‹ Picciola (volume 4)Chapitre 109 sur 129 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

armée. Cependant les amis de Girhardi, excités de nouveau par elle, redoublaient d'efforts, promettaient de faire, avant peu, cesser sa captivité; et Teresa, plus tranquille, avait repris la route de Turin, où une parente lui offrait un asile.

Le mari de cette parente était bibliothécaire de la ville. Ce fut Inique Menou chargea du choix des livres à envoyer à la forteresse de Fénestrelle. La nature de ces livres mit Teresa à même de deviner facilement à qui ils étaient destinés. De là, dans un des volumes, l'insertion de ce petit billet dont la forme mystique ne pouvait compromettre ni son parent ni son protégé. Elle ignorait alors que son père et Charney vivaient plus que jamais séparés l'un de l'autre; et quand la nouvelle lui en vint par le messager même chargé du transport des livres, effrayée des conséquences que pouvait avoir pour le vieillard un isolement peut-être complet, une seule pensée avant tout remj)lilt son cœur : la réunion des deux captifs I

Quelque temps après , lorsque, présentée par madame Menou au gouverneur du Piémont, elle vint lui offrir ses remerciemens et s'épancher devant lui en témoignages de reconnaissance, le vieux général, doucement surpris à sa vue, touché de cette onction de tendresse filiale qu'elle laissait éclater devant lui, se dépouilla un instant de sa rudesse ordinaire, et lui prenant affectueusement la main :

— Venez me voir de temps en temps , lui dit-il, ou plutôt venez voir ma femme. Peut-être, avant un mois, aura-t-elle une bonne nouvelle à vous donner I

Teresa pensa aussitôt que la faveur lui allait être accordée de retourner à Fénestrelle , d'y passer une partie do ses journées en prison, près de son père ; elle se jeta aux pieds du général, et le remercia vingt fois, avec une figure rayonnante de bonheur !

Par un de ces beaux soleils d'octobre, qui rappellent ceux du printemps , Girhardi et Charney se tenaient sur leur banc. Tous deux étaient silencieux, pensifs, et, accoudés à chacune des extrémités de leur siège rustique, on les eût crus indifférens l'un à l'autre, si, parfois, le regard du comte, avec une expression d'intérêt et d'inquiétude, ne s'était tourné vers son compagnon, alors entièrement absorbé dans une profonde rêverie.

Les traits de Girhardi ne revêtaient que bien rarement cette sombre apparence de tristesse. Charney pouvait facilement se tromper sur la cause qui la faisait naître, et il s'y trompa.

— Oui , oui , s'écria-t-il , sortant tout-à-coup de ce long silence : la captivité est horrible 1 horrible ! quand elle n'est pas méritée I vivre séparé de ce qu'on aime I

Girhardi leva la tête, et se débarrassant à son tour de cette enveloppe méditative :

— La séparation, c'est la grande épreuve de la vie, n'est-il pas vrai, mon ami?

— Moi , votre ami ! reprit le comte ; ce nom me convient-il ? N'est-ce pas moi qui vous ai séparé d'elle? le pouvez-vous oublier? Ah! ne vous en défendez pas, vous songiez à votre fille, et en y son-

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