‹ Pie IXChapitre 1 sur 7 · N, ET C · texte numérisé non relu

N, ET C

• Pottr comprendre toute lUmporUnce de cette ré* Tolution, il faut consl* dérer qn'en Italie, de* puis la ruine de toutea les autres institutions sa« ccrdotaleSf le peuple n*a«

. Tait pas consârré d*aa« tre synthèse que celle de l'Église. »

(montanelu, ifémah res tvr l*itatte,)

Si, comme on Ta vu dans qaelqaes-uns des articles précédents, TEmpire Ottoman et CoQstaminople sont la clé de voûte de rédifice diplomatique du vieux continent; si la question d*Ori^t est pour les peuples la gutstMUhmère de la f oUlîfM extérleore, la

question italienne, à laquelle se Rattache si étroitement celle da catholicisme et de la papauté, n*est pas moins étroitement liée au principe vitaLdes nations européennes.

Rome et Bizance, religions et nationalités, prolongent encore, sur nos civilisations modernes, les rayons de leur antique splen* deur.

Il n'est pas un esprit sérieux, de nos Jours, qui, dans le silence de la méditation, p'ait arrêté sa pensée sur cette question du eathoiicisme et de la papauté. Nous devons le confesser en toute humilité, une théorie politique qui ne repose pas sur une sanction religieuse, est précaire, incertaine et manque de ce caractère d'universalité qui constitue la force et la grandeur.

Or, cette base a été ébranlée de toutes parts. La foi manque à Tordre politique ancien, et Tordre nouveatf trouve mille difficultés à s'instituer faute de ce point d'appui, "-car nous sommes trop sincères pour nous accommoder du programme libéral. Nous ne saurions considérer comme une base suifisante ce d^oire mariage d'une pré-

fendue philosophie et d'une prétendue reli^ gîon, qu'on pourrait personnifier dans un curé jouant du violon et faisant danser ses paroissiens. Ce ne peut être là TÉglise de Tavenir.

Nous préférons avouer que nous touchons à une de ces époques d*épuisement où le génie a tout dit, où la force intellectuelle a versé toutes ses sueurs, où la terre semble ne plus servir que de champ de bataille aux intérêts. Pour retrouver le sentiment de la vie morale, il faut que la pensée remonte aux principes mêmes d*où découle la vie politique des nations.

Au point de vue religieux^ toute la so« ciété européenne vit aujourd'hui dans le provisoire.

Je ne viens pas te demander, chrétien de mon siècle, si la foi religieuse est en toi. Tu mentirais ; car la religion est, même alors qu*elle s'éteint, un si grand instrument ée politique, qu'il semble que plus le vide se fait dans les àmcs, plus le temple s*emplit* Je possède le secret de ton cœur; je sais que tu appartiens tout entier à la vie civile,

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et que là vieille âme de citoyen d'an vieux peuple ne saarait s'élever plus haut. Pour toi la religion n*est plus qu'un instrument d'ordre public et de conservation, comme la police. Tu sens que celle soif et cette faim de là divinité, que tout homme porte en soi, ne sera pas apaisée. Ta vie, en ce qu'elle a ^ de plus noble, s'est concentrée dans les affections de famille et les devoirs de citoyen. Tu n'as plus que deux maisons : le foyer domestique et le foyer de la Commune. Le temple spirituel t'est fermé. Tu ressembles à ces chênes antiques qui sèchent déjà par la base. La vie s'est retirée de toi par le e6té reUgieux. Et pourtant jamais plus de robes noires ne balayèrent les dalles des églises, jamais plus de fidèles ne se pressèrent devant Tautel et n'approchèrent de la mainte table. Mais cette troisième maison n'est pas pour eux la maison de Dieu ; c'est une maison de pierre hantée par le génie de l'autorité sous sa plus haute face. Ce n'est pas leur âme qu'ils viennent sauver en ce lieu ; ils viennent sauver les apparences de (a société. Un mobile purement civil pousse

ces fils âe Voltaire effrayés de leur œuvre* Sentant sons eux crouler le vieux monde^ ils embrassent la croix.

Alors même qu'ils n'auraient accomplis qu'un acte de vulgaire prudence, ils font acte de politique.

. Ainsi firent les Romains du temps de Ju« lien i* Apostat, en sentant que le paganisme était menacé et que les deux empires d*0rient et d'Occident ne tarderaient pas à se dissoudre. Ils revinrent avec ferveur aux autels de Jupiter ; mais la foi était morte en eux, et les sacriHces étaient sans vertu.

Telle est la plaie béante de la vieille politique. Et, chose étrange I c'est aussi la plaie de la politique nouvelle. De sorte que chacun de nous, à quelque ordre qull appartienne, peut sonder dans sa propre poi* trtne cet ulcère large et profond par où nous langcîssons.

Le principe de Tautorité nouvelle se dégage. Aveugle, dit-on, qui ne le voit pas.

