‹ Piccolino; opéra-comique en trois actesChapitre 40 sur 139 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

tout surpris de retrouver une demoiselle au lieu d'une paysanne! — Mais il ne venait pas, monsieur Tidmann; le temps se passait, les semaines, les mois!... J'écrivais des lettres toutes les nuits comme s'il avait dû les lire, et puis je les brûlais et j'allais tous les jours à l'endroit où il m'avait fait ses adieux, et je regardais le chemin pendant des heures... mais jamais!... jamais lui! jusqu'à la nuit où je revenais la mort dans l'âme, tellement que souvent... j'ai pensé...

TIDMANN.

Malheureuse !...

MARTHE

Ah!... ce serait fini au moins, tandis que maintenant, vous voyez bien, il ne pense pas à moi, il est loin, loin d'ici... il ne m'aime pas, il m'a menti !... et moi je suis

perdue! je SUis perdue!... (Elle tombe sur la chaise à gauche, désespérée et sanglotant.)

TIDMANN, debout.

Ah! malédiction sur celui qui se fait un jeu de telles douleurs!...

MARTHE, avec un éclair d'espoir au milieu de ses larmes.

Mais je sais où il est... ils l'ont dit!... Jl est à Rome !...

TIDMANN.

Hélas ! pauvre enfant! il est à Rome, oui !... Quel espoir cela nous laisse-t-il? — Si vous avez entendu ses amis!... là, tout à l'heure!... Un jeune fou! passionné! dépensier! léger !

MARTHE, poursuivant son idée en essuyant ses pleurs.

Oui, mais il n'est pas marié !...

TIDMANN.

Épris de toutes les femmes qu'il rencontre...

MARTHE, se relevant peu à peu et regardant Tidmann comme pour le supplier de lui laisser son espoir.

Mais il n'est pas marié!...

TIDMANN.

Et trompeur !...

MARTHE, debout.

Il n'est pas marié I

TIDMANN.

Vous avez raison, Marthe, je partirai demain avec ces jeunes gens !...

Vous?...

Page 1