nier, car c'est chose trop certaine et qui se preuve et par raisons et par auctoritez, et qui par expérience se peut veoir de jour en jour), quelle curiosité, vanité ou folie seroit ce ou auroit ce esté à tant et de telz si haulx personnages et graves personnes comme les grans empereurs, roys et nobles gens cy dessus et après déclarez, et aux pappes, cardinaulx, arcevesques, evesques, philozophes et grans clercs desquels le nombre est infini, eulx estre arrestez à tant prandre de peine et de labeur après les mouvemens et avoir tant composé de livres et instrumens et avoir laissié la praticque et congnoissance de leurs efTectz et influences, attendu que l'estude est difficille et laborieuse, mesmement celle qui est requise esdits mouvemens, laquelle seulle ne porte ou peut porter à l'homme nul prouffit ne utillité. Car pour eulx lesdits mouvemens ne yront avant ne arrière, ne plus tost ne plus tart,
sinon qu'ilz ayent congneu que ce feussent et soient les moiens et principes pour parvenir à ladite pratique et congnoissance des influences qui yssent desdits corps célestes, selon la diversité de leurs mouvemens,et qui sont apperceues es choses de cy bas, où nous voyons qu'ilz causent toute génération et corruption et qu'ilz inclinent et disposent les corps des créatures à plusieurs passions, les ungs à chault ou à froit, à estre ligiers ou pesans, melencoliques ou joyeulx, sains ou malades, et à plusieurs autres choses très utilles, et assavoir bien requises; car par ce moyen l'on peut prévoir et remédier aux inconveniens qui par icelle congnoissance sont preveuz et congneux avant la main et destencez des infortunes; laquelle utillité ne se prent pas à simple théorique des mouvemens, mais des autres parties de astrologie. Pour lesquelles choses, Sire, il semble que l'intencion qui induit le aucteur de ceste malice à vouloir maintenant eslongner et chasser de vostre royaume , et par conséquent d'entour vous, ceste tant noble science de astrologie, ou au moins la brider en façon qu'elle ne congnoisse plus fors seullement des mouvemens qui sont de grand peine et de nul prouffit ou utille sans pratique, et en icelle partie l'apeller bonne et les autres qui sont très utilles parties et fruc-
tueuses, desquelles il(z) ne gousta jamais ne savoura nui fruit, par ce qu'il l'ignore, et aussi la bonté de l'arbre et les branches ou il est cuilly, et les profondes raisons de la fertillité dudit arbre, et les grandes expériences qui de jour en jour se pevent monstrer à l'ueil ; et ainsi l'a volue faulsement, soubz une couverture de bigotterie, la nommer et appeller art divinatoire, et affin, Sire, que, quant il(z) vous auroit privé de l'usaige et du fruit d'icelle, vous ne puissiez plus estre adverti des faulses et perverses entreprinses qui contre vous ou vostre royaume se pourroient bien faire ou machiner; à quoy par avanture il se sent inclin et ses fauteurs. Car par le moien de ceste science de astrologie et p[r]incipallement en sesdites parties, plusieurs choses secrettes sont souvent descouvertes et precongneues en manière que l'en s'en peut donner garde et y remédier, comme sera prouvé et monstre cy après. Et c'est. Sire, une des causes principalles pour quoy j'ay bien voulu vous faire ce présent EluciDAiRE, me confiant que vostre vertu et prudence mettra astrologie en sa première liberté et franchise, comme estoit du temps de vosdits prédécesseurs , affin aussi que puissiez congnoistre de quoy astrologie vous peut servir. Combien, Sire, que je n'entreprans pas de
rendre ou assigner sur toutes choses raisons si proffondes, comme bien seroit requis à vostre très sacrée Majesté, ou comme pourroient faire aucuns grans philosophes et astrologiens qui ont plus vaqué et appliqué leur estude à la profonde specuUative que moy; car je ne tends que à une seuUe fin principalle : c'est, Sire, que vous puissez congnoistre clerement et evidenment que la science de astrologie est vraye et certaine science fondée sur fondemens certains, qui sont nombre, mesure, raison naturelle et princippes de phillozophie, et que non sans cause elle a esté mise ou nombre et Comme doyenne desdits sept ars liberaulx premièrement extraitz de ladite grande, antique et fameuse Université d'Athènes. Espérant aussi que ceste ellucidation vous donnera à congnoistre et entendre la grande differance d'icelle vraye science d'astrologie et des ars divinatoires et supersticieux, ainsi comme du vray et du faulx ou du blanc et du noir, du bon et du mauvais, et l'erreur et ignorance de noz détracteurs. Laquelle erreur et differance jusques à cy r)"a esté entendue sinon par ceulx qui ont voulu veoir et congnoistre que c'estoit des bonnes sciences et des mauvaises. Et par ainsi pour moy aussy totallement purger et mesdits livres accuser de ladite envieuse, detrac-
