Picciola
L'ouvrage de M. Saintine est jugé : l'opinion publique avait devancé cette fois la justice solennelle que l'Académie Française s'est empressée de lui rendre en le proclamant digne d'un prix qui fait également honneur au caractère et au talent de l'écrivain. Aujourd'hui Piccîoia, dont la publication remonte à peine à cinq ans, jouit déjà de cette réputation solide et inaltérable que nos meilleurs classiques n'ont acquise qu'après l'épreuve du temps, et cet admirable livre de philosophie morale et religieuse a pris sa place
IV SUR l'emploi du temps
dans les bibliothèques à côté de la Confession duFicaire Savoyard, par Jean-Jacques Rousseau, et de Faut et Virginie, par Bernardin de Saint-Pierre.
Je ne répéterai donc pas les éloges unanimes qui ont été accordés à ce petit chef-d'œuvre , comparable et préférable peut-être aux Frigio^ii de SiMo Pellico ; je ne dirai pas que M. Saintine a donné un exemple remarquable des immenses ressources d'intérêt que peut renfermer le sujet le plus simple et le plus exigu en apparence ; je ne dirai pas qu'il a tenté une espèce de tour de force littéraire en taillant un volume dans l'étolTe d'une courte nouvelle; je ne dirai pas enfin qu'il a su éviter les écueils presque inévitables d'une composition où il avait à chaque pas la crainte de tomber dans le faux , ou dans le froid , ou même dans le ridicule. Tout a été dit là-dessus pour faire ressortir le singulier mérite de l'auteur, qui s'est tenu constamment dans les bornes délicates et indécises du vrai et du beau. Ficcioia est désormais rangé au nombre de ces livres qu'on se dispense de louer, parce qu'on les relit sans cesse , en les aimant et en les admirant toujours davantage.
Certes, si j6 n'avais craint d'être taxé de complaisance, bien plus, de camaraderie, je me serais fait un plaisir de revenir lentement sur les impressions douces^ mélancoliques et suaves que m'a procurées la lecture