CHAPITRE VINGT-SIXIEME
Répiiblique du Pérou et à ses successeurs temporaires la jouissance, dans le territoire de la République, du droit de patronage dont jouissaient par la grâce du Siège apostolique, les rois catholiques d'Espagne, avant que le Pérou fût séparé de leur domination.
)) Cependant à la concession de ce privilège nous mettons comme condition et loi, que les biens actuellement assignés soit au clergé à titre de dotation, soit au ministère sacré et à l'exercice du culte dans les diocèses du territoire de la République soient maintenus intégralement et distribués avec diligence et fidélité, comme aussi Nous y mettons la condition que le gouvernement du Pérou continue à favoriser et à protéger la religion catholique.
» Ces lois et ces conditions étant observées, le président de la République du Pérou et ses successeurs auront le droit de présenter au Siège apostolique, à l'occasion de la vacance du siège archiépiscopal ou des sièges épiscopaux, des ecclésiastiques dignes et aptes, afin que, selon les règles prescrites par l'Eglise, il soit procédé à l'institution canonique, de telle manière cependant que la présentation des candidats devra se faire, à moins d'empêchement légitime, dans le terme d'un an à partir de la vacance du siège.
)) Toutefois les candidats ainsi présentés ne jouiront d'aucun droit quant à l'administration èpiscopale avant qu'ils aient obtenu les Lettres apostohques de leur institution et qu'ils les aient exhibées au Chapitre, suivant la teneur de notre constitution Romanm Pontifex promulguée le 5 des calendes de septembre, l'an mil huit cent soixante-treize de l'Incarnation du Seigneur.
» Le président de la République aura le droit de présenter à l'évêque des hommes dignes pour qu'ils soient promus aux dignités et canonicats de gratta de quelque Chapitre que ce soit, comme aussi de présenter des hommes dignes pour la collation des prébendes des égUses cathédrales, pourvu que la vacance de celles-ci ait été déclarée par l'autorité ecclésiastique.
» Ledit président jouira aussi du même droit de présentation, quant aux canonicats de offlcio et aux paroisses, en observant toujours la forme canonique du concours et de l'examen ; lorsque l'examen aura été fait, le président élira un ecclésiastique parmi les trois
sujets les plus dignes qui lui auront été présentés, afin qu'ensuite cet ecclésiastique reçoive de l'évêque l'institution canonique.
» Enfin les présidents de la République jouiront, dans les églises du Pérou, des honneurs dont jouissaient autrefois les rois d'Espagne, en vertu du droit de patronage accordé par le Saint- Siège.
» Nous voulons, ordonnons et statuons toutes ces choses, et Nous ordonnons en même temps que nos présentes lettres et tout ce qu'elles contiennent demeurent toujours valables et efficaces, de telle manière qu'elles doivent sortir leur plein efi'et, sans que nul ne puisse, en aucun temps, quelles que soient d'ailleurs sa condition et sa dignité, à quelque titre et sous quelque prétexte que ce soit, les transgresser, les attaquer ou les révoquer...
» Donné à Rome, près de Saint-Pierre, l'année de l'Incarnation du Seigneur, mil huit cent soixante- quatorze, le troisième jour des nones de mars, de notre pontificat la vingt-neuvième année... »
Voici enfin un Etat vraiment cathohque, un Etat gouverné selon les maximes de l'Eglise. On le rencontre au beau milieu des Etats hispano-américains si troublés, si misérables, depuis qu'ils sont livrés au faux libéralisme, et le calme, la prospérité morale et matérielle dont il jouit, n'en fait que mieux ressortir la difi'érence des deux civilisations , celle dont Pie IX est le promoteur et celle qu'il condamne.
Il s'agit de la République de l'Equateur.
A l'ouverture des Chambres législatives de 1873, le président de cette République, don Gabriel Garcia Moreno, terminait son message par les paroles suivantes :
« Mais nos rapides progrès ne nous serviraient de rien, si la République ne grandissait pas en moralité à mesure qu'elle grandit en richesse, si les mœurs ne se réformaient par l'action libre et toute-puissante de l'Eglise catholique.
» Nous recueillerons encore des fruits plus abondants lorsque les ouvriers apostoliques seront plus nombreux , et qu'on ne verra pas des paroisses populeuses manquant de prêtres pour les desservir.
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Nous devons donc seconder nos vénérables évêques de tout notre pouvoir.
