LOUISE
« Parme, ce 29 mars 1854. »
Le Saint-Père, quand il verse dans de telles âmes les divines consolations, en reçoit lui-même les consolations les plus chères à son cœur apostolique. Il sait bien sans doute que le Dieu mort sur la croix pour le salut du genre humain, n'abandonne pas le genre humain, encore que les succès de l'injustice et de la violence puissent faire douter les hommes de peu de foi. Mais quand le
Vicaire de Jésus-Christ rencontre ces âmes héroïques parmi les Princes, quand il voit que Dieu a déjà préparé les instruments de sa miséricorde, il reconnaît que le temps des châtiments est presque passé, et que le jour de la réconciliation est proche.
Pie IX, qui a reçu d'une pieuse et malheureuse Princesse ce gage d'espérance, en a donné luimême un bien plus grand au monde. La pensée de définir dogmatiquement la croyance de tous les âges et de toutes les nations catholiques à l'Immaculée Conception de la Très-Sainte Vierge, remontait aux premiers jours de son Pontificat* Nous avons vu qu'il avait interrogé sur l'opportunité de cette définition les Patriarches, Primats, Archevêques et Évêques de l'Église universelle, par une Lettre Encyclique datée de son exil de Gaëte. Les réponses des Évêques, arrivées de toutes les parties du monde , témoignèrent encore que l'Église universelle,, qui n'a qu'un Dieu et qu'un baptême, n'a aussi qu'une foi. Dans les premiers mois de 1854, on sut que l'année ne s'achèverait pas sans que la terre rendît ce nouvel hommage à la Reine du Ciel , et que le Saint-Père voulait donner à l'acte de la définition une solennité qui répondît à toutes les exigences de la piété catholique pour la Mère de Dieu. Un grand nombre d'Évêques furent convoqués à Rome pour
le 8 décembre (1). Un bien plus grand nombre y accoururent. Pas un n aurait manqué à ce nouveau triomphe de la Sainte Vierge, si la maladie, si le grand éloignement de quelques-uns, si les besoins trop pressants de quelques diocèses, n'eussent retenu ceux qui du moins accompagnaient de leurs vœux , de leurs espérances et de leurs prières leurs Frères plus heureux. Un Évêque français, chargé d'années et de vertus (2) , alla mourir à Rome ; mais, avant de s'endormir dans le Seigneur, ses yeux mourants purent voir cette fête du 8 décembre 1854 dont le retentissement se prolongera à travers les siècles.
Ce jour-là, les Évêques réunis dès le matin au Vatican, et revêtus de la chape blaîiâie et delà mitre blanche, se rendirent à la chapelle Sixtine, où bientôt le Souverain Pontife parut au milieu d'eux. Les Evêques se mirent en rang par ordre d^ancienneté, et chantant les litanies des Saints,
(1) Jour de la fête de l'Immaculée Conception, fête qui remonte dans l'Église d'Occident au delà du xii^ siècle, et qui, dans l'Église d'Orient, était déjà considérée comme ancienne au vu* siècle. La croyance qui l'a instituée' a cependant, nous l'avons vu, été traitée de dogme nouveau par l'héré- BÎe, par l'impiété déclarée, qui ne paraissent pas fort compétentes dans cette affaire, et, il faut bien Tavouer, par quelques catholiques qui sont arrivés peu à peu à ne plus rien croire de ce que nous croyons, rien aimer de ce que nous aimons, rien savoir de ce que l'Église nous enseigne.
(2) Mgr Bouvier, Évêque du Mnns.
descendirent processionnellement le grand escalier du palais pour se rendre dans la basilique de Saint-Pierre. Le Souverain Pontife , précédé des Cardinaux, fermait la marche. On portait au-dessus de sa tête un baldaquin blanc. Arrivée au milieu de la basilique, la procession s'arrêta, les Evêques se rangèrent en demi-cercle devant la chapelle du Saint-Sacrement, et attendirent le Pape. Ils s agenouillèrent tous avec sa Sainteté. Après les oraisons , la procession reforma ses rangs , et se rendit derrière le maître-autel de la basilique, dans le chœur au fond duquel on avait élevé le trône pontifical comme pour les chapelles papales ordinaires. Le Souverain Pontife, monté sur son trône , reçut lobédience des Cardinaux et des Evêques. Ensuite commença TofEce pontifical.
Après que le saint Évangile eût été chanté en latin et en grec, le Cardinal Macchi, doyen du Sacré-Collège , accompagné du doyen des Archevêques et du doyen des Evêques présents, de l'Archevêque du rite grec et de l'Archevêque du rite arménien, s'avança au fond du chœur, jusqu'au pied du trône pontifical, et, au nom de l'Église universelle, supplia le Vicaire de Jésus-Christ « d'élever sa voix apostolique et de prononcer le » décret dogmatique de l'Inmiaculée Conception « de Marie, décret qui fera naître une nouvelle
" joie au Ciel, et qui remplira le monde entier " d'allégresse. »
Avant d'accomplir ce grand acte, le Souverain Pontife voulut encore une fois invoquer le secours du Saint-Esprit. L'assistance se mettant aussitôt à genoux, chanta dans Tunion de toutes les voix et de tous les cœurs, l'hymne d'invocation, Veni, Creator Spiritus, Après que le chant eut cessé, le Souverain Pontife, debout devant son trône, prononça, d'une voix pleine de foi et pleine d'autorité, la définition du mystère 4^ l'Immaculée Conception :
« Après avoir offert, sans interruption, à Dieu » le Père, par son Fils, Nos humbles prières, ac- " compagnées de jeûnes, et les prières publiques » de l'Église, afin qu'il daignât diriger et confirmer '» Nos pensées par la vertu de l'Esprit-Saint; après " avoir imploré le secours de toute la cour céleste, >» invoqué par Nos gémissements l'Esprit Consola- » teur, dont le souffle est venu jusqu'à Nous ; à « l'honneur de la sainte et indivisible Trinité, à I» l'honneur et à la gloire de la Vierge Mère de »» de Dieu, pour l'exaltation de la foi catholique et »» l'accroissement de la Religion chrétienne, par "l'autorité de Notre-Seigneur Jésus-Christ , et » des Apôtres S. Pierre et S. Paul, et par la " Nôtre.... »
La voix du Souverain Pontife parut un moment
défaillir sous la grandeur de la révélation divine dont il était l'organe. Ses yeux se remplirent de larmes. L'assistance émue, attentive, mais muette d'admiration et d'attendrissement comme devant le ciel entr'ouvert et le trône de Dieu devenu visible aux yeux de l'homme, attendait.... Le Souverain Pontife, s'élevant au-dessus des faiblesses de la nature, reprit d'une voix forte :
« Nous déclarons, prononçons et définissons, " que la doctrine qui affirme que la Bienheureuse " Vierge Marie a été préservée et affranchie de » toute tache du péché originel, dès le premier in- » stant de sa Conception, en vue des mérites de » Jésus-Christ, Sauveur des hommes, est une doo- »» trine révélée de Dieu, que, pour ce motif, tous »» les fidèles doivent croire avec fermeté et con- » stance. Si quelqu'un osait donc, que Dieu l'en « préserve ! admettre dans son âme une croyance » contraire à celle que Nous avons définie, qu'il » remarque et même qu'il sache qu'il est condam- » né par son propre jugement, qu'il a souffert un » naufrage dans la foi, et qu'il s'est séparé de l'u- » nité de l'Eglise; et qu'en outre, par le fait même, « il encourrait les peines fixées par le droit, s'il " osait manifester par paroles, par écrit ou d'une » autre manière sensible quelconque, ce qu'il pense « dans son cœur. »
Le Cardinal doyen, prosterné aux pieds du Sou-
verain Pontife, le remercia, au nom de l'Église universelle, du décret de définition qu'il venait de prononcer, et le supplia de le rendre public par une bulle authentique. Le promoteur de la foi, accompagné des protonotaires apostoliques, s'approcha du trône pontifical, et, en qualité d'avocat consistorial, pria le Souverain Pontife d'ordonner qu'un procès-verbal de ce grand acte fût dressé. Le Souverain Pontife ordonna qu'il fût fait ainsi.
En même temps, le canon du château Saint- Ange et les cloches de toutes les basiliques et de toutes les églises annonçaient à la Ville éternelle et à la campagne romaine le triomphe de Marie.
Après Vite, Missa est, le Souverain Fontife entonna rh3Tnne d'actions de grâces que chantèrent alternativement le chœur et les chantres de la chapelle papale. Et cinquante mille ténaoins, qui avaient trouvé place dans la basilique de Saint- Pierre, reçurent la bénédiction pontificale.
Le lendemain, le Souverain Pontife, réunit le Sacré-Collége et les Évêques dans la grahde salle consistoriale du Vatican, et prononce rAîlomition qui, publiée ensuite par tous les Évêques, apprend à l'univers catholique Tacte du 8 décembre. Après l'Allocution, c'est un prélat français, le Cardinal de Bonald, Archevêque de Lyon, qui se lève de son banc et remercie le Souverain Pontife au
nom de tous les Cardinaux et de tous les Évêques :
« Permettez que je rende grâce à Votre Sain- »» teté de Thonorable et magnifique hospitalité '♦ qu'Elle a daigné accorder aux Évêques accourus »» pour déposer à Ses pieds Thommage de leur pro- » fond respect et de leur dévouement. J*ose dire » que les Évêques étaient dignes de cette marque »» de bienveillance par leur obéissance absolue à » Vos décisions. Oui, ô Saint-Père, dans Votre w autorité, nous vénérons l'autorité même de Jén sus-Christ, et dans Vos paroles, nous entendons . n la Parole de la vie éternelle. Devant les Décrets » portés pour le monde catholique tout entier, » nous inclinons nos fronts, comme devant l'oracle I» de Celui qui a promis d'être toujours avec son y» Église. Notre reconnaissance éclatera dans les n prières que nous ferons pour Votre félicité, pour » la prospérité de Vos travaux apostoliques et »» pour la tranquillité de Vos États. » . On raconte qu'à l'une des dernières réunions de la conmiission chargée de préparer le Décret et la Bulle, toute l'assemblée, par ime inspiration mystérieuse, se tourna vers le Successeur de Pierre, et que toutes les voix s'écrièrent en même temps : Peire, doce nos; confirma fratres tuos. La définition dogmatique de l'Immaculée Conception répond à ce besoin de l'Église d'être enseignée par
le Vicaire de Jésus-Christ, d'être par lui confirmée dans la foi. Après l'acte du 8 décembre 1854, il ne reste plus rien de tant d'opinions particulières sur les limites de l'autorité du Souverain Pontife , sur les conditions de son infaillibilité, sur la nécessité de l'intervention des Conciles œcuméniques dans les décisions dogmatiques (1). H n'y a point ici de Concile œcuménique, Pierre seul a parlé : mais l'Église universelle a pieusement recueilli les paroles tombées de la bouche du Vicaire de Jésus-Christ. Pas une protestation ne s'est élevée ni contre le dogme défini, ni contre la foAie du Décret de définition. Si quelques voix dissidentes s'étaient élevées avant le 8 décembre au milieu de l'unanimité de l'Épiscopat catholique (2), ces dissidences se sont
(1) n ne restait déjà plus rien de ces opinions sur les limites de l'autorité du Souverain Pontife en matière disciplinaire, après ce qu'avait fait Pie VTI en 1801. Sur quatre-vingts Évêques français encore vivants, à qui le Pape avait demandé l'atandon de leurs sièges, quarante-quatre avaient accédé, trente-six avaient résisté. Sans Concile et de sa pleine autorité, le Souverain Pontife avait déposé ces trente-six Évêques contre qui pas une plainte légitime n'était élevée.
On parle de Grégoire VU et de sa sainte audace! Sans doute il eût fait, si les besoins de l'Église l'eussent exigé, ce qu'ont fait Pie VII et Pie IX. Mais aucun acte de son Pontificat ne peut être comparé à cette déposition de trente-six Évêques ni à la définition dogmatique de l'Immaculée Conception.
(2) La dissidence, il ne faut pas l'oublier, ne regardait que
effacées sous la parole de Pierre, et œux qui avaient opposé quelques objections à la définition dogmatique se sont ensuite montrés les plus reconnaissants envers le Saint-Siège. Ils lui devaient, en effet, de voir ce qu'ils n'avaient pas vu, que cette définition demandée depuis tant de siècles aux Prédécesseurs de Pie IX était réservée, dans les conseils de Dieu, aux besoins du temps présent. Au fond de tous les systèmes en apparence contradictoires de notre temps, au fond de toutes nos erreurs, il n y a qu'une erreur, mère de toutes les erreurs et de toutes les folies, la déification de la raison humaine. Qu'on nie expressément le dogme du péché originel, anneau nécessaire de la chaîne des vérités nécessaires, ou qu on évite de s'expliquer à cet égard, on ne tient aucun compte de cette vérité première, et on attribue à l'homme la mission d'accomplir l'œuvre divine, c'est-à-dire de donner au genre humain des croyances et des lois. Et l'homme, faible et borné de toutes parts, devient ainsi son Dieu à lui-même. Et si l'expérience ne lui révèle pas bientôt que sa raison est courte et fragile, son aveuglement est une folie que nulle folie ne surpasse. Et si ses méprises lui apprennent
l'opportunité de la définition et non la croyance. L'Archevêque de Paris (Mgr Sibour) était Tun des dissidents, et l'Office de l'Immaculée Conception fait depuis longtemps partie de la liturgie parisienne.
à se/léfier de lui-même, comme il ne croyait qu en lui-même, il ne croit plus à rien, il tombe dans un scepticisme universel qui est aussi le comble de la folie.
La définition dogmatique de Tlmmaculée Conception renverse toutes les erreurs monstrueuses de ce temps, le panthéisme, le communisme et le socialisme, erreurs que bien des hommes condamnent sans prendre garde que leurs propres systèmes ne sont que des variétés de ceux-là; la définition dogmatique les renverse en affirmant de nouveau la faiblesse de l'homme, sa chute, la Rédemption et la nécessité de la grâce pour être sages, pour être intelligents des grandes vérités, pour être purs, à l'exemple de Marie.
L'Episcopat catholique fit retentir le monde entier des louanges de Pie IX, après le grand acte du 8 décembre 1854. Mais il sembla que la voix des Évêques de France fût encore plus émue que celle de tous leurs Frères. Entre tant de louanges où le nom de la Mère de Dieu et le nom du grand Pape sont associés, je prends au hasard. Comme un mot rappelle toute une harmonie, cette page rappellera ce concert que nous avons entendu il y a quelques années, concert d'actions de grâces rendues à Dieu, à la Vierge Mère, au Pontife qui a proclamé le privilège de sa Conception Immaculée :
" Depuis longtemps les pouvoirs de la terre » s'étaient réservé le triomphe des pompes publi-
n ques La Religion a eu les siennes, et le
w XIX* siècle a revu les fêtes populaires de la » foi.
w La journée du 8 décembre couronne donc l'at- » tente des siècles passés, bénit le siècle présent, « appelle la reconnaissance des âges avenir, et lais- » sera une impérissable mémoire. Elle satisfait " chacun et ne blesse personne : c'est la première » définition qu aucun dissentiment n'aura marquée n à l'heure de sa promulgation, la première qu'au- » cune hérésie ne suivra. Elle laissera le monde » catholique unanime, comme elle l'a trouvé. Elle « confirme tout et ne brise rien; elle resserre plus M que jamais les liens entre Rome et l'Église de » France, entre l'Orient et l'Occident, entre le « Successeur de Pierre et tous les Évêques du n monde; elle fait éclater la force de l'unité, Té- »» nergie de la foi, l'expansion de la charité. Elle » est pour le présent une irrésistible preuve de w vie, au lendemain de tant de cruelles tempêtes. n L'Église, qu'on croyait abattue par cinquante an- » nées de persécutions et d'outrages, se relève plus w forte et plus libre que jamais; et cette immorn telle Épouse du Dieu vivant, que quelques-uns »» disaient épuisée par ce demi-siècle d'indifférence « et de dédain, se déclare aussi puissante qu'aux
n anciens jours, en faisant, sans effort, et avec « cette simple majesté qui lui est propre , un « acte nouveau et solennel de sa plus haute souve- » raineté!
« Donc, bénissons Dieu (1) ! »
En même temps qu'il faisait admirer au monde dans la définition dogmatique de l'Immaculée Conception, l'inaltérable beauté, Tétemelle jeunesse et la fécondité mystérieuse de l'Épouse de Jésus- Christ, qui donne aux âmes la vie de la foi, qui rend la vie après l'avoir donnée, quand ime âme a laissé cette divine lumière s'éteindre en elle, et qui multiplie, si l'on peut ainsi dire, la puissance delà vie qu'elle a donnée à ses enfants; à la même heure qu'il brisait ainsi de sa Voix toute-puissante les arrêts de mort portés par l'orgueil humain contre la Religion Catholique, Pie IX préparait à l'Église universelle une ineffable joie dans le Concordat entre le Saint-Siège et l'Empereur d'Autriche.
Tout le corps souffre et bien souvent languit de la blessure faite à l'un de ses membres. Ainsi toute rÉglise souffrait de la situation douloureuse laite au Clergé et aux fidèles catholiques dans le
(1) Mandement et Instruction pastorale de Mgr VEvêque d'Or" Uani sur V Immaculée Conception de la T, S. Vierge.
vaste empire d'Autriche, par les lois tyranniques de Joseph IL Toute TÉglise se sentit soulagée quand fut signé, le 18 août 1855, ce Concordat qui se résume assez bien dans ses deux premiers et dans son dernier article :
« Article premier. La Religion Catholique » Apostolique Romaine sera toujours conservée en " parfait état dans toute Tétendue de l'empire d'Au- " triche et dans tous les Etats qui le composent, « avec tous les droits et toutes les prérogatives « dont elle doit jouir en vertu de Tordre établi de »» Dieu et des lois canoniques.
« Art. II. Le Pontife Romain ayant, de droit » divin, dans toute l'étendue de l'Eglise, la pri- " mauté d'honneur et de juridiction, la communi- « cation mutuelle, en ce qui touche les choses spi- " tuelles et les affaires ecclésiastiques des Evê- " ques, du Clergé, du peuple avec le Saint-Siège, »» ne sera soumise à aucune nécessité d'obtenir le « plaeet royal, mais elle sera entièrement libre.
" Art. XXXV. Par cette solennelle convention, » les lois, règlements et décrets portés jusqu'à ce " jour, en quelque manière et sous quelque forme " que ce soit, dans l'empire d'Autriche et dans « chacun des États dont il se compose, seront te- * « nus pour abrogés dans toutes celles de leurs dis- « positions qui lui sont contraires, et désormais
»» cette convention sera en vigueur à perpétuité, n comme loi de TEtat, dans toutes les contrées de » l'empire. Et c'est pourquoi l'une et l'autre par- » ties contractantes s'engagent à observer sainte- » ment, etc. »
Les courtisans de César qui rappellent sans cesse avec tant de complaisance qu'il a été prescrit de « rendre à César ce qui appartient à César, » oublient trop qu'il a été prescrit en même temps de « rendre à Dieu ce qui appartient à Dieu, »» et que César est soumis à cette loi autant et plus que le moindre d'entre nous.
Ce sera l'impérissable gloire de l'Empereur François-Joseph de s'êtrje souvenu que le droit de commander souverainement à ses peuples ne rendait que plus étroite pour lui l'obligation d'être humblement soumis à Dieu et à son Église. Il a laissé à d'autres le triste avantage de marquer arbitrairement où doit s'arrêter l'autorité de l'Église, où peut commencer l'indépendance de la puissance civile. Il savait trop (l'exemple de Joseph II était devant lui) qu'on peut se proclamer bien haut Prince catholique et en même temps « réprimer »' les envahissements de l'Église, « comme si l'infaillibilité de l'Église n'était pas le premier article de la foi catholique, et comme si l'Église infaillible pouvait empiéter sur les droits du Prince ! Il est assez facile de lire au fond du cœur de ces 20-
litiques et de reconnaître, malgré leurs protestations contraires, qu'ils ne croient pas à la divine autorité de TÉglise. Qui pourrait leur faire l'injure de supposer que s'ils entendaient la voix de Dieu dans les décrets des Conciles et dans les actes apostoliques des Pontifes Romains, ils oseraient mépriser cette voix et tenter de se rendre indépendants de Dieu !
Mais cette chimère d'indépendance qu'ils poursuivent, sauront-ils l'atteindre? Et même, n'étant plus soumis à l'Église dans les choses qui sont de la puissance ecclésiastique, conserveront-ils du moins dans les affaires qui sont de leur ordre, l'indépendance nécessaire àla souveraineté? Hélas ! pour combattre l'Église, il leur a fallu chercher Tappui de la révolution. Mais la révolution ne se donne pas aux Princes ; et avant de marcher avec eux, elle exige qu'ils se donnent à elle. C'est là que viennent se dissiper ces tristes rêves d'indépendance. Et ceux qui ont voulu tenir l'Église dans leur main comme une chose à eux, ne s'appartiennent plus à eux-mêmes.
Il y avait deux parts dans l'héritage de Joseph II, celle qui est trop connue et qui a rendu sa mémoire chère à la révolution, et celle des sentiments qu'il avait reçus des Princes chrétiens dont il descendait, sentiments que la douleur a ranimés dans son âme aux derniers jours de sa vie et dans 1^-
quels il est pieusement mort, proclamant lui-même qu'il avait été malheureux, c'est-à-dire mal inspiré, dans toutes ses entreprises, Jyece!^ deux parts, l'Empereur François-Joseph a choisi la meilleure. Et malgré tant de mensonges intéressés sur les vœux véritables des populations catholiques, les populations catholiques aiment toujours les Princes libérateurs de TÉglise. Et un éloquent Évêque n'était que l'organe de la reconnaissance de son peuple quand il disait :
« D'après ce simple aperçu vous pouvez
» juger de quelle importance cette convention est n pour l'Église, combien les fils dévoués de cette n Mère ont raison de s'en réjouir dans le Seigneur, » et d'en être profondément reconnaissants pour « le Monarque qui se montre dès sa jeunesse si n avancé en sagesse et en religion, qu'il est devenu « l'émule des Princes les plus connus dans l'histoire •» par leur affection et leur dévouement à l'Église, n et peut être proposé pour modèle aux plus puis- » sants Monarques de notre temps. Grâce aux pré- »» cédentes concessions faites par Sa Majesté Apos- " tolique, grâce au récent Concordat, l'Epouse im- » maculée de Jésus-Christ, figurée autrefois par »» la nation choisie d'Israël, est vraiment revenue à « une nouvelle vie de liberté, de puissance et de » gloire, dans toute l'étendue de ce vaste empire. " Redemit Dominus Jacob, et Israël gloriaiitur.
