PICOUNOC Lï
Cependant, quand elle comprit qa'îl se dirigeait vers le puits elle s'arrêta et prêta l'oreille, Picounoc, prenant des airs épouvantés, allongeant sa figure hypocrite déjà bien longue, faisant des gestes de désespoir, courut chez les voisins, annoncer l'érénemeut tragique qui venait d'avoir lieu. Il paraissait fou de douleur et passait d'une maison à l'antre eu criant: Ma femme vient d'être tuée ! ma femme vient d'être tuée \ C'est Djos ! l'infâme ! c'est Ujos, le jaloux ! ma pauvre Aglaé ! ma pauvre Âglaé ! ...
Les gens, tout étonnés, n'avaient pas le temps de lui taire des questions qu'il était sorti déjà. II entra chez José Antoine. La petite gardienne avait eu le temps de raconter ce que Joseph Letellier venait de dire et de faire, et José Antoine, qui connaissait lajalousie du malheureux garçon, disait à sa femme qu'en effet Is chose était bien possible. Mais quand Picounoc, à son tour, so précipita dans la maison en criant: mafemme a été tuée! ma femme a été tuée !.,. C'est Ujos ! c'est Djos !... José-Antoine crut que Picounoc devenait fou. Deux meurtres à la fois dans un village aussi paisible d'habitude, c'était incroyable.
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PiOOUMOO LE UAVDIT. 127 ,
— Ta te trompes, Picounoc, dit-il, c'est la femme de Djns qui est morte
— C'est la mienne, mon Dieu ! je ne le sais que trop ! c'est la mienne !
— C'est la femme à Djos la petite vient
de le rapporter. C'est Djos lui-même qui a tout déclaré
— C'est ma femme, vous dis-je, mon Aglaé...
j'étais là, à côté d'elle dans le jardin Il l'a
taée d'un coup derondin le misérable!
Il l'aimait, vous le savez tonte la paroisse
le sait mais elle était si bonne, si sage, si
honnête! O mon Aglaé ! mon Aglaé !
Elle le recevait mal, vous le savez encore
elle le traitait comme il méritait d'être traité,
le vaurien! et, un jour, elle lui donna nue '
tape en pleine face c'est depuis ce temps
qn'il loi gardait rancune Et moi qui le
croyais mon ami ! moi qui l'invitais toujours
à venir à la maison! Mon Dieu! mon Dieu!
. est-il possible?
Ce fat, tonte cette nait-là, un va et vient extraordinaire dans le village. Tout le monde accourutsuT le théâtre de l'éTénement. Aglaé fut transportée à la maison. Les femmes
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et les jeunes filles pleuraient en la consid éraiit, et chacun de ceus qui se trouvaient là faisait ses observations
— Quelle triste mort !
— Pas une minute pour penser à son Dieu et à son âme
— Elle était si bonne! Elle est au ciel,
bien sûr.
— C'est un exemple, mes chères amies, c'est un exemple, ajoutait une vieille accoutumée
de moraliser on ne sait pas qui vit, qui
meurt.
— Dire qu'elle éfait si gaie tantôt! je l'ai vue avant le souper, je lui ai parlé, jamais elle ne fut si jasante et si éveillée; elle sentait sa moit
— C'est sa mère qui va en avoir du chagrin... quelle nouvelle à lui apprendre ! ce n'est pas moi qui voudrais la lui annoncer
— Est-elle à l'église sa mère?
— Oui, elle est descendue à confesse avec la femme à Hilaire Charette.
— Est-ce vrai, dites donc, que la femme de Djos à été tuée elle aussi? s'écria une femme
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PIOOCNOC Lï MAUDIT. 129
qui faisait irruption dans la maison en deuil.
— La femme de Djo3 ? répétèrent avec stupéfaction toutes les autres voix
— C'est la petite José-Antoine qui dit cela,
et c'est Djos lui-même qui avoue l'avoir tuée
c'est incroyable ! Mon Dieu! dans quel
siècle fiommes-nous ?
— Ce n'est pas possible, elle est à l'église!