tive et faulsc et abusive acusation de supersticion par ignorans qui riens n'y entendent, jaçoit ce que en ceste adversité me consolle en ce que disoit ung bon philozophe ancien, selon que le recite Laercius : « Innocentes non debillitat consciencia in adversis, solacium est enim homini non meruisse quod patitur. » J'ay eu après une autre considération et espérance, qui est, Sire, que je sçay bien que si par telz gens ou leurs apostes ne estes destourné, vous sçaurez bien veoir et nottcr, par les figures, exemples et auctoritez et raisons cy après mises, comment plusieurs grans amys et familliers de Dieu ont sceue et pratiquée la science d'astrologie, tant devant le déluge que après en l'encien et nouveau Testament ; vous voullant bien advertir, Sire, que pas ne devez tollerer ne souffrir que ceste science tant encienne, noble et utille, qui jusquez cy par tant de si grans gens a esté excercée, soustenue et pratiquée, maintenant au seul appétit desordonné de telx ignorans et détracteurs durant vostre resgne soit ainsi et ou contempt de vous chassée, abatue et villipendée, et consequamment arismetique et géométrie, autres deux ârs liberaulx ses chamberières,dont elle est servie. Car ce seroit très grièvement et enorméement desrogné à l'honneur et sublimité de la très
noble, très haulte et très christianne maison de France, où astrologie a tousjours flory jusque à vostre temps, comme dit est et sera cy après; pour ce y devez totallement résister et remédier en abaissant la desordonnée presumpcion et detravée arrogance desdits ignorans, et comme il soit que vous aymez naturellement toute vertu et science et mesmement la science de astrologie, comme celle où plus reluise la gloire et infinie puissance de Dieu, comme tesmoingne le Psalmiste : « Celi enarrant gloriam Dei.»Et laquelle matière, quant là viendroit, requeroit bien Tadvis et deliberacion de toutes les Universités deChrestienté, et generalle congregacion de toute TEglise millitante. Mais d'avoir raison de telz gens ignorans, je ne voy moyen que le vostre, mesmement sur leur fumier, qui veuUent estre juges et parties en chose qui riens ne leur touche, et juges de la science dont ilz sont ignorans et formellement ennemis, selon le philozophe, qui est que science n'a ennemy que l'ignorant, il seroit impossible. Car, comme dit Albert le Grant, qui fut maistre saint Thomas d'Aquin, en son SpecuUe, parlant des livres de astrologie : « Jam sciunt inspectores predictorum librorum quod in eis eciam non invenitur unicum verbum quod sit vel esse appareat cortra (sic) fidei catholice hon(n)estatem, neque jus-
tum est quod ii qui nunquam atti(n)gcrint eos ipsos, JLidicare présumant ». Et comme dit Aristote : « Nemo (eum) eorum que ignorât bonus est judex ». Car si le plus grant astrologien ou autre clerc en quelque science que ce feust le plus profond qui oncques fut, venoit en leurs mains dire quelque chose plus qu'ilz ne scevent ou qui fust contre leur oppinion, s'ilz veoient que par leurs raisons ne le peussent confondre ou de luy avoir le dessus, incontinant s'esforceroient lui faire oster sa liberté et faculté de soy defTendre, et soubz ombre de dire : «Voire, nous sommes pour la foy», luy feroient acroire qu'il aroit mengié le deable, comme il est autresfois et naguères advenu mesmement ad ce noble conte Picus de MeruUa (et autres), qui a esté tenu le plus grant clerc de la terre. Adoncque en tel cas n'y a remède que de faire et dire ce qu'il leur plaist, ou recourrir au souverain comme vous, S(c)ire. Car quid unus inter tantos? Et quant telx ignorans, qui ne entendent riens es langues greque et hebrayque ne autre, fors que leur latin descousu, bien simplement treuvent en quelque livre aucun mot estrange ou quelque terme de science qui leur soit incongnu, ilz dient incontinant que c'est nom de quelque deable; en quoy ilz monstrent bien qu'ilz ne scevent que ung peu, et qu'ilz n'ont gueres veu,
