CHAPITRE VII
L'histoire répète, à onze ans de distance, les mêmes événements : il est inutile d'en recommencer le récit avec autant de détails. — Jubilé de 1850. — Affaires religieuses de la Sardaigne. — La loi Siccardi. — Protestation de Pie IX. — Mgr Franzoni, Archevêque de Turin, est jeté en prison. — Lettre de Pie IX à l'Archevêque. — Consistoire du 20 mai 1860, — Progrès de la persécution en Sardaigne. — L'Archevêque de Turin jeté dans la forteresse de Fénestrelle. — Allocution de Pie IX dans le Consistoire secret du 22 janvier 1856. — Rétablissement de la hiérarchie épiscopale eu Angleterre. — La même œuvre de réparation accomplie en Hollande. — Persécution religieuse dans le Grand-Duché de Bade. — Héroïsme de l'Archevêque de Fribourg. — Témoignage que lui rend Pie IX. — Lettre de S. A. R. Madame la duchesse de Parme au Saint-Père. — Définition dogmatique de l'Immaculée Conception. — Solennité du 8 décembre 1864. — La définition dogmatique renverse les opinions particulières sur les limites de l'autorité du Souverain Pontife. — Opportunité, de la définition dogmatique.
— Concordat entre le Saint-Siège et l'Autriche. — Le Congrès de Paris. — La Note des plénipotentiaires sardes. — Rapport du comte de Rayneval. — : Situation financière de l'État Pontifical. — Agriculture. — Travaux publics. — Charité de Pie IX. — Législation. — Code Napoléon. — Prétendue insuffisance de l'anmistie du 18 septembre 1849.
— La liberté chrétienne et la liberté révolutionnaire. — La sécularisation. — Amour du peuple romain pour son gouvernement.— Voyage de Pie IX dans ses États en 1867. — Affaire Mortara. — Guerre de la France contre l'Autriche.
— Insurrection de Bologne. — La dictature offerte au Roi Victor-Emmanuel. — Lettre Encyclique du 18 juin 1859.
— Double protestation du Saint-Siège devant l'Église et devant l'Europe. — Paix de Villafranca. — Allocution consistoriale du 25 septembre. — Protestation de TÉglise universelle. — La brochure intitulée le Pape et le Congrès, — L'Épiscopat de France. — Note du Journal de Rome, — Discours du général de Goyon à Pie IX, le l"*" janvier. — Réponse du Saint-Père. — Lettre impériale. — Réponse de Pie IX. — Encyclique du 19 janvier. — Suppression du journal VUnwera, ^- Les Articles organiques rappelés. — Lettres de Victor-Emmanuel au Saint-Père, et réponses du Saint-Père. — Instruction donnée par Pie IX aux prédicateurs du Carême. — Voyage de Victor-Enmianuel à travers les provinces annexées. — Le général de La Moricière. — Sa proclamation. — Des Français vont offrir leur bras à Pie IX pour le défendre. — Rome ne peut pas avoir d'autre Roi que le Vicaire de Jésus-Christ.
J'ai raconté avec plus de détails les premières années du Pontificat de Pie IX , qu avant les événements de 1859 en Italie j aurais pu appeler les plus douloureuses. Mais depuis que la révolution a reconquis l'Itï^lie , le Pontife a encore bu dans le chemin l'eau du torrent, il a encore été abreuvé d'outrages et d'amertume, et c'est pour cela qu'il porte plus haut son front (1) royal couronné d'épines. Qui pourrait cependant raconter sans se lasser ces douleurs ajoutées sans
(!) «< Pe torrente in via bibet : propterea exaltabit caput. (Pe, cix, 7.)
mesure aux douleurs ? Qui pourrait supporter le récit des maux que Pie IX a déjà supportés? Et si son courage ne croit jamais que ce soit trop, et si la cruauté des révolutionnaires ne trouve jamais que ce soit assez , faudra-t-il répéter encore les mêmes événements parce que l'histoire vient de les répéter à onze ans de distance? Car ce sont toujours les mêmes attentats inspirés par les mêmes passions, auxquelles ^obéissent aveiglément à peu prës les mêmes hommes.
On vient de lire Fhistoîre des derniers événements , et peut-être aussi celle des événements auxquels nous allons assister, daais le récit de la révolution de 1848 et de la restauration de 1849. Je racontemi donc brièvement les derniers attentats dont nous-T^enons d'être les témoins, et la fermeté apostolique que Pie IX a opposée à des sollicitations et à des attaques si diverses et si multipliées. Je ne m étendrai guère davantage sur cette période de temps relativement heureuse et paisible, qui commence à la rentrée du Saint-Père à Rome sous la protection des armes françaises (12 avril 1850), et. qui finit (11 juin 1859) à Tinvasion de Bologne et de Ferrare par la révolution, habile, comme on l'avait prévu, à tirer ce détestable profit de la guerre faite par la France à TAutriche. C'est sur le Prince accusé, dépouillé, et encore insulté et menacé après la spoliation , que le monde fixe
aujourd'hui les yeux; ce n est pas sur le Pontife.
