‹ Pie IXChapitre 254 sur 288 · CHAPITRE VINGT-SIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-SIXIEME

« Messieurs les députés..., il y a à peine quelques années, l'Equateur répétait chaque jour les tristes plaintes que le libérateur Bolivar adressait en son dernier message au congrès de 1830 : « Je rougis de l'avouer : l'indépendance est un bien unique que nous avons acquis au prix de tous les autres. »

)) Mais depuis que, mettant en Dieu toute notre espérance, nous nous sommes éloignés du courant d'impiété et d'apostasie qui entraîne le monde en cette époque d'aveuglement, et que nous nous sommes réorganisés en 1869 comme nation vraiment catholique, tout va changeant jour par jour pour le bien et la prospérité de notre chère patrie.

» L'Equateur était autrefois un corps duquel se retirait la vie^ et qui se voyait dévoré comme les cadavres par cette multitude d'insectes hideux que la liberté de la putréfaction fait toujours éclore dans l'obscurité du sépulcre; mais aujourd'hui, à la voix souveraine qui ordonna à Lazare de sortir de sa tombe, il revient de nouveau à la vie, quoiqu'il conserve encore les liens et le linceul de la mort, c'est-à-dire les restes de la misère et de la corruption dans lesquelles nous étions ensevelis.

» Pour justifier mes paroles, il suffira que je vous rende un compte sommaire de nos progrès durant ces deux dernières années, .m'en remettant aux informations spéciales de chaque ministère pour tout ce qui concerne les documents et les détails; et afin qu'on voie exactement combien nous avons avancé en cette période de régénération, je comparerai l'état actuel avec son point de départ, non pour nous glorifier, mais pour glorifier Celui à qui nous devons tout et que nous adorons comme notre rédempteur et notre père, comme notre protecteur et notre Dieu.

» A la liberté complète dont jouit l'Eglise parmi nous et au zèle apostolique de nos vertueux pasteurs, nous devons la réforme du clergé, l'amélioration des mœurs et la diminution des crimes, au point qu'en une population de plus d'un million d'habitants, il ne se trouve pas un nombre suffisant de criminels pour habiter la « pénitencerie. »

» A l'Eglise nous devons encore ces corporations religieuses qui

produisent tant de fruits heureux pour l'enseignement de l'enfance et de la jeunesse, et par les secours qu'elles prodiguent aux malades et aux délaissés. Nous lui sommes redevables aussi du renouvellement de l'esprit religieux en cette année de Jubilé et de sanctification, comme de la conversion à la vie chrétienne et civilisée de 9,000 sauvages de la province del Oriente, où il est urgent, en raison de son immense étendue, d'établir un second vicariat. Si vous m'autorisez à solliciter cette fondation du Saint-Siège, nous aviserons ensuite à ce qui est opportun, afin de promouvoir le commerce de cette province^, y extirpant, ainsi qu'il a déjà été fait, les spéculations et les exactions violentes auxquelles ses pauvres habitants sont exposés par de cruels et inhumains trafiquants.

)) J'achèverai dans quelques jours la période du mandat pour lequel je fus élu en 1869. La Répubhque a joui de six années de paix, interrompues seulement pendant quelques jours à Riobamba, lors du soulèvement partiel de la race indigène contre la race blanche en 1872, et en ces six années, elle a marché résolument dans le sentier du véritable progrès, sous la protection visible de la Providence. Ils eussent été certes plus grands, les résultats obtenus, si j'avais possédé pour gouverner les quahtés qui me manquent, malheureusement, ou si, pour faire le bien, il suffisait de le désirer avec ardeur.

» Si j'ai commis des fautes, je vous en demande pardon mille et mille fois, et je le demande avec des larmes très-sincères à tous mes compatriotes, étant bien persuadé que ma volonté n'y a été pour rien. Si, au contraire, vous croyez que j'ai réussi en quelque chose, attribuez-en d'abord le mérite à Dieu et à l'immaculée Dispensatrice des inépuisables trésors de sa miséricorde, puis ensuite à vousmêmes, au peuple, à l'armée et à tous ceux qui, dans les difi'érentes branches de l'administration, m'ont secondé avec intelligence et fidélité dans l'accomplissement de mes difficiles devoirs. »

Cette admirable profession de foi, si humble et en même temps si fière, fut matériellement scellée du sang de son auteur.

Garcia Moreno venait de recopier son message; il le portait sur

Page 1