‹ Picciola (volume 4)Chapitre 93 sur 129 · LIVRE TROISIEME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME

Le commandant de Fénestrelle avait repris toute sa courtoisie envers le protégé de sa majesté l'impératrice et reine. Non seulement Charney n'alla point occuper la loge du bastion, mais on l'autorisa à reconstruire les échafaudages et les abris dont plus que jamais Piccioïa languissante , à demi transplantée, réclamait le secours. Les fureurs du colonel Morand contre l'homme et la plante s'étaient si bien calmées, que, chaque matin, Ludovic venait de sa part demander au prisonnier s'il n'avait rien à désirer et comment se portait la Piccioïa.

Usant de cette bonne volonté, Charney obtint de sa munificence des plumes, de l'encre, du papier, afin de relater sur de nouveaux frais, par le souvenir, ses

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études et ses observations de physiologie végétale ; car la lettre du gouverneur de Turin n'annulait point le droit d'enquête et de saisie ; les deux sbires judiciaires avaient emporté ses archives sur toile, et, après un examen approfondi, déclarant ne pouvoir, malgré leurs efforts , trouver la clef de cette correspondance, ils avaient dépêché le tout vers Paris , au ministère de la police, pour y être commenté, analysé, déchiffré, par de plus habiles et de plus experts qu'eux.

Une privation autrement importante, car il n'y put suppléer aussi facilement, fut encore imposée à Charney. Le commandant, punissant Girhardi des reproches adressés à lui par le général Menou sur son défaut de surveillance , l'avait fait reléguer dans une autre partie de la forteresse , où il ne pouvait communiquer avec personne. Cette séparation, qui jetait le vieillard dans un complet isolement, retombait sur le cœur de Charney comme un remords, et paralysait l'effet des faveurs du colonel.

Il passait une grande partie de sa journée les yeux attachés sur la grille et sur la petite fenêtre close. 11 y croyait voir encore le bon vieillard au moment où, avec effort , passant son bras à travers les barreaux inférieurs, il avait essayé vainement de lui faire toucher une main amie ; il voyait sa supplique à l'empereur frôler le mur et remonter jusqu'à cette grille au bout d'un cordon, pour aller de lui à Girhardi, de Girhardi à Teresa, de Teresa à l'impératrice; et derrière ces barreaux , brillait et s'animait de nouveau

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