‹ Piceunec le mauditChapitre 34 sur 40 · LA CHASSE AUX PREUVES · texte numérisé non relu

LA CHASSE AUX PREUVES

Cependant l'ex-élève, feignant de croire à la culpabilité du grand-trappenr, avait été voir son ancien camarade Picoonoo, et loi avait parlé lonçaement de cette tidste affaire qui de nouveau mettait la paroisse en émoi.

— Picoqnoc, tu aurais dû pardonner, lui dit* il ; après vingt ans d'expiation, cet homme, s'il est coupable, doit être absous.

—Pourquoi est-il revenu? répondit brusquement Picounoc.

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- PoQr revoir sa femme ; c'est assez naturel.

■ — Il a ea tort,

— Peut-être ; mais dis-moi donc, ne comptestu que sur ton seul témoignage pour le faire condamner?

— C'est assez.

— Ta pourrais te faire illasion On n'envoie pas an homme à l'échafaud de gaieté de cœur.

— N'importe!...

— Prends garde : quelquefois en prouvant trop, on ne prouve rien âa tout si tu manquais ta preuve ou si elle était démolie de

quelque manière ? As-tu songé à cela ?

— Pourquoi y songer ?

— Pour ne rien faire de trop, ou de mal. 11 est toujours bon de réfléchir avant d'agir; il est bon de savoir où peut conduire ie chemin que l'on prend.

— Es-tu venu ici pour me faire des sermons ? —Pas du tout ; mais pour te dire que tu es entré dans une route épineuse.

— J'en sortirai bien.

— Je suis ton ami, eh bien ! écoute : à ta

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place, je Q'anrais pas fait atrêter Djos, mais je lui aurais fourni les moyens de s'en aller avec sa femme.

— Ayec sa femme î

— Sans doute : mais, allons ! tu n'as plus de prétentions de ce côté, j'espère ?

Ficonnoo beiss» la tête et rougit quasiment :

— Oe qui est fait est fait, dit-îl.

— Je sais une chose, moi, reprit l'ei-élève, c'est que Ujos n'est pas coupable

— Comment ! il n'a pas taé ma femme ?

— Oui, U l'a tuée, mais pas de mystère ! tn sais comment et pourquoi ; eh bien ! moi, je témoignerai en sa faveur.

— Toi ? que peux-tu dire î tu ne sais rien de l'afiaire.

— Tn verras!

— Tas-tu te vendre on jurer le mensonge pour plaire à ton ami ?

— Et toi que vas-tu faire pour me venir moraliser comme ça ? ne sera-ce pas un mensonge que tu viendras jurer ? n'as-tu pas peur de te contredire ou de manquer de sang froid ? Ta

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Tas être roulé sur le gril, je t'en préviens : tu n'as qu'à te bien tenir.

— Si tu es venu ici pour m'insuiter, Paul, tu peux t'en aller

— M'eri aller ! batiscan ! on ne me déloge pas de cette façon ? Non, je ne suis pas venu pour t'insuher, mais pour t'avertir que la Providence se joue des desseins des hommes. Vous autre vieux criminels vous êtes bien rusés ; mais vous négligez toujours un détail insignifiant, et c'est ce qui vous perd. On se défie des sages et ce sont les fous qui nous attrapent. Ces pauvres fous ! ils sont plus utiles qu'on ne serait porté à le croire,

' — Veux-tu parler de Geneviève? demanda Picounoc presque épouvanté,

— Sois tranquille, tu le sauras assez tôt.

— Mais je n'ai rien dit, je n'ai rien fait devant celte folle qui put me compromettre, reprit Picounoc avec un malaise visible.

— Ces personnes-là recueillent tout......

— Et qu'a-t-elle pu dire ?

: — C'est mon secret et le sien !

L'ex-élèTe avait atteint son but. 11 s'était

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dit : PicoBaoc, depuis vingt ans, a dû se compromettre par quelque paiole ans yeux de Geneviève qui est tant de fois entrée dans sa maison ; et s'il redoute les déclarations mêmes de la pauvre insensée, il s^Sbrcera de la fiiire disparaître. Ce sera une preuve dé circonstance qui, ajoutée à d'antre, aidera à éclairer la justice. Maintenant que j'ai peut-être exposé les jours de cette femme, à moi de la protéger.

Victor ne put voir Marguerite qu'un instant, an moment où, un soit, elle passait ponr se rendre à l'église. Les deux jeunes gêna s'aimaient toujours aveo autant d'ardeur et de Mélité ; mais ils sentaient qu'une ombre menaçante montait, montait, qui bientôt les envelopperait tout entiers, et, dans leur terreur, ils n'osaient plus regarder l'avenir,

Victor retourna à Québec pour rendre de nouveau à son père un compte exact de son travail. Le grand-trappeur songea longtemps à la parole imprudente de la Qagnon, s'acorochant à ce futile détail comme un homme qui se noie s'accroche à une faible branche. Les malheureux ne demandent qu'à espérer. Mats quand' Victor lui dit l'hypocrisie de cette

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femme, et qnand il loi raconta dans tous les détaik l'iûstoire du nous mendiant, il se leva, comme fon de terreur, et, tombant à gênons devant son crnci&s, il y domeara longtemps , prosterné. Qaand il se releva, il vit que Tictor . plenraît. Alorp il lui mit 1^ mains em la tête «ndisaot:

— Mon iila, je te bénis! .«ar tu as pardonné en mon nom. Prends soin de ton vieil oncle et continue la tâche noble mais difficile qna tu as entreprise.

