LIVRE II
qu'il avait reçti /a veille ; puis enfin, après avoir, à plusieurs reprises, fait monter et descendre ses sourcils en témoignage de grand étonnement, il affecta un air semi -courtois, se rapprocha de Charney et déposa gracieusement entre ses mains la lettre du général.
Le prisonnier lut à haute voix ce qui suit : « Sa majesté l'empereur et roi vient de me trans- )) mettre l'ordre, monsieur le commandant, de vous » faire savoir qu'il consent enfin à la demande du r) sieur Charffey , relative à la plante qui Croît » parmi les pavés de sa prison. Ceux qui la gênent » seront enlevés. Je vous charge de veiller à l'exé- » cution du présent ordre, et de vous entendre à ce y> sujet avec le sieur Charney. »
— Vive l'empereur 1 cria Ludovic.
— Vive l'empereur 1 murmura une autre voix qui semblait sortir de la muraille.
Pendant cette lecture , le commandant s'appuyait de la hanche sur sa canne, pour se donner un maintien ; les deux hommes en écharpe, ne pouvant encore trouver le mot de tout ceci, semblaient confondus, et cherchaient en eux-mêmes par quels moyens ils rattacheraient ces événemens à la conspiration rêvée par eux ; l'aide de camp et le page se demandaient pourquoi on les avait fait venir si vite. Enfin, ce dernier s'adressant à Charney :
— Il y a une apostille de l'impératrice, lui dit-il. Et Charney lut sur la marge :
« Je recommande M. de Charney aux bons soins de
» M. le colonel Morand. Je lui serai particulièrement » reconnaissante de ce qu'il voudra bien faire pour » adoucir la position de son prisonnier.
» Signé Joséphine.»
— Vive l'impératrice 1 cria Ludovic.
Charney baisa la signature, et tint quelques instans le message sur ses yeux.