Je dois néanmoins résumer rapidement les actes du gouvernement spirituel de Pie IX.
La première pensée du Saint-Père , après qu'il fut rentré en possession de ses États, fut de publier une Indulgence plénière en forme de Jubilé. C'est à la fois la constante tradition du Saint-Siège et la naturelle inspiration de la piété et de la charité de Pie IX, de répandre sur le moade, dans les événements heureux comme dans les calamités, les bénédictions divines dont le Vicaire de Jésus-Christ est le souverain dispensateur ; de prier et d'inviter l'univers catholique à prier, dans le deuil et dans la joie. Soit que des enfants pleurent, soit qu'ils se réjouissent, leur cœur n'a-t-il pas besoin d'épancher dans le cœur de leur père le trop-plein de la joie ou de la douleur? La douleur et la joie troublent presque également l'âme de l'homme, si le baume de la prière n'enlève à celle-ci je ne sais quelle funeste ardeur qui enivre, à celle-là une amertume qui empoisonne tous nos sentiments.
Mais avant même que Pie IX eût pu demander au monde catholique de rendre avec lui grâces à Dieu, qui venait de rétablir son Vicaire sur le trône illustré par tant de saints Pontifes, l'impiété avait pris à Turin une revanche de notre heureuse croisade à Rome. Une loi restée fameuse sous le nom
de son auteur, la loi Siccardi, avait été présentée aux Chambres piémon taises; loi qui, violant impudemment la foi des concordats, abolissait le for ecclésiastique, détruisait le droit d'asile, incarnerait (1) les biens de l'Église, entravait la prédication évangélique , réglementait l'observance des fêtes religieuses et sécularisait le mariage, qui fut chez tous les peuples une institution religieuse et qui est un sacrement de l'Église Catholique, depuis qu'il a reçu de Notre-Seigneur Jésus-Christ lui-même ce sacré caractère. Dès que Pie IX avait connu cet odieux projet , il avait protesté par une note du Cardinal pro-secrétaire d'État :
« Naples, Portici, 9 mars 1850.
» Une des plus grandes douleurs qui remplis- " saient d'amertume l'âme de Sa Sainteté était " causée par la considération de l'état de choses » vers] lequel paraissaient tendre en Piémont les '» affaires ecclésiastiques et la Religion . Et , de fait , " la licence effrénée de la presse, qui ne respectait " rien de sacré; le mépris du sacerdoce qui tendait » à paralyser l'action des sacrés pasteurs ; les ef- »' forts sans cesse dirigés pour attaquer et ruiner
(I) Pourquoi les mêmes actes sont-ils appelés de noms différents, soit qu'il s'agisse des gouvernements, soit qu'il s'agisse des particuliers?
H les droits de l'Église et pour soustraire à son in- »• fluence l'instruction de la jeunesse^ tout faisait w cmindre les conséquenœ» les plus funestes.
" Le Saint-Père, dans Tiaifliction^ gémissait sur » les périls qui menaçaient l'Eglise du Piémont^ » mais, en même temps, il espérait dans la religion »» de Sa Majesté Sarde et dans la sagesse de soni " gouvernement. Quel n a pas été son déplaisir en »• lisant dans les feuilles publiques le projet et le " rapport sur les affaires ecclésiastiques, lu à la " tribune par M. le ministre de la justice, et puis » en recevant la communication faite par Vôtre « Seigneurie Illustrissime, au nom de M. le mi- " nistre secrétaire d'État pour les affaires étran- » gères, avec la note du 4 de ce mois relative aux " six articles sur le for ecclésiastique, l'immunité '• locale et l'observance des fêtes! La surprise de »' Sa Sainteté a été d'autant plus vive que, dans ♦' cette même note,, on semble accuser le Saint- »' Siège d avoir refusé de traiter avec le gouver- »' nement sarde ►
" En présence d'^un événement si douloureux et " si inattendu, Sa Sainteté a cru que sa charge »• apostolique lui imposait le devoir rigoureux » d'ordonner au soussigné Cardinal pro-secrétaire '» d'État de répondre sans, délai à votre communi- »♦ cation susdite, pour soutenir l'Église affligée du " Piémont et les droits du Saint-Siège. *
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Le Cardinal Antonelli, après avoir fait remarquer que Iç Saint-Père aurait eu le droit, qui est toujours le droit des parties, de refuser toute modification du Concordat existant entre le Saint- Siège et le Piémont, rappelle que c'est le gouvernement sarde, au contraire, qui n'a voulu donner aucune suite aux négociations dont il avait luimême pris l'initiative. La politique tortueuse des hommes d'État du Piémont autorise à croire qu'ils espéraient que Pie IX, se prévalant de la force des traités, refuserait de procéder à de nouveaux accords. La révolution aurait bien voulu avoir ce prétexte -là de. rompre avec l'Église Romaine. Mais la condescendance de Pie IX ne le lui laissa pas.
