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grand-trappeur ;"ies indiens passent ai aisément et si vite de la crainte à l'insonciance, de la prudence à la témérité.
Rendus à l'endroit où Litchanrés et Couteaux-jaunes en étaient reuns ans mains, ils hésitèrent nu peu. ne sachant quelle direction prendre ; car un parti de sauvages s'était dirigé vers la rivière Athabaska, et l'autre, vers le nord. Cependant, ayant examiné attentivement le gazon et les branches, sur le passage des deux tribus, ils trouvèrent celui-là plus foulé et celles-ci plus rompues du côté de la rivière. Ceux qui s'étaient dirigés par là avaient dû passer rapidement, sans prendre le temps de choisir les éclaircies et les endroits les plus favorables. Ils se sauvaient donc. Et les vaincus, c'étaient les Litchanrés puisque leurs morts étaient restés en proie aux bêtes fauves. Kisastari ne put leur fournir aucun renseignement ; il ne se souvenait que d'une chose : avoir été frappé par derrière. Et il eut donné beaucoup pour rencontrer le lâche qui l'avait ainsi attaqué. H ne voulut pas suivre les blancs ; il était encore trop faible pour marcher vite. Au reste, il vonlait, on chassant,
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pour se nonrrir, lejoiadre sa -triba. Les chasseurs canadiens étaient pressés d'atteindre les Coateaux-j aunes. Ils arrivèrent assez tôt pour sauver le grand-traj>penr d'une mort certaine, mais, à leur insu, car ils ne le virent point. Ib voulaient seulement appliquer la vieille loi dn talion : œil poar œil, ^eqt pour dent. Ile savaienf que les Couteaux-jaunes étaient des assassins, lis savaient que le grand-trappeur ne devait pas sortir vif de leurs mains sanglantes, et ils étaient d'humeur à venger sur tons la mort d'un seul. Four eux, tons les Couteauxjaunes ne valaient pas un grand-trappeur. lia poursuivirent les fuyards et arrivèrent sur les bords du lac noir. La tribu venait de ployer ses tentes. Au loin, sur le lac, des canots s'en allaient vers le uord, et les avirons fouettaient l'onde avec rapidité.
— Les lâchée ! ils se sauvent ! s'écria l'exélève, n'importe, nous les rejoindrons.
Le grand-trappeur n'avait pas vu ses amis. Il crut que les Couteaux -jaunes l'enveloppaient dans un cercle qui allait se rétrécissant toujours, et, pour ne pas perdre toute chance, il se précipita au hasard, courant de toutes ses
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forces, pour tromiter les balles et distancer les assassins. Qaand les coups de feu eurent cessé de retentir, il s'arrêta. Un sourire de satisfaction passa sur sa noble figure, et sa pensée monta vers le Seigneur. II éprouvait un étrange contentement de se savoir libre ; il fie contemplait avep une sorte de bonheur.
— Dieu m'a prolégé, se disait-il, d'une façon évidente, car comment aurais-Je pu éviter de pareilles embûches? Le renégat a voulu paraître généreux aux yeux de quelqu'un
Ah! je le vois! exclama-t-il tout-à-coup:
c'est Iréma qui me sauve à son tour ! comment ? je n'en sais rien, mais c'est el!e ! Pauvre enfant ! que Dieu te protège, ei qu'il te délivre des mains du monstre qui t'a saisie.
11 se dirigea vers la rivière Athabaska, avec l'intention d'en suivre le cours jusqu'au lac de ce nom. Il atteignit la rive droite de cotte rivière, le deuxième jour au coucher du soleil. C'était un des plus beani jours du mois de jnin. Son attention fut attirée par une petite lueur lointaine qui se reflétait dans l'eau paisible : Amis on ennemis, peusa-t-il, je vais voir qui a campé là !
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Et il partit, marchant avec précaution pcar ne pas donner l'éveil. Il longea la rire et, se glissant comme nn serpent sooa les feaillages, il arrira à quelques pas du faux. Personne ne rôdait autour de ce foyer, et la flamme allait s'éteignant insensiblement. 1! pensa que les chasseurs étaient partis, ou s'étaient cachés à son approche pour le surprendre ou le reconnaître. Sachant que les seuls ennemis qu'il avait à craindre, les Conteaui-jaunes, ne pouvaient se trouver là, il s'approcha du feu hardiment et lo réveilla en l'attisant avec nn rondin à deral-brûlé. Il se disait qu'il valait autant passer la nuit en cet endroit qu'ailleurs, et que le feu allumé par des inconnus le réchauiiérait tout aussi bien qae celui qu'il allumerait lui-même. Les flammes pétillaient et jetaient une vive loenr sur le rivage. Un ruban de feu traversait la rivière, et un voile d'une horrible obscurité couvrait le bois et se déroulait dans l'air à une fiiible hauteur. Cependant cette obscurité n'était que relative. Le voile, sombre pour celui qui se trouvait au dessous, était lumineux pour ceux qui le Toyaie'iit de loin.
