‹ Picciola (volume 4)Chapitre 110 sur 129 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

géant, vous n'osiez tourner vos yeux vers les miens 1 Lorsque ces pensées vous viennent, je le comprends, ma vue doit vous être odieuse l

— Vous vous trompez étrangement sur les causes de ma rêverie, dit le vieillard. Jamais peut-être le souvenir de ma fille ne m'est revenu à l'esprit plus consolant qu'aujourd'hui, car elle m'a écrit, et j'ai sa lettre!

— Il serait possible! Elle vous a écrit? on l'a permis ! — Et Gharney se rapprocha de l'heureux père avec un mouvement de joie aussitôt réprimé ; — Mais cette lettre vous instruit-elle donc de quelque nouvelle sinistre ?

— Nullement... au contraire.

— Alors, pourquoi cette tristesse?

— Hélas ! que voulez-vous, mon ami? l'homme est ainsi fait ! Un regret se mêle toujours à nos plus belles espérances ! nos bonheurs ici-bas portent leur ombre devant eux , et c'est sur cette ombre que s'arrêtent d'abord nos regards ! Vous parliez de séparation ! ... tenez , la voici cette lettre; lisez , et vous devinerez pourquoi, ce matin, un sentiment de tristesse m'a

, saisi près de vous.

Gharney prit la lettre , et il la tint quelque temps sans l'ouvrir. Les yeux fixés sur Girhardi, il semblait vouloir deviner, par la physionomie de son cher compagnon, ce que la lettre contenait; puis il examina la suscription, et s'émut doucement en reconnaissant l'écriture. Enfin, dépliant le papier, il essaya d'en faire la lecture à haute voix; mais sa voix tremblait.

les mots séchaient ses lèvres en passant : il s'interrompit et acheva la lettre en lui-même.

A^oici ce qu'il lut :

<( Mon bon père, ce billet que vous tenez mainte- » nant entre vos mains, baisez-le mille et mille fois ; )) mille fois je l'ai baisé moi-même , et il y a pour » vous une moisson complète à faire sur lui ! »

— Oh ! je n'y ai pas manqué, murmura Girhardi.. . Chère enfant I

Charney poursuivit.

« C'est pour vous, comme pour moi, une vive sa- » tisfaction , n'est-il pas vrai, qu'il nous soit permis » enfin de correspondre ensemble ? Nous en devons » garder au général Menou une éternelle reconnais- » sance ! C'est lui qui a mis fin à ce silence qui nous » séparait plus encore que la distance. Béni soit-il ! » Désormais, du moins, nos pensées pourront voler au- » devant les unes des autres ; je vous dirai mes espé- » rances, et elles vous soutiendront; vous me direz » vos chagrins, et en pleurant sur eux, je croirai » pleurer près de vousl Mais, mon bon père, si une » faveur plus grande encore nous était réservée!..,. » Ohl de grâce, suspendez ici pendant quelques in- » stans la lecture de ce billet, et , avant d'aller plus » loin, préparez votre âme aux joies soudaines qu'il » me reste à vous faire connaître ! .. . Père, s'il m'était » bientôt accordé de retourner près de vous I Vous » voir de temps en temps, vous entendre, vous en- » tourer de mes soins, durant deux années ce bon- » heur m'a suffi, et alors la captivité vous paraissait

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