Le Cardinal Antonelli finit en disant :
« A l'aspect de la triste et lamentable situation » dans laquelle la Religion se trouve dans le Pié- »» mont et des périls qui menacent l'Église, le » Saint-Père, dans la profonde amertume de son » cœur, lève les yeux vers le Dieu des miséri- « cordes, le priant de toute son âme d'éloigner de » ce peuple les châtiments dont il a frappé d'autres »» nations, qui croyaient aussi trouver leurprospé- » rite dans l'humiliation du Clergé et dans la dé- « pression de l'autorité de. la sainte Église. Mais » en même temps, mu par la conscience de ses
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« propres devoirs, il proteste hautement devant n Dieu et devant les hommes contre les blessures " que Ton veut faire à l'autorité de TÉglise, contre H toute innovation contraire à ses droits et aux »' droits du Saint-Siège, et contre toute infraction »» aux traités dont il réclame Fobservance.
" Sa Sainteté ne laisse pas cependant-de se con- • fier dans la religion de Sa Majesté et d espérer « qu'imitant la piété de ses ancêtres, elle aura la » volonté de protéger l'Eglise avec fermeté, de » s'opposer aux périls qui la menacent, de soute- »• nir rÉpiscopat et le Clergé, et de promouvoir la « cause de la Religion, cause inséparable de la » félicité des peuples et de la sécurité de la société, »» qui est aujourd'hui secouée et menacée de tant »♦ de manières
»^ G* Gard» Antgnelli. h^
Les hommes politiques à qui la révolution a livré les afiaires de ce monde, se rient de ces protestations qui ne peuvent rien et qui n'empêchent rien. Il est trop vrai qu'elles ne les arrêtent point dans le cours de leurs attentats, et qu'ils se précipitent en aveugles à leur perte ^ Le gouvernement piémontais ne retira point la loi Siccardi^ les Chambres la votèrent, le Roi la sanctionna et la promulgua, et l'administration étendit k main sur l'Église comme sur sa chose.
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Un Confesseur delà foi, qui avait été déjà persécuté par le gouvernement piémontais, Mgr Franzoni, Archevêque de Turin, adressa une circulaire aux curés de son diocèse, pour leur marquer, avec autant de prudence chrétienne que de fermeté apostolique, jusqu'où ils devaient obéir à une loi injuste, et aussi où ils devaient cesser d'obéir aux hommes pour obéir à Dieu (1). Il fut cité à comparaître devant un juge d'instruction, H demanda le temps nécessaire pour obtenir l'autorisation du Souverain Pontife, sans laquelle il ne pouvait, aux termes du Concordat, accepter la juridiction des juges séculiers. Mais on l'arracha de son palais archiépiscopal, on le jeta dans un cachot de la citadelle, et, après une indigne parodie de la justice, on prononça contre lui une condamnation à un mois de prison et à cinq cents francs d'amende.
Le Pontife persécuté reçut de toutes parts des témoignages d'admiration et de respect. Les catholiques de France achetèrent par souscription la croix pastorale de Mgr AfFre, et offrirent au géné-
(1) Le Hisorgimento, journal révolutionnaire, put reproduire impunément la circulaire àe l'Archevêque. L'Armonia, feuille catholique, ne crut pas que ce qui était permis au Risorgi^ m&nto fût interdit aux feuilles Religieuses. Mais elle apprit que les lois révolutionnaires sont faites pour favoriser les publications révolutionnaires et pour étouffer les autres.
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reux Confesseur de la foi cette précieuse relique du Martyr.
