Picabia
Dans notre France, pays propice anx charmes infinis de FHenre séduisante et fugace, comme la femme, il semble bien que les âges héroïques de l’Ecole paysagiste contemporaine aient pris fin. Les Boudin, les Monet, les Pissarro, les Renoir, les Sisley, les Guillaumin ont désormais accès, et large accès, dans des galeries particulières, jadis hostiles à leurs œuvres, à ces visions de réalité toutes baignées d’atmosphère, et les amateurs, du moins les amateurs conscients de leur goût
personnel, réfractaires aux lois de la Mode, comme aux prescriptions du Snobisme, s’éprennent plus volontiers de tant de toiles, où la vision harmonieusement nuancée tend à perpétuer les charmes de l’heure dans notre France infiniment ondoyante et aux aspects toujours nouveaux, toujours émouvants. Seul, Cézanne, à son art, fruste d’apparence, mêle une virtuosité surprenante dans la représentation des « natures mortes», et déconcerte les passionnés de «plein air », chez qui subsistaient encore d’antiques vestiges de répulsion à l’égard des Maîtres de l’Impressionnisme , ces novateurs , dont les œuvres essayent de laisser un souvenir durable de la réalité du spectacle de la Nature dans les diverses saisons...
Cependant, ce qui assure aux maîtres de l’Impressionnisme une supériorité constante sur les praticiens du paysage qui se réclament d’autres Ecoles, c’est leur évidente, leur intense probité d’Art; ils ne songent pas à faire œuvre d’imitateurs. Besogne sotte et vaine, car la Nature renouvelle constamment ses aspects, selon le
LES CHATAIGNIERS A MUNOFS, NIEVRE. (EFFET DE SOI.EIF).
lieu, la saison, la température, l’heure de la journée, l’instant du matin, de l’après-midi, du soir! On doit les considérer, ces Impressionnistes trop honnis, comme des amoureux épris de la beauté singulière de nos champs ou de la majesté imposante de nos forêts, de l’élégance apprêtée de nos jardins ou de la splendeur émouvante de nos plages, auxquelles la Mer forme un radieux décor.
Mais ce sont des amoureux, dont les efforts cherchent à transmettre la saveur captivante des bords de rivière ombragés par les liants peupliers, à nous confesser le mystère exquis et inc|uiétant d’un sous-hois, à nous raconter le labeur des moissonneurs dans les grasses plaines de l’Eure, cet avant-poste de la Normandie plantureuse et saine, à nous décrire les vergers en fleurs avec la gamme des fruits aux tons caressants ou acides. De là, une méthode de traA^ail qui produit des œuvres inspirées par un commerce constant et direct avec la Nature franche et robuste, sans nulle de ces recettes traditionnelles, sans ces ombres de lumière imposées par le
séjour à Tatelier clos; de là, une représentation sincère et vibrante des paysages dans leur diversité inépuisable, d’après l’intensité des sentiments éprouvés; de là enfin, des fragments de vie rustique ou de vie citadine, rendus dans leur lumière aveuglante ou dans leur crépuscule attristé, comme les Blés eu gerbes à Qiveniy^ de Claude Monet, comme le Jardin, de Renoir, comme V Inondation sur la route de Saint- Germain, ou une Rue à Lonveeiennes, par Alfred Sisley. . .
A ces Maîtres qui infusèrent un sang nouveau à notre Ecole française de paysage, en voie d’affadissement, Francis Picabia se rattache visiblement. Il possède — à leur exemple — une égale passion pour la couleur et pour la lumière, et il éprouve, de même que ces artistes de très grand talent, une répugnance intime pour les procédés d’atelier. Les soixante ou soixante-dix toiles que son Exposition de 1007 offrit au jugement du public, les dessins, les croquis, les études qu’il soumit alors, représentaient l’œuvre parfois séduisant, toujours sincère et
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