M">^ SCARON, VILLARCEAUX
VILLARCE.UX.
A part. Seule! Haut Je vous dérange?...
M""' SCARON
Au contraire, mar(|iii Vous aile/, m'assisler.
VILLARCEAIX.
Je vous suis tout acquis, Madame.
M""^ SCAROX.
J'ai compté sur votre ministère, l't vous me voudrez bien servir de secrétaire Pour écrire un sonnet.
VILLARCEAIX.
Un sonnet?
M"' SCARON
Vraiment oui.
.Asseyez-vous donc là.
VILLARCEAIX.
Quel caprice inouï!
Remettons à plus tard
M""^ SCAROX.
Placez-vous là, vous dis-je; Et ne me troublez pas pendant que je rédige.
Lu peu (le patience, el vous vcitcz après Que ce caprice-là vous touche d'assez prés.
VILLARCEAUX
Soit donc.
M™^ SCARON
Villarceaux s'assied, et écrit à mesure que M"'' Scaron dicte.)
Sous le couvert d'une feinte tendresse, Une coquette insigne avait, hélas!
Surpris mon cœur par ruse et par adresse, VA le tenait prisonnier dans ses lacs.
Mais d'un lien qui m'obsède et me blesse, l.e poids m'accable el je m'en trouve las ; Et, revenu d'une longue faiblesse, .le veux briser ma chaîne sans éclats.
VILLARCEAUX
Ah! je comprends. Une coquette insigne.... C'est Ninon, n'est-ce pas, que ce titre désigne?
Jpo SCARON.
Peut-être bien.
YILLARCEALX.
Alors, c'est un engagement Que vous voulez tenir de moi?
M™*" SCARON
Précisément.
Vous fàchc-t-il, marquis, de me voir trop sujette A craindre qu'entre nous une autre ne se jette?
YILLARCEALX.
Non, certes; comme dit le proverbe, il est clair
Qu'un oiseau dans la main vaut mieux que deux eu l'aii
Si dans an pareil soin la mé(iance éclate, J'y vois d'une autre part un zèle qui me (latle 1*0 ur garder
M""^ SC.VRON.
Vous saurez bientôt ce qu'il on est Marquis; mais terminons d'abord notre sonnet.
VILLARCEAIJX.
Volontiers.
M""^ SCARON, dictant.
Je sens combien ma démence élail grande De dissiper, près d'une autre, l'ofirande Que j'aurais dû porter à vos genoux.
Prenez pitié d'une coupable injure; Et désormais, mon seul vœu, je le jure, Sera de vivre et de mourir pour vous.
VILLARCEAUX
C'est parfait !
M'"^ SCARON
Non pas, quant à la forme ; Mais toutefois, j'attache une importance énorme A conserver le sens de ce petit sonnet; Soyez donc assez bon pour le remettre au net. Si par chez moi ce soir vous passez, d'aventure, Portez-le-moi, signé de votre signature, Et je promets alors, marquis, de m'employer A payer vos bons soins par un digne loyer.
VILLARCEAUX
Ah! madame, combien vous me transportez d'aise! Dans quel ravissement
M""^ SCARON
iîien, bien, point de fadaise,
Marquis; topiez-iDoi cet écrit sans surseoir.
VILLARCEALX.
Dan? l'inslaiit.
M""' SCARO.N.
A ce soir, n'est-ce pas?
VILLARCEALX.
A ce soir.
(Elle sort ;