NINON, COLIGNY
NINON
N'est-ce pas Villarccaux qui vous quitte ?
COLIGNY
Lui-même; et je lui sais bien gré de son départ, Puisque enfin, giâce au ciel, je puis vous faire par( ..
NINON
Est-ce (îonc mon abord qui l'éloigné si vite, .\Iarqui^?Et savez-vous si c'est moi qu'il évile?
COLIGNY
Il m'a (lit qu'une affaire urgente l'appelait. Mais b.M^sons de côté Villarceaux s'il vous plaît, Et peiiiietlez qu'enfin
NINON
Marquis, un mot de grâce Villarccîux s'esf-il plaint à vous de sa disgrike? Ou d'aptes ses discours n'avez-vous pas compris?...
COLIGNY
Ah ça, Ninon, c'est donc chez vous un parti pris De me jeter toujours Villaiceaux à la télc?
NINON
Plus qu'une question, mar(iuis, et je suis prèle A vous entendre.
Soit.
MNON.
Quand il vous a (|uiat-.
Scmblail-il inquiet?
COLIGNY
Non.
NINON
Triste, dépité?
COLIGNY
,Non; de son cœui', l'ivresse au contraire s"évade Avec mille transports.
NINON
J'entends; pui-e bravade!
COLIGNY
Non pas; à la façon dont il se rengorgeait
NINON
Il me semble pourtant qu'il n'en a pas sujet.
COLIGNY
Sans doute ; lorsqu'on perd un cœur comme le voire, ("est un maigre profit que d'en gagner un autre; El, bien que Villarceaux triomphe en ce moment. Je suis loin d'envier
NINON
Il triomphe! comment?
On peut le supposer, sans outrager la belle, Puisqu'il a pour ce soir rendez-vous avec elle.
NINON
La belle! qui cela?
COLIGNY
Qui? madame Scaron.
NINON
Raillez-vous, marquis?
COLIGNY
Non; il n'est pas fanfaron Au point de publier d'avance une vicloire
NINON
Et c'est lui qui vous a conté?...
COLIGNY
Toute l'histoire.
NINON
Est-il possible? quoi! sans avoir combattu, Se rendre en un seul jour, elle dont la vertu Contre tous les assauts veut paraître aguerrie, Elle, elle qui faisait si fort la renchéiie ! C'est ce soir, dites-vous, ce soir qu'elle l'attend ?
COLIGNY
Ce soir.
Je veux qu'elle ait un revers éclatant ; J'irai chez elle, avant qu'elle soit avertie; Vous aussi! vous serez, marquis, de la partie.
COLIGNY
Non pas; non , s'il vous plaît ; allez-y, c'est fort bien. Mais pour moi, je n'ai rien de commun
NINON
N'est-ce rien, N'est-ce rien que de voir la vertu pantelante IJràmer et succomber d'une façon galante? Oui, vous viendrez, marquis; car je prétends du moins, Autour de sa défaite ameuter des témoins, Et fiez-vous à moi, nous aurons du scandale.
COLIGNY
.Mais encore une fois, clans un pareil dédale...
NINON
J'ai besoin de rester seule pour me rasseoir; A tantôt.
COLIGNY
Mais.
NINON
Ce soir ou jamais.
A ce soir