» Nous avons vu tomber toutes les barrières qui » arrêtaient sa marche conquérante, nous avons " vu se briser tous les liens qui embarrassaient sa « libre énergie. SiTamour et le respect d'un Fran- » çois et d'un Ferdinand avaient déjà séché en par- " tie ses larmes et cicatrisé ses blessures, maintew nant elle se relève véritablement comme une »♦ Reine céleste, dans toute la splendeur de son an- » tique majesté ; elle retrouve plus empressés que » jamais les honneurs des peuples et des grands, » et elle peut faire le bonheur des nations qui la " servent, avec toute l'efficacité de sa vertu toute » divine (1). »
Il est vrai que dans le Parlement anglais et dans le Parlement piémontais, le jeune Prince qui n'avait pas cru que ce fût assez faire de se proclamer « le premier et le plus dévoué des fils de « rÉglise (2), » mais qui venait de donner à rÉglise une preuve si éclatante de tendre respect et de soumission filiale, était couvert d'outrages, presqu'à Tégal de son Père, le Vicaire de Jésus- Christ. Mais il faut que la vérité reçoive parfois le témoignage de ses ennemis les plus passionnés, afin qu'on puisse la reconnaître à ce signe; le
(1) Lettre pastorale de Mgr V Archevêque de Milan sur le Cori' cordât,
(2) Lettre de l'Empereur François-Joseph à Pie IX,
Times laissa échapper cet aveu qui venge assez le Souverain Pontife et l'Empereur : « Le Concordat » autrichien montre quelle puissance il y a là où »» beaucoup ne voient qu'atrophie et décadence, et » que la Papauté, institution forte et vigoureuse, »• est basée sur un des plus profonds sentiments n de l'humanité. »»
C'est pour cela qu'elle voit tomber et disparaître toutes les puissances qui l'attaquent, mais c'est aussi pour cela qu'elle est attaquée sans relâche. Quelques mois après la promulgation du Concordat autrichien, un Congrès des puissances était réuni à Paris pour le règlement des affaires d'Orient, à la suite de notre glorieuse campagne de Crimée. Le Congrès n'avait pas d'autre objet. Cependant les deux plénipotentiaires sardes, le comte de Cavour et le marquis de Villamarina, remirent aux premiers plénipotentiaires de France et d'Angleterre, le comte Walewski et lord Clarendon, une Note en date du 27 mars 1856. Dans cette Note, chef-d'œuvre d'habileté (si l'habileté consacrée au triomphe de l'iniquité ne mérite pas un autre nom), on vantait d'abord l'état prospère des Légations après que la révolution française les eût détachées du Saint-Siège : « L'aspect de w ce pays avait changé comme par miracle, grâce « au génie organisateur de Napoléon. » On rappelait à la diplomatie qu'elle avait hésité en 1815
à rendre les Légations au Saint-Siège (1); on lui rappelait son Mémorandum de 1831, arme si gratuitement fournie à la révolution par œux qui étaient le plus intéressés à la désarmer. Comme on avait payé un tribut de louanges au premier Empire, on en payait un au second, on rappelait la lettre adressée à M. Edgar Ney, lettre dans laquelle Fauteur, " avec ce coup d'œil juste et ferme » qui le caractérise, avait parfaitement soutenu et »» nettement indiqué la solution du problème : " Sécularisation, Code Napoléon, »»
Ces précautions prises, ces alliés assurés (on Tespérait, du moins), les plénipotentiaires sardes ouvraient Tattaque contre le Saint-Siège : « Il est » clair que la Cour de Rome combattra jusqu'à » Fextrémité et avec tous les moyens qui sont en « son pouvoir l'exécution de ces deux desseins (2). » On comprend bien qu'elle peut adhérer en ap- » parence et accepter les réformes civiles et même « politiques, sauf à les rendre illusoires en pra- » tique; elle s'aperçoit trop bien que la séculari-
(1) Cette hésitation des puissances, que je ne prétends pas justifier, ne témoignait pas de leurs sympathies pour la révolution, mais au contraire de la crainte de voir le Saint-Siège, matériellement si faible, aux prises avec la révolution si forte. C'est le même sentiment qui leur avait fait attribuer à l'Autriche un droit de garnison dans les places de Ferrare et de Commachio. Voir plus haut, p. 117 et 118.
(2) La sécularisation et le Code Napoléon.
t* sation et le Code Napoléon , introduits à Rome •t même, où se trotnre le fondement de sa puis- •• sance temporelle, Tarracheraient dans ses ra- »» cines et la feraient tomber, en lui enlevant ses »• principaux soutiens, les privilèges du clergé et »» le droit canonique. " C'est Ib. pensée de derrière la tête, comme parie Pascal, qui par mégarde se laisse voir devant. Les réformes qu'on prétend imposer au Souverain Pontife arracheraient sa souveraineté dans ses racines : cet aveu précieux de la révolution demeure acquis à la défense du droit et de la vérité (1).
Les plénipotentiaires sardes continuaient :
(ï) Mais c'est en même temps l'autorité spirituelle du Vicaire de Jésus-Christ que la révolution espère follement arracher dans ses racines. Une feuille révolutionnaire de Gênes, la Maga, écrivait (J5 mai 1856) : » La note du 27 mars est la « plus solennelle manifestation de défiance donnée par les plé- « nipotentiaires sardes au gouvernement papal... C'est im cri « solennel de réprobation contre le Pape, un programme de n guerre à la Papauté temporeUe et spirituelle. »» Un ancien ministre imposé à Pie IX , aujourd'hui ministre du Roi dé Sardaigne , M. le comte Terenzio Mamiani , disait plus vaguement, mais disait la même chose, en remerciant, dans la Chambre des députés, les plénipotentiaires sardes : « Il est temps, ô gouvernements de l'Europe, il est grand >f temps que la plus ancienne des nations d'Occident, que » la fille de Rome arrache sa tête vénérable à un joug in- »y digne, et cesse enfin de vivre, pour ainsi dire, hors la loi, et » en perpétuelle contradiction aveclvs lois de la justice et de »t la nature. »»
« Cependant, si Ton ne peut espérer d'intro-
n duire une vraie et complète réforme dans ce » centre où l'autorité temporelle et le pouvoir n spirituel sont si fortement liés qu'on ne saurait n les disjoindre sans s'exposer à les rompre, ne n pourrait-on pas au moins obvier aux inconvé- » nients pour la partie du pays qui se montre » moins docile au joug du clergé, qui est un foyer » continuel d'agitation et d'anarchie, qui fournit n des prétextes à l'occupation permanente des »» Autrichiens, qui suscite des complications di- » plomatiques et qui trouble l'équilibre européen? »» Nous croyons que cela se peut, mais à condition » de séparer au moins administrativement cette »» partie de l'État Romain. On formerait des Lé- « gâtions un Principat Apostolique sous la haute ff domination du Pape, mais régi par ses lois prow près, ayant ses tribunaux, ses finances, son »» armée. Nous croyons qu'en rattachant, autant » que possible, cette organisation aux traditions »» du règne de Napoléon, l'on obtiendrait sûre- »» ment un effet moral très-considérable, et l'on ?» ferait un grand pas vers le retour du calme » parmi ces populations. »» Les plénipotentiaires sardes ne voulaient pas en effet, qui en douterait encore à cette heure? un retour complet « aux traf* ditions du règne de Napoléon; »» ce n'est pas au profit d'une autre puissance qu'ils s'apprêtaient
à dépouiller le Souverain Pontife, c'est pour le Roi de Sardaigne qu'ils convoitaient cette proie. On parie d'indépendance, de nationalité, de progrès : c'est la convoitise qui se cache sous ces grands mots.
L'appui de l'Angleterre était assuré à la Note des plénipotentiaires sardes. Mais, en arrivant au détail, il faut bien que j'avoue que ce fut le premier plénipotentiaire de la France qui, dans la séance du 8 avril, ouvrit la discussion sur la politique intérieure des États du Pape. Les plénipotentiaires des autres puissances refusèrent de se mêler à une discussion pour laquelle ils n'avaient pas de mandat. Mais les premiers plénipotentiaires de la France et de la Grande-Bretagne proclamèrent anormale la situation des Etats Pontificaux. Le premier plénipotentiaire de la Grande-Bretagne, après avoir fait des réserves contre la présence des armées étrangères, c'est-à-dire des armées française et autrichienne, dans l'Italie centrale, pressait le Congrès d'user de son DKorr d'imposer au Souverain Pontife le programme de M. de Cavour, c'est-à-dire qu'en protestant contre la présence d'armées catholiques appelées par le Pape, il voulait par une pression étrangère imposer une domination étrangère aux Etats Pontificaux.
Sur la demande de M. de Cavour, ces vœux.
qui étaient à la fois ceux d'une puissance encore catholique de nom et ceux de la puissance la plus hostile à la Papauté, furent consignés au protocole et livrés aux assemblées et aux journaux révolutionnaires. Un mois plus tard, le 6 mai, l'auteur dé la Note s'attachait à faire comprendre à la Chambre des députés de Turin que la différence du langage tenu par le premier plénipotentiaire de la France et de celui du premier plénipotentiaire de la Grande-Bretagne était plus apparente que réelle :
" Si le langage du plénipotentiaire fran-
»' çais ne fut pas en tout semblable à celui du plé- »• nipotentiaire anglais, il y a pour cela une très- « grave raison que tous vous comprendrez , je »' l'espère. Pour le gouvernement français, le " Souverain Pontife n'est pas seulement le chef " temporel d'un Etat de trois millions d'habitants, " mais il est aussi le chef religieux de trente-trois " millions de Français ; cette condition impose au »» gouvernement des égards particuliers pour le " Pape. Nous ne devons donc pas nous étonner » qu'on use de ménagements quand il s'agit de la »' question romaine. Si l'on réfléchit comme il » convient à cette circonstance spéciale, si l'on » tient compte de l'influence que tout ce qui se »' fait à Rome peut avoir sur la politique inté- »' rieure de la France, ]e crois que notre pays et
« l'Italie tout entière éprouveront pour le gouvern nement français une reconnaissance non moins » grande que celle qu'a méritée le gouvernement » anglais. »
En même temps que la majorité de la Chambre des députés félicitait le comte de Cavour de Tinitiative qu'il avait su prendre au Congrès de Paris contre le Saint-Siège, les accusations audacieuses du ministre piémontais trouvaient de Técho dans le Parlement d'Angleterre. Mais, en même temps aussi, l'ambassadeur de France à Roine, le comte de Rayneval, adressait à son gouvernement (14 mai 1856) un rapport sur la situation de l'État Romain. Ce document officiel, auquel les colonnes du journal officiel n'ont point été ouvertes, n'a reçu en France qu'une ombre de publicité. Il ne faut pas de nos jours reprocher trop vivement à l'opinion publique l'injustice de ses arrêts.
Dans ce rapport, M. le comte de Rayneval ne se contente pas d'opposer la vérité bien connue de lui assurément (1) à toutes les allégations de M. de Cavour. Ces allégations ont une conclusion pratique, le démembrement de l'État Pontifical. Mais
(1) Qui a jamais mieux connu le véritable état des choses que le comte de Rayneval qui, avant d'être ambassadeur à Rome au temps dont je parle, y avait été secrétaite d'ambassade sous Louis-Philippe et ministre plénipotentiaire sous la République? Dira-t-on qu'il voulait tromper son gouverne-
c'est pour sauver la souveraineté temporelle du Saint-Père que le comte de Cavour veut lui retirer le gouvernement des Légations dont le Pape demeurerait le Souverain nominal. L'ambassadeur de France montre que la proposition des plénipotentiaires sardes va presque directement à la spoKation complète du Souverain Pontife :
« On prête à certaines personnes qui ont
» réussi une première fois à dépouiller le Saint- " Père de sa tiare, non pour leur profit, mais pour " celui des démagogues, le projet de former deux " divisions du gouvernement pontifical, dont Tune « serait dirigée par' un délégué du Saint-Père. « Une combinaison de cette nature, je dois Ta- " vouer, me semble présenter les plus grands dan- " gers. Il n'est pas douteux qu'elle n'ouvrît la ^ porte à la révolution, et que la révolution ne fît » naître elle-même des espérances fondées sur la « certitude du succès. Les populations auraient « moins de respect pour leur gouverneur laïque " qu'elles n'en ont pour les délégats actuels. Elles '» ne risqueraient ni un écu ni une goutte de leur >' sang pour sa défense. Au bout de quelques mois, '» la chute du Souverain Pontife serait proclamée » à Bologne, une assemblée constituante serait
ment? C'est la seule ressource qui reste à ceux qui sont résolus à contester, tout ce que son rapport affirme et à condamner le gouvernement paternel des Pontifes Komains.
« convoquée pour l'Italie, et la guerre déclarée à " TAutriche. En supposant que le pouvoir nou- H veau fût en état de maintenir sa position et réus- « sît à contenter les populations, que pourrait-on " répondre à l'autre moitié des Etats Pontificaux, »» qui se plaindrait d'être abandonnée et réclame- « rait sa part de réformes? Que faire, si elle se » soulevait pour atteindre ce but, et comment " douter qu'elle n'en vînt aux mesures extrêmes? » De tout cela il résulterait la ruine de la Papauté, »' la satisfaction de ses ennemis, et l'Europe en » proie aux plus redoutables agitations. En tout " cas, on peut s'attendre à voir le Pape opposer à » un pareil projet une résistance désespérée ; s'il » ne le faisait pas, il faudrait lui délivrer à laface »' de l'Europe un brevet d'incapacité radicale. Mais " non, jamais il ne donnera son assentiment à un '» semblable plan. Mais, consentante ou non, la " Papauté recevrait de cette manière un coup mor- » tel, et c'est ce qu'ont très-bien compris les au- " teurs delà combinaison. "
Cette tendre commisération qu'inspire aux hommes d'État du Piémont et de l'Angleterre, et à tous ceux qui appartiennent à la révolution, l'état misérable des populations soumises au gouvernement pontifical, n'est au fond que la haine de la Papauté.
Ce peuple, objet de tant de pitié, paye bien moins d'impôts que les peuples dont on vante les institutions et les lois. Et, pour parler de nousmêmes, un Français paye annuellement à rEtat45 francs (1); un Romain paye ^francs. Et, sans vouloir poursuivre la comparaison, je dois ajouter que cette grande modération du fisc n'a pas empêché le gouverneme^ pontifical, après qu'il eût comblé le gouffre laissé par la république romaine (2), de rétablir l'équilibre dans le budget au moment où la révolution allait le rompre de nouveau.
C'est déjà faire beaucoup pour l'agriculture, de ne pas écraser d'impôts l'homme -qui cultive la terre; car la terre la plus féconde et la mieux cultivée ne peut jamais donner à son maître qu'un revenu modique, et celui-ci se décourage bientôt s'il
(1) C'est là du moins ce que le Français payait quand M. de Rayneyal opposait l'un à l'autre ces deux chififres. Je ne crois pas que la moyenne de l'impôt ait diminué depuis.
(2) La république avait laissé pour sept millions de scudi d'assignats qu'elle n'eût jamais payés, on le sait bien. Le gou- Tcmement pontifical les a retirés de la circulation en les payant, non pas selon l'estime qu'on en faisait, mais à leur valeur nominale. M. de Rayneval remarque avec raison que «ept miUions de scudi pour les États Romains représentent huit à neuf cent millions de francs pour la France. C'est, pour les États du Pape , bien moins chargés d'impôts que notre pays, un peu plus que le revenu annuel du Trésor public.
voit le fisc lui prendre la meilleur^e part de ce qu'il a si laborieusement gagné. Mais entre tous les objets sur lesquels s'étend Tadministration temporelle des Souverains Pontifes, l'agriculture a toujours été celui de leurs plus constantes préoccupations. Les longues guerres, les discordes civiles et surtout la corruption avaient fait de la campagne romaine, avant qu'elle passât sous le gouvernement pontifical, im vaste désert. Par leurs soins, tout prit bientôt un nouvel aspect. Mais quand les- Papes quittèrent Rome pour Avignon, tout languit dans la ville et dans la campagne (le peuple romain en garde encore à cette heure le douloureux souvenir). A leur retour, les Papes firent une seconde fois pour l'agriculture ce qu'ils avaient déjà fait. Grégoire XII, Sixte IV, Jules II, Clément VIII, il faudrait les nommer tous, furent les pères du peuple de la campagne. Cette tradition s'est perpétuée jusqu'à Pie IX dont , par une perfidie abominable, on ne vante la piété et la sainteté que pour expliquer que, vivant tout en Dieu,. il oublie, lui^ d'être le père de ses sujets qui sont deux fois ses enfants. Ces hommes ne se doutent pas que cette étrangeaccusation se retourne contre eux-mêmes pour les convaincre de ne pas même savoir ce que sont la piété et la sainteté ! Ce saint Pape, comme on a raison de l'appeler, a su résoudre la difficile question des pâturages. Les besoins.
de la population agricole le préoccupaient dans son exil, et le décret sur rafFranchissement de la servitude des pâturages est daté du 19 décembre 1849. Né à Sinigaglia, il a voulu introduire dans la campagne romaine les méthodes de culture qu'il avait vu employer dans les terres de sa famille et dont il connaissait le mérite. En 1850, il mit à la disposition de son ministre de l'agriculture une somme annuelle de dix raille scudi pour être distribuée en primes, pendant quinze ans, à ceux qui planteraient de nouveaux arbres dans les Etats Pontificaux. Malgré Thorreur profonde que les mêmes hommes qui avaient d'abord fait de lui. un révolutionnaire lui prêtent aujourd'hui pour le progrès, il a dans ces dernières années employé les machines à vapeur pour le dessèchement des marais d'Ostie et des vallées du Ferrarais.
Mais l'activité de Pie IX ne s'est pas épuisée toute dans ces encouragements puissants donnés à l'agriculture. A mesure que celle-ci se développe, il faut que le gouvernement donne des débouchés à ses produits. Le gouvernement dePie IX n a pas failli à ce devoir. Ailleurs, l'exécution des chemins de fer fait négliger d'autres travaux plus modestes. Le gouvernement pontifical, qui aura bientôt doté ses États d'un réseau de chemins de fer, a multiplié dans ces dix dernières années les grandes routes et les autres voies de communication. Il a
construit des ponts nombreux, et les voyageurs citent comme une merveille qui rappelle les grands travaux de la Rome antique, le pont qui joint la ville d'Albano à celle d'Aricia. Trois rangs d'arches partant du fond de la vallée s'élèvent à une effrayante hauteur et joignent ensemble les deux collines. A Ravenne, le port Corsini a été agrandi. Ancône a vu construire un nouvel arsenal et restaurer les jetées. Tous ces travaux, et tant d'autres dont l'énumération dépasserait les bornes de ce livre, ont développé le commerce ; et en trois années seulement, de 1851 à 1854, le nombre des bâtiments de la marine marchande s'est éfevé de 1667 à 1893. La triangulation, en grand honneur à Paris, ne l'est pas moins dans les États Romains. Le nouveau nivellement de la voie Appienne, confronté avec celui qu'avait exécuté Boscowick, sert de base pour la triangulation de tout le pays. Et, il faut bien que je l'avoue aux accusateurs de Pie IX, c'est à un Jésuite, le P. Angelo Secchi, que la direction de ce travail a été confiée.
Il faudrait consacrer tout un livre à raconter ce que Pie IX a fait pour les beaux-arts. Il faudrait un long chapitré pour le rappeler même sommairement. Mais ce luxe, si cher aux Pontifes Romains, ne les a jamais rendus sourds aux cris de la misère et de la souffrance. Sur sa liste civile qui est d'im peu plus de trois millions de francs, et
dont les charges sont si considérables, plus d'un millîon, assure-t-on, est annuellement dépensé en aumônes. Ai-je besoin d'ajouter qu'ici les documents me font tout à fait défaut? Mais je peux bien dire qu'en huit mois (octobre 1853-mai 1854) le ministère des travaux publics dépensa, dans la seule province de Ferrare, la somme de 133,958 scudi pour procurer du travail aux pauvres durant la disette. Pendant le choléra, il y eut chez les Cardinaux, chez lesEvêques, dans tout le Clergé, che2 tous les fonctionnaires publics, une sainte émulation pour atténuer les ravages du fléau, pour secourir les malades, pour fortifier, pour consoler leurs familles, pour recueillir les orphelins. Jamais Pie IX ne fut plus visiblement le Père de tous. Il était présent partout à la fois. Un jour il entre à l'hôpital du Saint-Esprit, sans que rien eût fait prévoir sa visite. Il va tout droit à la salle des cholériques, les ranime, les console, les encourage et les Bénit. Il rencontre un moribond, récite auprès de lui les prières des agonisants; et c'est de la bouche du Souverain Pontife que ce pauvre homme, un déshérité d'ici-bas sans doute, reçoit l'adieu suprême des Chrétiens : Partez, âme chrétienne ! Quand cette âme est partie et que le Pape n'a plus devant lui que la dépouille mortelle de celui qu'il vient de soutenir de sa main paternelle dans le passage du temps à l'éternité, il va dans la salle
des convalescents, s'assure que tous les soins nécessaires leur sont donnés, il leur parie, les encourage à reprendre, avec la force et la santé, les travaux, les soucis, les peines de la vie, comme il encourageait tout à rheure celui qui allait mourir à entrer d'un cœur confiant dans la mort. Quelques jours après. Pie IX passant à pied devant rhôpital Saint-Jean, consacré aux femmes malades, y entre et va encore à la salle des cholériques. Il y trouve une pauvre malade qui va mourir, il récite encore auprès d'elle les prières de la recommandation de l'âme, et bénit cette femme au moment du départ; puisr agenouillé devant ce lit, le Vicaire de Jésiis-Christ dit le De Profundis.
Mais ce n'est pas la charité tendre, profonde, inépuisable de Pie IX, que la révolution elle-même ose méconnaître , c'est la sagesse et la douceur de son gouvernement. On reproche en même temps, sans prendre garde à la contradiction, aux lois qu'il a établies et qu'il maintient d'être trop chrétiennes etd'être impitoyables. On plaint les sujets du Pape de n'avoir pas de droit civil, car c'est apparemment au droit civil que l'on pense en parlant du droit légal qu'on oppose au droit canon , droit inflexible, assure-t-on, comme le dogme, et qui ne permet pas que les Romains aient un droit légal. On prouve par là qu'on ne sait pas bien quelle est la nature du droit civil, et qu'on ne sait pas du tout
quelle est la nature du droit canon, essentiellement différent du dogme qui ne peut pas changer, tandis que le droit canon se transforme sans cesse selon les besoins des temps. Mais si le droit canon ne permettait pas l'existence à côté de lui du droit civil, ce ne sont pas seulement les États Romains qui seraient privés de celui-ci, mais avec eux tous les pays catholiques où le droit canon n'a pas moins de force que dans les États du Pape.
