PREMIER SEJOUR EN FRANCE
(Juillet 1485-mars i486)
E désir de voir l'Université de Paris et de puiser aux sources mêmes de la philosophie scolastique provoquèrent ce premier voyage. Quant aux autres Universités de France qu'il aurait visitées, au témoignage de son neveu, nous pensons qu'il ne faut pas prendre à la lettre les paroles d'un biographe enthousiaste, et qu'elles ne sont exactes que pour les Universités italiennes".
I. « ...Non tamen Italiae sed et Galliarum literaria gymnasia perlustrans célèbres doctores tempestatis illius, more Platonis et Apollonii, scrupulosissime perquirebat. » J. Pici Mirandiilce comitis opéra, Bâle, ooy, in-fol., sig. 3 v°; assertion reproduite par Gabriel Naudé dans l'édition des Mémoires de Messire Philippe de Comines, de Lenglet Du
C'est à Paris que Pic assista aux disputes des plus célèbres maîtres de l'École, qu'il y acquit la « langue parisienne » ', et que lui
Fresnoy, Londres et Paris, 1747, in-4'>, t. IV, Additions à l'Histoire de Louis XI, p. Sog, et par Greswell dans ses Memoirs of Angélus Politianus, Joannes Picus of Mirandula, Manchester, iSoSjin-S", 2' édit., pp. 481-482.
I. n Norma dicendi parisiensis. » Lettre de Pic à Ermolao Barbaro, édition deBâle, i557,pp. 35i-358. Environ soixante ans plus tard, Philippe Mélanchton composait une longue épître en réponse à la lettre de Pic, épître dont il prête la composition à Ermolao Barbaro lui-même. Epistolarum P. Melanchtonis /j6. /F. Londres, 1642, in-fol., ejiist. i35, col. 197 et sqq. Au début de ses neuf cents propositions, Pic déclare au lecteur que « non Romance linguœ nitorem, sed celebratissirnorum Parisiensiinn dispuiatorum dicendi genus est imitatus. » Opéra, Bâle, 1357, p. i35. — J. Barthéleriiy Saint-Hilaire apprécie en ces termes les résultats obtenus par ces terribles discuteurs scolastiques, aux arguments
hérissés de syllogismes en baralipton. « La
logique a fait la scholastique, berceau de l'intelligence moderne... Qu'on ne se méprenne point sur les services que la logique, par les mains de la scholastique toute française et toute parisienne, a rendus à l'Europe. Qu'on ne dénature point ces services en les exagérant. Elle imprima certainement à la
vint l'idée de ses thèses qu'il rédigeait à son retour en Italie.
Sous les auspices du nouveau règne, l'Université de Paris, assez maltraitée par Louis XI qui avait abandonné en fait à la rapacité de ses favoris les privilèges de ce grand corps, vit accueillir favorablement ses doléances par le jeune Charles VIII '.
science moderne et à toutes les langues dont elle se sert, une sévérité d'exposition, une précision, une justesse qu'elles n'auraient point eues sans elle au même degré. Elle avait habitué les esprits aux plus durs labeurs et les avait fortifiés par les plus durs exercices de l"Ecole... » Logique d'Aristote, traduite par J. Barthélémy Saint-Hilaire, Paris, 1844, in-S", t. !"■, préface, v-vi. — De Rémusat a développé les mêmes idées sur l'action de la scolastique, Mémoires de l'Académie des inscriptions, t. X, p. 2 36. Voir également l'article consacré à Pic dans le Dictionnaire des sciences philosophiques de Franck. Le frère mineur, Luis Carvajal, s'autorisera plus tard des arguments de Pic pour réfuter Érasme qui faisait peu de cas des théologiens, disait-il, à cause de leur style barbare. Apologia monasticce religionis diluens nugas Erasmi a Lodovico Carvaialo Minorita édita, s. 1., iSag, in-8°, p. 21.
I. Du Boulay, Historia Universitatis Parisiensis, Paris, 1670, in-fol., t. V, pp. 762-763; Créviev, His-
La mise en accusation d'Olivier le Dain, de Daniel Baert , de Louis Loup ', de Doyat ' et de leurs complices, avait rencontré l'approbation du public qui en rapporta l'honneur au roi, bien qu'à vrai dire, ce fût plutôt une concession habile et fort peu spontanée de sa sœur, la Dame de Beaujeu, aux idées de réaction qui s'étaient manifestées énergiquement à la mort de Louis XL
Olivier le Dain fut condamné à mort et pendu, le 20 mai 1484, au gibet de Monttaucon '; Doyat, fustigé par la ville et exposé au pilori, eut une oreille coupée et la langue percée d'un fer rouge; les autres en furent quittes pour des confiscations, des amendes ou le bannissement. Le supplice
toire de l'Université de Paris, Paris, 1761, in- 12, t. IV, p. 4i5.
1. Voir la lettre de Gaguin à l'évêque de Langres (Paris, I" août 1484), Epistolœ et carmina, Paris, 1498, in-4'', epist. 43, fol. 29 v° et 3o r".
2. Pélicier, Essai sur le gouvernement de la Dame de Beaujeu, Chartres, i882,in-8% pp. 57-58; Gaguin, Compendium, Paris, i5ii, in-8°, lib. IX, fol. ccxc v° et ccxi r".
3. Archives nationales, Notre-Dame, Registres capitulaires LL 123-124, p. 739.
d'Olivier le Dain, le principal instigateur de l'abolition de la plupart des privilèges de l'Université, fut regardé comme une satisfaction donnée à l'opinion, mais surtout à l'Université de Paris. Robert Gaguin, se faisant l'interprète de ces sentiments, composa à ce sujet une curieuse pièce de vers qu'il a insérée dans son Compendiiim \ Il avait quelque droit à agir de la sorte, car, pendant trois années consécutives, il avait été intimement lié aux intérêts de l'Université, il avait pris une part active à la lutte qu'elle soutenait pour la défense de ses privilèges, et avait contribué dans une large mesure au succès final \
Le pape Sixte IV étant mort à Rome, le 12 août de cette même année 1484, son successeur. Innocent VIII, notifia par un bref son exaltation à l'Université de Paris, ainsi qu'avaient fait ses prédécesseurs ^