MARTHE, ELENA
ELENA, après être entrée vivement comme quelqu'un qui a marché vite et s'assurant que personne ne la suit.
Enfin! j'y suis!... Personne ne m'a vue!... (Apercevant Marthe-
qui feint de ne pas la voir et prend un carton comme pour dessiner.) Quel— qu'Un! Et Ce n'est pas lui! (Elle s'arrête saisie et inquiète. Marthe s'assied sur le canapé, lui tournant le dos, et très-attentive en apparence a-tos* travail. — Elena descend les marches, et s'adressant à elle.) Pardon !. -
M. Frédéric Auvray n'est pas là?
MARTHE, se retournant et feignant la surprise, puis reprenant tout aussitôt, son travail.
Vous voyez.
ELENA, même jeu.
Et savez-vous, Monsieur, s'il ne rentrera pas bientôt ?
MARTHE, affectant l'allure d'un rapin.
Oh! bien, quand le patron est sorti, est-ce qu'on sait
jamais quand il rentrera! (Elle prend le bouquet d'Elena et le place dans un vase sur la table comme pour le dessiner.
iiG PICCOLÏXO.
EL EX A, à part, tressaillant.
Mon bouquet!...
MARTHE, surprenant le mouvement, à part.
C'est bien elle!
EL EX A, à part.
Il n'a pas reçu mon avis... quel contre-temps! moi qui n'ai que ce moyen de le voir... (Haut.) Je l'attendrai donc!...
Elle s'assied à droite dans le fauteuil.)
MARTHE, à part, faisant semblant de peindre, et reculant comme pour juger l'effet de la peinture.
Oh ! non, tu ne l'attendras pas ! (Haut.) Du reste, je puis remplacer le maître, et je vois bien ce qui nous vaut l'honneur de votre visite. (Mouvement d'Eiena.) Oh oui ! une dame ou une demoiselle qui vient chez un peintre... seule... comme cela... ne peut-être amenée que. par l'amour...
ELEXA, vivement.
Monsieur...
MARTHE
... Des arts... et le désir de faire faire son portrait en cachette.
ELEXA.
Oui, en effet, je voulais...
MARTHE, assise sur le dossier du canapé et la regardant bien en face.
C'est évident!... nous ne voyons que cela toute la journée!...
ELEXA.
Ah! des femmes?
MARTHE
Qui viennent se faire peindre... les unes, en payant..., les autres, pour être payées... et comme évidemment vous êtes de celles-là!...