Tous les grands principes de la législation moderne, dont nous sommes si justement fiers, ont été révélés au monde par l'Église Catholique. Et c'est un acte d'ingratitude d oser flétrir, comme on le fait de nos jours, les lois données à leurs sujets par les Souverains Pontifes de qui nous tenons tout ce qu'il y a de meilleur dans nos lois. Sait-on vraiment ce que l'on veut? On parle de la législation barbare du Moyen Age. Mais les lois et les institutions bai^bares ne sont pas l'œuvre du Moyen Age. C'est un héritage des temps et des races vraiment barbares, car elles n'étaient pas éclairées des lumières de l'Évangile. La société païenne, arrivée à ce degré de civilisation qui nous éblouit encore à vingt siècles de distance, n'imagina jamais que l'esclavage pût ne pas exister. L'abolition de l'esclavage fut une des premières manifestations de l'influence conquise par l'Évangile. Cependant le Moyen Age avait reçu encore
des âges précédents trop de lois et d'institutions que nous appelons justement barbares. H les avait reçues, mais il ne nous les a pas transmises, ou du moins il ne nous les a transmises que mutilées et prêtes à disparaître. Qui a donc adouci cette société barbare, si ce n'est l'Église, ou, pour parler avec plus de précision, la Papauté? Et puisqu'on jette au hasard dans le débat le nom du droit canon, qu'on apprenne que la torture, avant d'être effacée de nos lois par la puissance civile, avait>été interdite par le droit canon et condamnée par un Pape (1). C'est encore le droit canon qui abolit le supplice de la croix et la marque sur le visage, pour ne pas défigurer l'image de Dieu. Car c'est le Christianisme seul qui a enseigné à l'homme le respect de l'homme.
Voilà pour le passé. Quant à l'état actuel de la législation, que les ennemis du Pape trouvent un témoignage de quelque valeur pour l'opposer à celui du comte de Rayneval, qui dit dans son rapport :
«... La loi civile et criminelle avait déjà été n l'objet d'une complète révision. Divers codes de »» procédure dans l'ordre criminel, de même qu'un » code de commerce, tous fondés sur les nôtres et w enrichis des leçons de l'expérience, ont été profil Nicolai I Pap, Resp. ad cont, Bulg,
*» mulgués. Je les ai soigneusement étudiés ; ils « sont au-dessus de la critique. Le code hypothé- » Caire a été examiné par des jurisconsultes fran- " çais et cité par eux comme un document modèle. n La loi romaine, modifiée dans certaines parties n par la loi canonique, a été prise pour base de la » législation civile. »»
Il ne se peut rien imaginer de plus national pour les États du Pape que la loi romaine modifiée par la loi canonique. Et cependant les italianissimes (ils sont barbares jusque dans leur langage!) veulent, au nom même du principe de la nationalité, substituer à la loi romaine, à Rome, le Code Napoléon (1). La Note des plénipotentiaires sardes le
(1) Au moment où je corrige les épreuves de ces dernières feuilles, il vient de paraître un livre qui, répondant, comme c'est son but, à tant d'attaques de l'ignorance et de la mauvaise foi, renverse encore indirectement, et peut-être sans que l'auteur y ait songé, cette théorie absurde et funeste qui prétend établir une contradiction entre la foi religieuse et la raison politique. L'accord est si parfait entre l'une et l'autre, qu'on ne saurait vraiment dire, en considérant dans son ensemble le livre de M. P. Sauzet, Rome devant V Europe, ou en examinant séparément chaque page, si c'est la raison politique qui parle ou la foi religieuse.
La question du Code Napoléon à Rome est traitée dans ce livre avec de longs développements. La pensée de l'auteur à ce sujet se résume dans ces deux lignes : u ... Ce prudent resn pect que je témoigne aux lois de mon pays, je le demande n à mon pays pour les lois des autres peuples. » C'est le sentiment des hoimêtes gens.
dit expressément. Mais elle oublie de définir le Code Napoléon. Si c'est une traduction exacte et intégrale du français en italien, que les hommes d'Etat du Piémont prétendent imposer au Souverain Pontife, comme ils ont fait un jour chez eux en présentant à la Chambre une loi traduite si littéralement qu'elle parlait de certains magistrats qui existent bien en France, mais qui n'existent pas en Piémont; s'ils prétendent imposer au Saint- Siège ce système de gouvernement national, il n'est pas douteux que le Saint-Père refuse toujours d'étendre à. ses sujets des dispositions contre lesquelles il a toujours protesté pour ses enfants de France, quelques-unes, par exemple, de celles qui régissent le mariage (1). Mais si la Note veut dire
(t) Ces dispositions ne sont pas les seules qae repousserait le Saint-Père. Et son éloignement pour le Code que les plénipotentiaires sardes voulaient lui imposer, serait assez justifié par les confidences de l'auteur même du Code Napoléon, qui, le 5 juin 1800, écrivait à son frère Joseph qu'il venait de faire Roi de Naples :
•>» Je veux avoir à Paris cent fortunes, toutes s'étant élevées » avec le trône et restant seules considérables, puisque ce » sont des . fidéicommis, et que ce qui ne sera pas elles, par » Veffet du Code civil va se disséminer.
» Établissez le Code civil à Naples ; tout ce qui ne vous est » pas attaché va alors se détruire en peu d'années, et ce que » vous voudrez consener se consolidera. Voilà le grand avan* » tage du Code civil. Si le divorce vous gêne pour Naples, je » ne vois pas d'inconvénient de cartonner cet article ; cepen- « dant je le crois utile. Car pourquoi le Pape prononcerait -il,
que le gouvernement ppntifieal devrait adopter le Code Napoléon dans son ensemble en rejetant les articles qui ne conviennent pas aux États Romains, il est regrettable que les auteurs de la Note n'aient pas encore appris ce qu'est le Code Napoléon et ce qu'est la législation civile des États du Pape. Dans son ensemble, le Code Napoléon n'est pas l'œuvre de la révolution française. L'examen le ' plus superficiel doit lui faire perdre ce mérite aux yeux des révolutionnaires; mais il en aura un plus grand aux yeux des honnêtes gens, celui d'être l'ancien droit français (1) qui était luimême l'ancien droit romain. En adoptant le Code Napoléon, Rome ne ferait donc que reprendre ce que nous tenons d'elle. Mais elle n'a pas à reprendre ce qu'elle n'a jamais abandonné.
n lorsqu'il y a canse d'impuissance ou force majeure ressor- »' tissant à l'ordre civil? Toutefois, si vous le croyez néces- *^ saire, changez-le. Pour les actes de l'état civil, vous pouvez »» les laisser aux curés.
« Au moyen de ces modifications, il faut établir le Code n civil chez vous ; il consolide votre puissance, puisque par lui » tout ce qui n'est pas fidéicommis tombe, et qu'il ne reste w plus de grandes maisons que celles que vous érigez en fiefs. » C'est ce qui m'a fait prêcher un Code civil et m'a porté à » l'établir. » (Mémoires du roi Joseph ,^ t. II, p. 275 et 276.)
(1) Cela est si vrai que tous les jours, dans nos cours et dans nos tribunaux, pour éclairer le sens d'un article du Code Napoléon, les magistrats et les avocats invoquent l'autorité do Pothier et citent môme les maximes du droit romain.
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Mais des lois distinctes ne sont pas un code, et c'est le Code qu on prétend imposer au Saint- Père. On voit bien les avantages d'un code, mais des jurisconsultes dont l'autorité a plus de poids ici que celle de M. de Cavour, assurent que les inconvénients l'emportent sur les avantages. Evidemment M. de Cavour a été trompé par ce qu'il a entendu dire de l'origine révolutionnaire du Code Napoléon. S'il savait que ce Code n'est, à quelques dispositions près, que Tassemblage des lois de l'ancien régime, il l'effacerait au plus vite de son programme. Pour l'Angleterre, qui a soutenu si ardemment la Note des plénipotentiaires sardes, elle a oublié, je ne dis pas d'adopter d'abord le Code Napoléon, mais de faire un corps de ses propres lois, de ses vieilles chartes, de ses bills, de ses usages, des règlements du conseil privé, de tous ces actes disparates qui forment plus de cent volumes in-folio. Elle n'a pas voulu secouer cette poussière et remettre à neuf cette législation, œuvre des siècles. Elle a bien fait. Et c'est à cet esprit de sagesse et de respect du passé qu'elle doit d'être encore debout, malgré tant de causes trop actives de dissolution. Mais un attachement profond à leurs traditions anciennes convient encore mieux aux Etats de l'Église qu'à la Grande-Bretagne.
Tandis qu'on accusait le gouvernement de Pie IX
d'être impitoyable, il fallait bien montrer soimême quelque pitié. Cette pitié fut pour ceux qui n'ont jamais pitié de la société. On protesta contre les justes exceptions de l'amnistie accordée par le Saint-Père après que les armes de la France eurent repris Rome. Mais cette amnistie était déjà la seconde que donnait Pie IX. Après la première, un des amnistiés lui disait : " Saint-Père, je vous » présente cette tête que vous avez soustraite à w la hache ; elle vous appartient à la vie et à la " mort. « C'était là une noble parole. Mais vingt mois ne s'étaient pas écoulés, que celui qui l'avait dite signait l'acte de déchéance de Pie IX. Hélas ! il n'était pas le seul ingrat ni le seul parjure. Et, à moins de vouloir trahir la cause de la société, Pie IX, en accordant l'amnistie du 18 septembre 1849, était bien obligé de faire quelque violence à sa bonté qui aurait voulu effacer pour tous les effets de la révolte et de tous les crimes qui l'avaient accompagnée. Cependant il n'y eut d'exceptés que les membres du gouvernement provisoire, ceux du triumvirat et de l'assemblée constituante, et les chefs militaires des bandes qui avaient porté les armes contre le Souverain légitime. Ces deux exceptions s'appliquèrent à 283 individus, dont 21 étrangers. Sur les 262 sujets du gouvernement pontifical exilés de leur patrie, car ce fut là le châtiment, soixante déjà, quand
M. de Rayneval écrivait son rapport, il y a quatre ans, avaient obtenu de rentrer.
M. de Corcelles a fait cette réponse à une accusation inique :
« H m*a été donné, en 1848 et en 1849, d'appor- » ter à Pie IX les consolations de la France. La « première fois, c^était bien peu de jours après " l'assassinat de son ministre et le siège meur- « trier du Quirinal. Jamais, au milieu des plus »* sanglantes fureurs, je n'ai surpris à cette âme " si tendre une émotion qui ne fût pas celle d*un " père affligé, sans la moindre amertume àTégard " de ses cruels ennemis, rappelant continueller ment, par son langage, le dernier mot de Pie VI : " Ignosce illis ! Confiant dans la Croix, pénétré " de la divine responsabilité de son héritage , at- » tentif à préserver l'indépendance de l'Église,. " et, avec elle, la plus sûre liberté de tous les " peuples; mais conciliant, dans tous les égards " qui s'accordaient avec cette invincible fermeté, »' la modération même pour toutes les mesures '» propres à calmer les esprits prévenus ou crain- « tifs, bien plus porté à augmenter ses propres " difficultés qu'à refuser ce qui pouvait en épar-
" gner à divers Etats Pour avoir une belle
» idée de cette douceur évangélique , disait » Bossuet dans le panégyrique de saint Fran- » çois de Sales, ce serait assez, ce vie semble,.
" de contempler son visage. Toutefois, allons n chercher jvsque dans son cœur la source de »» cette douceur attirante qui , ayant rempli le n dedans, répand ensuite sur V extérieur une grâce n simple et san^ fard, et un air de cordialité » tempérée, qui ne respire qu'une affection toute " sainte; la charité qui porte avec soi la patien^ce « pour endurer les défauts, la compassion pour les " plaindre, la condescendance pour les guérir. On " croit voir Pie IX . Pourquoi sommes-nous réduits ♦» à mettre ce portrait fidèle en regard des paroles de »' M. le comte de Cavour, arrière-neveu de saint »♦ François de Sales, le véritable conquérant, qui a - tant fait pour la Maison de Savoie et pour lunité, »' maintenant tit)ublée , d'une si noble nation? »♦ Mais les mêmes politiques qui travaillent à briser les liens religieux qui unissent encore les hommes, veulent substituer à. cette unité, la seule durable et la seule féconde, l'unité révolutionnaire qui étouffe toute liberté, qui brise toute force, parce que .toute force fait ombrage aux tyrans, qui tend ouvertement ou secrètement, mais qui tend toujours à détruire la famille, la commune, la province, pour ne laisser survivre que l'individu et l'Etat. Système funeste qui laisse l'homme hésitant entre la terreur de l'anarchie et la terreur du despotisme. Système qui dans la société païenne enfanta tant de crimes, et à la suite tant de
maux et de douleurs. Pour être vraiment le Libérateur du genre humain, Notre-Seigneur Jésus- Christ a renouvelé toutes choses sur la terre. Les conditions de la société humaine furent changées, comme les rapports entre Dieu et l'homme. Et quand les Chrétiens parlent de la liberté qui est ancienne et du despotisme qui est nouveau, ils savent bien cependant que la liberté, qui est un effet de la Rédemption, est moins ancienne que le despotisme et que le péché. Mais la révolution, qui s'^pelait il y a trois siècles la réforme, s'efforce de relever toutes les idoles de boue et de chair que Notre- Seigheur Jésus- Christ avait renversées. Nos pères, les heureux membres d'une société unie dans la foi et dans la charité ie Jésus-Christ, avaient connu la liberté. Mais quand cette unité fut brisée par les passions brutales qui sont le caractère du xvi® siècle , il fallut bien retenir les hommes par un autre lien, et le despotisme devint d'autant plus nécessaire que la révolution faisait plus de progrès. Les pays catholiques sont toujours restés les plus libres. Ils ont dû cependant sacrifier quelque chose de leur liberté , parce qu'ils n'avaient pas pu se soustraire entièrement à la contagion des doctrines nouvelles et conserver l'intégrité de leur foi. La révolution, qui s'était appelée la réforme , s'appela le philosophisme et le rationalisme, et fit plus de ravages dans les pays
catholiques sous ces noms nouveaux. C'est alors que la liberté disparut entièrement. Jamais on ne parla davantage d'unité et d'indissolubilité. Une loi impitoyable réglait tout, et les troupeaux d'hommes, plus dociles que le bétail, se laissaient pousser ou entraîner où il plaisait à l'État de les conduire. Voilà l'unité. Cette unité révolutionnaire, les Etats Romains l'avaient connue, puisque la révolution avait aussi passé par là. Pie IX, à son avènement , trouva encore debout quelquesuns des instruments de cette unité, j'ai presque dit des instruments du supplice des peuples. Son premier soin fut de les détruire et de rendre à ses sujets une partie de leurs vieilles libertés municipales. La révolution lui proposa d'adopter une autre doctrine de liberté. Comme Pontife et comme Prince chrétien, il devait demeurer attaché à la liberté chrétienne et à la politique chrétienne. C'est ce qu'il a fait en résistant courageusement aux séductions, aux instances , aux menaces d'un libéralisme hypocrite. Il a été inébranlable, il le sera jusqu'au bout.
Mais la première réforme à imposer au Souverain Pontife, ce n'est pas encore le régime constitutionnel, c'est la sécularisation. Il y a trop de prêtres, au gré de la révolution, dans le gouvernement et dans Tadministration des Etats de l'Église. Mais si, par un conseil de la divine Pro-
vidence dont nos pères, dans leur sagesse encore plus que dans leur piété, se sont faits les instruments volontaires, il y a des États de TÉglise, dont le Chef de l'Église est, à ce titre seulement, le Souverain, car ces États n'appartiennent point à une djnnastie mais à l'Église, le gouvernement de ces États est par là même ecclésiastique, et il ne se peut pas que ce caractère du gouvernement ne se retrouve, quoiqu'à un moindre degré, dans l'administration (1). Et quand la révolution somme le Souverain Pontife de séculariser le gouvernement et l'administration des États Pontificaux, elle le somme d'abdiqué. Elle ne veut pas autre chose. Mais comme elle sait bien que la conscience publique se révolte encore à l'idée d'une entière spoliation du Souverain Pontife, elle de-
(l) S'il faut s'étonner de quelque chose, c'est de voir un si petit nombre de prêtres dans le gouvernement et l'administration des États Romains. Il n'y en a qu'un seul oontre soixante laïques, au témoignage de M- de Rayneval. Et tandis que les laïques touchent annueUement 8,053,500 fr. 36 c, les ecclésiastiques ne touchent que 070,984 fr. 39 c. Le budgef de la Secrétairerie d'État, qui est, de 611,000 fr. (dont 45,000 seulement sont touchés par des laïques), n'est pas compris dans ces chiffres. Mais les fonctions dont la rétribution est|)ortée à ce budget sont essentiellement ecclésiastiques. Les nonces, par exemple, chargé de traiter les affaires ecclésiastiques avec les puissances, ne doivent pas être laïques. Si deux puissances ont à régler ensemble une affaire militaire ou un traité de commerce, elles prendront pour plénipotentiaires des généraux ou des financiers, paais non des jurisconsultes. .
mande l'abdication sous un autre nom. Et comme -nous nous laissons facilement tromper par Thabitude, et que la société civile, à force de vouloir être laïque, a presque cessé d'être chrétienne, et que les prêtres catholiques sont à peu près exclus de fait des fonctions publiques chez les nations catholiques, ridée qu'il en est autrement dans les États Romains nous cause quelque surprise, et nous acceptons assez volontiers comme un retour à Tordre cette condition que la révolution prétend mettre à la souveraineté temporelle du Pape, la sécularisation.
Les sujets des États Pontificaux ont là-dessus d'autres sentiments. Et M. de Rayneval témoignait, dans un passage que j'ai reproduit, du plus grand respect, par conséquent de la plus grande affection, du peuple des Légations pour les délégats ecclésiastiques que pour un gouverneur laïque. Les derniers événements n'affaiblissent point ce témoignage ; et, quand ils seront mieux connus, ils le fortifieront au contraire.
Où en sommes-nous venus qu'au lieu de nous en rapporter aux témoignages qui ne peuvent être suspects ni de partialité (1) ni d'ignorance.
(I) M. de Rayneval, ancien rédacteur du Journal des Débats, était resté attaché aux directeurs de cette feuille par des liens de parenté. Aussi la politique du Journal des Débats n'était-elle pas, quand M. de Rayneval vivait et qu'il était ambassadeur à Rome, tout à fait ce qu'elle est devenue depuis.
nous laissions tourner en injures les noms les plus vénérables (1) et qu'il suffise, pour flétrir le gouvernement du Saint-Père, de l'appeler le gouvrenementdes Cardinaux? Mais c'est précisément parce qu'il est le gouvernement des Cardinaux, parce qu'on sent dans l'air comme un esprit de famille qui anime et vivifie tout, que les Romains aiment leur gouvernement. « Le peuple romain, ^ dit un pieux pèlerin, regarde un Cardinal coname « sa chose, si je puis m'exprimer ainsi. Loin de » s'offusquer de l'appareil fastueux qui l'entoure, " il ne souffrirait pas qu'il s'en affranclût. Sa « pompé devient sa propre pompe, il en est fier; » mais aussi il agit parfois vis-à-vis de ces Prin- » ces, qui sont sa gloire et son orgueD, avec cette » liberté et ce sans-façon dont usait sans doute " jadis le peuple romain vis-à-vis de Ses tribuns. »» Et l'auteur donne un exemple bien remarquable de cette familiarité :
« n est d'usage qu'un Cardinal ne sorte jamais » sans une espèce d'ombrelle qui se pose sur » l'impériale de son carrosse, ou qu'un laquais
(1) C'est la vieiUe tactique des sectaires. C'est ainsi qtie le nom de Jésuite, bien que fait du nom de Jésus, est devenu sous leur plume une injure. Ils en ont fait tme autre avec le nom dTEscobar. Les Jésuites ne le leur ont pas rendu, et le nom de Janséniste ne signifie rien que l'attachement à la doctrine de Jansénius. C'est bien assez.'
rt porte à sa suite. Si, pendant sa course, l'Emi- ■» nence se trouve sur le passage du Saint Sacrent ment porté en viatique, elle descend aussitôt ^» de voiture jet accompagne le corps de Notre- ■yf Seigneur, cette ombrelle à la main. Or, dans la ^ matinée du jour de l'Immaculée Conception, au -n moment où la foule se dirigeait vers la basilique ^' de Saint-Pierre, il arriva que la voiture d'un ^» Cardinal croisa le cortège qui suivait le saint " viatique. Gêné dans ses mouvements, le cocher " ne put arrêter immédiatement ses chevaux ; » aussitôt la foule de se porter en avant, de saisir " elle-même les guides et de témoigner son mécon- » tentement en termes très-explicites, pendant que ■" le Cardinal mettait pied à terre pour se conformer ^'.aux usages; et personne de s'étonner de cette ■>» feçon un peu brusque d'agir, pas même l'Émi- ■»» nence. Ceci est un trait choisi entre mille, à •" cause du mérite de son actualité. Il fait par- ^» faitement comprendre, ce semble, sur quel pied ■»» se trouve le peuple romain vis-à-vis de ses '» Princes (1). »
Les peuples qui nç vivent pas, comme le peuple romain, sous ce qu'on appelle avec tant d'injus-
(1) M. Noël Le Mire, Lettres, sur Vltatn, Souvenirs dn Vni décembre MDCCCLIV à lUme. Ille lettre. 4Ju'on me permette de remercier publiquement ici M. Noël
tice Toppression cléricale, oseraient-ils bien user de cette liberté d'arrêter la voiture des Princes, des grands de l'Etat, même des simples sénateurs, qui se rendent, non pas comme le Cardinal dont il vient d'être parlé, à la basilique de Saint-Pierre où va être promulguée la définition dogmatique de rimmacult^ Conception, mais à l'ouverture des Chambres? l'oseraient-ils faire même dans les circonstances les plus ordinaires ? Il n'y a que le gouvernement des États de l'Église qui puisse, sans de graves inconvénients, laisser une telle liberté au peuple. Ce privilège , il le tient de sa nature même de gouvernement pontifical, de gouvernement des Cardinaux. Et cependant voilà les libertés qu'aime le peuple, qui sont à sa taille et à sa portée, dont il use lui-même et dont n'useront pas pour lui les tribuns ambitieux qui préféreront toujours les libertés politiques, parce qu'avec elles on fait le siège du pouvoir et on s'en empare, au grand dommage du peuple, première victime de toutes les révolutions.