Pie IX, qui avait lui-même enseigné, par ses exemples , à tout lé Clergé catholique , la résistance à la révolution , écrivit à TArchevêque de Turin :
« Notre douleur est d autant plus grande
'» que tout cela a été fait contre vous, par cette »' rgison que, remplissant d'une manière exem- " plaire votre charge épiscopale, vous avez dû, » comme l'exigeait la nature de votre office, dé- » fendre avec autant de fermeté que de prudence » la cause de l'Église Catholique , conserver ses " droits inviolables et intacts , donner à votre » Clergé les instructions que réclamaient les cir- " constances, et résister aux désirs, aux volontés '» injustes de la puissance laïque. Vivement ému " d'un si grand outrage fait non-seulement à vous » et à votre dignité, mais encore à l'ordre sacré de " l'Episcopat tout entier, à Nous -même et au " Saint-Siège, et le déplorant souverainement, " Nous avons sur-le-champ , selon le devoir de » Notre suprême ministère apostolique, fait parw venir au gouvernement sarde Nos réclamations » et Nos plaintes contre une pareille indignité, de " même que Nous n'avions pas négligé de lui faire " parvenir Nos réclamations, lorsque Nous avions » appris que, dans ce royaume, avait été mise en
»' vigueur une loi contraire aux lois de l'Église et » du Saint-Si^e. Cependant, Vénérable Frère, « Nous tenions surtout à vous écrire cette lettre, " afin de pouvoir vous exprimer les sentiments " d'affection singulière avec lesquels , à si bon ♦' droit. Nous vous embrassons dans le Seigneur. »' Votre haute vertu épiscopale, votre fermeté, " votre constance, sont dignes de^ plus grandes »' louanges et de Tadmiration universelle. C'est " pourquoi Nous vous félicitons de tout Notre »» cœur, Vénérable Frère, d'avoir, d'un cœur in- »» trépide et invincible, souffert cette persécution n pour la justice, et procuré ainsi à l'Église de »' Dieu, et particulièrement à l'ordre des sacrés " Pontifes , un titre nouveau d'honneur et de »♦ gloire. Dans l'aflFection la plus intime de Notre »» cœur. Nous vous encourageons dans le Seigneur, »• afin que, ne perdant jamais courage au sein de ♦» cette tempête , vous mettiez de plus en plus »» toute votre confiance en Dieu, qui, votre sagesse '» le sait bien, présent au combat soutenu pour sa « cause, élève, fortifie, anime les combattants et »' les défenseurs de son Église, et qui, veillant »' sur nous , constitués pour la défense" de son » Nom , approuve notre bonne volonté , nous » aide dans la bataille, nous couronne après la »♦ victoire. »
Quelques jours avant d adresser à TArchevêque
de Turin un tcmoignagô qui devait le dédommager au centuple de ce que !â révolution lui faisait souffrir, Re IX, entouré des Cardinaux dans le Consistoire secret du 30 mai 1850, avait payé un pfecieux tribut de louanges et de reconnaissance au Roi de Naples, son hôte, à la France, qui avait " délivTé Rome de la malheureuse condition à hr • " quelle elle était réduite, » à l'Autriche, qui avait délivré les provinces du Saint-Siège, « l'Emilie, " la Marche d'Ancône et l'Ombrie, d'une injuste et " triste domination, et les avait l'amenées sous le '♦ gouvernement légitime, « à l'Espagne qui, « dès » qu'elle avait connu les malheurs du Chef de l'E- »» glise, n'avait rien eu de plus pressé que d^excî- '» ter toutes les puissances catholiques à soutenir n la cause du Père comniun. » Il avait rendu témoignatge à la politique chrétienne de l'Empereur François-Joseph qui, à peine monté sur le trône, à l'âge de dix-huit ans, s'était appliqué, au milieu des combats qu'il lui fallait livrer de tous côtés à la révolution qui tentait de détacher de lui tous ses peuples, à rendre la liberté à l'Église étouffée sous la législation de Joseph II, liberté qu'il voulut assurer quelques années plus tard par un Concordat, digne objet d'envie pour toutes les nations catholiques. Mais, après avoir fait partager au Sacré- Collège ses joies, le Saint-Père lui faisait partager la douleur amère dont son cœur était inondé :
« Mais, pendant que Nous Nous livrions à
" cette consolation, une douleur cruelle est sun^e- « nue, dont Nous ressentons vivement le poids et »» les étreintes, voyant comment, dans un autre » royaume catholique, sont traitées les choses de n notre Religion très-sainte, et foulés aux pieds »» les droits sacrés de l'Église et de ce Saint-Siège. " Vous comprenez, Vénérables Frères, que Nous " voulons parler du royaume subalpin, où, tout le r monde le saitpar les lettres privées ou publiques, » une loi a été promulguée contraire aux lois de » TEglise et aux conventions solennellement con- »» dues avec ce Siège Apostolique, et où, en ces »» derniers jours. Notre âme en est remplie de dou- " leur, et tous les hommes de bien, à Turin et dans « tout le royaume, en sont dans le deuil, l'illustre » Pontife de Turin, Notre Vénérable Frère Louis »' Franzoni, arraché par la force armée de sa mai- »» son épiscopale,aété conduit à la citadelle. Ainsi »» que l'exigeaient la gravité du fait et le devoir de " Notre charge pour la défense des droits de l'É- »» glise, Nous avons immédiatement, par l'organe w de Notre Cardinal-ministre, réclamé auprès de " ce gouvernement, d'abord contre la loi susdite, " ensuite, contre l'injure et la violence faites à " l'illustre Archevêque. Dans l'amertume qui rem- M plit Notre cœur, Notre consolation est d'espérer •» que ces réclamations auront l'issue désirée, et
" Nous remettons à une autre Allocution, lorsque « le moment Nous semblera opportun, de vous « entretenir des affaires ecclésiastiques de ce » royaume. »
Cependant la fureur des ennemis de TÉglise ne s'arrêta point. La persécution tenta de déshonorer lesÉvêquesde Sardaigne, en leur prêtant des sentiments opposés à ceux de Mgr Franzoni. Mais ce mensonge ne procura aux persécuteurs que la honte de lavoir fait. Tous les Évêques protestèrent, et la persécution tenta de se venger sur tous. Un mandat de prise de corps fut lancé contre Mgr Varenini. Archevêque de Sassàri; puis la crainte de pousser à bout la patience d'une population profondément catholique, fit substituer à cette mesure, qui avait déjà reçu un commencement d exécution par l'arrestation de l'Archevêque, la mise aux arrêts du Pontife dans son palais épiscopal. Mais on espérait, — car les impies auront toujours, suivant la parole du Psalmiste, des- oreilles pour ne point entendre, et ils ne sauront jamais d'où les Chrétiens tirent leur force, quoique les Chrétiens n'en aient jamais fait mystère, — on espérait que l'Archevêque de Turin, affaibli par ce qu'il avait déjà souffert, serait heureux de se soustraire désormais à la lutte par une voie qui paraissait honorable à de mauvais juges de l'honneur chrétien. Le chef de la résistance ainsi écarté.