Deux canots d'écorce descendtûent rapide-
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ment la riviôre, gagnant le lac Atliabaska. Le premier portait mi missionnaixe catholique et trois eœnrs de nbarité, qai s'en allaient catéchiaer les pasTres ioËdèles, an milieu des neigeadu Mackenzie ; il était conduit par deux chasseurs indiens. Le second n'était monté que par deux: rameurs; il portait des provisions et du bagage.
— Ohé! ohé 1 dit tout à coup l'un des san- Tf^es dn premier canot, il y a des chasseurs là-bas ; le feu se répand sur la rivière comme le soleil levant, et noas fait une route de lumière.
— Ce sont peut-être de pauvres amis qui n'ont pas vu la robe-noire depuis longtemps, reprit le missionnaire, arrêtons-nous en cet endroit jwur y passer la nuit.
— Si nous chantions un cantique ? proposa une des religieuses, ceux qui ont campé là ne prendraient point ombrage de notre arrivée et ce serait peut-être plus prudent.
Aussitôt les sœurs de charité, le prêtre et les sauvages, se mirent à chanter :
Je meta ma eonfiance, Vierge, eu votre aecoura.
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Et loin, bien loin, dans la forêt solitaire, on entendit les échos liàèles repéter toar à toar.
Je mets ma confiaiDco, Vierge, eu votre socourB-
Et les voyageurs écoutaient, plongés dans nne admiration profonde, ces voix mystérieuses qui louaient Marie, dans le calme de la solitude et dans le silence de la nuit. Toat à coup une voix qui n'était pas l'écho, renvoya, puissante et sonore, du bord du rivage, aux messagers du Seigneur le couplet sacré.
— Des amis ! des chrétiens ! s'écrièrent les bonnes sœurs en so frappant dans les mains.
— G-agnons terre, dit le prêtre. Et les deui canots vinrent s'échouer eur la glaise de la rive, vis-à-vis lo bûcher qui flambait. TJn homme debout sur le rivage les regardait approcher.
— Le grand-trappeur ! dit l'un des indiens!
— Le grand-trappeur ! s'écrièrent les autres.
—Renard d'argent! Ours grognard! fit le grand-trappeur tout étonné.
— Etes-voas seul ? je ne vois qne vous, demanda le missionnaire.
—Oui, mon père, du moins, je le crois
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Une Toiz sourde gémit toat à conp sons les rameaux épais à quelques pas en arrière.
— Tout le monde eut un mouvemeut de surprise, et les yeux se tournèrent vers l'endroit d'où partait cette plainte.
Le grand-trappeur s'arma d'un tison de feu pour s'éclairer et entra hardiment dans le fourré. Ce pouvait être une embûche, n'importe ! il avait des moments de folle témérité. Le prêtre et tes indiens le suivirent. Il n'a> vait pas fait dix pas qu'il s'arrêta, poussant un cri de terreur : Kisaatari ! Â ce cri répondit xm gémissement ; et les quatre indiens, se penchant à leur tour sur le corps de leur jeune che^semirent à faire de grandes lamentations.
Kisastari, se croyant tout à fait hors de danger, n'avait, pour ainsi dire, plue songé à sa blessure, et il s'était mis à chasstir en se dirigeant vers la rivière. La plaie se rouvrit et nul n'était là pour la cicatriser. Une plaie dans le dos ne peut être guère soignée que par une main étrangère. Le sang se mit à couler, et, bientôt le chasseur épuisé descendit au bord de la rivière et s'efforça d'allumer un petit feu, pour réchauffer ses membres re-
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froidis, et appeler, peat-ètre, nn seconre trop tardif. Le fea s'éteignait et il roalnt allei ramasser de nooTelles branches sèches, qnand, son pied s'embarrassant dans les chicols, il tomba sur la face et ne se releva plas.
Le missionnaire se bâta de fermer la plaie saignante, snr lagaelle il appliqua nu bandage de toile de lin , et fit prendre qnelques gouttes d'eau de vie au malade que les indiens déposèrent snr une couche de branches près da feu. Les Sœurs de Charité veillèrent eu prière toute la nuit, craignant qu'il ne mourut sans pouvoir parler et se confes&er, car Kisastaii était un converti. Le missionnaire lui donna l'absolution.