Le peuple romain, qui aime ses Princes les Cardinaux, aime encore bien plus le Pape en qui tout se résume, puisqu'il est à la fois son Souverain
Le Mire, propriétaire du beau portrait qu'on a trouvé au commencement de ce volume. Je ne saurais trop me louer du gracieux empressement avec lequel il me Va. confié en me permettant de le placer sous les yeux de mes lecteurs.
let son Pontife. Et le voyage que Pie IX fit dans ses États, au cours de Tannée 1857 (4 mai — 5 septembre) a bien montré que les sentiments du peuple de Rome sont ceux de tout l'État Pontifi- -cal. La Note des plénipotentaires sardes au Congrès de Paris avait parlé d'une « partie du pays " qui se montre moins docile au joug du clergé, n qui est un foyer continuel d'agitation et d'àrtar- ^» chie, qui fournit des prétextes à l'occupation t» permanente des. Autrichiens, qui suscite des ^ complications diplomatiques et qui trouble l'é- » qùilibre européen » . Il arriva précisément que •dans ce voyage, qui fut un continuel triomphe, l'enthousiasme du peuple des Légations pour le Saint-Père surpassa encore celui qu'on vit éclater dans toutes les autres parties de ses États. A peine rentré à Rome, Pie IX, impatient d'épancher au sein du Sacré-CoUége le trop-plein de son cœur inondé de joie, disait dans le Consistoire secret du 25 septembre :
" Parti de cette ville, comme vous le savez, " dans le but principalement de satisfaire Notre ^» dévotion toute spéciale envers l'Immaculée et 1' Très-Sainte Vierge Marie, Mère de Dieu, en al- " lant porter Nos hommages à son auguste et ^ pieuse église de Lorette, Nous avons visité en « même temps les autres villes qui étaient sur ^ Notre chemin, et ensuite Nous avons parcouru,
yr dans le cours de Notre voyage, les principales " villes des Etats Pontificaux qui se trouvent " dans rOmbrie, le Picénum, TÉmilie, le Patri- « moine de saint Pierre et autres provinces. En « vérité. Nous n'avons pu qu'être comblé de joie « et rendre les plus humbles actions de grâces à n la clémence infinie du Dieu dispensateur de tous » les biens, en voyant toutes les populations que »r Nous- avons rencontrées sur Notre passage "^ Nous témoigner tant d'amour et se montrer heu- '^ reuses de faire éclater leur attachement et leur " dévouement au Saint-Siège, si bien que Notre « voyage est devenu un perpétuel et solennel ^ triomphe pour notre sainte Religion. Partout, " en effet, non-seulement vos illustres collègues, " les Cardinaux de la sainte Église Romaine, les » Archevêques, les Evêques et autres Ordinaires " de chaque diocèse, les ecclésiastiques, les ma- " gistmts et la noblesse s'empressaient de donner »' ouvertement et publiquement les plus éclatants »^ témoignages de leur affection et de leur respect « pour Nous et pour le Siège Apostolique, mais » encore, partout où Nous avons passé, tous les " individus de tous les lieuxv de toutes les condi- » tiens et de tous les âges>. se pressant à l'envi » sur les chemins, se livraient a de telles démon- »' strations de joie et de piété filiale pour honorer,. " dans Notre humble personne, le Vicaire de Je-
'» sus-Christ sur la terre, et pour exprimer autant >» qu'ils le pouvaient Tamour qu'ils portent à leur « Souverain et la confiance qu'ils ont en lui, que « bien des fois Nous n'avons pu retenir Nos " larmes. »
Comment, deux ans plus tard, la révolte at-elle éclaté où avaient éclaté le respect et l'amour?
Cette révolte, la Note des plénipotentiaires sardes l'avait préparée. Mais dans l'intervalle qui sépara le Congrès de Paris de la guerre de la France contre l'Autriche (1856-1859), les révolutionnaires, habiles à prendre tous les masques, exploitèrent tous les incidents contre l'Église Romaine et contre le Saint-Siège. Et on les vit même, dans l'affaire Mortara, eux qui font à la famille une guerre d'extermination, se déclarer les défenseurs des droits de la paternité !
Quand les Souverains Pontifes ouvrirent à Rome un asile aux Juifs repoussé^ de partout par l'hoireur des Chrétiens pour le peuple déicide, ils comprirent dans cette protection des personnes la protection des consciences. Ils honorèrent les droits de l'autorité paternelle même dans ces hommes frappés de si terribles anathèmes. Ils ne voulurent pas qu'un enfant juif pût être baptisé contre la volonté de ses parents. Mais en faisant aux Chrétiens cette défense, ils ne voulurent pas
non plus mettre trop rudement aux prises leur soumission au Saint-Siège et leur zèle pour le salut des âmes, et ils leur défendirent d'avoir avec les Juifs ces rapports de maître à serviteur, qui d'ailleurs sont pour la foi et pour la piété un péril de chaque jour et de chaque heure, quand les croyances et les pratiques religieuses ne sont pas les mêmes chez le serviteur et le maître. Ils firent pareille défense aux Juifs. La sagesse de notre temps proteste contre cette séparation maintenue entre les Juifs et les Chrétiens. La paix n'est qu'à ce prix cependant, ou au prix de la foi. Mais il y a des sages qui ne trouvent pas que ce soit payer trop cher la paix d'iei-bas que de renoncer pour Tobtenir à la foi et à Dieu,, et qui rêvent de faire disparaître toutes ces croyances différentes qui^ divisent les hommes. Ils ne prennent pas garde que les hommes sont naturellement divisés parleurs passions, et que c'est la Religion qui établit entre eux le triple lien d'ime foi commune, d'une commune espérance et de la divine chaisté. Que si tous les hommes ne sont pas enlacés dans ces liens, cela n'autorise pas à dire cependant que ce qui unit divise et que ces liens soient des éléments de discorde. En laissant aux hommes la liberté. Dieu a permis qu'ils ne fussent pas unis tous dès ici-bas dans la Religion; mais sans elle et sans Dieu, ils seraient tous divisés. Et la Reli-
gion, qui unit ensemble les adorateurs du même Dieu et les enfants de la même Église, est attentive encore à établir la paix entre eux et les autres hommes. C'est pour cela que les Souverains Pontifes, avec ime sagesse que des générations frivoles sont indignes de comprendre, avaient défendu aux Chrétiens d'avoir des serviteurs juifs, aux Juifs d'avoir des serviteurs chrétiens.
Mais quelle loi n'est jamais violée, quand la loi de Dieu l'est tous les jours? La défense dont je viens de parler n'a pas un privilège qui n'appartient à aucune loi humaine ni divine. Ces rapports, que les Souverains Pontifes avaient voulu empêcher, ont existé quelquefois. Et il est arrivé que, par une contradiction assez ordinaire du cœur humain, de pieuses servantes, entrées, en violalation de la défense du Souverain Pontife, chez des maîtres juifs, ont encore violé la défense qui leur était faite de donner le. baptême aux enfants dont elles avaient la garde.
Ceux qui méprisent tout ce que l'Église enseigne, disent : Qu'importe? Ce baptême donné sans le consentement du père ne peut pas porter préjudice à ses droits.
Ces hommes qui ont voulu remplacer partout ridée du devoir par celle du droit, qui ont supprimé l'Évangile et le Catéchisme pour proclamer les droite de Thomme, ne savent pas même ce
qu est le droit. Ils rdpètent, sans la comprendre, cette parole fameuse : « H n'y a pas de droit contre « le droit. « Ils ne voient pas que s'il y avait deu^ droits dans le monde, la guerre entre Tun et l'autre serait perpétuelle, guerre horrible dans laquelle un cœur généreux ne pourrait jamais prendre parti contre un droit. Mais il n'y a pas de droit contre le droit, pas de droit de Thomme contre le droit de Dieu, le seul droit! Nous n'avons, nous, que des devoirs. Et ce que nous appelons improprement nos droits, c'est le devoir qui nous est imposé, selon nos conditions et nos situations, d'exercer le droit de Dieu, le Pontife éternel, le Père de toutes les créatures, le Roi des Rois, de qui les Pontifes, les Rois, les pères ne sont que les délégués. La conscience humaine le sait bien, et la législation de tous les peuples civilisés reconnaît des bornes à l'autorité paternelle, et dans certains cas extrêmes elle en retire l'exercice au père dont l'autorité n'est plus une protection mais une menace pour son enfant. D'où la société tire-t-elle ce droit contre le droit du père, si ce n'est du droit de Dieu? Et ce que la société peut faire,' le Vicaire de Jésus-Christ, le représentant le plus élevé du droit de Dieu, qui en a reçu la délégation dans une mesure surnaturelle, ne le pourrait pas faire! Et quand l'enfant est devenu, par le saint baptême, une seconde
fois l'enfant de Dieu, le Vicaire de Dieu ne pouri?ait pas empêcher qu*on lui apprît à trahir toutes les promesses de son baptême et qu'on le fît rentrer dans les rangs du peuple déicide!
Il est vrai qu'on oppose à cette légitime réclamation des raisonnements établis sur des principes bien différents, sur Fincertitude de la vérité religieuse, sur l'indifférence des religions, pour tout dire en un seul mot, sur Tathéisme. On oublie que les États de l'Église sont fermés à jamais à ce grand progrès de notre âge, la loi athée. Ou plutôt on ne l'oublie pas. Si le Souverain Pontife voulait introduire dans ses États tous les progrès que comporte l'athéisme légal, s'il voulait cesser d'être le Pontife, on lui permettrait de demeurer le Souverain. Ce n'est pas au Roi d'un État si faible et d'une si petite étendue, que la révolution fait depuis un si long temps cette guerre furieuse, c'est au Pontife de l'Église universelle. Fille de ce philosophe qui n'avait pas même pour ses enfants cet attachement qu'on voit aux animaux pour leurs petits, que lui importait la plainte de la famille Mortara? Mais fidèle aux leçons de Rousseau, elle aime opposer les « sentiments de la w nature » aux lois de la société, à l'enseignem^t de l'Église et aux actes du Souverain Pontife qui est la clef de voûte de la société moderne.
L'émotion que la révolution avadt excitée à propos de l'affaire Mortara, et qu'elle entretenait avec un zèle détestable, n'était pas encore apaisée quand elle crut l'occasion venue de faire passer dans les faits ce qu'elle avait préparé dans les esprits.
n n'est pas» de mon sujet d'exposer ni d'apprécier les motifs qui ont mis au printemps de 1859 le gouvernement français en guerre avec l'Autriche. Mais je dois rappeler l'anxiété des catholiques, qui redoutaient que l'incendie allumé par la guerre se propageât bientôt dans les États de l'Église. L'événement justifia leurs prévisions encore plus vite qu'ils n'avaient pu le supposer. Le 5« corps de l'armée française, commandé par le prince Napoléon, avait pour mission de contraindre le gouvernement autrichien, par la présence du drapeau français sur les frontières des Romagnes, d'observer strictement la neutralité dans les États Pontificaux (1). Mais le résultat qu'on cherchait fut dépassé, puisque l'effet de la présence du 5* corps, prêt à déboucher sur l'armée autrichienne, fut d'inspirer à cette armée une crainte assez vive pour qu'elle se hâtât d'abandonner Ancone, Bologne et successivement toutes les positions sur la rive droite du Pô (2). C'est ainsi que le 12 juin,
(1) Rapport du prince Napoléon.
(2) Ibid.
la ville de Bologne se trouva tout à coup complètement dégarnie de troupes. Quel Souverain, encore qu'il puisse compter sur l'amour de ses peuples, peut être assuré de conserver une ville ou une province, quand il reste ainsi désarmé inopinément ? Le gouvernement piémontais, qui avait préparé de longue main le soulèvement des Légations, en recueillit le profit; la dictature fut offerte au Roi Victor Emmanuel par une bande de factieux que conduisaient les agents de M. de Cavour.
Cependant le gouvernement français, qui devait reconnaître un peu plus tard, dans une lettre impériale , qu'il « ne pouvait échapper à ime cer- » taine solidarité avec les effets du mouvement « national provoqué en Italie par la lutte contre " l'Autriche, » ne voulait pas non plus accepter une trop grande part de responsabilité dans une insurrection qui blessait si profondément nos croyances, notre amour et notre antique fidélité au Saint-Siège. Il adressa cette note à un journal religieux :
» L'Ami de la Religion, dans son numéro du 16 " juin, attribue à la proclamatioo de l'Empereur »» au peuple italien les mouvements insurrection- »» nels qui viennent d'éclater dans la Romagne ; w cette appréciation n'est ni sérieuse ni loyale. n Mais comme elle semble se rattacher à une tac-
«tique suivie par plusieurs journaux, elle pour- » rait contribuer à égarer quelques esprits ; il est » donc nécessaire de la rectifier.
" La proclamation de TEmpereur, empreinte de " cette haute modération qui est la règle inva- « riable de sa politique, n'a fait appel qu'au pa- « triotisme et à la discipline du peuple italien ; «elle a répudié toute intention d'un système » préconçu de déposséder les Souveraine. L'Em- " pereur a , en outre , formellement reconnu la » neutralité des États de TÉglise.
" n suffit de rappeler cette déclaration pour " mettre Topinion publique à même déjuger com- " bien sont repréhensibles les insinuations qui » tendent à faire croire que la France cherche à » ébranler l'autorité politique du Saint -Père, » qu'elle a relevée il y a dix ans, et qui est » encore sous la garde respectueuse de ses " armes. »»
Quelques jours après, le journal officiel définissait ainsi la dictature offerte au Roi Victor- Emmanuel et prise de fait par lui pendant qu'il la refusait officiellement :
« On ne semble pas se rendre un compte bien " exact du caractère que présente la dictature of- " ferte de tous côtés en Italie au Roi de Sardaigne, " et on en conclut que le Piémont, sans consulter " le vœu des populations ni les grandes puissances.
" compte, à Tabri des armes françaises, réunir »» toute l'Italie en un seul État. De semblables " conjectures n'ont aucun fondement. Les popu- " lations délivrées ou abandonnées veulent faire " cause commune contre l'Autriche. Dans cette » intention, elles se sont mises sous la pro- " tection du Roi de Sardaigne. Mais la dictature « est im pouvoir purement temporaire, qui tout en n réunissant les forces communes dans la même " main, a l'avantage de ne préjuger en rien les » combinaisons de l'avenir (1). »
La dictature du Roi Victor-Emmanuel avec le titre de Souverain étranger, n'a été que temporaire en effet. Après quelques mois, elle a été remplacée par l'annexion.
Cependant le Saint-Père recourait à ces armes spirituelles que la révolution redoute par un mystérieux instinct, car elle n'en peut pas comprendre la puissance. Une Lettre Encyclique invitait l'Église universelle à prier :
" Vénérables Frères, salut et bénédiction apos- »» tolique.
t Les mouvements séditieux qui ont éclaté ré-
(t) Moniteur univeriel du 23 juin' 1859.
n ceimnent en Italie contre Tautorité des Princes » légitimes dans les régions les plus voisines des » États de l'Eglise, ont envahi quelques-unes de « Nos provinces comme la flamme d'un incendie. »• Soulevées par ce funeste exemple, excitées par « les intrigues du dehors, elles se sont soustraites w à Notre régime paternel, et, malgré leur petit »» nombre, les adhérents de la révolte demandent » qu'elles soient soumises à celui des gouverne- " ments italiens, qui, dans ces dernières années, " s'est porté l'adversaire de l'Église, de ses droits » légitimes et de ses ministres sacrés. Réprouvant « et déplorant les actes de rébellion, par lesquels n une portion seulement du peuple, dans ces « provinces troublées, méconnaît avec tant d'injus- " tice Notre zèle et Nos soins paternels, et décla- » rant publiquement que la Souveraineté tempo- » relie, que s'efforcent de lui enlever les plus per- » fides ennemis de l'Église du Christ, est néces- » saire à ce Saint-Siège, pour qu'il puisse exercer »» sans nul empêchement la puissance sacrée pour »» le bien de la Religion, Nous vous adressohs les »♦ présentes Lettres, Vénérables Frères, pour cher- » cher, au milieu d'un si grand trouble de la paix « publique, quelque consolation à Notre douleur. »• A cette occasion. Nous vous exhortons aussi, H en raison de votre piété déclarée envers le Siège " Apostolique et de votre zèle singulier pour sali-
» berté, de veiller à l'aGComplis^sement de la pres- » tription que Noxis lisons avoir été faite autrefois » par Moïse à Aaron, Souverain Pontife des Hé- » breux (1) : Prends l'encensoir, et lejevr de Vaun tel, et jette l'encens dessus, et cours en toute hâte « vers le peuple, afin que tupj^ies pour eux; car H déjà la colère du Seigneur est envoyée ^ et " le fléau exerce ses ravages. De mêûie, Nous » vous exhortons pour que vous répandiez des » prières à l'instar de ces frères saints. Moïse et » Aaron, qui, prosternés la face contre terre, » dirent : Très-puissant Dieu des esprits de toute " chair, est'Ce que, pour les péchés de quelques- » uns, votre colère se déchaiTiera contre tous (2) ? " C'est pourquoi. Vénérables Frères, Nous vous " envoyons les présentes Lettres, dont Nous " attendons un grand soulagement, parce que Nous » avons confiance que vous répondrez surabon- ♦' damment àNos désirs et à Nos soins. Du reste, ♦' Nous le déclarons hautement, revêtu de la vertu " d'en Haut, que Dieu, touché par les prières des »» fidèles, mettra dans Notre faiblesse, Nous af- " fronterons tous les périls, Nous subirons toutes » les épreuves plutôt que de manquer en rien à »' Notre devoir apostolique ou que de souffrir quoi »» que ce soit contre la sainteté du serment par le-
(1) num., XVT, 46.
(2) Num,, XVI, 22,
H quel Nous Nous sommes lié, lorsque, malgré n Notre indignité. Nous avons été élevé. Dieu n le voulant ainsi, sur ce Siège suprême du Prince " des Apôtres, citadelle et rempart de la Foi ca- " tholique. Appelant sur vous, Vénérables Frères, »» tout ce qui peut vous assurer la paix et le bon- "heur dans l'accomplissement de votre charge " pastorale. Nous vous accordons amoureusement " pour vous et votre troupeau la bénédiction apo- " stolique, gage de la céleste béatitude.
»» Donné à Rome, près Saint-Pierre, le dix-huî- » tième jour de juin de l'année 1859, de Notre Ponf* tificat l'an quatorzième. •»
Le surlendemain, le Saint-Père disait au Sacré- CoUége réuni en Consistoire secret :
« Vénérables Frères,
« A la douleur si grave qui Nous accable, ainsi »» que tous les gens de bien, à cause de la guerre " qui a éclaté entre les nations catholiques, vient »» se joindre le chagrin dont remplissent Notre cœur » les troubles déplorables et les perturbations qui, » par Faction criminelle et la sacrilège audace »» d*hommes impies, ont récemment envahi quel- » ques provinces de Nos États Pontificaux. Vous »» comprenez. Vénérables Frères, que Nous Nous » plaignons ici de cette conjuration criminelle et « de cette révolte de factieux contre la Souverai-
« neté civile qui, par un droit légitime et sacré, »» Nous appartient à Nous et à ce Saint-Siège, " que des hommes pleins de ruse et de perfidie, n demeurant dans ces provinces de Nos États, n n'ont pas craint d'ourdir, de fomenter et d'ac- »' complir, soit par des réunions clandestines et " coupables, soit par les complots les plus hon- » teux formés avec des habitants des États limi- » trophes, soit par la publication de pamphlets »» perfides et calomnieux, soit par Tachât et le " transport d'armes cherchées à l'étranger, et en- »» fin par toute sorte d'autres fraudes perverses et n de machinations. Nous ne pouvons qu'être pro- »» fondement affligé de ce qu'une pareille conjura- » tion a d'abord éclaté dans Notre ville de Bolo- »» gne, qui, toute comblée des marques de Notre » paternelle bienveillance et de Notre libéralité, »♦ donnait, il y a deux ans, lorsque Nous la visi- « tâmes, des témoignages si éclatants de sa véné- » ration pour Nous et pour le Siège Apostolique. » C'est à Bologne, en efiet, que, le 12 de ce mois, » aussitôt que les troupes autrichiennes se furent ♦» inopinément retirées, des conjurés, connus pour » leur audace, foulant aux pieds tous les droits di- » vins et humains, et ne mettant plus de frein à n leur perversité, ne craignirent pas de se soule- »♦ ver, d'armer, de rassembler et de commander la »♦ garde urbaine et d'autres hommes, de se rendre
» au palais de Notre Cardinal-Légat, et, après en » avoir arraché les armes pontificales, d'y élever " et de mettre à leur place l'étendard de la révolte, « malgré l'indignation et les protestations des ci- « toyens les plus honnêtes, qui ne craignirent pas « de manifester l'horreur que leur inspirait un tel " forfait et de témoigner leur dévouement pour Notre personne et Notre gouvernement pontifical. Les factieux se rendirent ensuite de leurs personnes auprès de Notre Cardinal-Légat qui, fidèle à son devoir, résistait à une si criminelle audace, continuant de proclamer et de défendre Notre dignité, la dignité et les droits du Saint- Siège, et ils l'invitèrent à s'éloigner. Puis ils poussèrent le crime et l'impudence à ce point qu'ils ne craignirent pas de changer le gouvernement, de demander la dictature du Roi de Sardaigne, et d'envoyer en conséquence des députés vers ce Roi. Notre Légat était dans l'impossibilité d'empêcher ces actes indignes, et il ne pouvait pas en rester témoin impassible : il protesta donc solennellement de vive voix et par écrit contre tout ce qu'avaient fait les factieux au détriment de Nos droits et des droits du Saint- Siège; et, contraint de quitter Bologne, il se retira à Ferrare.
" A Ravenne, à Pérouse et ailleurs, des hommes perv'ors n'hésitèrent pas à renouveler, à la
'» grande douleur des gens de bien, et par les » mêmes moyens criminels, les actes si coupables »» de Bologne; ils ne craignaient pas que leurs « violences pussent être réprimées et brisées par » Nos troupes Pontificales qui se trouvaient là en " trop petit nombre pour résister à leur fureur et " à leur audace. Dans ces villes on vit donc toutes » les lois divines et humaines foulées aux pieds, '» le souverain pouvoir, qui Nous appartient à »' Nous et à ce Saint-Siège, attaqué par les fac- »» tieux, Tétendardde la révolte arboré, le gouver- " nement légitime du Souverain Pontife renversé, »» la dictature du Roi deSardaigne demandée, Nos » délégats, après une protestation publique, in\ i- " tés ou forcés à partir, et beaucoup d'autres actes H criminels de rébellion.