toute résistance cessait aussitôt; cela, du moins, ne paraissait pas douteux aux politiques. On demanda donc à l'Archevêque sa démission. Son refus, que les persécuteurs n'avaient pas su prévoir, poussa leur fureur aux derniers excès. Ils firent enlever l'Archevêque et le jetèrent dans la forteresse de Fenestrelle, où avait été renfermé jadis le Cardinal Pacca. Telle fut Tissue des réclamations du Saint-Père, et à la place du bon témoignage qu'il avait espéré pouvoir rendre au Roi de Piémont dans une autre Allocution, il dut, dans le Consistoire du !•' novembre, protester contre ces nouveaux attentats. Et quatre ans plus tard, dans le Consistoire du 22 janvier 1865, Pie IX disait encore :
« Nous n'avons rien omis de ce que pouvait
" suggérer la sollicitude, le zèle, la longanimité, » pour remédier, selon Notr^ pouvoir et le devoir 1 de Notre ministère apostolique, à de si grands n maux, le cœur toujours rempli du désir de vous » annoncer enfin quelque chose qui fût du moins » un adoucissement à Notre affliction commune. » Mais tous Nos efforts ont été vains : ni lesplain- » tes réitérées que Nous avons fait entendre par n l'organe du Cardinal Notre secrétaire d'État, ni » les soins que s'est donnés un autre Cardinal » agissant comme Notre plénipotentiaire , ni les « lettres particulières que Nous avons Nous-même
n adressées à Notre très-cher fils en Jésus-Christ » l'illustre Roi de Sardaigne, n'ont obtenu aucun n résultat. Tout le monde <îonnaît les faits nom- « breux et les décrets par lesquels ce gouveme- " ment, soulevant Tindignation de tous les gens » de bien et remplissant leur cœur d amertimie, »» a foulé aux pieds les conventions solennelles « contractées avec ce Siège Apostolique, et n a pas » craint de persécuter chaque jour de plus en plus " et les ministres sacrés, et les Évêques, et les fa- « milles religieuses; de léser et de violer Timmuw nité de TEglise, sa liberté, ses droits vénéra- » blés; d'usurper ses biens; d'afficher le mépris de n cette même Église et de Notre autorité suprême, » de l'autorité du Saint-Siège, et de diriger contre » l'une et l'autre les plus graves injures. En dern nier lieu , comme vous le savez , a été proposée »» une loi tout à fait contraire au droit naturel » même, au droit divin, au droit social ; opposée n au plus haut point au bien de la société hun maine, et favorisant de toutes manières les per- " nicieuses et funestes erreurs du socialisme et du n communisme. Par cette loi on propose, entre au- » très choses , de détruire entièrement presque » toutes les familles monastiques et religieuses de » l'un Qt de l'autre sexe, les églises collégiales et » les bénéfices simples , même ceux qui tiennent m au droit de patronage , et de livrer leurs biens et
» leurs revenus à radministration et à Tarbitraire n de la puissance civile. Le même projet de loi atn tribue au pouvoir laïque Tautorité de prescrire » les conditions que devront subir celles des fa- » milles religieuses qu'il ne détruit pas.
