UVRE
— Elle est ici, dit-il, et elle vous attend près de la plante.
Charney le suivit silencieusement, sans avoir la force d'articuler un mot, et le cœur rempli d'une sorte de gêne plutôt que de plaisir.
Etait-ce donc l'embarras de se présenter devant une femme à laquelle il devait tout, et envers laquelle il ne pouvait s'acquitter? Se souvenait-il de quelle façon, le matin même, il avait accueilli son sourire et son salut? Alors que la séparation approchait, sentait-il faillir son courage et sa résignation? Quoiqu'il en soit de ces causes et de bien d'autres peut-être, quand il se présenta devant elle, à ses manières, à son langage, nul n'eût pu reconnaître le brillant comte de Charney; l'aisance de l'homme du monde, la fermeté du philosophe, avaient fait place à un balbutiement , à une gaucherie , auxquels Teresa dut sans doute l'apparence de froideur et de circonspection dont elle revêtit ses réponses et son maintien.
Malgré tous les soins que Girhardi se donna pour mettre en rapport l'un vis-à-vis de l'autre sa fille et son ami, l'entretien ne roula d'abord que sur des lieux communs d'espérance et de consolation pour l'avenir. Revenu de son premier trouble, Charney, sur les traits si calmes de la Turinaise, ne vit qu'indifférence, et se persuada facilement que, dans ses services rendus, elle n'avait fait qu'obéir à son caractère aventureux, ou aux ordres de son père.
Alors, il en vint à regretter presque de l'avoir vue;
car retrouvait-il encore, en pensant à elle, tout ce charme d'autrefois? Tandis qu'ils étaient assis tous trois sur le banc, Girhardi en contemplation devant sa fille, et Charney articulant quelques froides paroles sans suite , dans un mouvement que fit Teresa vers son père, un large médaillon, suspendu à son cou et caché sous un pli de sa robe, s'en échappa. Charney y put voir, d'un côté, les cheveux blancs du vieillard , de l'autre , une fleur desséchée, précieusement conservée entre la soie et le cristal. C'était la fleur que lui-même lui avait envoyée par Ludovic.
Quoi! cette fleur, elle l'avait gardée, conservée, placée précieusement près des cheveux de son père ! de son père qu'elle adorait 1 La fleur de Picciola ne brillait plus sur le front de la jeune fille ; elle reposait sur son cœur 1 Cette vue avait changé toutes les dispositions de Charney. Il se reprenait à examiner de nouveau Teresa, comme si elle venait de se métamorphoser devant lui, et qu'il dût découvrir en elle ce qui ne s'y était pas encore montré. Et en effet, son visage, tourné vers son père, s'éclairait d'une double expression de tendresse et de sérénité ; elle était belle alors comme les vierges de Raphaël sont belles, comme sont belles les âmes aimantes et pures I Charney suivait lentement du regard ce profil gracieux et animé sur lequel s'harmoniaient si bien la douceur et la force, l'énergie et la timidité 1 Depuis si longtemps il n'avait pu contempler une face humaine, %insi resplendissante de l'éclat de la jeunesse, de la