Victor 8e sépara de son père pour continua ses recherckes. II deaoendit au Foulon par le grand escalier, qui se trouve ris-à-vîs de la prison, et prenant la rue Champlain, se dirigea vers la basse ville. Rendu à la porte de l'auberge de l'Oiseau de Proie, il s'arrêta un instant, comme indécis, puis, tout à coup il entra. La Louise et sa mère éprouvèrent un mouvement de vanité, car un pareil visiteur ne se présentât pas souvent.

— Tous ne me connaissez pas, Mesdames, dit Yictor, mais moi je sais que j'ai une dette de reconnaissance à vous payer

— Vous, Monsieur] leprit vivement la Louise?

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— De la part de mon père, Madame.

— Qu'est-ce qu'il dit donc ce mousienr-là? demanda la vieille Labourique.

La Louise ne fit pas attention à la demande de la mère qui se mit à grogner. Victoi; reprit : ,

— Quand je tous aurai dit que je suis le fils de ce petit Djos qu'un jour vous avez pris dans la rue et protégé, vous me comprendrez, Madame.

— Djos ! vous dites ? vous êtes le garçon de Djos?

— Djos! il parle de Djos! redemanda la vieille, qui grogna de plus en plus, parce que la Louise ne l'écoutait point

— Oui ! je suis son garçon !

— Voyez donc ce que c'est! comme on

vieillit ! Il me semble que c'est hier que j'ai trouvé dans la rue ce pauvre petit garçon qui

pleurait reprit la Louise, avec émotion

Mère ! continua-t-elle, entraînant Victor auprès de la vieille, c'est le garçon de Djos, notre ancien petit Djos !

— Ah ! non, non, tn badines ! ce n'est pas possible ! exclama la vieille Labourique ; mais

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pourtant oai ! je Je reconnais Son père était

comme cela dans sa jennesse : même' taille,

même voix, même façon, même figure!

Ah ! que cela me fait plaiBÎr d'avoir ta visite,

mon petit! Je sais ane vieille mère pour

toi et oui ! j'ai élevé tfu père Ah! le

satané enfant, il était bien plaisant, et pourtant

il me faisait bien enrager par lois Mais

approche que je l'embrasse!

Victor dut subir le baiser de cette vieille malpropre, et, de plus, celui de l'autre vieille, ta veuve Louise — comme elle se faisait appeler.

— Et comment vont les affaires ? demandat-il, après avoir satisfait la curiosité des femmes au sujet de son malheureux père.

— Pas vite, répondit la Louise; pn voit peu de voyageurs.

— Les habitants viennent les jours de marché ?

— Quelques uns

— Il en vient de Lotbinièro?

— Quelquefois.

— Picoanoc vient-il souvent?

— Il est venu la eemaine dernière.

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1€4 PtOOUNOO Ll lUCDtT,

~Oai, je sais, il cherchait d^ tâmoine.

— ^Des témoÏDs, il n'en a pasboeoin : il atout m de ses yenz, répondit la Lioaise.

— Il n'eet pas bien sûr de réussir.

• — A faire condamner votre père ? ce pauvre Djoa ?

—Oui ; et de fait, mon père n'est pas coapable

— Pourtant il a l'air bien certain...

— Il y a des détails qui l'inquiètent on peu ; il vous l'a dit ?

— La Louise ne répondait pas

—Oui, oui, dit la vieille ta sais bien ?

— Taisez-vous donc, vieille folle, répliqua brutalement la Louise.

—Pourquoi ne voulez-vous pas qu'elle parle î demanda le jeune avocat, eat-ce que vous n'aimez plus mon père ?

— Bile ne sait pas ce qu'elle dit, reprit la Louise.

— Quelles personnes se trouvaient avec Piconnoc ici ? demanda Tictor.

Le marchand bossu, dit nvement la vieille Labourique.

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— Et Picoonoc demandait l'opinioii da bossa 9

La Labonrique éclata de rire,

— Si vous dites un mot, la vieille, gare à tous! répondit d'an air menaçant, la fausse veuve.

Victor comprit qu'il y aurait peut-être quelque chose à tirer de ce bouge, et il ajouta, sur sa liste de témoins, les noms des hôtelières.

—Je VOOB laisse m& âarte ^ mon adresse, dit-Jl eQ sortant, et si quelques uns ont besoin de mes servioes, je aais à leurs ordres.

— Ce bossu, pânsa-t-il eu sortant, qui peutil donc être? O'est lui qui a, selon tonte

probabilité, vendu les deux châles de soie. II était donc dès lors, on il est devenu depuis, le complice do Picotmoc ? Pourquoi ? Pour de l'argent? Peut-être. Par vengeance ? Peutêtre encore. Il prétend, ce singulier bossu, avoir été Fanii de mon père, et mon père ne

le connaît point Il faut qne je déterre son

origine, et que je retrace sa vie.

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PICODNOO LB UAnDIT,

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