M En vérité , Nous ne trouvons pas de paroles ft pour exprimer quelle douleur Nous ressentons à » la vue de si incroyables et de si horribles méfaits n déjà commis, et qui se commettent chaque jour » contre l'Église et ses droits vénérables , contre n la suprême et inviolable autorité de ce Saint- » Siège , dans un royaume où se trouvent en si » grand nombre de bons catholiques , et où florisf saient autrefois , avec tant d'éclat , la piété des n Rois , leur religion et leur respect envers cette » Chaire du Bienheureux Pierre et de ses Succesn seurs. Mais les choses en étant venues à ce point » qu'il ne suffit pas de déplorer le mal fait à l'É- » glise et que Nous devons employer tous Nos »» soins et tous Nos efforts pour le faire cesser, se- » Ion le devoir de Notre charge, Nous élevons de « nouveau la voix , avec une liberté apostolique, »» dans cette assemblée solennelle, et Nous réprou- » vons et condamnons non-seulement tous les déyy crets déjà rendus par ce gouvernement au détrin ment des droits et de l'autorité de la Religion, n de l'Église et de ce Saint-Siège, et chacun de ces »» décrets en particulier, mais encore la loi récem-
•• ment proposée , et Nous déclarons tous œs actes •» entièrement nuls et sans valeur. De plus, Nous » avertissons de la manière la plus sérieuse soit t» tous ceux au nom, par Tordre ou par les soins H desquels ces mêmes décrets ont été rendus , soit M ceux qui ne craindraient pas de sanctionner, » d'approuver ou de favoriser de quelque manière » que ce puisse être la loi récemment proposée , » de considérer dans leur cœur quelles peines et »» quelles censures les Constitutions Apostoliques » et les Canons des saints Conciles , spécialement » les Canons du saint Concile de Trente , ont éta- »» blies contre les déprédateurs et les profanateurs »» des choses sacrées , contre les violateurs de la " liberté de l'Église et du Saint-Siège , contre les »♦ usurpateurs de leurs droits. Plût à Dieu que les »» auteurs de si grands maux, émus et touchés de » Nos paroles et de Nos avertissements, se déter- « minassent enfin à cesser leurs audacieuses atw taques contre l'immunité et la liberté ecclésias- » tiques , pour s'empresser de réparer les maux it sans nombre faits à l'Église, et que de la sorte » fût éloignée de Notre cœur paternel la cruelle » nécessité de tourner contre eux les armes qui » ont été divinement confiées à Notre saint minis- » tère ! »
Ces menaces parties de la Chaire de saint Pierre ont été méprisées. La révolution triomphe,
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et, fière de son audace, proclame l'inipuissance des foudres du Vatican. Il y a quinze cents ans, Julien rêvait 1^ gloire de faire mentir la parole de Dieu. Confiant dans son génie et dans son étoile (car celui qui refuse de croire où il faut, croit aveuglément où il ne faut pas), il saluait déjà en pensée Jérusalem rebâtie et le peuple juif rassemblé de toutes les extrémités de la terre pour témoigner de l'impuissance de Dieu. Le réveil fut terrible. Et celui que quinze siècles ont nommé TApostat, fut tout à fait enveloppé des ombres de la mort avant d'avoir pu reconnaître toute l'étendue de son crime.
Pie IX ménageait à l'Eglise affligée par la conduite du Chef de la Maison de Savoie, une consolation puissante dans le rétablissement de la hiérarchie épiscopale en Angleterre. Les catholiques, chaque jour plus nombreux, que compte l'ancienne Ile des Saints, demandaient depuis longtemps aux Prédécesseurs de Pie IX de faire cesser le régime exceptionnel des Vicaires Apostoliques, qui faisait l'Angleterre trop semblable aux pays des infidèles. Touché de ces réclamations, le Saint-Père, quelques mois après son retour à Rome, rétablit, par une Lettre Apostolique du 24 septembre 1850, la hiérarchie ordinaire.
La fin du régime d'exception témoignait que des temps meilleurs avaient succédé à ces temps mal-
heureux inaugurés par Henri VIII et sa digne fille Elisabeth, où la foi était proscrite, où Ton ne pouvait « chercher Dieu qu'en tremblant, « où « la doctrine ancienne qui, selon Toracle de TE- » vangile, doit êtreprêchéejiisqiœ sttr les toits (1), » pouvait à peine parler à Toreillej » où « il fallait '» cacher la pénitence avec le même soin qu'on eût » fait les crimes, » où « Jésus-Christ même se » voyait contraint, au grand malheur des hommes " ingrats, de chercher d'autres voiles et d'autres " ténèbres que ces voiles et ces ténèbres mys- » tiques dont il se couvre volontairement dans « l'Eucharistie (2). «Le rétablissement de la hiérarchie, sans faire encore reprendre à l'Angleterre son rang volontairement perdu depuis trois siècles parmi les nations catholiques, ouvrait du moins une voie plus large et plus facile au. retour des âmes égarées loin de l'Église Mèi-e et Maîtresse. La joie des catholiques anglais, la colère des an-. glîcans, la fureur mal contenue des rationalistes de toute l'Europe, qui paraissent si désintéressés dans cette affaire, mais qui le paraissent seulement, et qui regardent toujours comme perdu pour eux tout ce que gagne l'Église Catholique ; ces sentiments si divers révèlent assez la gran-
(1) Matt., X, 27.
(2) BoBSUET. Oraison funèbre de la Reine de la Grande-Bretagne,
deur de cet acte de Pie IX relevant les mines de Tœuvre accomplie treize cents ans auparavant par son Prédécesseur le Pape S. Grégoire le Grand, et renversée par un despote libertin et cruel.
Un journal anglais, le Standard, exprimait avec beaucoup de naïveté Tétonnement de tous ceux de sa religion qui ne pouvai^it comprendre que le Souverain d'un si petit État osât partager entre ses adhérents le sol britannique ! Voilà ce qu'est devenue la notion de Dieu après trois siècles de protestantisme.
