LIVRE n
un mouvement de honte et de confusion, au désordre de sa toilette. Ses cheveux sont épars et dénattés, collés à ses joues ou flattant sur ses épaules; ses mains, sa figure, sont couvertes de sueur et de poussière. — Se présenter ainsi devant les souverains de France et d'Italie, c'est vouloir se faire repousser, et compromettre peut-être la réussite de sa mission !
Elle rentre donc dans le massif, se rapproche de la source, dénoue son large chapeau de paille, secoue sa noire chevelure, y passe les doigts,, en reforme les tresses, lisse le bandeau de son front, rajuste sa collerette ; puis, s'agenouillant près de la source, elle s'y mire, y plonge ses mains, les purifie de toute souillure, ainsi que son visage, et, sans se relever, adresse au ciel une prière fervente pour son père et pour Charney.
Ah ! n'était-ce pas là une gracieuse esquisse de l'Albane, apparaissant tout-à-coup au hasard sur une grande toile de bataille de Salvator-Rosa, que cette chaste toilette déjeune fille faite au milieu d'une armée ?
Tandis que Teresa guettait de nouveau l'instant favorable à sa traversée, soudain, de vingt côtés à la fois, de bruyantes détonations d'artillerie se firent entendre. Le sol parut s'ébranler, et les oiseaux perchés sur les arbres, prenant tous leur vol dans un même essor, poussant des cris, ?p. heurtant, tournoyant, gagnèrent les Dois de Valpedo et les ombrages de Voghera.
h-.i bataille venait de s'engager.
'Teresa, assourdie par le bruit du canon, intimidée par tout ce fracas, restait dans une sorte de torpeur, les yeux toujours fixés sur ce trône, qui tour à tour se montrait devant elle, ou disparaissait sous un rideau de ances et de baïonnettes.
/près une demi-heure, pondant laquelle toute autre
1()0 l'ICCIOLA.
pensée que celle d'un effroi instinctif sembla l'abandonner, son énergie d'âme reprit le dessus. Elle examina avec plus de calme les obstacles à vaincre pour arriver au monticule pavoisé, et ne les jugea point insurmontables.
Deux colonnes d'infanterie, se prolongeant sur une longue ligne, <iont la double base s'appuyait aux flancs du massif, venaient d'engager une vive fusillade l'une contre l'autre. Elle espéra pouvoir, à travers ce brouillard de poudre, se frayer un chemin sans être même aperçue. Elle hésitait cependant, lorsqu'une troupe de hussards brûlés de soif font invasion dans son asile.
Alors elle n'hésita plus ; son courage se renforçant d'un accès de pudeur, elle s'élance en courant entre les deux colonnes d'infanterie, et quand la fumée vient à se dissiper, les soldats poussent une clameur de surprise en apercevant au milieu d'eux une jupe blanche, un chapeau de femme, une fugitive jolie, charmante, qui, malgré leurs cris, poursuit sa course.
Un escadron de cuirassiers accourait pour appuyer une des lignes. Le capitaine faillit renverser Teresa: mais, la saisissant à temps entre ses bras, il l'enlève de terre, et, jurant, sacrant, sans plus s'informer par quel hasard une jeune fille se trouve en plein champ de bataille, il charge deux soldats de la conduire au quartier des femmes.
Il lui fallut monter en croupe derrière un des cuirassiers, et ce fut ainsi qu'elle se' dirigea vers l'endroit où les dames de la suite de l'impératrice Joséphine, accompagnées de quelques aides de camp et de messieurs les députés des villes d'Italie, se tenaient sur le monticule
Arrivée là, touchant enfin au but, Teresa ne pouvait plus faiNif dans s' n entreprise. Elle avait surmonté