LIVRE II
voir Couthon se présenter à la Convention avec une rose à sa boutonnière I
Joséphine voulut élever la voix, et réclamer cont?"^ ce titre de jacobin, si légèrement donné au nol comte ; mais, dans ce moment, un chambellan vinï prévenir l'empereur que messieurs les généraux, ainsi que les ambassadeurs et députés des provinces italiennes, l'attendaient dans le salon de réception. Il se hâta de les rejoindre; et, inspiré bien plus par leur présence que par le contenu de la pétition, il prit occasion du nom du pétitionnaire pour faire une sortie vigoureuse contre les idéologues, les philosophes ; revenant encore sur les jacobins, qu'il saurait bien, disait-il, mater et amener à merci I — Et il élevait la voix d'un ton de résolution et de menace, non qu'il fût aussi vivement animé qu'il le faisait paraître ; mais, habile à profiter des circonstances, il voulait que ses paroles fussent entendues et répétées, surtout par l'ambassadeur prussien, présent à cette assemblée. C'était son acte de divorce avec la Révolution qu'il proclamait là !
Pour complaire au maître, chacun renchérit sur ses discours. Le général gouverneur de Turin surtout, Jacques-Abdallah Menou, oubliant ou plutôt reniant ses anciennes convictions, se répandit en brusques attaques contre les Brutus des clubs et des tavernes d'Italie et de France, et ce fut bientôt, dans le cercle impérial, un chorus unanimed'imprôcations virulentes contre les conspirateurs, les révolutionnaires, les jacobins, tel, que Joséphine se sentit troublée un in-
stant devant ce terrible orage qu'elle venait de soulever. Remise de sa terreur , elle s'approcha de l'oreille de Napoléon; et d'une voix demi-railieuse :
— Eh 1 sire, dit-elle, pourquoi donc tout ce bruit? Il ne s'agit ni de jacobins ni de révolutionnaires, mais d'une pauvre fleur qui n'a jamais conspiré contre personne.
L'empereur haussa les épaules.
— Croit-on me duper par de pareilles sornettes ? s'écria-t-il. Ce Charney est un homme dangereux, mais non pas un niais 1 La fleur est le prétexte... le but l'enlèvement des pavés. C'est une évasion qu'il prépare sans doute 1 Vous y veillerez, Menou. Et comment cet homme a-t-il pu écrire sans que sa demande passât par les mains du commandant ? Est-ce ainsi que la surveillance s'exerce dans les prisons d'état.
L'impératrice essaya encore de défendre sa protégée :
^ Laissons cela, madame ! dit le maître.
Et Joséphine, interdite, découragée, se tut, et baissa les yeux sous le regard qu'il venait de lui adresser.
Menou, gourmande par l'empereur, n'avait pas ménagé les reproches au colonel-commandant de la citadelle de Fénestrelle ; et celui-ci, à son tour, s'était hâté de sévir contre les prisonniers auxquels il devait d'avoir reçu de si vertes réprimandes.
Déjà séparé de sa fille, qui, le cœur plein d'espoir, n'avait revu les donjons de la forteresse que pour recevoir l'ordre de quitter sur-le-champ le territoire