Le grand-trappeur était pensif ; il s'apercevait que les indiens le regardaient avec froidenr et défiance et cela lui causait du chagrin. H n'avait pu dire comment Kisastari était venu tomber linsi, sous un coup presque mortel, près de ce feu mourant, seul, au bord de la rivière. II avait 'raconté l'attaque des Litchanrés par les Couteaux-jaunes, et la captivité d'Iréma, mais il ne savait pas que le jeune chef, tombé d'abord sur le champ de bataille)
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avait été trouvé et soigné pat les trappeurs canadiens. Il crnt et dit que Kisastari, blessé, s'était sans doute sauvé loin du champ du carnage Ours grognard répliqua en secouant la tête : Notre frère, le grand-trappeur, sait bien que le jeune chef ne se sauve jamais, et qu'il serait mort en se battant contre les Couteaux-jaunes ses ennemis.
— Oh ! oui, affirma Renard d'argent, notre frère sait bien cela.
— Et vous autres, vous savez bien aussi que le jeune chef à toujours été mon ami, et que je n'ai jamais frappé un ami
Les deux indiens secouaient la tête
— Et puis, ajouta le grand- trappeur, ignorezvous que le grand -trappeur ne frappe jamais par derrière, mais toujours en pleine face ?
Le missionnaire intervint : Mes enfants, dit-il, le grand-trappenr est un enfant de la prière, il aime le bon Dieu et ne lui fait pas de peine.
Les indiens, muets, penchaient la tête.
— Si le jeune chef ne revient pas à la vie, et ne parle point, ces hommes me croiront toujours
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un afieaesin, marmara avec donletir le chassent canadien.
Le lendemain matin les voyageurs continuèrent leur course vers le grand lac, emportant dans leurs canots Kisastari, trop faible encore pour parler, et le grand-trappeur, toujours sombre et rempli d'un triste pressentiment. Les jours s'écoulèrent et les voyageurs, après avoir bravé les périls de tontes sortes, fatigués mais non découragés, entrèrent dans le lac Athabaska long de près de cent lieues, mais assez étroit, qu'ils traversèrent à l'extrémité ouest, pour atteindre le fort Ohippeway. Le blessé fut pris de la fièvre pendant la traversée, et, dans son délire, il vit passer devant ses yéuï les imf^es de ceux qu'il aimait et de ceux qu'il avait en horreur. Il appela Iréma, et le mot de traître s'échappa aussi de ses lèvres ; il prononça le nom du grand-trappeur, le nom du Lièvre qui court, et des paroles de vengeance. Ours grognard et Renard d'argent l'écoutaient avec surprise et terreur, croyant que c'était le Manitou qui le faisait ainsi parler, afin que fat connu le traître qui s'était caché pour frapper par derrière. S'ils n'eussent pas eu peur de la robe-noire et que l'occasion de
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frapper le grand-trappenr ae fut offerte, iJs auraient souillé leurs mains du sang de ce jaste, car, dann leur simplicité, ils le croyaient coupable. Us attendirent.
La petite caravane passa quelques jours au fort Chippeway, ayant besoin de réparer ses forces avant de s'avancer plus loin dans cette région de pins en plus désolée. Juillet était arrivé et déjà le soleil, avare Je ses rayons, réchaafiait à peine les plantes frileuses et les mousses pauvres qui remplaçaient les sapins, les sycomores, et les frênes de la région du sud. L'hiver arrive de bonne heure sous ces latitudes éloignées et il demeure longtemps. A peine le sol dégelé donne-t-il à la petite fleur souvage le temps d'ouvrir son calice humide ; à peine une brise tiède a-t-elle passé sur la nature souriante ; à peine une baie timide s'ost-elle accrochée rouge et mûre au buisson, que déjà tout se fane, tout meurt et tombe sous le givre implacable.
— Nous partirons demain, après le service divin, dit le missionnaire à ses gnides.
Et les gnides avaient répondu machinalement : C'est bon.
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Lo lendemain, à l'heare fixée pour le départ, ni les guides, ni le grand-trappeur ne se rendirent aux canots. Le missionnaire les fit en vain chercher partout, on ne les trouva pas. 11 dut prendre^ au fort de nouveau! hommes pour conduire son canot, et laisser aux soins du gardien, le malade dont l'état inspirait encore des craintes sérieuses.