Mais, comme il n'est pas absolument com** patible avec l'ancien dogme et ne s'appuie pas sur un dogme nouveau, il n'apparaît

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qae par imerniitténces éphémères. Dépônr-* vu de saDCtion divine, le principe de Tantorite nouvelle, chaque fois qu'il tend à se produire et à passer dans les faits, expire dans le désert de Tirréligion.

C'est en vâin qu'on espère . suppléer à cette lacune par de vaines théories de l'idéal ou par la démonstration du progrès intégral.

La démonstration du progrès infini ne saurait être établie sans embrasser du môme coup la vie planétaire et la vie transmondaine. Or, à quoi aboutit cette prétendue philosophie religieuse lorsqu'elle touche au problème de la vie future, sinon à de pares pétitions de principes? En quoi les pétitions de principes de M. Jean Reynaud, ce Cabet séraphlque, ou de M. Pierre Leroux, diffèrent elles des révélations du dogme catholique, sinon dans la divergence des affirmations sans preuves et dans l'infériorité marquée des systèmes de ces honorables rêveurs?

La politique contemporaine s'arrête au phénomène de la vie. Pour elle, la religion existante est toujours la vraie religion ; alors

même qtte eelte religion est morte dans la conscience des peuples, son rôle est d'en maintenir les autels jusqu'à ce qu*nn Dieu plus fort, portant sur ses ailes l'essence d*une civilisation nouvelle, descende parmi nous, brise à la fols les autels et les prêtres, la politique et les mœurs, et disperse en poussière tout ce qui sera le passé.

Au fond, la politique contemporaine est athée, ou plutôt elle est à elle-même sa propre divinité, Eile resserre l'humanité dans le cercle empirique de l'histoire et cerne l'avenir à la limite d'une fondation dynastique ou républicaine, ou à la pure conservation du présent.

Vaincre ou être vaincue , tel est à peu près l'unique souci de la politique gouver-* nementale et de la politique opposante chez la plupart des peuples de l'Europe. Ne cou-, cevant rien et ne devant en effet rien concevoir en dehors du présent, vivre officielle-» ment est pour elles toute la question.

Aussi n'offrent-elles aux nations que le rêve du bonheur et non celui de la yertu.

Elles s'arrêtent au seuil du tombeau* Elle^

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ne connaissent d'autres morts qae les morts illustres ou plutôt ceux dont Vexerople et les préceptes peuvent servir ou nuire au sys* tème. Aux uns Brutus, aux autres Géisar.

Mais qu'importe à ceux-ci, à ceux là, le problème de réternelle identité ou de la progression de Vhomme d'outre -tombe? A part le moyen qu'elles en peuvent tirer pour soumettre les peuples à la loi et établir, sous les auspices de Tespérance et de la crainte, les principes d'un pouvoir de salut public, que leur importe en quels enfers ou en quel lieu de béatitude peut se précipiter le tor* rent des âmes obscures?

Tels monarques, tels sujets; telles républiques , tels citoyens. Derrière nous un dogme qui s'éteint, devant nous tel idéal, tel rêve, d'austères fantaisies, des feux follets, une nui! épaisse.

Quand je pense qu'un jour, — et qu'importe le jour? qu'importe qu'il soit procîhe ou éloigné, ce terme fatal, puisqu'il doit arriver? Quand je pense qu'un jour le silence s'étendra sur ce globe plein du bruit de nos passions; que de tout ce qui fit la gloire de

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rbamanité, science, art, philosophie, religion; que de vos noms, Homère, Phidias, Newton^ Bossaet, Pascal , il ne restera pas même an marmnre dans l'univers. Quand je songe que la dernière statue perdra sa forme, que le dernier livre, la page tournée vers rimmensité sans regard, tombera en poussière ; que le silence se fera sur ce globe refroidi, et que le cadavre de la planète, tournant desséché dans l'espace, ne sera bientôt plus qu*un peu de matière cos« mique répandue dans l'infini, et attendant quelque lointaine et inconnue fécondation.-^ Ah! il est bien permis de sourire de pitié devant ces systèmes éteints, devant ces «théories sans avenir. Il faut bien se résigner à concentrer sa pensée sur la vie présente et sur la réalité de la vie.

Qu*importe, d'ailleurs, que l'univers se transforme sans cesse; qu'importe la vie universelle, si la science et la pbilosophie nous enlèvent l'éternelle identité, lapéren* nité du moi? Ne vous hâtez pas, catholiques de journaux, ne vous hâtez pas de vous ré* jouir jle cet aveu .sincère des âmes qui

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osent envisager la réalité de nos inisôres ; car votre foi n'est plus qu'une affaire de dialectique. Les Sulpiciens retors et les Jésuites subtils sont vos seuls apôtres et ne convertissent plus personne. Vous avez respiré Fair du siècle; la science et la foi, Téglise et Tuniversiléja loi.civile et la loi religieuse, se battent dans vos âmes. — Coname nous, vous marchez à la mort sans certitude, et vous accrochez au présent des mains déses^ pérées.