" Personne n'ignore quel but poursuivent ces « ennemis acharnés du pouvoir temporel du Siège »» Apostolique, ce qu'ils veulent, ce qu'ils désirent « par-dessus tout. Tout le monde sait que, par un " dessein particulier de la divine Providence, au » milieu d'une si grande multitude et diversité de » Princes temporels, l'Église Romaine possède " aussi une puissance temporelle entièrement in- « dépendante, afin que le Pontife Romain, souve- »» rain Pasteur de l'Église tout entière, n'étant ja- » mais sujet d'aucun Prince, puisse toujours exer- " cer en pleine liberté, dans l'univers entier, le
« pouvoir et rautorité suprême qu'il a reçus de Je- •» sus-Christ lui-même, pour paître et gouverner " tout le troupeau du Seigneur, et afin que toute » facilité lui soit laissée de propager de plus en " plus la Religion divine, de subvenir aux diverses y» nécessités des fidèles, de porter secours en temps » opportun à ceux qui Timplorent, et de prendre " toutes les mesures que, suivant les temps et les n circonstances, il juge utiles pour le plus grand H bien de la République chrétienne. Les ennemis » acharnés du pouvoir temporel de TÉglise Ro- H maine s efforcent donc d'attaquer, d'ébranler et " de détruire la puissance temporelle de cette » Eglise et du Pontife Romain, acquise par une « sorte de dispensation céleste, assurée par une «t possession non interrompue pendant une lonn gue série de siècles, consacrée par tout ce qui » constitue le droit, et qui fut toujours regardée » et défendue du commun consentement de tous " les peuples et de tous les Princes, même non " catholiques, conmie le patrimoine sacré et in- " violable de saint Pierre. Ds comptent, lorsque H rÉglise Romaine aura été dépouillée de son » patrimoine, pouvoir plus facilement abaisser la » dignité, ravaler la majesté du Siège Apostolique w et du Pontife Romain, le réduire aux plus dures « nécessités, faire en toute liberté le plus grand « mal à notre très-sainte Religion, diriger contre
»» 'elle une guerre mortelle, et la détruire même, » si cela pouvait jamais être. C'est là que tendi- « rent toujours et que tendent encore aujourd'hui » les desseins iniques, les fourberies et les man chinations de ces hommes qui aspirent à renn verser la Souveraineté temporelle de l'Eglise n Romaine. Une bien longue et bien triste expé- » rience le démontre à tous de la panière la plus » évidente.
»» Lié par le devoir de Notre charge apostoli- » que et par un serment solennel, Nous devons » veiller avec' la plus grande vigilance à la con- » servation de la Religion, garder complètement »» intacts et inviolables les droits et les possesw sions de l'Église Romaine, maintenir et préser- " ver. de toute atteinte la liberté de ce Saint- « Siège, à laquelle tient le bien de l'Église » universelle, et par conséquent défendre la Sou- » veraineté que la divine Providence a donnée » aux Pontifes Romains pour qu'ils pussent exer- »» cer librement dans tout l'univers leur charge »♦ sacrée, afin de transmettre dans toute son inté- " grité cette même Souveraineté à Nos Succès - » seurs; Comment pourrions-Nous donc ne pas ♦» condamner, ne pas détester les entreprises et » les efforts fniques et impies de Nos sujets en w révolte? Comment pourrions-Nous ne pas leur » oi^oser une énergique résistance?
" C'est pourquoi, par une protestation de Notre " Cardinal Secrétaire d'Etat, envoyée à tous les » ambassadeur^, ministres et chargés d'affaires " des nations étrangères auprès de Nous et de ce « Saint-Siège (1), Nous avons condamné et flétri " les audacieuses et criminelles entreprises de ces
(1) Voici cette protestation :
<< On sait maintenant que, depuis la rébellion de la Tos- " cane, les intrigues qui avaient agité Bologne reprirent avec w vigueur; il s'était formé dans cette ville un club révolu- » tionnaire qui, à Tinstigation d'une puissance étrangère, » préparait un soulèvement. On profita du« départ des Au- » trichiens, le 12 juin, pour exciter ce mouvement. On comrt mença par des cris séditieux, des rassemblements armés, " par porter, des drapeaux et des cocardes tricolores. La w foule s'assembla devant le palais du Légat et en fit dispa- " raltre les armes pontificales, malgré la désapprobation des " citoyens honnêtes, qui se trouva noyée dans les oris des « factieux. Au milieu de ce tumulte populaire, une députa— »» tion, choisie parmi les principaux rebelles, vint trouver » l'éminent Cardinal -Légat, et, au nom du peuple de Bologne^ « lui déclara hardiment qu'elle voulait donner la dictature " au Roi Victor-Emmanuel et participer à la guerre de Tin» »i dépendance. Devant un tel outrage fait à l'autorité pontiw ficale, le Légat, en présence de toutes les personnes qui » l'entouraient, protesta solennellement contre ces actes de » violence, et se retira à Feirare en laissant une protestatioa >» écrite. Cet exemple de trahison fut imité par Ravenne et » par toute la province, ainsi que par Pérouse, grâce à l*ha- »» bileté et aux instigations d'hommes bien connus, qui ne « craignirent pas d'employer les moyens les plus efficaces et »» les artifices les plus subtils , appuyés qu'ils étaient par une " influence étrcmgère, pour tacher de propager le mouvement h dans les autres provinces, malgré tous les efforts que fai-
» rebelles, et maintenant, élevant la voix dans vo- " tre auguste assemblée. Vénérables Frères, Nous '» protestons encore de toute la force de Notre âme »' contre tout ce que les révoltés ont osé faire dans » les lieux indiqués tout à l'heure, et, en vertu de " Notre autorité suprême, Nous condamnons, ré- » prouvons, cassons, abolissons tous et chacun des
» sait pour" s'y opposer le gouvernement, appuyé de ses » troupes qui lui étaient restées fidèles. Ces événements , qui n se sont passés au vu de tout le monde, et qui ont excité »» une horreur générale, n'ont pu que remplir d'amertume le » cœur paternel de Sa Sainteté, qui a vu par quels artifices' »» frauduleux et mensongers on a cherché et l'on cherche en- » core à détacher de son autorité et puissance légitimes cern taines provinces qui ont été le but de sa plus attentive n bienveillance.
»» Forcé, par les devoirs de sa conscience et par de solen- •' nels serments, de conserver intact le dépôt sacré du patri • n moine de l'Église confié à ses soins et de le transmettre » dans son intégrité à ses successeurs, le Saint-Père, en or^ » donnant au Cardinal Secrétaire-d^Ëtat soussigné de porter à » la connaissance de Votre Excellence les actes de rébellion n qui se sont commis dans une partie de ses États, au préju- » dice de son autorité et indépendance souveraines, recon- » nues par toutes les puissances de l'Europe, m'a aussi chargé « de déclarer qu'il ne peut reconnaitre aucun acte émané dil n gouvernement illégitime établi dans les viUes en état de " rébeUion; en conséquence, il fait appel aux sentiments de »» justice du gouvernement que vous avez l'honneur de reprén senter. Sa Sainteté se réserve de procéder aux actes nécesn saires pour maintenir intacts, par tous les moyens que la » Providence a mis en son pouvoir, les droits inviolables et H sacrés du Sajnt-Siége.
» G, Ci AjïTONELU. "
*> actes accompli^ soit à Bologne, soit à Ravenne, »t soit à Pérouse, soit ailleurs, par ces mêmes faot» tieux, contre la Souversdneté légitime et sacrée " qui Nous appartient à Nous et à ce Saint-Siège , ♦» quelle que soit d'ailleurs la manière dont ils ont » été accomplis et quelque soit le nom sous lequel » on les désigne, déclarant et décrétant que tous ces »» actes sont nuls, illégitimes et sacrilèges. Nous » rappelons de plus au souvenir de tous, Texcomn mimication majeure et les autres censures et » peines ecclésiastiques portées par les sacrés H Canons, par les Constitutions Apostoliques et » par les Décrets des Conciles généraux, surtout » du Concile de Trente (1), peines qu'encourent, ♦» sans qu'il soit besoin pour cela d'aucune décla- » ration, tous ceux qui ont l'audace d'attaquer, en « quelque manière que ce soit, la puissance temn porelle du Pontife Romain, etNous déclarons que » tous ceux-là les ont malheureusement encourues " qui, à Bologne, à Ravenne, à Pérouse ou ail- H leurs, ont osé, soit par leurs actes, soit par leurs » conseils, soit par simple consentement, ou de « quelque manière que ce puisse être, violé, trou- H blé et usurpé la puissance et la juridiction civiles » qui Nous appartiennent à Nous et à ce Saint- »• Siège, et le patrimoine du Bienheureux Pierre.
(I) Sess. XXII, cap. XI d£ Reform.
•» Mais tout en Nous voyant obligé, à raison de '» Notre charge et non sans en éprouver une vive » douleur dans Notre âme, de faire ces déclara- » tions et de les rendre publiques, Nous ne ces- » sons, pleurant le triste aveuglement de tant de » Nos fils, de demander humblement et de toutes « Nos forces au Père très-clément des miséricor- ♦' des, qu*il fasse, par sa toute-puissante vertu, » luire le plus tôt possible ce jour si désiré où " Nous pourrons recevoir avec joie dans Notre sein »» paternel. Nos Fils repentants et rentrés dans « le devoir, et où, les troubles étant apaisés. Nous » verrons rétablis Tordre et la tranquillité dans « tous Nos États Pontificaux.
" Trouvant Notre appui dans cette confiance en " Dieu, Nous sommes aussi soutenu par cette es- « pérance, que les Princes de l'Europe, aujour- " d'hui comme autrefois, mettront toute leur solli- » dtude à protéger la Souveraineté temporelle qui " Nous appartient, à Nous et à ce Saint-Siège, et " xmiront leurs desseins et leurs efforts pour la »• conserver entière, comprenant qu'il importe à » tous -et à chacun d'eux que le Pontife Romain H jouisse d'une pleine liberté, afin qu'il soit conve- « nablement pourvu à la sécurité des consciences »» pour les catholiques qui vivent dans leurs n États.
" Cette espérance s'augmente encore, parce que,
imm
»' suivant les déclarations de Notre très-cher fils »» en Jésus-Christ , TEmpereur des Français , les " armées françaises qui sont en Italie, nor^-seule- " ment ne feront rien contre Notre pouvoir tem- " porel et la domination du Saint-Siège, mais, au »' contraire, les protégeront et les conserveront* »
Après avoir protesté devant FEglise universelle, le Saint-Père protestait devant les puissances, comme il avait fait dix années auparavant à Gaëte, devant le Sacré-Collége et devant le Corps diplomatique. Il dénonçait à l'Europe la politique perfide dont il était victime et en lui toute la Chrétienté. J*aime mieux faire connaître par la reproduction des documents que par un récit, des événements qui' n'ont pas encore une année de date.
Le Cardinal Antonelli adresi^ait aux représentants des puissances étrangères cette Note si modérée dans l'expression de la plainte, si grave par les faits qu'elle rappelle ou qu'elle révèle et dont pas un seul n*a pu être contesté :
" Au palais du Vatican, 12 juillet 1859»
»» Au milieu des craintes et des soucis occasion-- » nés par la déplorable guerre actuelle, il semblait » au Saint-Siège qu'il pourrait être tranquille »' après les nombreuses assurances qu'il avait re-
" çues, assurances auxquelles était même venue " se joindre celle que le Roi de Piémont, sur le con- » seil de l'Empereur des Français son allié, avait »» refusé la dictature qui lui était offerte dans les » provinces soulevées des Etats Pontificaux.
" Mais il est douloureux de remarquer que les '» choses se passent tout autrement, et qu'il s'ac- " complit, sous les yeux du Saint-Père et de son « gouvernement, des faits qui rendent chaque jour " plus inqualifiable la conduite du cabinet sarde » envers le Saint-Siège; conduite qui démontre '» clairement qu'il veut enlever au Saint-Siège une " partie intégrante de son domaine temporel.
« Depuis la révolte de Bologne, que Sa Sainteté >• a déjà eu Toccasion de déplorer dans son allocu- H tion du 20 juin, cette ville devint le rendez-vous ♦» d'une foule d'officiers piémontais venus de Tos- " cane ou de Modène, dans le but de préparer des »* logements pour les troupes piémontaises. De « ces États étrangers, ils introduisirent des mil- " liers de fusils pour armer les révoltés et les vo- *» lontaires, deS' canons pour accroître le trouble " des provinces soulevées et rendre plus audah cieux les perturbateurs de l'ordre.
»» Un autre fait qUi rend Complètement illusoire i» le refus de la dictature est venu mettre le comble '» à cette violation flagrante de la neutralité^ jointe » à une active coopération pour maintenir l'émeute
H dans les États de TÉglise. La nomination du » marquis d' Azeglio en qualité de commissaire ex- « traordinaire dans les Romagnes (ainsi qft'il ré- « suite du décret de'S. A. R.le prince Eugène de « Savoie, lieutenant général de Sa Majesté sarde, »» du 28 juin, et de la lettre du comte de Cavour H sous la même date), pour diriger le concours des »» Légations à la guerre, et sous le prétexte spé- «i cieux d'empêcher que ce mouvement national » n'amenât aucun désordre, est une véritable attrî- » bution de fonctions qui lèsent les droits du Sou- » verain territorial.
» Les choses ont marché avec une telle rapidité »» que les troupes piémontaises sont déjà entrées ♦» sur le territoire pontifical, occupant Torte, Ur- " bano et Castelf ranco, où sont arrivés des bersa- ♦' glieri piémontais et une partie de la brigade »• Real Navi. Tout cela dans le but d'opposer, avec " les révoltés, une résistance énergique aux troupes " pontificales qui sont expédiées pour revendiquer » le pouvoir usurpé dans les provinces rebelles, et »» de créer de nouveaux obstacles à l'exécution de w ce juste dessein.
» Enfin, pour compléter l'usurpation de la Sou- » veraineté légitime, deux officiers du génie, dont » un Piémontais, ont été envoyés à Ferrarepour »• miner et détruire cette forteresse.
»' De si odieux attentats, dans la perpétration
» desquels se manifeste une flagrante violation du » droit des gens à plus d'un point de vue, ne peu- » vent que remplir d'amertume l'âme de Sa Sain- »» teté et lui occasjonner une vive et juste indigna- " tion, augmentée encore de la surprise de voir que »» de telles énormités sont le fait du gouvernement " d'un Roi catholique qui avait accepté le conseil, w à lui donné par son auguste allié, de refuser la M dictature qui lui était offerte.
M Toutes les mesures prises pour prévenir et » amoindrir cette série de maux ayant été vaines, H le Saint-Père, non oublieux des devoirs qui lui M incombent pour la protection de ses États et pour " l'intégrité du domaine temporel du Saint-Siège, " essentiellement connexe avec l'indépendant et li- » bre exercice du suprême Pontificat, réclame et »' proteste contre les violations et les usurpations » commises malgré l'acceptation de la neutralité, »» et veut que sa protestation soit communiquée à »» toutes les puissances européennes. Confiant dans »' la justice qui les distingue, il croit qu'elles vou- " drontlui donner leur appui; elles ne permettront »» pas le succès d'une violation si ouverte du droit » des gens et de la Souveraineté du Saint-Père. 11 »» espère qu'elles n'hésiteront pas à coopérer à sa " revendication, et, à cet effet,* il invoque leur as- » sistance et leur protection.
»» Le soussigné, Cardinal Secrétaire d'Etat, con-
» forméinent à Tordre pontifical, envoie la pré- " sente note à Votre Excellencer avec prière de la " transmettre à sa cour, et profite de cette circon- » stance, etc.
" G. C. Antonelli. «
Cependant la veille même du jour où le Cardinal Antonelli adressait aux puissances ces justes plaintes, la paix était signée à Villafranca entre la France et l'Autriche. Et le Saint-Père, oubliant ses propres douleurs pour bénir Dieu qui permettait que l'effusion du sang fût arrêtée, invitait par cette lettre adressée au Cardinal-Vicaire les fidèles de Rome à offrir avec lui des actions de grâces au Seigneur :
« Monsieur le Cardinal,
" Tout le monde catholique sait quels ont été » dans la présente lutte en Italie Nos sentiments, " n'ayant pas Nous-même en vue autre chose que " le rétablissement de la paix, et, à cette fin, Nous " avons adressé à tout l'Épiscopat Nos Lettres » pour l'inviter à faire des prières publiques afin « d'obtenir du Dieu de la paix un si grand don.
» Maintenant que ce don a été obtenu, Nous » vous chargeons de prévenir les fidèles de cette » capitale de la Chrétienté pour qu'ils assistent " aux solennelles actions de grâces à offrir au
» Seigneur, qui a daigné faire cesser le plus terri- »» bie de tous les fléaux, la guerre.
» Quelles que doivent être les conséquences de » cette paix, Nous les attendrons avec calme, tôu- » jours confiant dans la protection que Dieu dai- " gnera accorder actuellement et toujours à son " Vicaire, à son Église et au maintien de leurs » droits à tous deux. En conséquence, on récitera »' les prières ordinaires à la fin de la messe, sub- » stituant à Toraison Pro j^ace, celle Pro graiia- » Tumactione,
»» Remercier Dieu pour la paix obtenue entre »» les deux grandes puissances catholiques belli- " gérantes est Notre devoir ; mais continuer les " prières est un véritable besoin, attendu que di- " verses provinces de l'État de l'Église sont encore » en proie aux démolisseurs de l'ordre établi ; et » c'est dans ces provinces que, de nos jours, une " autorité usurpatrice étrangère proclame que »» Dieu a fait Vhomme libre de ses propres opi- » nioîis, soit politiques, soit religieuses, mécon- " naissant ainsi les autorités établies par Dieu " sur la terre, auxquelles sont dus l'obéissance et » le respect, oubliant également l'immortalité de " l'âme, qui, alors qu'elle passe du transitoire à " l'éternel, devra rendre un compte tout spécial de " ses opinions religieuses au Juge tout-puissant, » inexorable, apprenant alors, mais trop tard,
« qu'il n'y a qu'un Dieu et qu'une foi, et que qui- « conque sort de l'arche de l'unité, sera submergé » dans le déluge des peines éternelles.
» Il est donc évident qu'il faut continuer de « prier Dieu pour qu'il daigne, en sa miséricorde " infinie, rétablir la droiture de l'esprit et du cœur « chez tous ceux qui ont été entraînés à s'éloigner " du sentier de la vérité, et obtenir qu'ils pleurent « non sur les massacres imaginaires et menson- " gers de Pérouse, mais sur leurs propres fautes " et sur leur aveuglement personnel. Cet aveugle- » ment a poussé, ces jours derniers, une foule » d'insensés, la plupart israélites, à chasser vio- » kmment une famille religieuse de sa sainte re- »♦ traite. Ce même aveuglement a produit bien " d'autres maux qui affligent et font saigner le " cœur. Mais la prière est plus puissante que " l'enfer, et toute chose demandée à Dieu par c€ux »' qui seront assemblés en son nom, sera infailli- »' blement obtenue.
»» Que demanderons-nous? Que tous les enne- » mis de Jésus-Christ, de son Église et du Saint- " Siège, se convertissent et vivent.
» Recevez la bénédiction apostolique, que Nous »» vous envoyons de tout cœur,
" Au Vatican, le 15 juillet 1859.
Le retour à Tautorité légitime de la partie des États Pontificaux dont le gouvernement sarde s'était emparé par ses émissaires et par ses troupes, semblait résulter des stipulations de Villafranca. Mais de ces stipulations deux parts furent faites, dont l'une reçut son exécution, dont l'autre, sans être d'abord contestée, fut ajournée. Puis l'annexion est venue dont l'effet sera de donner au rétablissement des Souverains légitimes dans les Romagnes et dans les autres États de l'Italie centrale, un autre caractère que celui de l'exécution des articles d'un traité de paix. En attendant que la force mise au service du droit, chasse la révolution de ces malheureux pays, des provinces qui vivaient naguère sous le sceptre paternel du Vicaire de Jésus-Christ, sont livrées à ce cortège de maux que la révolution traîne toujours avec elle. Mais si à côté de ce ramas d'étrangers qui, parlant toujours de nationalité n'ont pas d'autre nationalité que la révolution, il y a un petit nombre des habitants de l'Emilie qui peuvent oublier que le Pape est leur Souverain, il n'oublie pas, lui, que ces hommes égarés sont ses sujets, et la vue des crimes où la révolution les entraîne remplit son cœur d'amertume. Jamais la douleur paternelle n*a eu d'accents plus éloquents que dans l'Allocution adressée par le Saint-Père aux Cardinaux réunis en Consistoire secret le 25 septembre :
«* Vénérables Frères,
H Dans l'Allocution que Nous vous avons adres- »»' sée au mois de juin dernier, Nous avons dén ploré, Vénérables Frères, tout ce qui a été fait " par les ennemis de ce Saint-Siège à Bologne, à " Ravenne et ailleurs, contre la Souveraineté ci- •» vile qui Nous appartient légitimement, à Nous » et à ce Saint-Siège. Nous avons de plus déclaré, »» dans la même Allocution, qu'ils avaient tous en- " couru les censures et les peines ecclésiastiques » portées par les sacrés Canons , et Nous avons »» décrété que tous leurs actes étaient nuls et sans " valeur.
»» Nous gardions l'espérance que ces fils re- »» belles, émus et touchés de Nos paroles, vou- » draient rentrer dans le devoir; ils savent tous " de quelle douceur et de quelle mansuétude » Nous avons toujours usé depuis le commence- " ment de Notre Pontificat, et avec quel amour, " avec quel zèle, au milieu des difficultés si graves » des temps présents, Nous avons constamment » appliqué tous Nos soins et toutes Nos pensées M à assurer, sous le rapport temporel, la prospé- « rite et la tranquillité de Nos peuples. Mais cet » espoir a été complètement déçu. Soutenus par »» des conseils, par des instigations, par des se- " cours de toutes sortes venus du dehors, et sen-
tant par là redoubler leur audace, ils n'ont reculé devant aucun attentat, et portant le trouble dans toutes les provinces émiliennes soumises à Notre pouvoir pontifical, ils les ont soustraites à Notre Souveraineté, à la Souveraineté de ce Saint-Siège. Le drapeau de la défection et de la rébellion s élevant dans ces provinces, et le gouvernement pontifical y étant renversé, on y a établi d'abord des dictateurs du royaume subalpin, qui ensuite ont pris le nom de commissaires extraordinaires, et puis celui de gouverneurs généraux, et qui, s'arrogeant audacieusement les droits de Notre pouvoir suprême, ont destitué des fonctions publiques ceux que leur fidélité bien connue envers le Prince légitime faisait regarder comme incapables de s'associer à leurs desseins pervers. Ces hommes n'ont pas même craint d'usurper le pouvoir ecclésiastique, en soumettant à des lois nouvelles les hôpitaux, les orphelinats, les legs et les instituts pieux. Ils sont allés jusqu'à maltraiter des membres du clergé, les envoyant en exil ou les jetant en prison. Dans leur haine déclarée contre le Siège Apostolique, ils ont réuni le 6 de ce mois, à Bologne, une assemblée qu'ils ont appelée l'Assemblée nationale des peuples de l'Emilie, et y ont promulgué un décret rempli de faux prétextes et de fausses accusations, par
n lequel, alléguant mensongèrement runanimité » des populations, ils ont déclaré, au mépris des n droits de TÉglise Romaine, qu'ils ne voidaient »» plus être soumis au gouvernement pontifical. " Le jour suivant, nouvelle déclaration portant, » comme c'est maintenant la coutume, que ces H provinces veulent être annexées au domaine et » au royaume du Roi de Sardaigne.