A la Lettre Apostolique de Pie IX, le fanatisme anglican répondit, le 5 novembre 1850, jour anniversaire de la découverte de la conspiration des poudres, en brûlant l'effigie du Saint-Père, celle du Cardinal Wiseman, celle de la Sainte Vierge, celles des saints Pierre et Paul. Vengeance bien digne des sectaires ! On menaça le Pape de déchaîner encore contre lui et contre TEglise Romaine la révolution, à peine comprimée par Teffort des puissances catholiques ; et pourtant on venait naguère de voir si le Successeur de Pierre est moins Pape à Gaëte ou à Portici qu'à Rome. Lord John Russell présenta au Parlement un bill insensé contre les titres catholiques. La
Lettre Apostolique de Pie IX demeure Où est
le bill des anglicans ?
Trente mois plus tard, Pie IX accomplissait la
même œuvre de réparation en Hollande. Grégoire XVI avait essayé avant lui de relever les sièges épiscopaux renversés par l'hérésie. En 1841, des négociations avaient été ouvertes entre le Saint-Siège et le gouvernement royal, pour la reconstitution de la hiérarchie catholique. Mais le gouvernement, intimidé par les menaces du fanatisme, n'avait pas osé aller jusqu'au bout. Pie IX, avec cette audace apostolique dont il a donné tant de preuves, fit seul ce qu'il n'aurait pas plus réussi que Grégoire XVI à faire d'accord avec le gouvernement. Des Lettres Apostoliques du 4 mars 1853 ayant décrété le rétablissement de la hiérarchie épiscopale en Hollande , les mêmes passions qui s'étaient soulevées en Angleterre se soulevèrent dans le royaume néerlandais, et se précipitèrent dans les mêmes excès (1). Il y eut un projet de loi (2), comme il y avait eu un bill. Puis, les pas-
(1) De quel côté fut l'esprit de justice et de paix? On en peut juger par le témoignage du Journal des Débats, qui n'est assurément pas suspect d'une indulgence excessive pour la cour de Rome : « ... Ces concessions témoignent hautement » de l'esprit de conciliation et de sagesse qui anime la cour » de Rome. »
(2) La tolérance protestante s'est définie elle-même fort naïvement dans l'art. !«•■ de ce projet de loi :
" Il est laissé aux diverses communautés religieuses la par^ »r faite liberté de s'organiser dans leur sein en tout ce qui con- I» cerne leur culte et l'exercice de celui-ci, moyennant l'obli-
sions épuisées par ces excès même, retombèrent dans le silence et dans l'immobilité. Et l'Église Catholique, fortifiée par la réforme de Pie IX et par la lutte qui est la condition de toute réforme, put poursuivre en paix sa tâche divine.
Mais il n'y a point de paix en ce monde pour rÉglise qui ne s'appelle pas en vain l'Église militante, il n'y a du moins qu'une paix passagère et incomplète. Le Saint-Père, rassuré sur l'état de ses enfants de Hollande, voyait la persécution protestante s'appesantir sur ceux du Grand-Duché de Bade. Le gouvernement de ce pays ayant ordonné des services funèbres pour le Grand-Duc Léopold, l'Archevêque de Fribourg, Mgr Hermann de Vicari, prescrivit à son clergé des prières pour le défunt. Il ne pouvait aller plus loin, les lois de l'Église défendant Toblation du saint sacrifice pour cAix qui meurent dans l'hérésie. Ce fut pour ce gouvernement protestant et pour ceux de Wurtemberg, de Hesse-Darmstadt, de Hesse- Électorale et du duché de Nassau, le prétexte et l'occasion de s'arroger tous les droits qui appartiennent au pouvoir ecclésiastique et pastoral. Le Pontife octogénaire fut menacé du sort de l'Arche-
•» gation de nous donner au préalable information complète et n immédiate de leur organisation et de demander notre appro' n bation pour les dispositions dont la mise à exécution ne peut " avoir lieu sans le concours du gouvernement. »
vêque de Turin, et l'effet suivit la menace. Pie IX adressa les 9 janvier et 27 février 1854, deux Brefs à ce nouveau Confesseur de la foi. Il avait déjà rendu témoignage à sa vertu et à la fidélité du clergé persécuté, dans TAllocution consistoriale du 19 décembre précédent :
« Dans ces extrémités a éclaté merveilleu-
» sèment l'invincible force d'âme et la constance " du Clergé presque en entier, des saints Pontifes » et surtout de l'Archevêque de Fribourg, qui leur » a donné à tous l'exemple. Résolu à rendre à Cé- " sar ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à « Dieu, ni les menaces ni la crainte des dangers » ne l'ont empêché de défendre courageusement " les droits de l'Eglise et de remplir les devoirs de « la charge pastorale. Tout en exaltant avec de " justes louanges cette admirable constance à sou- «» tenir la cause de l'Église, Nous exhcfrtons Notre » Vénérable Frère l'Archevêque de Fribourg et » les compagnons de son courage à ne point se lais- '» ser abattre, mais à puiser de nouvelles forces » dans la vertu du Seigneur, qui a promis à son » Église de l'assister en tout temps, et qui apré- >» paré la palme et la couronne pour ceux qui corn- » battent le bon combat. Du reste, cette doctrine » que l'Église a toujours enseignée avec l'Apôtre » des nations, qu'il faut obéir aux autorités supé- » rieures, Nous la tenons et Nous l'enseignons.