» Les missions orientales réclament aussi votre généreuse protection. La vraie civilisation , la civilisation de la croix , a pénétré d'une manière admirable sur les rives du Napo, grâce à ces missionnaires qui s'y sont transportés avec l'approbation du gouvernement ; et les écoles, dues au zèle des infatigables fils de la Compagnie de Jésus, préparent pour ces contrées riches mais incultes, des jours de lumière et de prospérité. J'ai la ferme espérance que le nombre des missionnaires s'accroîtra dans un bref délai.
» L'état de nos finances nous permet largement d'accomplir le devoir que nous impose le concordat, d'encourager et de faciliter les missions , ainsi que l'obligation de contribuer aux réparations et à la restauration des temples détruits par les tremblements de terre.
» Il n'est pas moins impérieux le devoir qui nous incombe de secourir Notre Saint-Père le Pape, alors qu'il est dépouillé de ses domaines et de ses revenus. Vous pouvez lui destiner le dix pour cent sur la partie du dixième concédé à l'Etat. L'offrande sera modeste, mais elle nous permettra au moins de prouver que nous sommes les fils loyaux et affectionnés du Père commun des fidèles , et nous le prouverons tant que durera le triomphe éphémère de l'usurpation italienne.
» Puisque nous avons le bonheur d'être catholiques, soyons-le logiquement, ouvertement, soyons-le dans notre vie privée, dans notre existence politique, et confirmons la vérité de nos sentiments et de nos paroles par le témoignage public de nos œuvres.
» Non satisfaits de réaliser tout ce que je viens de vous indiquer, effaçons de nos Codes jusqu'au dernier vestige de l'hostilité contre l'Eglise, puisqu'il y reste encore certaines dispositions de l'antique et oppresseur régahsme espagnol : les tolérer, serait désormais une honteuse contradiction et une misérable inconséquence.
» En tout temps une pareille conduite devrait être celle d'un peuple catholique; mais aujourd'hui, en ce temps de guerre implacable et universelle contre notre sainte religion^ aujourd'hui que. les apostats en viennent jusqu'à renier dans leurs blasphèfQes la
divinité de Jésus, notre, Dieu et notre Seigneur; aujourd'hui que tout se ligue, tout conspire, tout s'acharne contre Dieu et son Oint, qu'un torrent de méchanceté et de fureur jaiUit du fond de la société bouleversée, contre l'Eglise et contre la société elle-même, comme, lors des terribles commotions du globe terrestre, surgissent de profondeurs inconnues des rivières formidables d'une fange corrompue, aujourd'hui, dis-je, cette conduite conséquente, résolue, courageuse, est pour nous obligatoire, puisque l'inaction pendant le combat est une trahison ou une lâcheté.
» Donc, continuons notre œuvre, ainsi qu'il convient à de sincères catholiques , avec une invincible fidélité, sans mettre notre espérance en nos faibles forces, mais en la toute-puissante protection du Très-Haut. Heureux, mille fois heureux, si le Ciel veut bien nous accorder la récompense de continuer à combler notre chère patrie de ses bénédictions , et heureux moi-même si je parviens à mériter la haine, les calomnies et les insultes des ennemis de notre Dieu et de notre foi ! »
Don Garcia Moreno fit suivre ces magnifiques paroles d'un premier envoi de 10,000 pesos adressés, au nom de l'Equateur, à l'augusle prisonnier du Vatican. Il consacra peu de temps après sa République au Sacré-Cœur de Jésus , et il offrit un asile aux vingt-deux rehgieux de l'abbaye de Mariastein, expulsés par la Suisse.
Les révolutionnaires du nouveau et de l'ancien monde, ou se turent sur ces rares exemples, ou les accablèrent de sarcasmes. Mais le vertueux président leur répliqua par d'autres actes que les Etats révolutionnaires n'imitent guère davantage. Il éteignit la dette publique de l'Equateur, et cela, malgré la suppression de certains impôts et l'augmentation générale des traitements des fonctionnaires. Dieu bénit si visiblement la politique de Garcia Moreno qu'en une douzaine d'années l'Equateur, admirablement administré par ce grand citoyen, vit doubler son commerce, ses écoles et le chiffre des revenus pubhcs.
Le 6 août 1875, Garcia Moreno devait hre au congrès un autre message, qu'on peut appeler son testament politique, et dont nous voulons citer aussi quelques paroles.