ACTE DEUXIÈME
FRÉDÉRIC
En femme, sais-tu bien que tu serais charmant!
MARTHE
Pas si charmant que celles Qui riaient à l'instant avec vous!...
FRÉDÉRIC
Ces donzelles !
Les trouves-tu séduisantes vraiment
MARTHE, vivement : debout.
Alors, vous n'en aimez aucune?
FRÉDÉRIC, dessinant sans la regarder.
Nullement!
MARTHE
Pourtant je les trouvais bien belles!...
Fi donc ! Et si j'aimais un jour pour tout de bon...
MARTHE, frappée.
Ah ! vous n'avez jamais aimé tout de bon !
FRÉDÉRIC, se levant pour aller prendre son canif sur la table.
Non !
MARTHE, descendue à l'avant-scène, et tandis que Frédéric taille son crayon, à elle-même, douloureusement.
Jamais! Il n'a jamais aimé ! Quoi? sa promesse...
Ces serments d'autrefois
Répétés tant de fois!...
Quoi? ces paroles de tendresse !...
Quoi! Tout ce qu'il m'a dit! Tout ce que je croyais!... Mensonge! Il n'a jamais aimé! Jamais! Jamais!...
Elle tombe assise sur le siège quitté par Frédéric.
FRÉDÉRIC, se retournant, surpris.
Des pleurs?...
Pardonnez-moi... voyez-vous... je songeais., Au pays!...
Elle va pour se lever.
FRÉDÉRIC, vivement, L'arrêtant du geste.
Reste ainsi!... C'est parfait! l'attitude... Les larmes! pleure encore, petit! Ali ï quelle étude!...
MARTHE, à part.
Et c'est tout ce qu'il voit dans mes larmes!
FRÉDÉRIC, assis sur le bord de la table, et dessinant,
Eh! mais, Que disions-nous?
MARTHE, douloureusement.
Que vous n'aviez aimé jamais.
FRÉDÉRIC
Oui, vois-tu bien, on croit qu'on aime, mais en somme, On est artiste avant d'être homme!...
Notre premier amour... c'est l'art!...
Il se lève et descend.
La femme vient après :... b moins que par hasard, A ce rôle effacé se résignant sans plaintes,
Elle n'épouse tour à tour Nos rêves, nos désirs, nos caprices, nos craintes, Et que la femme et l'art ne soient qu'un même amour! Alors la passion devient sublime, ardente. C'est Laurepour Pétrarque etBéatrix pour Dante.
Un amour éternel !
Qui tient de la terre et du ciel.
Chantant de ton et remontant.
Mais pour le coup !... Tu n'y peux rien connaître.