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CHAPITRE VINGT-QUATRIÈME. 4S

ville qui, par sa splendeur et son étendue, laisserait bien loin derrière elle la Rome des Césars et celle des Papes. Ces beaux rêves, après avoir séduit quelques capitalistes crédules, se sont envolés. Il ne reste de tant de promesses que l'accroissement de la dette municipale et des charges des contribuables, une multitude de plans à peine ébauchés, et une centaine de maisons inachevées, isolées et déjà en ruines, faute de locataires.

Il en pourra cependant rester quelque chose de plus , si l'occupation se prolonge ; nous ne saurions en disconvenir. M^"" de Mérode disait, dès 1860 : « Ils viendront; ils bâtiront, ils agrandiront la ville, pour qu'elle puisse contenir tous les pèlerins de l'avenir, et puis ils s'en iront. » Ainsi vinrent les Français au commencement de ce siècle. Ils déblayèrent les cirques de la Rome ancienne, restaurèrent quelques monuments, réformèrent l'administration , et puis ils s'en allèrent.

Les finances municipales de Rome, naguère prospères, sont en voie de descendre au niveau de celles de l'Etat. La population de la ville qui, dans les vingt-quatre années du règne temporel de Pie IX, s'était élevée de 180 à 220 mille âmes, n'a guère augmenté depuis que de 15 à 20 mille, chiffre inférieur au nombre des employés et fournisseurs piémontais ou florentins, arrivés avec leurs familles. En effet, tous les emplois dans Rome sont aux mains de nouveaux venus. Les vrais Romains se sont vu évincer de partout, et sans trop de déplaisir.

Le 30 janvier 1876, Pie IX reçut ses employés, démissionnaires au 20 septembre 1870. Il s'en trouvait plus de mille présents à cette audience, tous encore en disponibilité.

Aussi la situation n'a-t-elle pas changé. Victor- Emmanuel et les siens sont aussi étrangers à Rome que le jour où ils y entrèrent par la brèche de la porte Pia. Les journaux italianissimes se plaignaient encore, tout récemment, de la trop grande modestie des réceptions royales du 1" janvier 1876. « Les ministres , disait la Libéria, devraient pourvoir à ce qu'elles eussent un peu d'entrain et de solennité; ils devraient se rappeler dans quelle ville nous sommes. » On ne pouvait mieux dire, surtout après les audiences splendides du

Vatican à la même date. On constatait ainsi, une fois ne plus, combien est anormale la coexistence de deux souverains dans une même ville. Le Pape y perd de son indépendance , mais le roi y perd de son importance et de sa dignité. C'est ce qu'avait compris Constantin lorsqu'il se transporta à Byzance.

Rome, comme le déclara un jour en plein parlement un ministre des finances, M. Sella, Rome est pour l'Italie révolutionnaire une « cité répulsive, una città ripulsiva. » Les élections du mois de juin 1875 l'ont bien fait voir. Sur 16,439 électeurs, 4,H3, c'est-à-dire le quart, se présentèrent au scrutin.

Ici, qu'on nous permette une observation. Nous la formulons avec tout le respect possible; mais l'historien doit, avant tout, dire la vérité, ou ce qui lui paraît être la vérité.

Pie IX, dès le début des entreprises piémontaises, traça leur conconduite aux catholiques annexés malgré la foi des traites : « Ne elettori, leur dit-il, ne eletti: ni électeurs, ni élus. » Ce fut une noble formule de protestation, mais ce fut une faute politique. L'abstention, sur le terrain électoral, ne profite jamais qu'aux adversaires, surtout quand elle se prolonge.

Les catholiques italiens, lorsqu'ils se décidèrent à prendre part aux élections purement municipales, en 1872 et 1875, montrèrent qu'ils pouvaient vaincre. Ils l'emportèrent à Venise, à Florence, à Palerme, à Modène , à Gênes, à Vérone; or les grandes villes, en Italie, comme ailleurs, sont plus hostiles à l'Eglise que les populations rurales.

S'ils ne se fussent pas écartés systématiquement des urnes électorales politiques depuis 1860, la situation eût changé de tout au tout; la majorité dans les Chambres eût été catholique, et la droite s'y fût composée d'autre chose que d'anciens ministres récompensés pour avoir trahi leurs souverains.

Sans doute, il faut le reconnaître, la conscience ne permettait pas aux cathohques de prêter le serment exigé par l'usurpation; mais était-ce un motif pour ne pas se faire élire? Le grand O'Connel, en des circonstances identiques, ne le pensa point, et l'émancipation d'un peuple fut le fruit de son audace.

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