‹ Picciola (volume 4)Chapitre 13 sur 129 · DANS LES PRISONS D ÉTAT. XXIX · texte numérisé non relu

DANS LES PRISONS D ÉTAT. XXIX

qu'on lui offrait ; le Iroisième jour, ce rat devint plus familier et aussi plus vorace, parce que Latude se priva d'une partie de sa ration de viande pour attirer ce commensal affamé ; les jours suivans, le rat, dont la confiance augmentait à chaque repas , alla en trottinant quérir sa pitance dans la main du prisonnier. Ce n'est pas tout : l'exemple est aussi contagieux chez les rats que chez les hommes. Ce rat changea de résidence et appela dans le cachot sa femelle et sa famille, composée de cinq ou six ratons ; ils se fixèrent tous auprès de Latude, qui leur donna des noms et leur apprit à cabrioler pour gagner leur pâture , suspendue en l'air à deux pieds du sol. Cette société de rats se trouvaient si bien d'être hébergés aux dépens de leur maître et seigneur, qu'ils montraient les dents aux intrus qui essayaient de s'introduire dans leurs rangs : ils multiplièrent patriarchalement jusqu'au nombre de vingtsix, gros et petits, nourris comme Latude avec le pain du roi.

Les araignées étaient sans doute d'un caractère plus sauvage et moins reconnaissant que les rats , car Latude ne put jamais réussir à en apprivoiser une seule. Il eut beau leur présenter des mouches et des insectes, il eut beau les appeler en sifflant et en jouant du flageolet (il avait fabriqué cet instrument avec un morceau de sureau qu'il trouva dans la paille de son lit) ^

XXX SUR l'emploi du temps

il eut beau les enlever de leur toile et les retenir de force sur sa main , ces araignées ne se laissèrent pas séduire, et il finit par conclure que celle de Pellisson n'avait existé que dans les livres et la tradition. Cependant le baron de Trenck, enfermé à la même époque dans la forteresse de Magdebourg , avait su tirer meilleur parti des araignées de sa prison : il s'était même promis de rendre un éclatant hommage au merveilleux instinct de ces insectes, et il eût fourni de puissans argumens en faveur du système de l'âme des bêtes.

Il raconte seulement dans ses Mémoires l'histoire touchante de la souris qu'il avait apprivoisée au point qu'elle jouait avec lui et venait manger dans sa bouche. « Je ne saurais tracer ici, dit-il, toutes les réflexions que fit naître en moi l'étonnante intelligence de ce petit animal. » Une nuit, la souris, courant, sautan' grattant, rongeant, fit tant de bruit, que le major appelé par les sentinelles, commanda une ronde dai la prison et visita lui-même les serrures et les verroux, pour s'assurer qu'on n'exécutait pas une tentative d'évasion. Le baron de ïrenck avoua que tout ce bruit provenait de sa souris, qui ne dormait pas et qui demandait la liberté pour lui. Le major confisqua la souris et la transféra dans la chambre de l'officier de garde; le lendemain, la souris, qui

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