Pieounoo pleurait toujours pendant qu'on discourait ainsi. A cette remarque, il prit la parole :
— Non, il n'a pas tué sa femme, dit-il, mais s'il pouvait faire croire au monde que c'est elle qu'il a vonln tuer! Il va alléguer sa jalousie pour tâcher de se faire pardonner le meurtre de ma femme, de mon Aglaé ! pauvre Aglaé !...
Et il se mit à sangloter de nouveau
— MoiT Dieu ! qu'il a du chagrin, dit une jeune fille
— 11 en a trop, cela ne durera pas, repartit une femme d'expérience une veuve.
— Une voiture fut dépêchée vers la mère de la défunte et la femme du meurtrier^ On conçoit ia peine qu'éprouve une mère en
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130 PIOOUNOO LB HAUDIT.
apprenant la mort d'une tille chérie, mais on ne conçoit pas ce qui se passe dans le cœur et l'esprit d'une femme qui apprend que son
mari biea-aimé est un meurtrier infâme
Madame Larose s'évanouit — c'était le knieux et le plus court. Noémie se lit répéter deux
fois l'horrible nouvelle ISlle ne dit rien,
pencha la tête, joignit les mains, et demeura longtemps ainsi. Tous les yeux étaient iixés sur elle, et elle ne voyait personne...... Elle
était livide à force d'être pâle, ses paupières se fermaient et s'ouvraient souvent sans se mouiller de pleurs, et sa bouche était serrée
comme par une convulsion Ce qu'elle
souffrait nul ne le pouvait deviner.
—Tenez- vous, madame? lui dit celui qui devait la reconduire chez elle.
Elle le regarda fixement et ne bougea point.
— Voulez-vous venir ? la voiture est prête, répétât-il.
Elle le suivit machinalement et ne dit pas une parole. Quand elle fut rendue à la porte de sa maison, quelqu'un l'aida à descendre. Il y avait beaucoup de monde venu là par
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PlOOnNOC LB MAUDIT. 131
curiosité. Elle entra; la petite José- Antoine Tint à sa rencontre, tenant l'enfant dans ses bras, A la vue de son enfant qui sourit, lui tend les bras et l'appelle, elle jette un cri terrible, éclate en sanglots, saisit le petit, le presse sur sa poitrine, et le courre de baisers et de
larmes
— Djos ! Joseph! dit-elle en appelant.
— 11 n'est pas ici, madame, répond la petite
gardienne il est parti il a dit qu'il ne
reviendrait jamais jamais !
— Ah ! mon Dieu ! s'écrie la malhenrease femme, et elle tombe sur le plancher, comme si elle eut été frappée de mort subite. L'enfant se fit mal eu tombant et se mit à pleurer. Ou le coucha dans son petit lit, et il. s'endormit bientôt en balbutiant d'une voix douce et faible : papa ! maman ! papa ! maman ! •
Bans la nuit la grange de Djos brûla. Ce fut en vain que l'on s'efforçât d'éteindre l'incendie, le leu sortait de partout à la fois, et il était érideni qu'une main vengeresse l'avait allumé de façon qu'il ne put être éteint jnsqu'à ce que tout fut consumé. Dans les cendres on trouva quelques ossements. On crut que
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132 pec'fOjncc le
c'étaient los restes du malheureux Djos, Et cette croyance alla se tbrtihant, car on u'entenliil plus parler de lui.
Plcounoc, quelques jonrs après, voyant entrer une Tieille femme qui passait pour tirer l'horoscope et dire la vérité — chose digne de remarque — lui donna un jeu de cartes et, sous prétexte de lui demander des révélations SUT le meurtrier de sa femme, lui demanda cent choses pour lui-même. Il lui demanda, , d'abord, si Djos était mort véritablement ; si les ossements calcinés que l'on avait trouvés dans les cendres étaient bien ses os ■ si Noémie se remarierait un jour : et la cai-tomancienne répondait à merveille. Il demanda si jamais quelqu'un aveindrait ce nui se trouvait au fond d'un certain puits. Il pensait au châle.
Jamais une main do vivant ! répondit la
tireuse d'horoscope.
—Quant aux mains dea morts, pensa Picounoo, je ne les redoute guère
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