‹ Picciola (volume 4)Chapitre 31 sur 129 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

tamorphoses ; et un jour, après qu'il Teut contemplée long-temps, il se surprit à rêver près d'elle, et ses rêveries avaient une douceur inaccoutumée, et il se sentit heureux de les prolonger en marchant à grands pas dans sa cour. Puis, relevant la tête, il aperçut à la fenêtre grillée du grand mur Vattrapeur de mouches qui semblait l'observer. Il rougit d'abord, comme si l'autre eût pu deviner sa pensée, et il lui sourit ensuite, car il ne le méprisait plus. En avait-il le droit? Ne venait-il pas, lui aussi, d'absorber son esprit dans la contemplation d'une des créations infimes de la nature?

— Qui sait, se disait-il, si cet Italien n'a pas découvert dans une mouche autant de choses dignes d'être étudiées, que moi dans ma plante?

En rentrant dans sa chambre, le premier objet qui frappa sa vue, ce fut cette sentence fataliste, inscrite par lui sur le mur deux mois auparavant :

Le hasard est aveugle^ et seul il est le père de la création.

Il prit un charbon, et écrivit dessous ;

Peut-être I

Charney ne crayonnait plus sur son mur, il ne sculptait plus sur sa table que des tiges naissantes, protégées par leurs cotylédons, que des feuilles avec leurs découpures et leurs nervures saillantes. Il passait la plus grande partie de ses heures de promenade devant sa plante, à l'examiner, à l'étudier dans ses développemens, et, rentré dans sa chambre, souvent, à travers ses barreaux, il la contemplait encore.

C'est là maintenant l'occupation favorite, le jouet, la marotte du prisonnier. S'en fatiguera-t-il aussi facilement que des autres ?

Un matin, de sa fenêtre, il vit le geôlier, traversant sa cour d'un pas rapide, passer si près de la plante,

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