‹ Picciola (volume 4)Chapitre 117 sur 129 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

castors ont bâti leurs cabanes sur le même plan , les chenilles et les araignées ont filé et tissé leurs coques et leurs toiles d'après les mêmes formes ; les alvéoles des abeilles ont toujours formé l'hexagone régulier ; et les fourmis-lions ont de tout tertips tracé sans compas des cercles et des volutes. Le caractère de leur industrie, c'est l'uniformité, la régularité; celui de l'industrie humaine, c'est la diversité ; car elle vient d'une pensée libre et créatrice aussi. Jugez maintenant. De tous les êtres de la création, l'homme seul a la mémoire, le pressentiment, l'idée du devoir et des causes occultes, la contemplation, l'amour ! Seul il se détermine par le raisonnement et non par l'instinct ; seul, il peut entrevoir l'univers dans son ensemble ; seul , il a la prévision d'un autre monde ; seul, il sait la vie et la mortî

— Sans doute, dit Charney ; mais, encore une fois, ce qui le distingue des animaux est -il donc tant à son avantage? Pourquoi Dieu nous a-t-il donné une raison qui nous égare, une science qui nous trompe? Avec notre haute intelligence, nous nous faisons souvent pitié à nous-mêmes 1 Pourquoi le seul être privilégié est-il aussi le seul sujet à l'erreur ? Pourquoi n'avons-nous pas l'instinct des animaux, ou les animaux notre raison ?

— C'est qu'ils n'ont pas été créés pour la même fin. Dieu n'attend pas d'eux des vertus. Accordezleur la raison, la liberté du choix dans leurs demeures et dans leur nourriture, et vous rompez à l'instant l'équilibre du monde. Le Créateur a voulu que

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la surface de ce globe , et même ses profondeurs, fussent remplies d'êtres animés, que la vie y fût partout. Et, en effet, dans les plaines, dans les vallées, dans les forêts, depuis le sommet des montagnes jusque dans les abîmes, sur les arbres comme sur les rochers, dans les mers, les lacs, les fleuves, les ruisseaux, sur leurs bords comme dans leurs lits, dans les sables comme dans les marais, dans tous les climats, sous toutes les latitudes, d'un pôle à l'autre, tout est peuplé, tout se meut avec harmonie , avec ensemble. Au fond des déserts comme derrière un fétu de paille, le lion et la fourmi sont au poste qui leur a été assigné. Chacun a sa part , chacun a sa place marquée d'avance ; chacun y tourne dans son cercle providentiel ; chacun y est enchaîné dans ses limites ; car il fallait que toutes les cases de cet immense échiquier fussent remplies : elles le sont; nul ne peut sortir de la sienne sans mourir. L'homme seul va partout et vit partout ! il traverse les océans et les déserts; il plante sa tente dans les sables, ou construit ses palais au bord des lacs ; il habite au milieu des neiges de nos Alpes, comme sous les feux du tropique; il a le monde pour prison !

— Mais si ce monde est gouverné par Dieu, dit Charney, pourquoi tant de crimes au sein des sociétés humaines, et de désastres dans la nature? J'admire avec vous la sublime distribution des êtres créés ma raison se confond devant cet ensemble saisissant; mais quand mes yeux se reportent vers l'homme. ..

— Mon ami, interrompit le sage, n'accusez Dieu,

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