SUR L EMPLOI DU TEMPS
je ne dirai pas que M. Saintine a donné un exemple Tema\quable des immenses ressources d'intérêt que peut renfermer le sujet le plus simple et le plus exigu en apparence ; je ne dirai pas qu'il a tenté une espèce de tour de force littéraire en taillant un volume dans l'étoffe d'une courte nouvelle; je ne dirai pas, enfin, qu'il a su éviter les écueils presque inévitables d'une composition oià il avait à chaque pas la crainte de tomber dans le faux, ou dans le froid, ou même dans le ridicule. Tout a été dit là-dessus pour faire ressortir le singulier mérite de l'auteur, qui s'est tenu constamment dans les bornes délicates et indécises du vrai et du beau. Picciola est désormais rangé au nombre de ces livres qu'on se dispense de louer, parce qu'on les relit sans cesse, en les aimant et en les admirant toujours davantage.
Certes, si je n'avais craint d'être taxé de complai sance, bien plus, de camaraderie, je me serais fait un plaisir de revenir lentement sur les impressions douces, mélancoliques et suaves que m'a procurées la lecture de Picciola; j'aurais cherché à découvrir la cause des charmes de cette lecture, qui pourtant ne soutient ni n'éveille l'attention par la multiplicité et la bizarrerie des événemens, par l'éclat et la force des péripéties, par le choc et le tumulte des passions, par tous les ressorts, déjà usés ou affaiblis, de la dramaturgie moderne ; j'aurais sans doute réussi à prouver, ce modèle à la