" et avec Nous les Évêques la tiennent et Tensei- » gnent. Mais si quelque ordre est donné en oppo- »» sition aux lois divines et aux saints droits de " l'Église, transmis par son divin Auteur, il faut » obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes : TApôtre V lui-même a confirmé ce devoir par son exem- « pie; et, avec les saints Pasteurs de l'Eglise, w Nous renseignons et Nous Nous efforçons de le « graver dans les cœurs. »
Mais s'il est de nos jours des Princes héritiers des funestes traditions de l'Empereur Henri IV, àm. Roi Henri VIII et du landgrave Philippe de Hesse, il en est aussi qui se souviennent de notre saint Louis. Une petite-fille de saint Louis , frappée dans ses plus chères affections par le poignard révolutionnaire, se jetait aux pieds du Saint-Père pour qu'il prît pitié de sa douleur. Bien des consolations cependant lui restaient dans cet épouvantable malheur, ses devoirs de mèse et de Princesse, la douceur d'avoir im cœur ^tendrement uni à son cœur, non pas seulement par les liens les plus étroits du sang, mais aussi par le partage de toutes les joies et de toutes les tristesses, de tous les regrets et de toutes les espérances, par la plus étroite -communauté d^e vie qui, après avoir commencé sur les marches du plus beau trône de la terre, se poursmt dans l'exil, toujours, ici ou là, sous le regard Ae Dieu ! Et cependwit, <jomme
elle a demandé à Dieu des consolations encore plus puissantes que les meilleures consolations humaines, elle en a demandé; le lendemain même de cette séparation tragique, à Celui qui est icibas le Représentant de Dieu :
»ASa Sainteté Notre Saint-Père le Pape Pie IX. " Très-Saint Père,
•» Dans le moment le plus douloureux et le plus n solennel de nia vie, je viens demander à Votre w Sainteté sa bénédiction pour l'enfant qu'un H crime affreux vient de charger du poids d'une » couronne, et pour moi-même que la divine Pro- » vidence a chargée de l'importante mission d'en « ôter les épines.
•» J'ai besoin de la spéciale bénédiction du •» Vicaire de Notre-Seigneur Jésus-Christ dans n un semblable moment.
» La miséricorde infinie de Dieu m'a accordé, » dans ma profonde affliction, une immense con- »• solation par le courage tout chrétien et la piété n résignée avec laquelle celui que je pleure a rendu f> son âme à son Créateur, bénissant la divine f volonté et mettant toute sa confiance dans la »» Croix de Notre-Seigneur.
•» J'ai maintenant, et dès le premier instant de
» mon administration, à m*adresser à Votre Sain- » teté pour lui demander de jeter les regards sur » ce troupeau sans pasteur. Ce sont aussi mes " enfants. Il faut à Parme un Évêque énergique . » et éclairé; je prie en ce moment Votre Sainteté' » de nous le choisir et de nous l'envoyer elle- ♦» même. Je sais qu'il avait été question de propo- M ser un respectable ecclésiastique allemand ; mais » il nous faut un Evêque italien et qu'il nous » vienne de Votre main même.
" Je dois encore parler du Concordat, pour lequel » je me hâte d'envoyer Mgr Marzolini à Rome. Je » suis empressée de montrer mon fidèle attache- H ment et ma soumission à la sainte Eglise Cathow lique Romaine, et d'attirer ainsi sur mon Robert " les bénédictions de Dieu. Je compte sur la généro- " site éclairée et paternelle de Votre Sainteté pour « faciliter dans ce Concordat les questions avec le »» domaine de l'État. Je ne reculerai devant aucun » sacrifice pour sortir des embarras financiers «actuels; l'Église, qui est notre Mère, viendra »» aussi à notre aide, et mon respect scrupuleux " pour ses droits sacrés ne sera pas, je l'espère, '♦ un motif pour nous refuser des demandes justi- » fiées par les circonstances.
»' J'aurais à remercier Votre Sainteté pour les w paroles trop flatteuses que Mgr Massoni m'a w transmises de sa part. Sa paternelle approbation
» était le plus grand encouragement pour moi. Je » prie Dieu de la mériter.
" Je demande encore à Votre Sainteté sa béné- " diction pour mon fils Robert et pour mes trois H autres enfants, et je la lui demande pour moi " aussi, afin que je n'agisse que pour la gloire de " Dieu. Je lui demande enfin une prière pour cette « âme si chère et qui a quitté ce monde avec un " repentir et une foi dignes d'un fils de saint » Louis.
» Je suis, avec la plus entière soumission,
»» de Votre Sainteté,
" la très-affectionnée et » soumise fille.