»' Au milieu de ces déplorables attentats, les H chefs du parti ne cessent de travailler par tous n les moyens dont ils disposent à corrompre les »» mœurs des populations, surtout en répandant » des livres et des journaux imprimés soit à Bo- » logne, soit ailleurs, et dans lesquels on encou- » rage toute espèce de licence, on outrage la » personne du Vicaire de Jésus-Christ, on livre à » la risée les pratiques de la Religion et la piété « chrétienne, on tourne en ridicule les prières » communément adressées à la Très-Sainte et »» Immaculée Vierge Marie, Mère de Dieu, soit " pour l'honorer, soit pour obtenir sa puissante » protection. Dans les représentations théâtrales, » il n'y a nul respect pour l'honnêteté publique, '» pour la pudeur et la vertu; les personnes consa- >» crées à Dieu sont livrées à la dérision et au n mépris.
♦» Voilà ce que font des hommes qui se disent »» catholiques, qui prétendent honorer et respecter
» la puissance souveraine et Tautorité spirituelle »» du Pontife Romain. II n*est personne, assuré- .» ment, qui ne voie combien sont fausses de pa- " reilles protestations, car ceux qui agissent de » la sorte s'associent aux complots de ceux qui »» livrent au Pontife Romain et à l'Eglise Catholi- " que la guerre la plus acharnée, et qui font tout " ce qui dépend d'eux pour que, s*il était possi- «» ble, notre divine Religion et ses enseignements « salutaires fussent à jamais bannis de tous les »» esprits.
" Aussi, Vénérables Frères, vous qui êtes par- M ticulièrement associés à Nos travaux et à Nos » peines, vous comprenez aisément quelle est " Notre douleur et à quel point Nous partageons » la tristesse et l'indignation que vous éprouvez " avec tous les gens de bien.
" Mais ce ^ui Nous console dans une si rude H affliction, c'est que la partie de beaucoup la plus " nombreuse des peuples de l'Emilie , contristée »» de tout ce qui se passe et s'abstenant avec soin " d'y prendre part , demeure fidèle au Prince lé- " gitime et reste constamment attachée à Notre « pouvoir séculier et à celui du Saint-Siège; " c'est aussi que tout le clergé de ces provinces, '» toujours digne des plus grands éloges, n'a rien »» eu de plus à cœur, au milieu de tout ce boule- »' versement , que de remplir fidèlement son de-
•• voir et de donner les meilleures preuves de sa
n parfaite soumission et de son respect envers
n Nous et envers le Siège Apostolique, au mépris
n de toutes les difficultés et de tous les dangers.
♦» Maintenant, comme Nous devons, à raison de
» Notre charge, dont le poids est si lourd, et as-
" treint par un serment solennel, défendre sans
» crainte la cause de notre très-sainte Religion,
« garder courageusement de toute atteinte les
n droits et les possessions del'Église Romaine, dé-
» fendre constamment Notre Souveraineté civile et
" celle de ce Siège Apostolique, et la transmettre
H intacte à Nos Successeurs comme patrimoine du
» bienheureux Pierre, Nous ne pouvions pas ne
" pas élever de nouveau Notre voix apostolique,
»♦ afin que tout Tunivers catholique, et surtout Nos
»» vénérables Frères dans le sacerdoce, dont Nous
» avons reçu, au milieu des plus vives angoisses
H et avec une si grande consolation pour Nous,
» tant et de si illustres témoignages d'amour, de
" zèle, de foi immuable envers Nous, envers le
» Saint-Siège et le patrimoine du bienheureux
» Pierre, connaissent avec quelle force Nous ré-
» prouvons ce que ces hommes ont osé entrepren-
H dre dans les provinces d'Emilie de Notre doncii-
" nation. C'est pourquoi, dans cette nombreuse
» assemblée. Nous réprouvons tant les actes sus-
H mentionnés que tous les autres actes de rébel-
» lion, de quelque nom qu'on les appelle, qui ont »» été accomplis contre la puissance et l'immunité " ecclésiastiques, contre Notre suprême pouvoir, »♦ contre la domination civile, souveraineté, puis- " sance et juridiction du Saint-Siège, et Nous les n déclarons nuls et sans effet,
» Personne n'ignore que tous ceux qui, dans ces »» provinces, ont coopéré aux actes ci-dessus, par ♦» conseil, par adhésion, ou les ont favorisés de » quelque autre manière , ont encouru les cen- »» sures et les peines ecclésiastiques que Nous " avons rappelées dans Notre précédente Allocuw tion.
»♦ Au reste. Vénérables Frères, adressons-Nous »» avec confiance au trône de la Grâce, afin que, " par le secours divin, Nous obtenions consolation »» et courage, au milieu de tant de calamités, et ne ♦» cessons pas, par Nos prières assidues etferven- " tes, de supplier, d'implorer humblement le Dieu " riche en miséricorde, afin que, par sa toute-puis- »' santé vertu, il rappelle à de meilleures pensées, " et dans les voies de la justice, de la religion et » du salut, tous ceux qui s'en sont écartés, et »» parmi lesquels il en est quelques-uns peut-être » qui, malheureusement trompés, ne savent ce " qu'ils font."
Dieu qui se joue des complots des méchants, emploie leur perfidie à faire éclater la vérité des
doctrines qui leur sont le plus odieuses et contre lesquelles ils ont su faire entrer dans leur ligue les hommes qui par je ne sais quel esprit défausse modération, sont toujours tourmentés de la peur que la cause de Dieu soit trop puissante. Ceux qui, soit par perversité soit par faiblesse, affectent toujours de distinguer entrele Pape et FEglise, ont entendu le Pape, et ils ont aussi entendu l'Église, et ils savent à cette heure que le Chef et les membres ne sont qu'un en Dieu.
Où consentira-t-oajamais à reconnaître rÉglise universelle, si on ne la reconnaît pas dans cette imposante manifestation à laquelle ont pris part les Evêques, les religieux, les simples prêtres, les laïques du monde entier ï Mais, dans ce grand combat de l'Église contre la révolution, la France n'a voulu céder à aucune autre nation la prérogative de la Fille aînée, d'être au premier rang. Et quoiqu'une défense du pouvoir ait, à ce moment là même, interdit à la presse périodique de France la reproduction des actes épiscopaux, ces actes eurent un retentissement dont le passé n'offre pas d'exemple. Et la Chrétienté se souviendra toujours d'avoir vu les Évêques de France se serrer autour du Père commun des fidèles pour le protéger de leurs corps, et se jeter les premiers contre ce nouvel adversaire, qui parut tout à coup dans les rangs des ennemis du gouvernement pontifical.
Le 22 décembre 1859, une brochure parut sans nom d'auteur. Une émotion profonde l'accueillit en France et dans le monde entier. On sonda chaque phrase, comme on eût fait d une déclaration solennelle d'où devait sortir la paix du monde ou la guerre. Un congrès des grandes puissances était annoncé depuis plusieurs mois, qui fut aussitôt reconnu impossible (1). Et les prétentions soutenues par l'auteur inconnu triomphaient par là. L'Europe aurait opposé sa volonté à l'ambition d'un Souverain qui méconnaît dans les autres Souverains les droits de la Souveraineté. La brochure venait d'écarter cet obstacle.
Elle tirait toute sa force des rumeurs qui accompagnaient son apparition. Elle parlait comme ayant pouvoir (2), mais pouvoir sur les choses extérieures, ce qui ne suffit pas dans une question où la liberté des âmes est directement intéressée.
(1) Dans Tétat de faiblesse où la révolntion a réduit les puissances, l'Europe veut éviter la guerre. On attente aux droits de la Souveraineté, on proclame la doctrine du fait accompli : l'Europe peut laisser faire. Mais elle ne peut pas se réunir en Congrès pour donner une adhésion solennelle et une approbation qui, de la part des Souverains, serait une abdication véritable.
(2) Matth. , VII, 29.
La brochure' eut un succès que son auteur n avait pas cherché : les questions qu'il avait agitées étaient obscures pour le plus grand nombre; mais , après que tout l'Épiscopat de France eut réfuté la brochure , la vérité fut parfaitement claire pour tous. C'est ainsi que s'est formé dans tous les temps le corps de la doctrine catholique. Oportet hœreses esse.
Il faudrait nommer tous les Evêques de France dans cette lutte mémorable, car tous y ont pris part. Mais entre tous, la reconnaissance de l'univers catholique distinguera toujours TÉvêque de Poitiers et l'Évêque d'Orléans, le premier condamnant l'erreur du haut de sa chaire et ne permettant pas qu'aucun catholique qui veut garder ce nom puisse y donner son adhésion (l), le second poursuivant les ennemis de l'Église jusque sur leur terrain » se faisant journaliste et offrant sa personne même aux coups d'un journal révolutionnaire qui a voulu faire asseoir un Evêque sur le banc des malfaiteurs, sans se rappeler que les plus beaux triomphes de l'Eglise ont toujours été pré* cédés de tels outrages.
La brochure avait paru le ^ décembre^ Le
(1) Lettre ^pastorale de Mgr l'Évêque de Poitiers portant condamnation d'erreurs contenues dans divers écrits, notamment dans là brochure intitulée : le Pafe et le Congres;
>. ■■»,,. ,11 Gp». ■,A„i.^^<iJ^Éii' JT^
30 décembre, le Jovmal de Rome publiait la note suivante :
» Il a paru récemment une brochure anonyme » imprimée à Paris, chez Didot, et intitulée : Le » Pape et le Congrès. Cette brochure est un véri- " table hommage rendu à la révolution, une thèse » insidieuse pour ces esprits faibles qui manquent » d'un juste critérium pour bien reconnaître le " poison qu elle cache, et un sujet de douleur pour " tous les bons catholiques. Les arguments que » renferme cet écrit sont une reproduction des " erreurs et des outrages vomis tant de fois con- " tre le Saint-Siège et tant de fois victorieuse- »» ment réfutés , quelle qu'ait pu être l'obstination » des contradicteurs de la vérité à les soutenir. Si " le but que s'est proposé l'auteur de la brochure »» était par hasard d'intimider Celui que Ton me- » nace de si grands désastres, cet auteur peut être " assuré que Celui qui a en sa faveur le droit, qui « s'appuie entièrement sur les bases solides et iné- » branlables de la justice, et surtout qui est sou- " tenu par la protection du Roi des Rois, n'a cer- »' tainement rien à craindre des embûches des r* hommes. »
Le surlendemain , le général de Goyon , commandant de l'armée française à Rome, adressait au Souverain Pontife le discours suivant :
^r^.,. ..i^.^v^-^^J^zxw^
" Très-Saint PÈRE,
»' Nous venons encore une fois, mais toujours " avec empressement, au pied de Votre double " trône de Pontife et de Roi, apporter à Votre » Sainteté, à l'occasion de k nouvelle année, la » nouvelle assurance de notre profond respect et » de notre dévouement.
" Pendant Tannée qui s*est écoulée, de grands »» événements ont eu lieu. Ici, par Tordre de notre » vaillant Empereur, et comme un témoignage " éclatant de son respect religieux pour Votre » Sainteté, nous n'avons pu prendre notre part au » champ d'honneur de la gloire !
" Nous n'avons dû, nous n'avons pu nous con- " soler qu'en nous rappelant toujours qu'ici, près »» de Vous, près de Votre Sainteté, nous étions au »' champ d'honneur du Catholicisme.
" Tels sont, Très-Saint Père, les sentiments de " mes bons et braves subordonnés, dont je suis " l'heureux et fier interprète. Veuillez les accepter » avec la bonté constante dont Votre Sainteté dai- ♦' gna toujours nous honorer. »
Le Saint-Père répondait :
« Monsieur le général, '» Si chaque année Nous avons reçu avec plaisir
" les vœux que vous Nous avez présentés au nom » des braves officiers et de l'année que vous coin- " mandez si dignement, ces vœux Nous sont dou- » blement chers aujourd'hui à cause des événe- »' ments exceptionnels qui se sont succédé, et " parce que vous Nous assurez que la division » française qui se trouve dans les États Pontifi- » eaux y est placée pour la défense des droits de " la Catholicité. Que Dieu vous bénisse donc, " vous et toute l'armée française ! qu'il bénisse » également toutes les classes de cette généreuse »» nation!
" En Nous prosternant aux pieds de ce Dieu " qui fut, est et sera dans l'éternité, Nous le " prions, dans l'humilité de Notre cœur, de faire " descendre abondamment ses grâces et ses lu- »' mières sur le Chef auguste de cette armée et de '» cette nation, afin qu'éclairé de ces lumières, il » puisse marcher sûrement dans sa route difficile, » et reconnaître encore la fausseté de certains " prïhcipes qui ont été produits ces jours derniers » dans un opuscule qu'on peut appeler un monu- " ment insigne d'hypocrisie et un tissu ignoble de " contradictions. Nous espérons qu a l'aide de ces » lumières, disons plus, Nous sommes persuadé » qu'avec l'aide de ces lumières il condamnera les " principes contenus dans cet opuscule : Nous en »» sommes d'autant plus convaincu que Nous pos-
" sédons quelques pièces qu'il y a quelque temps » Sa Majesté eut la bonté de Nous faire parvenir « et qui sont une véritable condamnation de ces » principes. C'est avec cette conviction que Nous » implorons Dieu pour qu'il répande ses béné- « dictions sur l'Empereur, sur son auguste Com- " pagne , sur le Prince impérial et sur toute la » France. »
Quelques jours plus tard, le 11 janvier, le Moniteur publiait cette lettre adressée au Pape :
•« Très-Saint Père,
»• La lettre que Votre Sainteté a bien voulu m'é- " crire le 2 décembre m'a vivement touché, et je " répondrai avec une entière franchise à l'appel fait " à ma loyauté.
" Une de mes plus vives préoccupations, pen- »» dant comme après la guerre, a été la situation " des États de l'Église ; et, certes, parmi les raiw sons puissantes qui m'ont engagé à faire si » ppomptement la paix, il faut compter la crainte n de voir la révolution prendre tous les jours de »' plus grandes proportions. Les faits ont ime lo- " gique inexorable, et malgré mon dévouement au ». Saint-Siège, malgré la présence de mes troupes «» à Rome, je ne pouvais échapper à une certaine " solidarité avec les effets du mouvement national
» provoqué en Italie par la lutte œntre TAutriche.
n Lia paix une fois conclue, je m empressai »» d'écrire à Votre Sainteté pour lui soumettre les »» idées les plus propres, selon moi, à amener la » pacification desRomagnes, et je crois encore que »» si dès cette époque Votre Sainteté eût consenti à » une séparation administrative de ces provinces » et à la nomination d'un gouverneur laïque, elles » seraient rentrées sous son autorité. Malheureu- » sèment cela n'a pas eu lieu, et je me suis trouvé » impuissant à arrêter l'établissement du nouveau w régime. Mes efforts n'ont abouti qu'à empêcher »» l'insurrection de s'étendre, et la démission de » Garibaldi a préservé les marches d' Ancône d'une » invasion certaine.
» Aujourd'hui le Congrès va se réunir. Les puis- »» sances ne sauraient méconnaître les droits in- »» contestables du Saint-Siège sur les Légations : n néanmoins, il est probable qu'elles seront d'avis »» de ne pas recourir à la violence pour les soumet- »» tre. Car, si cette soumission était obtenue à »' l'aide de forces étrangères, il faudrait encore »» occuper les Légations militairement pendant n longtemps. Cette occupation entretiendrait les » haines et les rancunes d'une grande portion du » peuple italien, comme la jalousie des grandes »» puissances : ce serait donc perpétuer un état d'ir- " ritation, de malaise et de crainte. .
tt Que re?îte-t-il donc à faire ? car enfin cette in- H certitude ne peut pas durer toujours. Après un « examen sérieux des difficultés et des dangers que »♦ présentaient les diverses combinaisons, je le dis " avec un regret sincère, et, quelque pénible que H soit la solution, ce qui me paraîtrait le plus con- " forme aux véritables intérêts du Saint-Siège, ce »i serait de faire le sacrifice des provinces révol- « tées. Si le Saint-Père, pour le repos de TEurope, M renonçait à ces provinces qui, depuis cinquante »» ans, suscitent tant d'embarras à son gouverne- " ment, et qu'en échange il demandât aux puissan- »' ces de lui garantir Ja possession du reste, je ne « doute pas du retour immédiat de l'ordre. Alors " le Saint-Père assurerait à l'Italie reconnaissante »' la paix pendant de longues années, et au Saint- " Siège la possession paisible des États deTEglise.
» Votre Sainteté, j'aime à le croire, ne se mé- " prendra pas sur les sentiments qui m'animent; " Elle comprendra la difficulté de ma situation ; »» Elle interprétera avec bienveillance la franchise " de mon langage, en se souvenant de tout ce que »» j'ai fait pour la Religion Catholique et pour son M auguste Chef.
" J'ai exprimé sans réserve toute ma pensée, et H je l'ai cru indispensable avant le Congrès. Mais " je prie Votre Sainteté, quelle que soit sa décision , »' de croire qu'elle ne changera en rien la ligne de
» conduite que j'ai toujours tenue à son égard. » En remerciant Votre Sainteté de la bénédic- « tion apostolique qu'Elle a envoyée à l'Impéra- » trice, au Prince impérial et à moi, je lui renou- » velle l'assurance de ma profonde vénération.
" De Votre Sainteté,
" Votre dévot fils,
»' Napoléon.
" Palais des Tuileries, 31 décembre 1859. « Quand cette lettre était publiée à Paris, la réponse était déjà partie de Rome :
«« Sire(1),
" J'ai reçu la lettre que Votre Majesté a eu la »» bonté de m'écrire, et j'y réponds sans détours, »» et, comme on dit, à cœur ouvert. Et avant tout " je ne me dissimule pas la position difficile de « Votre Majesté, qu'elle-même ne me cfitche pas, »» et que je vois dans toute sa gravité. Votre Ma- '» jesté pourrait sortir de cette position par quel- » que mesure décisive , qui peut-être excite sa " "répugnance, et c'est précisément parce que vous »• vous trouvez dans cette position, que vous me
(() Traduction faite sur la traduction allemande de la Gazette autrichienne,
n conseillez de nouveau, pour la paix de l'Europe, » de céder les provinces insurgées, en m^assurant •» que les puissances garantiront au Pape celles •• qui lui restent.
n Un projet de cette nature présente des diffi- » cultes insurmontables, et, pour s'en convaincre, •f il suffit de réfléchir à ma situation, à mon ca- .1 ractère sacré et aux droits du Saint-Siège, n droits qui ne sont pas ceux d'une d3mastie, niais •t de tous les catholiques. Les difficultés sont inn surmontables, parce que je ne puis céder ce qui I» ne m'appartient pas, et parce que je vois fort n bien que la victoire qu'on veut donner aux ré- H volutionnaires des Légations servira de pré- « texte et d'encouragement aux révolutionnaires " indigènes et étrangers des autres provinces n pour jouer le même jeu, en voyant le succès M des premiers; et quand je dis les révolu- » tionnaires, j'entends la partie la moins consi- » dérable et la plus audacieuse des populations.
n Les puissances , dites-vous , garantiront le »» reste ; mais dans les cas graves et extraordi- » naires que l'on doit prévoir , vu les nombreux n appuis que les habitants reçoivent du dehors, n serait-il possible que ces puissances emploient » la force d'une manière efficace? Si cela ne se » fait pas. Votre Majesté sera persuadée comme p moi que les usurpateurs des biens d'autnii et les
»» révolutionnaires sont invincibles, alors qu'on ne » se sert avec eux que des moyens de la raison.
» Quoi qu'il en soit, du reste, je me vois obligé " de déclarer ouvertement à Votre Majesté que » je ne puis céder les Légations sans violer les « serments solennels qui me lient, sans produire " un malheur et une secousse dans les autres pro- » vinces, sans faire tort et scandale à tous les ca- " tholiques , sans affaiblir les droits, non-séule- »» ment des Souverains de Tltalie injustement " dépouillés de leurs domaines , mais encore des " Souverains de tout le monde chrétien, qui ne » pourraient voir avec indifférence la destruction » de certains principes.
» Votre Majesté fait dépendre le repos de TEu- » rope de la cession de la part du Pape des Lé- »» gâtions , qui , depuis cinquante ans , auraient »» suscité tant d'embarras au gouvernement pon- H tifical. Mais comme j*ai promis, en commençant « cette lettre, de parler à cœur ouvert , qu'il me » soit permis de revenir sur cet argument. Qui » est-ce qui pourrait compter les révolutions sur- " venues en France depuis soixante-et-dix ans? " Mais, en même temps, qui est-ce qui oserait dire " à la grande nation française, que, pour le repos " de l'Europe, il serait nécessaire de restreindre »t les limites de l'Empire? L'argument prouve « trop : aussi me permettrez- vous de ne pas l'ad-
» mettre. Et puis, Votre Majesté n'ignore pas par tt quelles personnes , avec quels deniers , avec « quels appuis ont été commis les derniers atten- " tats de Bologne, de Ravenne et des autres .» villes.
" La presque totalité des populations est restée n épouvantée de ce mouvement auquel elle ne s'at- »' tendait pas, et qu'elle ne se montrait pas dispo- M sée à suivre.
»» Votre Majesté dit que si j'avais accepté le " projet exprimé dans la lettre qu'elle m'expédia M par l'intermédiaire de M. de Menneval, les pro- » vinces insurgées seraient actuellement sous mon " autorité. A vrai dire, cette lettre était en oppo- « sition avec celle dont vous m'aviez honoré avant »» de commencer la campagne d'Italie et dans la- » quelle vous me donniez des assurances conso- » lantes sans me causer des afflictions.