et veullent et se ventent de tout corriger. Et, Sire, il est certain que en plusieurs sciences y a des termes et des noms qui n'ont point esté translatez, ains sont demourez telz qu'ilz furent imposez par les anciens aucteurs, comme en astrologie y a plusieurs motz ebraïques, arabicques et grecs. Et en musique pareillement la plupart des termes d'icelle science sont encores en grecq. Toutes lesquelles choses sont trop puerilles à debatre. Car s"il[z] vouloient bien considérer et veoir ce que souvant leur passe devant les yeulx, ilz trouveroient que en la translacion de la sainte Escripture y a plusieurs noms bien estranges qui sont demourez puis en ebrieu,puis en grecq, et ne s'ensuit pas pourtant que ce soient noms incongneux, si non à telz ignorans qui ne scevent que une notte. Etnottez bien, Sire, ce que dit l'Evvangile de telz gens : Attendite afalsisprophetis que (sic) veniunt ad vos in vestimentis ovium, intrinseciis aiitem sunt liippi rapaces, et vous garder d'eulx, Sire. Car quelque chose couve et latite, puisqu'ilz veullent oster et eslongner de vostre royaume celle des sept ars libéraulx qui desqueuvre toutes traffiques, et qui vous est la plus utille assavoir et à avoir, et qui plus vous peut servir au besoing. Car il poura estre que par faulte d'icelle pourront advenir si grans
inconveniens et telles playcs que lesditz tclz ignorans n'y donneront pas le remède. A laquelle chose devez, comme dit est, totallement résister et pourveoir contre leurs faulses entreprinses et conserver ceste science; car si vous la perdez, soyez seur que les autres princes estranges ne la perdront pas, mais s'en sauront bien servir en temps et en lieu, s'ilz ont afaire contre vous, comme aucuns ont fait et font puis deux ans en ça en certaines entreprinses exploittées contre vous. Et ne faittes pas. Sire, comme fist le duc Charles de Bourgongne, qui ne voulut tenir compte du conseil de ceste science; lequel adverti et conseillé par maistre Jehan Spyrynke, son astrologien, de non aller contre les Suisses, et que d'y aller, si Dieu ne destournoit les influences célestes, il lui en prendroit mal, respondit ces propres motz : « que la fureur de son espée vainqueroit le cours du ciel », et lors y alla, et lui en print comme l'on scet. Il avoit mal estudiée la leçon que bailla Aristote à l'empereur Alexandre le grant, son disciple, par laquelle il l'admonnestoit de nom {sic) riens faire, s'il lui estoit possible, sans le conseil de quelque homme expert en la science des estoilles, comme plus à plain est contenu en son epistre commançant : « O Rex clementissime ». A quoy ne contrarie Platon en ses sentences et proverbes.
disant « principi non aliter neccessariam esse sapienciam quam corpori animam ; beatissimas fore res publiquas, si aut(em) philozophi dominentur aut saltem qui gubernant divina quadam sorte philozophantur ; nichil enini pestillencius esse potestate et audacia quam ignorancia com(m)itetur)). Ad ce propos dit Policrates le philozophe « que les Rommains, ou temps de leur prospérité, avoient la science de astrologie en si grande estimacion et usage que au moien d'icelle, ilz ont soubzmis en leur domination et obéissance forment tout le monde ». Ce que conferme le sage Chaton Uticensis, disant : « Majores nostri non tam armis quem (/. quam) celesti disciplina res publiquas ex parvis magnas fecerunt. » Ausquelles choses accorde assez saint Jerosme en une epistre « ad Paulinum », disant : « Taceo de gramaticis, rethoricis, philozophis, geometricis, dyalleticis, musicis, astrologis, arismeticis et medicis, quorum sciencia mortalibus satis vel utilissima est. » Par toutes lesquelles choses appert assez que la science de astrologie n'est pas inutille ne à ung prince ne en ung païs, mais convenable et utille. Laquelle utillité vous eussiez bien peu puisnaguères esprouver et clereraent appercevoir, quant les Anglois vind[rent] devant Boulongne, s'il vous eust pieu enquérir de leur
alFaire plus avant, aussi bien que fcistes de leur contenance en mer, et de leur descente. Car vous les eussiez trouvés si très infortunés, que là où il ne vous eust pieu leur courir sus, et les avoir ainçois laissés vin ou dix jours, sans faire parlamenter à eulx, si Dieu de sa puissance absolue n'eust destourné les influences, il leur eust convenu combatre ensemble l'un à l'autre et deslogés à leur grant confusion, deshonneur et dangier de leurs personnes, et au grant honneur et prouffit de vous et de vostre royaulme. Et veez là. Sire, de quoy vous povoit servir astrologie. Mais affin de éviter thedieuse prolixité, cy en droit mettray fin ad ce prologue, vous suppliant très humblement m'excuser, Sire, que là où je n'escriproye cy après des choses si haultement ne par si subtilles ou ellegantes raisons, comme bien seroit requis à vostre très sacrée Majesté, de supporter et supplier mon petit entendement.