Esquisser la physionomie politique de Sa Sainteté le pape Pie IX, c*cst personnifier dans un souverain-pontife le drame de Tordre nouveau dépourvu de sanction divine, de Tordre ancien perdant les bénéfices de cette sanction par Taffaiblissement de la foi et par la transaction avec les principes.

Pie IX, c'est aussi la lutte de la démocra • tie républicaine et de la papauté essayant une alliance impossible, et se livrant ensuite une guerre à outrance. C'est enfin la fusion du principe Guelfe et du principe Gibelin, la ligue du P^pe et de Tempereuir

d'Antriché, contre les nationalités et là dé** mocratie.

La destinée de Pie IX a cela de singalier, que ses instincts le portaient plutôt vers la carrière des armes que vers celle de la clé* ricature. Il est né en plein mouvement ré* Tolutionnaire, à Sinigaglia,en 4792. Joseph- Marie comte de Mastaï Feretti était un beau jeune homme. Il étudia à Yolterra, et eût fait nn charmant ofBcier de hussards ou de lanciers, sans la délicatesse de sa constitution.

Ce motif Fayant obligé de renoncer à la carrière de son choix, il se décida pour la prêtrise et reçut les ordres à l'âge de ymgtquatre ans. Attaché, en 4823, à la mission apostolique du Chili, il revint deux ans après eh Europe mûri par cette campagne, et fut sommé chanoine à Rome.

Ses instincts de réforme et de charité se manifestèrent promptement par Fétude spéciale des questions de bienfaisance publique et par Tardeur singulière qu'il apportait à leur réalisation. Successivement nommé, en 4827^ par Léon XII, à l'archevôché de

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Spolete , ea 1932, par Grégoire XVI, à eelai dlmola, il reçut le chapeaa en 4840 et fat i élu Pape en 4846. |

En eiaminant, à cette date» la compost- | tion da sacré^collége, il y a lieu de s*étonner 1 de Téléyation de Pie IX au pontificat. Mais la bonté qui le faisait aimer de tout le monde, la douceur infinie de son caractère, sa charité proverbiale , concentrèrent sur lui les suffrages du condave.

Après trois jours de délibération, au milieu du trouble et de Tirritation générale causée par tant de griefs successifs, le nom de Pie IX sortit de Turne et fut salué, d'un bout à Tautre de lltalie, par ce cri : Evvioa Piononol L'heure des réformes avait sonné.

Pour donner une idée du mouvement réformiste qui éclata en Italie au cri de Tive Pie IX, il est indispensable de jeter un coup d'œil sur la marche des idées en Italie, dans les années qui précédèrent la révolution âe 4848. On verra par là que la situation impossible faite à Pie IX fut à la fois FoKiTre de quelques penseurs qm crorent à Fal-

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liance réalisable de la dânocralie et de la papaaié, et le fait des précédents engendrés par la complexité da double ponvoir temporel et spirituel.

Le règne de Léon XII avait été marqué parunrelour violent an système de Tinquîsition. Grégoire XVI avait laissé 45 millions de dettes. De sorte que Pie IX arrivait au trône pontifical avec des finances embarras* sées, une administration eu désarroi, an milieu de populations dévorées d*un besoin de réformes dont la nécessité éclatait partout.

Pie IX en sentait rimpérieuse nécessité; mieux que tout autre, il connabsait la mauvaise administration des États de FÉglise, leur mauvaise orgnisation politiqod ; le éé* ficit croissant accusé cbaque année par le budget, le dépérissement de Tagrieulture et de rindustrie, la misère des habitants et^ Virritation des esprits. Son âme naturellement compatissante s'en était émue. Il y a dans Pie IX quelque chose d*un honnête curé qni ne saurait rester insensible aux souffrances de ses paroissiens.

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Mais ici les paroissiens étaient des sujets.

Le curé se henrtait au prince. Le dualisme du pape et du monarque créait d'innombrables obstacles à toutes les réformes que le simple bon sens Indiquait.

En effet, le pouvoir temporel du chef de l'Église avait pour conséquence, dans les États-Romains, la juridiction civile des évè* ques. Ia hiérarchie impliquait le privilège de juridiction pour les prêtres, et le Saint- Office avait sa raison d*ètre dans ce fait qae la Constitution de l'Église le reconnaît pour dépositaire exclusif de la doctrine.

La théocratie catholique des États de l'Église se trouvait, comme l'empire d'AutrI-* cbe, dans cette situation singulière de vivre dans un état despotique intolérable et de ne pouvoir essayer aucune réforme sans porter atteinte au principe même de sa propre existence.

Quelques penseurs ^catholiques, pénétrés sans doute des embarras de la papauté, avaient essayé, par des doctrines concilia* trices,. de la tirer de cette impasse. Nous ci* terons parmi eux MM. Gioberti et Ventura.

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