‹ Picciola (volume 3)Chapitre 26 sur 65 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

Quant à Charney, il lui faudra faire avant peu bien d'autres sacrifices de ce genre ; car l'époque de la frucr tification arrive pour sa Picciola. Quelques-unes de ses fleurs ont déjà perdu leurs brillans pétales, leurs étamines devenues inutiles. Ils sont tombés, comme autrefois les cotylédons lorsque les premières feuilles, arrivées à l'âge de la force, ont pu se passer de leurs secours. Maintenant l'ovaire, contenant le germe des graines, commence à se gonfler sous le calice élargi Les fleurs mères se dépouillent de leur éclat, coniint ces femmes dédaigneuses d'une vaine parure quand arrivent pour elles les soins sacrés de la maternité.

Charney se prépare à de nouvelles observations, les plus grandes, les plus sublimes qu'il eût faiitcs encore sans doute ; car elles se rattachent à la durée des races créées, à la reproduction des êtres, dont la fécondation n'est que l'acte déterminant. Déjà, en analysant un bouton, coupé, détaché de la tige par la morsure d'un insecte, il a entrevu ce germe primitif, cet embryon débile, qui n'est pas né des amours de la fleur, mais qui en a besoin pour vivre et se développer. Prévoyance admirable, combinaison saisissante de la nature, et que la science n'a pu encore expliquer. Il s'agit aujourd'hui de l'enfantement de l'être complet, de cette graine dont l'étroite enveloppe contient la plante tout entière ; phénomène dont les autres n'ont été que la préparation. Le moment est venu pour l'observateur d'étudier la gestation de 'œuf végétal à toutes ses époques, dans le

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bouton, dans la fleur brillante et parée, sous le calice découronné de ses pétales. Il va lui falloir de nouveau mutiler Picciola; mais ne réparera-t-elle pas facilement ses pertes ? De tous côtés, aux nœuds de sa tige, sous l'aisselle de ses feuilles, surgissent de naissans rameaux, 3'annonce une floraison future ; puis Charney saura la ménager. Demain donc il se mettra à l'ouvrage.

Le lendemain, il prend place sur son banc, avec cette gravité de l'homme qui va tenter une expérience difiicile, et dont le succès peut se faire attendre. Au premier coup d'œil jeté sur sa plante, il est surpris de l'état de langueur manifesté dans toutes ses parties. Les fleurs, courbées sur leurs pédoncules, semblent n'avoir plus la force de se tourner vers le soleil; les feuilles, à demi renversées, ont perdu l'éclat de leur luisante verdure. Charney pense d'abord qu'un violent orage se prépare, et, dans un premier mouvement, il dispose ses nattes, ses treillis, pour garantir Picciola des atteintes trop rudes du vent ou de la grêle. Cependant le ciel est pur de nuages, l'air est calme, et l'invisible alouette chante, perdu dans l'espace.

Son front se rembrujiit. Après un instant de recueillement : — Elle manque d'eau, se dit-il. Il court en chercher dans sa chambre, s'agenouille devant la plante, en écartant ses rameaux inférieurs pour mieux l'arroser au pied, et là il demeure toût-a-coup frappé d'immobilité. Son regard se fixe à terre, sur le même point; le bras qui soutient l'arrosoir reste suspendu, et tous les signes de la stupeur passent sur son front. 11 vient de découvrir la source du mal.

Picciola va mourir.

Tandis qu'elle multipliait devant lui les fleurs et le.s

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