‹ Picciola (volume 4)Chapitre 20 sur 129 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

un faux principe, qu'il se découragea, ne se sentant ni assez de force ni assez d'insensibilité pour renverser chez les autres ce que l'ouragan révolutionnaire n'avait pu détruire entièrement chez nous.

Puis combien de braves gens , avec autant de lumières et de bonnes intentions que lui peut-être , avaient des théories en tout opposées à la sienne I S'il allait mettre le feu aux quatre coins du globe, pour un doute l Cette réflexion l'humilia plus encore que les aberrations de l'histoire, et le laissa dans une perplexité pénible.

La métaphysique lui restait.

C'est le monde des idées. Là les bouleversemens paraissent moins eflFrayans, car les idées se choquent sans bruit dans les espaces imaginaires , comme Ta dit un poète allemand ; vérité douteuse ainsi quêtant d'autres, la pensée muette a un écho sonore.

Avec la métaphysique, Charney croyait ne plus risquer le repos des autres ; et il perdit le sien.

Là surtout, là, plus il s'avança vers les profondeurs de la science, analysant, discutant, argumentant, plus il n'entrevit qu'obscurité et confusion. L'insaisissable vérité, toujours fuyant à son approche, s'évanouissait sous ses pas, et, moqueuse, semblait voltiger à ses yeux comme un feu follet , qui vous attire pour vous égarer. Il la voyait lumineuse devant lui, et elle s'éteignait sous son regard, pour renaître où il ne la soupçonnait pas. Infatigable et tenace, s'armant de patience, il la suivait avec une prudente lenteur, pour la forcer dans son sanctuaire, et.

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rapide, elle s'éloignait; il voulait hâter sa course pour l'atteindre , et dès son premier mouvement il l'avait dépassée. Il croyait enfin la tenir 1 elle était sous sa main, dans sa main l et elle glissait entre ses doigts, se divisant, se multipliant sur des points différens. Vingt vérités brillaient à la fois autour de 1 horizon de son intelligence : fanaux menteurs qui mettaient au défi sa raison I Ballotté entre Bossuet et Spinosa, entre le déisme et l'athéisme, tiraillé par les spiritualisles, les sensualistes, les animistes , les ontologistes, les éclectisteset les matérialistes, il fut saisi d'un doute immense, qu'il résolut enfin par une négation complète .

Laissant de côté les idées innées et.la révélation des théologiens, la raison suffisante et Vhannonie préétablie de Leibnitz, la perception et la réflexion de Locke, Vobjectifei le subjectif de Kant, les sceptiques, les dogmatiques et les empiriques, les réalistes et les nominaux, l'observation et l'expérience, le sentiment et le témoignage, la science des choses particulières et la puissance des universaux, il se renferma dans un panthéisme grossier; il refusa de croire à une intelligence suprême. Le désordre inhérent à la création, les contradictions perpétuelles entre les idées et les choses, l'inégale répartition des biens et des forces fixèrent dans sa cervelle cette conviction que la matière aveugle avait seule tout produit, et seule organisait et dirigeait tout.

Le hasard devint son dieu, le néant fut son espoir! 11 s'attacha à ce système avec transport, presque avec orgueil, comme s'il l'eût créé lui-même ; se sentant

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