" La lettre à laquelle vous faites allusion me » proposait dans sa première partie un projet « inadmissible comme la présente; et quant -à la »' seconde partie, je crois l'avoir adoptée, ainsi »i que peuvent le démontrer les documents consi- « gnés à Rome entre les mains de votre ambassa- " deur.
« Je réfléchis aussi à cette phrase de Votre Ma- »' jesté, que si j'avais accepté ce projet, j'aurais " conservé mon autorité sur ces provinces ; ce qui
« semble vouloir dire qu*au point qù nous en " sommes elles sont perdues pour toujours. Sire, " je vous prie au nom de l'Église,* et aussi au « point de vue de votre propre intérêt, de faire en " sorte que mon appréhension ne soit point jus- » tifiée. Certains Mémoires; que Ton dit secrets, » m'apprennent que l'empereur Napoléon l*îr a " laissé aux siens d'utiles avertissements, dignes '♦ d'un philosophe chrétien qui dans l'adversité, » ne trouva que dans la Religion des consolations »' et des apaisements.
» Il est certain que tous nous devons compa- " raître bientôt devant le tribunal suprême pour " rendre un compte sévère de tous nos actes, de " toutes nos paroles et pensées. Tâchons donc de » comparaître devant ce grand tribunal de Dieu de » manière à pouvoir éprouver les effets de sa mi- »» séricorde et non ceux de sa justice.
" Je vous parle ainsi en ma qualité de père , »' laquelle me donne le droit de dire la vérité toute " nue à mes fils, quelque élevée que soit leur po- »' sition dans le monde. Du reste, je vous remer- " cie de vos expressions bienveillantes à mon »♦ égard et de l'assurance que vous me donnez de « vouloir me continuer la sollicitude que vous " dites avoir toujours eue pour moi jusqu'ici. Il " ne me reste plus qu'à prier Dieu de répandre '» sur vous , sur l'Impératrice et sur le jeune
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" Prince impërial l'abondance de ses bénédic- •♦ tions.
• Au Vatican, le 8 janvier 1860.
Quand tous les autres secours manqueraient au Vicaire de Jésus-Christ, la prière, le plus puissant de tous, ne lui manquera jamais. Quand toutes les autres puissances l'abandonneraient , deux puissances lui seront toujours fidèles , l'Église et Dieu. Pie IX s'adressant à l'Église, lui demanda encore de prier Dieu pour son Vicaire :
« Vénérables Frères , salut et bénédiction apo- " stolique.
« Nulle parole ne saurait vous rendre, Vénéra- '» blés Frères, toute la consolation et toute la Joie ♦' que Nous ont fait éprouver, au milieu de Nos »» immenses amertumes, votre dévouement, ainsi " que celui des fidèles qui vous sont confiés, votre " piété et votre respect envers Notre Personne et »' le Siège Apostolique, et surtout votre remar- " quable unanimité, votre empressement, votre ♦» zèle et votre persévérance à défendre les droits » de ce même Siège et la cause de la justice.
« Dès que, par Notre Lettre Encyclique du
« 18 juin dernier et, plus tard, par Nos deux Allô- »» cutions consistoriales, vous avez connu, non " sans une profonde douleur, les coups funestes » qui venaient d'être portés à la société religieuse " et à la société civile en Italie ; dès que vous avez •» appris les mouvements sé4itieux et les criminels " attentats dirigés , soit contre les Princes légi- » times des autres États italiens , soit contre la « Souveraineté civile qui, par un droit légitime et »» sacré , Nous apipartient , à Nous et à ce Saint- " Siège, vous vous êtes empressés de répondre à '» Nos vœux et à Nos soins, en ordonnant sans " retard des prières publiques dans vos diocèses. »« Depuis cette époque, non-seulement dans les " lettres si pleines de déférence et de tendresse » que vous Nous avez adressées, mais encqre par « vos instructions pastorales, et par d autres écrits » remplis de doctrine et de piété, vous n'avez •♦ cessé, à rhonneur de votre nom et de votre »» ordre» de faire entendre votre voix épiscopale; « et combattant généreusement pour la cause de " notre très-sainte Religion et de la justice, vous " avez protesté avec énergie contre les sacrilèges " attentats dont la puissance civile de l'Église " Romaine est l'objet. Prenant sans relâche la dé- " fense de Nos droits, vous vous êtes fait gloire » de déclarer hautement et d'enseigner que c'est »» par un dessein particulier de cette divine Pro-
n xidence qui régit et gouverne toute chose, que « la Souveraineté a été donnée au Pontife Romain, " afin que, n'étant jamais sujet d aucun pouvoir n civil, il puisse toujours exercer en pleine liberté •♦ et sans aucun obstacle, dans l'univers entier, la » charge stiprême du ministère apostolique qui lui » a été divinement confié par le Seigneur Jésus- » Christ.
»» Ainsi, instruits par vos enseignements et » animés par votre généreux exemple, les enfants » de l'Église Catholique, si tendrement aimés de " Nous, ont rivalisé et rivalisent encore de zèle n pour Nous témoigner les mêmes sentiments.
» En effet, de toutes les contrées du monde
" chrétien, des ecclésiastiques et des laïques de
« toute dignité, de tout rang et de toute condi-
»» tion. Nous ont fait pai-venir d'innombrables
« lettres, signées de centaines de milliers de
noms, dans lesquelles ils Nous assurent, d'une
»» façon touchante, de leur dévotion filiale et de
« leur vénération envers Nous et .ce Siège de
« Pierre, protestent énergiquement contre la ré-
•' volte et les attentats commis dans quelques-
" unes de Nos provinces , et proclament que le
" patrimoine du Bienheureux Pierre doit être
» inviolablement conservé dans son intégrité , et
•• défendu de tout amoindrissement. Parmi ces
•' catholiques, il en est même plusieurs qui , par
« des écrits publiés très-utilement, ont établi ce « point de doctrine avec beaucoup de force et de » savoir.
» Ces éclatantes manifestations de l'Épiscopat " et des fidèles sont dignes de tout honneur et de " toute louange, et elles demeureront inscrites en " lettres d'or dans les fastes de l'Église Catho- " lique. Notre cœur en a été tellement ému que " Nous n avons pu, dans Notre joie, Nous empê- *» cher de Nous écrier : Béni soit Dieu le Père de " Notre-Seigneur Jésus-Christ , le Père des mi- » séricordes, et le Dieu de toute consolation, qui •» nous console dans tontes Nos tribulations! " Rien, en effet, au milieu des dures nécessités où » Nous sommes réduit, ne Nous pouvait être plus " cher ni plus doux, que de voir votre accord et le " zèle admirable dont .vous êtes enflammés pour " la défense des droits du Saint-Siège, ainsi que " la volonté éclairée avec laquelle les fidèles con- " fiés à votre sollicitude se réunissent à vous dans »' le même dessein.
" Aussi comprenez -vous sans peine combien " Notre bienveillance paternelle envers vous et " les fidèles catholiques s accroît de plus en plus, » par un juste et légitime retour.
»' Mais tandis que votre zèle et votre amour, " ainsi que celui des fidèles, apportaient ainsi un » véritable adoucissement à Notre douleur, il
« Nous est survenu d ailleurs une nouvelle cause " de tristesse. C'est pourquoi Nous vous écrivons " cette Lettre, afin de vous faire connaître de nou- « veau les sentiments de Notre cœur, dans une si w grave conjoncture.
» Tout récemment, ainsi que plusieurs d'entre » vous le savent .déjà, le journal parisien intitulé »» le Moniteur, a publié la réponse de l'Empereur » des Français à Notre lettre par laquelle nous » avions supplié instamment Sa Majesté Impé- " riale de vouloir protéger par son très-puissant « patronage, dans le Congrès de Paris, l'intégrité »» et l'inviolabilité des États temporels qui Nous n appartiennent, à Nous et au Saint-Siège, et de » les défendre contre les attentats d'une crimi- " nelle rébellion. Dans sa lettre, le très-haut Em- » pereur, rappelant certain conseil qu'il Nous " avait proposé peu de temps auparavant au sujet « de Nos provinces révoltées, Nous engage à re- » noncer à la possession de ces mêmes provinces, » parce qu'il lui semble que cette renonciation est »» le seul remède au trouble présent des affaires.
H Vous comprenez tous. Vénérables Frères, que " le sentiment de Notre devoir le plus grave ne »♦ Nous permettait pas de garder le silence à la »' réception d'une semblable lettre. Aussi Nous »» sonames-Nous empressé de répondre sans le H moindre délai à ce même Empereur, et Nous lui
" avons déclaré clairement et ouvertement, dans " toute la liberté apostolique de Notre âme, qu'il " Xous est absolument impossible de Nous rendre « à son conseil, parce que ce conseil porte avec lui « des (Occultés insurmontables, eu égard à Notre « dignité et à celle du Saint-Siège, à Notre carac- " tère sacré, et aux droits de ce même Siège, qui » ne sont pas l'apanage héréditaire d'une famille " royale, mais qui appartiennent à tous les cathon liques. Nous ajoutions en même temps queiVbw* " ne pouvions pas céder ce qui n'est pas à Nous; »♦ qu'il était évident pour Nous que le triomphe » qu'il s'agissait d'assurer aux factieux de VÊmi- " lie, serait pour les perturbateurs des autres pro- « vinces, indigènes ou étrangers, un encouragew ment et une excitation à consommer les mêmes »♦ attentats, lorsqu'ils verraient le succès couron- ♦• ner les entreprises des rebelles. Entre autres » choses. Nous avons fait savoir au même Empe- " reur, que Nous ne pouvions renoncer aux pro-- » vinces susnommées de Nos possessions pontifia ♦» cales dans l'Emilie, sans violer tes serments »» solennels par lesquels Nous sommes lié; sans »» soulever, dans le reste de Nos provinces, des » récriminations et des troubles; sans causer ufi n profond dommage à tous les catholiques ; enfi% » sans infirmer les droits, non-seulefïtefit des h Souverains de l'Italie injustement dépouillés de
H leurs Étais, mais encore de tous les Princes de » Vunivers chrétien, qui ne sauraient voir avec n indifférence Vintroduction de certains principes n très-pemicieiix. Nous avons fait remarquer en » outre que Sa Majesté n ignore pas par quels n hommes, avec quel argent et quels secours les n forfaits récents de la rébellion ont été excités et n accomplis à Bologne, à Ravenne et dans d'au- » très villes, au grand étonnement et au grand n effroi de la myeure partie des populations, qui n ne se montre aucunement disposée à y prendre n part.
n Et comme le Sérénissime Empereur motivait " la nécessité de Notre démission de ces provinces « sur les troubles qui s y sont' produits à diverses » reprises, il Nous a été facile de répliquer que cet n argument, qui prouve trop, était sans valeur; •♦ car de semblables troubles se sont souvent man nifestés sur divers points de l'Europe et ailleurs, " et personne n'y a vu un motif légitime de dé- »» membrer ces États.
" Nous avons rappelé aussi à ce même Empe- " reur que ses dernières lettres différaient complén tement de celle qu'il Nous avait écrite avant la n guerre d'Italie, lettre qui avait été pour Nous un »» sujet de consolation et non d'affliction. Et comme »» Nous pouvions craindre, d'après quelques termes » de la lettre impériale publiée par le Moniteur,
« que Nos provinces susdites de l'Emilie ne dussent '» être considérées déjà comme distraites de Notre " domaine civil, Nous avons, au nom de l'Eglise, » prié Sa Majesté de travailler, en vue de son bien » et de son intérêt personnel, à faire complètement " évanouir Notre appréhension sur ce point. Enfin, " dans le sentiment de cette charité paternelle qui " Nous oblige de veiller au salut éternel de tous, « Nous lui avons rappelé que tous les hommes, « sans exception, doivent un jour rendre un compte « rigoureux devant le tribunal de Jésus-Christ, y " subir un jugement très-sévère, et qu'en consé- » quence, chacun doit faire tous ses efforts pour " mériter d'éprouver les effets de la miséricorde H plutôt que de la justice.
" Tel est le principal contenu de Notre réponse »» au très-grand Empereur des Français.
» Nous avons cru nécessaire de vous faire cette »» communication , Vénérables Frères, afin que »' vous sachiez les premiers, et que tout l'univers »» catholique sache avec vous que; moyennant l'aide »' de Dieu, Nous Nous efforçons d'accomplir coura- ♦' geusement tout le devoir de Notre charge, que » Nous ne négligeons rien pour défendre énergi- » quement la cause de la Religion et de la justice, ♦» pour sauvegarder toujours, dans leur intégrité " et leur inviolabilité absolues, la Souveraineté " civile de l'Église RomEiine, ses possessions et
» ses droits temporels, qui sont l'apanage de tout »» l'univers catholique; enfin, pour maintenir les » principes sur lesquels reposent les droits légi- " times des autres Princes. Appuyé sur le bras de " Celui qui a dit : Vous aurez de grandes afflic- " tiorts dans le monde, mais ayez confiance, fai » vaincu le monde (1), et Bienheureux ceux qui •» souffrent persécution pour la justice (2), Nous " sommes tout prêt à marcher sur les traces glo- '» rieuses de Nos Prédécesseurs, à imiter leurs " exemples, à subir le sort le plus dur et le plus " cruel, à donner même Notre vie plutôt que d'a- " bandonner en aucune façon la cause de Dieu, de » l'Eglise et de la justice.
" Cependant vous pouvez facilement conjectun rer, Vénérables Frères, *de quelle profonde dou- »» leur Nous sommes accablé en voyant la guerre » impie dont est poursuivie Notre très-sainte Re- " ligion, au grand détriment des âmes, et les ef- »' froyables tempêtes dont l'Église et le Saint- » Siège sont assaillis. Vous comprenez sans peine ♦♦ combien Notre cœur est dans l'angoisse par la ♦♦ connaissance que Nous avons des graves périls ♦> auxquels sont exposées les âmes faibles dans >' Nos provinces insurgées, où circulent plus libte-
(1) JOÀN., XVI, 33.
(2) Matïh., Vi 10»
" ment encore qu'ailleurs ces écrits empoisonnés " qui ébranlent chaque jour plus déplorablement " la piété, la religion, la foi et l'honnêteté des " des mœurs.
" Vous donc, Vénérables Frères, qui êtes appe- " lés à partager Notre sollicitude, et qui avez fait » preuve de tant de dévouement, de constance et »' tie vigueur pour soutenir la cause de la Religion, »' de l'Eglise et de ce Siège Apostolique, continuez »» de combattre en faveur de cette même cause, " avec plus d'ardeur encore et décourage; enflam- " mez chaque jour davantage le zèle des fidèles »» qui vous sont confiés, afin que, sous votre con- » duite, ils ne cessent jamais d'employer leurs ef- »* forts, leur savoir et leurs talents, à la défense » de l'Église Catholique et de ce Saint-Siège, n ainsi qu'à la conservation de sa Souveraineté ci- " vile et du patrimoine du Bienheureux Pierre, « dont la tutelle appartient à tous les Cathot» liques.
» Mais ce que Nous vous demandons surtout, »» Vénérables Frères, c'est qu*en union avec Nous, « et de concert avec les fidèles confiés à vos soins, »» vous adressiez de ferventes prières au Dieu » Très-bon et Très-gmnd » pour qu*il commande ♦♦ aux vents et à la mer, qu'il Nous assiste de son » secours le plus efficace, qu'il assiste s«i Église, ♦» qu*il se lève et juge sa cause; enfin, pour qu'il
" daigne, en sa bonté, éclairer de sa grâce céleste " tous les ennemis de l'Eglise et de ce Siège " Apostolique, et les ramener, par sa vertu toute » puissante, dans les sentiers de la vérité, de la " justice et du salut.
» Et afin que Dieu prête une oreille plus favo- « rable à Nos prières, aux vôtres et à celles de " tous les fidèles, implorons avant tout, Véné- " râbles Frères, les suffrages de l'Immaculée et " Très-sainte Mère de Dieu, la Vierge Marie, qui H est notre Mère très-tendre, notre espérance la "'plus fidèle, la protection efficace et le soutien de » l'Église, et dont le patronage est le plus puis- « sant auprès de Dieu. Implorons aussi les suf- « frages du Bienheureux Prince des Apôtres, que '» le Seigneur Jésus-Christ a constitué le fonde- '» ment de son Église, et contre lequel les portes » de l'Enfer ne pourront jamais prévaloir; implo- ♦» rons également les suffrages du Bienheureux n Paul, son compagnon dans l'apostolat, et ceux n de tous les Saints qui régnent avec le Christ » dans les cieux. Nous ne doutons point , Véné- ♦• râbles Frères, que, suivant les inspirations de »' votre religion et de votre zèle sacerdotal, vous ♦» ne répondiez avec empressement à Nos vœux et " à Nos demandes. Cependant, comme gage de • Notre tendre affection pour vous. Nous vous en- » voyons avec amour, du fond de Notre cœur,
» Notre Bénédiction Apostolique, jointe au souhait « de toute vraie félicité, pour vous, Vénérables " Frères, ainsi que pour tout votre clergé, et pour » les fidèles laïques confiés à votre vigilance.
" Donné à Rome, à Saint-Pierre, le 19 janvier de »t l'an 1860, de Notre Pontificat le quatorzième. »
Le journal qui avait toujours défendu le plus vaillamment les droits du Saint-Siège et de l'Eglise, V Univers, publia l'Encyclique dti Pape dans son numéro du 29 janvier. Un décret du même jour prononça la suppression de Y Univers. Lçs autres feuilles publiques purent néanmoins, quelques jours plus tard, faire pour l'acte apostolique de Pie IX ce qu'elles ne pouvaient plus faire pour les actes des Evêques. Mais aussitôt que le bruit se répandit qu'une Bulle d'excommunication venait d'être lancée par le Vicaire de Jésus-Christcontre les spoliateurs du Saint-Siège, les journaux catholiques, d'autant plus impatients de la reproduire que les journaux révolutionnaires avaient livré aux risées de la multitude une compilation extravagante qu'ils avaient donnée pour la parole de Celui qui parle au nom de Dieu, furent arrêtés par cette note insérée au Moniteur (1er avril) :
" Le gouvernement croit, dans les circonstances " actuelles, devoir rappeler la disposition suivante " de la loi organique du Concordat :
" Aucune bulle, bref, rescrit, décret, mandat, " provision, signataire servant de provision, ni •» autres expéditions de la cour de Rome, même » ne concernant que les particuliers, ne pourront « être reçus, publiés, imprimés ni autrement mis " à exécution sans l'autorisation du gouveme- »» ment (1). »
Cette autorisation a-t-elle été sollicitée ? Je ne sais. Mais jusqu*ici aucun journal, aucun recueil n*a publié la Bulle d'excommunication. Les journaux révolutionnaires en signalent chaque jour le caractère impitoyable. S'il était besoin de défendre Pie IX contre une telle accusation et contre de tels accusateurs, les lettres du Pontife au Prince qui le dépouillait le défendraient assez.
Le Roi de Sardaigne lui avait écrit :
« Très-Saint Père ,
»» Par votre lettre autographe du 3 décembre " dernier, Votre Sainteté m'engage à soutenir de- H vant le Congrès les droits du Saint-Siège/
» Je dois, avant tout, remercier Votre Sainteté « des sentiments qui lui ont conseillé de s'adres- " ser à moi dans cette circonstance. Je n'aurais " point tardé à le faire jusqu'ici, si le Congrès
(1) Art. !«' des Articles organiques.
" s'était réuni, comme cela avait été résolu. J'atn tendais que la réunion des plénipotentiaires fût " décidée définitivement pour vous répondre d'une " manière plus régulière, au sujet du grave argu- » ment dont traite la lettre que vous m'avez fait " l'honneur de m'adresser.
" Votre Sainteté, en invoquant ma coopération " pour la récupération des Légations, semble vou- " loir me rendre responsable de tout ce qui est ar- " rivé dans cette partie de l'Italie. Avant d'accep- " ter une censure aussi sévère, je supplie respec- •» tueusement Votre Sainteté de vouloir bien exa- ♦♦ miner les faits et les considérations qui suivent.
" Fils dévoué de l'Église, descendant d'une race ♦' très-pieuse, comme Votre Sainteté le sait bien, " j'ai toujours nourri des sentiments de sincère at- " tachement, de vénération et de respect envers. " la sainte Église et son auguste Chef. Jamais il " ne fut et il n'est pas dans mon intention de man- " quer à mes devoirs de Prince catholique, et d'a- " moindrir, pour ce qui dépend de moi, les droits " et l'autorité que le Saint-Siège exerce sur la " terre en vertu du divin mandat du Ciel.
» Mais moi aussi j'ai des devoirs sacrés à rem- »» plir envers Dieu et envers les hommes, envers » la patrie et envers les peuples que la divine Pro- »» vidence a confiés à mon gouvernement. J'ai tou- " jours cherché à concilier ces devoirs de Prince
» catholique et de Souverain indépendant d^une " nation libre et civilisée, soit dans le régime in- « térieur de mes États, soit dans la direction de la » politique extérieure.
» Depuis longues années l'Italie est agitée par » des événements qui, tous, concourent au même " but, la récupération de son indépendance. Ces " événements ont déjà eu pour coopérateur mon » illustre père, qui, obéissant à Timpulsiori venue »» du Vatican et prenant pour devise le mot mé- " morable de Jules II, tenta de délivrer notre pa- » trie delà domination étrangère. En mourant, il " me légua cette sainte entreprise. En l'acceptant, " je n'ai pas cru m' écarter de la volonté divine qui " certainement ne peut approuver que les peuples » soient partagés en oppresseurs et en opprimés. » Prince italien, j'ai voulu délivrer l'Italie, et pour » cela j'ai considéré comme un devoir d'accepter " pour la guerre nationale le concours de tous les » peuples de la Péninsule. Les Légations, oppri- " mées de longues années par des soldats étran- " gers, se sont soulevées dès la retraite de ces " derniers. Elles m'ont offert en même temps leur " participation à la guerre et la dictature. Moi, " qui n'avais rien fait pour provoquer Tinsurrec- " tion, j'ai refusé la dictature par respect pour le » Saint-Siège, mais j'ai accepté leur concours » pour la guerre de l'indépendance, parce que
» c'était là un devoir sacré pour tout Italien.
" La guerre terminée, mon gouvernement a re- »» nonce à toute ingérance dans les Légations, et « lorsque la présence d'un général audacieux poun vait mettre en péril le sort des provinces occupées » par les troupes de Votre Sainteté, j'ai employé fi mon influence pour l'éloigner de ces contrées.