Et devant que descendre au principal, est expédiant faire la division et assigner l'ordre et les parties de ce présent Elucidaire; lequel je deviserayen trois principalles parties. En la première mettray aucuns des hommes clersgrans et excellans personnages tant du viel que nouvel Testament, ecclésiastiques et séculiers, la pluspart desquieulx ont pratiqué, usé et expérimenté la
science de astrologie et de telz livres, comme j'ay peu faire, et au moins ceulx desquieulx il m'a peu apparoir qui plus ont vacqué à l'estude et excercisse de ladite science, et des livres et euvres qu'ilz en ont composez, et du fruit qu'ilz ont fait au moien d'icelle, de chacun en son temps par ordre, pour me estre tesmoings que ces défailles cervelles nées en lieu obscur ne sont pour adnichiller et mettre à ruyne ce que par cy long temps a esté poursuivi, traitté, pratiqué et expérimenté, et que les livres qui sont d'icelle science sont sans supersticion ; jaçoit ce que plusieurs grans gens et de diverses régions y ayent peu vaquer, dont je n'ay pas peu avoir les livres ne les noms, et que aye aussi peu veoir plusieurs autres livres dont n'ay peu trouver les noms des acteurs ; et autres plusieurs dont l'on ne scet le temps, et autres desquelz croniques ne histoires ne font mencion. Ainçois est seullement ce que j'ay pu recuillir en mes livres de astrologie, et en ceulx de mes amys, en aucunes gestes des Hebrieux et aussi par la sainte Escripture et autre part. Et si mencion d'autres en est faitte en quelque lieu, je ne puis pas avoir tout veu ne tout serché, et m'a soufïit d'en [avoir] grossement peu prandre et serper les plus apparans ; et sera divisée la première partie selon les vi aages. En
la seconde partie sera faitte mencion de astrologie, qui se divisera en huit parties. En la première sera dit superficiallemcnt et en gênerai que c'est des influences, et après que c'est de astrologie, sur quoy elle est fondée, quelz sont SCS principalles parties et des moyens et manières de procéder en icelle. En la tierce partie et fin de ceste euvre sera dit des ars supersticieux. Laquelle semblablement sera divisée en trente cinq parties. En la première partie sera dit que c'est de art magique et de ses espcsses, principes et fondemens et des observacions que font les magiciens et des moiens et manières d'iceulx. Et en la fin d'iceulx sera adjousté que c'est de l'art notoire de ciromance et geomance, que l'on dit ars divinatoires. Etconsequemment sera aussi traittié de l'art de augure, aruspice, auspice, ornimance, de chacun selon ses parties, puis de ydromance et de toutes ses espesses, de prestige, de songes et de leurs manières de deviner; en après, de l'art de piromance, acrimance, armonance, spatulamence et présage, de sortillège, de ariolle et de toutes leurs espesses, et finablement de l'orrible et excecrable art de nigromance, soubz lequel sont incorporez ou anexez l'art de phitonisse, d'enchantement, de fascination, de invisibilité, de ligacion et illusion, qui sont tous ars supersticieux et divina-
toires. Lesquelles choses desmelleray l'une de l'autre clerement et brevement, ce que par cy devant n'a esté fait ; et si fait a esté, il n'est parvenu à ma congnoissance ne de ces ignorans. Bien peut il estre qu'il en a esté escript çà et là aucune chose, mais non en ung volume ne en nostre langue ne si clerement, compendieusement ne évidemment monstre, comme bien eust peu estre fait. Non pas que je vueille dire que la matière aye esté ignorée ne la manière de faire. Mais je croy que jamais homme n'a eu si grande occasion de ce faire comme j'ay de présent; jaçoit ce que de toute ancienneté ignorance soit ennemie de science, neantmoins jamais ignorans ne osèrent tant descouvrir et monstrer si plainement leur ignorance comme puis naguères ont fait ses détracteurs mes ennemis, plus que bergiers ignorans la science de astrologie . Par la fin de toutes lesquelles choses ensemble escriptes l'une après l'autre vous porra sur tout clerement et évidemment apparoir, et non seullement à vous, Sire, mais aussi aux simples champestres, la grande differance de astrologie et des ars divinatoires, et comme astrologie est naturellement toute bonne, et qu'elle ne se aide ou participe d'aucune manière supersticieuse, et, par le contraire, les ars divi- . natoires totallement séquestrés d'icelle,et par
ce totallcment mauvaiz, supcrsticicux et divinatoires (sic) '.