M Les populations, restées entièrement libres, H débarrassées de toute influence extérieure, et » même contrairement aux conseils d'un ami, le .. plus puissant et le plus généreux que l'Italie " ait jamais eu, ont demandé leur annexion à mon f* royaume avec une admirable spontanéité et una- « nimité.
« Ces vœux ne furent pas exaucés. Et cepen- >♦ dant ces populations, qui naguère donnaient des »• signes si manifestes de mécontentement envers " la cour de Rome, et inspiraient à celle-ci de con- " tinuelles appréhensions , se sont gouvernées » pendant plusieurs mois de la façon la plus loua- »» ble. Elles ont pourvu aux intérêts publics, à la » sûreté des personnes, au maintien de la tran- " quillité, à la protection de la Religion. C'est »» chose avérée, et que j'ai eu soin de vérifier, que » dans les Légations, les ministres du culte sont '» actuellement respectés et protégés, les temples » de Dieu fréquentés plus qu'ils ne Tétaient auw paravant.
« Quoi qu'il en soit, c'est une conviction géné- " raie que le gouvernement de Votre Sainteté ne « pourrait plus récupérer ces provinces, sans " remploi des armes, et des armes étrangères.
*» Votre Sainteté ne peut vouloir cela. Son cœur » généreux, sa charité évangélique se refuseront « à verser le sang chrétien pour reprendre une pro- » vince , qui, quel que fût le résultat de la guerre, »» resterait toujours moralement perdue pour le " gouvernement de l'Église. L'intérêt de la Reli- •» gion ne demande pas cela.
H Les moments sont favorables. Il ne m'appar- " tient pas à moi, fils dévoué de Votre Sainteté, de » lui indiquer le moyen le plus sûr de rendre le " repos à notre patrie et de rétablir sur des fonde- » ments solides le prestige et l'autorité du Saint- » Siège en Italie. Toutefois, je me crois obligé d'ex- » poser et soumettre à Votre Sainteté une idée, " dont je suis pleinement convaincu. Cette idée, » la voici : Si Votre Sainteté, prenant en considé- « ration les nécessités des temps, la force crois- " santé du principe des nationalités, l'irrésistible » élan qui pousse les peuples de l'Italie à s'unir et « à s'organiser conformément aux règles adoptées » par tous les peuples civilisés, croyait avoir à ♦» réclamer mon franc et loyal concours, il y aurait " moyen d'établir, non-seulement dans les Ro- » magnes, mais aussi dans les Marches et dans
» rOmbrie, un état de choses qui, tout en con- " servant à TEglise son pouvoir suprême et en " assurant au Souverain Pontife un poste glo- " rieux à la tète de la nation italienne, ferait " participer les populations de ces provinces aux w bienfaits qu'un royaume fort et vraiment na- »» tional assure à la plus grande partie de Tltalie »♦ centrale.
♦» J'espère que Votre Sainteté daignera prendre " en considération ces réflexions dictées par un M cœur sincère et tout dévoué à sa personne, et »' qu'avec sa bonté habituelle , Elle voudra m'ac- " corder sa sainte bénédiction.
H Turin, le 6 février 1860.
" Victor-Emmanuel. »»
Pie IX répondit :
H Sire,
» L'idée que Votre Majesté a songéàm'exposer n est une idée imprudente et indigne assurément " d'un Roi catholique et d'un Roi de la Maison de » Savoie. Ma réponse est déjà sur le point de pa- « raître imprimée dans l'Encyclique aux Évêques '» catholiques, où vous pourrez la lire.
» Du reste, je suis affligé, non pour moi, mais n pour la malheureuse situation de l'âme de Votre
w Majesté, car elle est déjà sous le coup des cen- »» sures et de celles qui suivront encore, lorsque « sera consommé l'acte sacrilège que vous et les n vôtres avez l'intention d'accomplir.
w Je prie le Seigneur du fond du cœur, afin qu'il " vous éclaire et vous donne la grâce de connaître ♦• et de pleurer les scandales qui ont eu lieu, et les f* maux affreux qui ont frappé la pauvre Italie avec " votre coopération.
" Du Vatican, le 14 février 1860.
n PIE PP. IX. "
Le Roi Victor-Emmanuel ne se rend pas. Son cœur demeure sourd à la voix du Saint-Père. Et il lui écrit encore :
« Tres-Sai\t père,
». Les événements qui se sont accomplis dans M les Romagnes m'imposent le devoir d'exposer à »» Votre Sainteté, avec une respectueuse fran- « chise, les raisons de ma conduite.
»» Dix années continuelles d'occupation étran- ». gère dans les Romagnes, en portant un grave .. préjudice à l'indépendance de l'Italie, n'avaient .. pu donner l'ordre à la société, le repos aux po- .. pulations, l'autorité au gouvernement.
« A la cessation de Toccupation étrangère, le »» gouvernement tomba sans que personne aidât à " le relever et à le rétablir. Livrées à elles-mêmes, » les populations des Romagnes, réputées ingou- " vemables, montrèrent, par une conduite quimé- »» rita les applaudissements de l'Europe, que Tor- » dre et la discipline civile et militaire, apanage » des peuples les plus civilisés, pouvaient égale- » ment être introduits chez elles.
» Mais les incertitudes d'une situation précaire, " déjà trop prolongée, étaient un péril pour llta- « lie et pour TEurope.
" Lorsqu'il fallut renoncer à Tespoir de voir se » réunir un Congrès européen, devant lequel on » porterait les questions de l'Italie centrale, il ne »» restait plus d'autre solution possible que celle « d'interroger à nouveau les populations sur leurs »• destinées futures.
»» La solennité du suffrage universel ayant con- " firme la délibération pour l'annexion à la mo- « narchie constitutionnelle du Piémont, je devais » l'accepter définitivement, dans l'intérêt de la paix » et du bonheur de l'Italie. Mais, dans l'intérêt de « la paix, je suis toujours disposé à rendre hom- » mage à la Souveraineté suprême du Siège Apo- »» stolique.
" Prince catholique, je ne crois pas manquer •» aux principes immuables de la Religion que je
» me fais gloire de professer avec un dévouement >* filial et inaltérable.
» Mais le changement qui s'est accompli au- » jourd'hui regarde les intérêts politiques de la »' nation, la sécurité des Etats, Tordre moral et » civil de la société; il regarde l'indépendance de « ritalie, pour laquelle mon père a perdu sa cou- »» ronne, et pour laquelle je serais prêt à perdre la » vie. Les difficultés que Ton rencontre aujourn d'hui roulent autour d'un mode de domination " territoriale que la force des événements a rendu « nécessaire. Tous les Etats ont dû consentir à » cette nécessité, et le Saint-Siège lui-même Ta » reconnue dans les temps anciens et mo- " dernes.
H Dans toutes les modifications de la Souverai- » neté, la justice et la raison civile de l'État con- » seillent de prendre les soins nécessaires pour » concilier les droits anciens avec les institutions « nouvelles, et c'est pour ce motif que, avec pleine » confiance dans les bons sentiments et dans le »» sens droit de Votre Sainteté, je la prie de faciliter »' cette entreprise à mon gouvernement, lequel ne »» négligera de son côté aucun moyen, aucun soin » pour arriver au but désiré.
»» Dans le cas où Votre Sainteté accueillerait « avec bienveillance les ouvertures actuelles, mon » gouvernement, prêt à rendre hommage à la haute
" Souveraineté du Siège Apostolique , serait éga- " lement tout disposé à travailler dans une égale " mesure à la diminutiott.des charges et à concou- " rir à la sécurité et à Tindépendance du Siège » Apostolique.
»» Telles sont nos intentions sincères, et tels, je n crois, sont également lés vœux de l'Europe. Et »» maintenant que j'ai, par de loyales paroles, ou- " vert mon cœur à Votre Sainteté, j'attendrai le " résultat de ses décisions en espérant que, avec '» le concours du bon vouloir des deux gouverne- » ments, il s'établisse un accord qui, s'appuyant " sur les principes et sur la satisfaction des peu- " pies, assure aux relations des deux États une " base durable.
" J'attends de la bonté du Père des fidèles un " accueil bienveillant qui fortifie l'espoir de voir la " discorde civile cesser, les esprits exaspérés se » calmer, et tout le monde échapper à la responsa- " bilité des maux qui pourraient résulter des con- » seils contraires.
» Dans cette confiance, je prie humblement » Votre Sainteté de me donner la bénédiction apo- " stolique.
» Turin, 20 mars 1860.
» Victoh-Emmanuel. '»
Quand Pie IX répond à cette lettre, la spoliation est consommée. Les agents du gouvernement piémontais ont fait parler le suffrage universel. L'usurpation est, comme le veut la théorie révolutionnaire, un fait accompli. Ce n'est pas pour cela un fait légitime, et Pie IX dit au Roi qui vient de lui prendre par ruse et par violence une partie de ses États:
« Majesté,
"Les événements qui se sont produits dans '♦ quelques provinces de l'État de l'Élise impo- »» sent à Votre Majesté, comme elle m'écrit, le de- « voir de me rendre compte de sa conduite quant à « ces événements. Je pourrais me borner à combat- « tre certaines assertions qui sont contenues dans »» sa lettre et dire, par exemple, que l'occupation »» étrangère dans les Légations était depuis long- " temps circonscrite à la ville de Bologne, laquelle « n'a jamais fait partie de laRomagne. Je pourrais " dire que le prétendu suffrage universel fut im- » posé et ne fut pas volontaire ; je m'abstiens » d'ailleurs de demander l'avis de Votre Majesté « sur le suffrage universel, comme aussi de dire »» quelle est mon opinion sur ce suffrage. Je pour- '» rais dire que les troupes pontificales ont été em- " pêchées de rétablir le gouvernement légitime »» dans les provinces soulevées pour des motifs
» qui sont également connus de Votre Majesté. " Je pourrais m'appesantir sur ces considérations «et sur d'autres. Mais ce qui surtout m'impose le " devoir de ne pas adhérer aux pensées de Votre " Majesté, c'est de voir l'immoralité toujours crois- »' santé dans ces provinces et les insultes qui y n sont faites à la Religion et à ses ministres. Bien " plus, quand même je ne serais pas tenu par des " serments solennels à maintenir intact le patri- « moine de l'Église, serments qui me défendent de " me prêter à toute tentative ayant pour but de » diminuer l'extension de ce patrimoine, je me " verrais obligé de repousser tout projet fait en ce »» sens,afin de ne pas souiller ma conscience par " une adhésion qui me conduirait à donner ma » sanction et à participer indirectement à ces désor- " dres, et à concourir à rien moins qu'à justifier »» une spoliation injuste et violente. Du reste, je » ne puis non-seulement faire aucun accueil bien- « veillant aux projets de Votre Majesté, mais je »' proteste au contraire contre l'usurpation qui s'o- " père au détriment de l'Etat de l'Église et qui " laisse sur la conscience de Votre Majesté et de " tout autre coopérateur à cette insigne spoliation, " les conséquences fatales qui en découlent. Je " suis persuadé que Votre Majesté, en relisant avec » un esprit plus tranquille, moins prévenu et plus ») instmit des faits, la lettre qu'elle m'adresse, y
»» trouvera de nombreux motifs de repentir. » Je prie Dieu de donner à Votre Majesté les n grâces dont elle a surtout besoin dans les cir- M constanœs difficiles du moment.
M Du Vatican, 2 avril 1860.
Ce sentiment de son droit, qui est encore plus le sentiment de son devoir, n'a jamais inspiré au Saint-Père de plus fortes paroles que celles qu'il adressait aux prédicateurs du Carême, le jeudi de la Sexagésime (16 février) :
« Dieu,. dans le commencement, a créé le monde » de rien ; mais lorsqu'il s'est agi de sa rédemp- ♦» tion, création plus sublime que la première, il a ♦♦ voulu associer sa créature à cette œuvre im- « mense. C'est pourquoi son Fils Unique a fait ♦♦ choix dans les Apôtres de douze collaborateurs, »♦ auxquels il a donné un Chef qu*il appela >♦ Pierre : £!go autem constitutus sum Rex ab eo « super Sion montent sanctum ejus, prœdicans ♦♦ prœceptum ejus (1)*
« C'est Moi, comme Successeur de Pierre> qui » suis ce Roi. Ego autem constitutus sum Rex^ " Roi, je le sens, dans toute la plénitude de ce
»» mot, et de par la consécration divine. Et, à mon » tour, je vous envoie évangéliser les nations, » comme il a été dit à Pierre, et répandre sur elles w la parole divine, opposer Tesprit de vérité à Fes- " prit de mensonge qui gouverne le monde au- »» jourd'hui. Quarefremuerunt gentes.,. Pourquoi » les nations se sont-elles émues ï Parce qu'elles w sont envahies par Tesprit de ténèbres, de dupli- H cité et de mensonge, contre lequel il faut com- " battre.
» Allez donc, et que vos paroles soient accom- »» pagnées de prières et de bonnes œuvres, afin de M leur donner plus de force et d'efficacité.
» Nous ne sommes encore qu'au commencement » des malheurs qui vont fondre sur nous; mais " nous avons devant les yeux cette consolante " perspective qu'au fur et à mesure que les cala- " mités vont naître, l'esprit de foi et de sacrifice se " développera davantage. »♦
Quelques jours après, la parole du Souverain Pontife était accomplie; la révolution, poursuivant son œuvre, prétendait élever un droitcontre le droit, elle donnait à la spoliation des formes solennelles* Elle annonçait par toutes ses voix qu'elle allait pousser encore plus loin ses détestables conquêtes et réunir les dépouilles de tous les Princes italiens dans les mains de Victor-Emmanuel. Mazzini luimême salue le futur Roi du ro3raume d'Italie» Mais
quand la révolution paraît donner à un Prince, elle ne lui donne vraiment pas, elle se sert de lui, et bientôt un jour vient où elle reprend tout ce qu'elle donna, et elle reprend encore le reste. Le Prince , objet de ses hommages h3^ocrites, sera sa dernière victime et la plus malheureuse. En attendant elle Tenivre de son encens. Elle lui rend le culte que Rome païenne rendait à ses empereurs. Mais l'homme même le plus dégradé, sent bien qu'il n'est pas né pour ramper devant Thomme, et il se venge bientôt de tant d'abaissement. Il y a peu de jours, la révolution jonchait de bouquets et de branches de laurier quelques-unes des rues de Livourne où allait passer le futur Roi d'Italie, elle sablait les autres d'or, elle brûlait des parfums comme devant Dieu ou comme devant une idole. Mais qui a sondé les mystérieux abîmes du ccçur humain sait que l'idolâtrie n'est ni l'amour ni le respect, et qu'elle est cruelle et terrible en ses retours. Comme l'esprit du mal dans les légendes, elle se tient aux côtés du Prince qu'elle a pris pour son instrument, elle ne lui laisse pas de trêve et lui redit sans cesse ce qu'elle attend de lui. Elle vient d'élever devant lui, à Florence, sur la place Santa- Maria-Novella, une grande colonne surmontée de la statue du héros qui tient à la main une carte déployée où sont écrits ces deux mots: lialia libéra. Elle écrit partout ses convoitises, sur les
pas du Prince qui doit les satisfaire. Des bannières qui flottent au vent, offrent partout aux regards du triomphateur infortuné qui n'a pas le droit de s'arrêter , les noms de la Savoie (cédée hier à la France), de la Sicile, de Naples, de Venise, de Rome!
Quand le Prince, que la révolution traîne ainsi de ville en ville et de triomphe en triomphe, met le pied sur cette terre devenue sainte et sacrée, parce qu'elle appartient à l'Église, dans cette ville papale de Bologne, il semble ne plus pouvoir se supporter lui-même, part brusquement et regagne les États dont il est le légitime souverain. Mais on dit qu'il emporte partout avec lui les pensées importunes qu'il voudrait fuir, et que ses ministres mettent tous leurs soins à dissiper. Il se souvient de l'antique piété de ses pères, et tandis qu'un ordre sévère arrête toute parole courageuse et chrétienne sur les lèvres de ceux qui l'approchent, lui-même, laissant leurs discours pour ne répondre qu'à ses propres pensées, leur parle de l'excommunication et leur dit : « Priez ^ pour moi ; •» à l'heure même où des évêques, coupables de fidélité aux devoirs de leur charge, sont arrêtés en son nom. Mais les prières monteront plus ardentes vers le Ciel : c'est la coutume des Chrétiens de prier pour leurs persécuteurs.
Ainsi s'accomplissent les calamités annoncées
par Pie IX. Mais c'est la parole tout entière du Souverain Pontife qui est vérifiée. L'esprit de foi et de sacrifice a soufflé sur le monde chrétien, et partout, mais surtout en France, il a embrasé tous les nobles cœurs, il a enflammé tous les courages. Un illustre guerrier, à qui sa gloire passée pouvait suffire, a cherché une gloire nouvelle et plus haute dans ce nom de soldat du Pape, que la révolution affectait deprononcer avec mépris, mais qui la fera trembler désormais en lui rappelant cette épée invincible. Pour lui, qui a vu tant de fois la mort face à face, il ne sourit pas de ce qui fait sourire le vulgaire ; il sait bien que le soldat du Pape est le soldat de Dieu, et ce nom magnifique donné à la France par un grand poëte, qui regrettait sans doute dans le secret de son cœur de n'être pas né sur les bords de la Seine ou de la Loire, devait écheoir à xm général français.
Suivant sa pratique accoutumée , la révolution a calomnié le dévouement. Elle a voulu expliquer par l'ambition et par le dépit, une inspiration qu'elle ne peut pas comprendre, car c'est une inspiration de la foi. Devant la proclamation de M. le général de La Moricière, ces hommes-là ont des yeux pour ne pas voir et des oreilles pour ne pas entendre. Ces saint-simoniens, ces phalanstériens, ces idolâtres de la chair, ne se sont pas reconnus quand le général de La Moricière a rap-
pelé rislamisme qu'il a déjà combattu et qu'il va combattre encore sous un autre nom. Mais la conscience des peuples chrétiens les reconnaîtra bien :
H Rome, 8 avril 1860. Jour de Pâques.
w Soldats !
" Sa Sainteté le Pape Pie IX, ayant daigné " m'appeler à l'honneur de vous commander, pour " défendre ses droits méconnus et menacés, je n'ai »' point hésité à reprendre mon épée.
" Aux accents de la grande voix qui naguère, » du haut du Vatican, faisait connaître au monde " les dangers du patrimoine de saint Pierre, les »» catholiques se sont émus et leur émotion s'est " bientôt répandue sur tous les points de la terre.
» C'est que le Christianisme n'est pas seule- » ment la Religion du monde civilisé , il est le " principe et la vie même de la civilisation ; c'est ♦' que la Papauté est la clef de voûte du Christia- » nisme. Et toutes les nations chrétiennes sem- » blent avoir aujourd'hui la conscience de ces » grandes vérités qui sont notre foi.
» La révolution , comme autrefois l'islamisme, M menace aujourd'hui l'Europe, et aujourd'hui " comme autrefois, la cause du Pape est celle de » la civilisation et de la liberté dans le monde.
w Soldats ! ayez confiance , et croyez que Dieu
» soutiendra notre courage à la hauteur de la cause *• dont il confie la défense à nos armes.
" Le général, commandant en chej,
H De La Moriciere. *•
Ces mâles accents vont susciter partout des vengeurs à la cause de Dieu. Déjà plus de deux mille Français, dit-on, de toute condition et de tout rang, sont allés offrir au Saint-Père leurs biens et leur personne, et parmi eux, les héritiers des noms dont la France est le plus fière, le comte de Gîontaut, le comte de Pimodan , le vicomte de Noé, M. de la Rochefoucauld-Doudeauville, duc de Bisaccia, qui descend par sa mère des Montmorency, et ce gentilhonmîe dont le nom est comme le résumé de toutes les grandeurs de la France, le comte de Bourbon-Chalux. Et à côté de ces hommes en qui se prolongerait la Souveraineté, dans une société moins troublée que la nôtre, d'autres hommes , sortis de la bourgeoisie ou du peuple, qui sont là, en grand nombre, comme pour prouver que c'est la France tout entière qui veut défendre l'Église et la Papauté contre la révolution. Et la faiblesse du sexe ne laisse pas les femmes étrangères à ce grand mouvement. Des épouses et des mères encouragent ceux qui partent, les fortifient de leur amour, et les aocom-
pagnent de leurs vœux et de leurs prières. « Va, » mon fils , dit une mère (1) à son unique enfant, « va, mon fils, et qu'au moment du danger le sou- »» venir de ta mère te vienne à Tesprit, non » pour t'arrêter, mais au contraire pour t'inspirer " le courage de remplir ton devoir jusqu'au bout. » Combien d'entre eux ont eu l'heur d'entendre, au moment des adieux, de ces fortes paroles! D semble que tous aient recueilli dans leur cœur ces mots tombés de la bouche de la petite-fille de saint Louis : «« Allez, servez la cause d'un Saint » sous les ordres d'un héros ! " *
Ils ont obéi, comme les preux du moyen âge, à la voix d'une femme chrétienne. Mais, hélas ! tes fils des Croisés n'ont plus besoin de quitter l'Europe et de traverser les mers pour aller faire contre les infidèles un rempart de leurs corps à l'Eglise de Jésus-Christ. C'est au centre, c est au cœur, c'est à Rome même que l'Église est menacée. La révolution qui la menace, est prise d'étranges scrupules. Elle qui est armée pour la cause de l'enfer, ne comprend pas qu'on recoure aux armes pour la cause de Dieu. C'est le Dieu bon, qui donne sa paix et qui laisse sa paix à ceux qui demeurent fidèles à ses commandements , c'est le
(1) Mme Lapène, de Bordeaux.
Dieu qui veut qu'on sache de lui-même qu'il est doux et qui se sert des plus douces images pour nous donner quelque idée de sa douceur, c'est le bon Pasteur, c est l'agneau, c'est la colombe. Mais c'est aussi le Dieu terrible et le Dieu vengeur, c'est le Dieu des armées!
Il se lèvera lui-même pour sa cause. Il combattra au milieu de ses fidèles, il défendra Rome contre la révolution qui voudrait en chasser son Église. Il dissipera, par des coups terribles.:peutêtre, ces rêves insensés d'une ambition sans grandeur. Ce qu^'jÉi Charlemagne n'a pas été, quel est le Prince qui ose rêver de l'être! Mais quel Prince pourrait être Roi de Rome? Ce n'est pas en vain qu'elle a été nommée la Ville éternelle. Nul Prince ne serait digne de lui commander. Nul ne peut y régner que le Pontife étemel qui continue saint Pierre, qui continue Jésus-Christ, le Prêtre éternel selon l'ordre de Melchisédech.