CHAPITRE VINGT-SIXIÈME
que mettra-t-on au faîte de cette colonne? Pensez-Yous qu'on y rétablisse ce qu'il y avait?
— Il est question , dit le visiteur, énonçant une hypothèse qui n'a pas été réalisée, il est question d'y placer une statue allégorique de la France.
Le Pape parla alors de la France en termes qui montrent sa tendresse pour cette grande nation , les espérances qu'il met en elle. « Tout ce qu'on a élevé en France depuis 89 n'avait pas pour base le cathohcisme et est tombé. Tout ce qu'on y élève aujourd'hui, comme ce qu'on élève ailleurs, ne reposant pas sur cette base, tombera. Mais comme la base du cathohcisme ne peut, malgré tous les efforts de la perversité humaine, être arrachée de votre sol, un jour viendra où l'on bâtira sur cette base immortelle quelque chose qui restera , et ce jour n'est pas éloigné. »
Reprenons donc courage et confiance avec Pie IX. Son Pontificat n'a pas été stérile pour la France. Il a amené la disparition du gaUicanisme dont le saint Pontife disait , en parlant à M^'' de Ségur : « Le gallicanisme, c'est du schisme en herbe. » Il a obtenu le retour universel des diocèses français à la liturgie romaine. Il a présidé à l'admirable développement des ordres religieux parmi nous (1), à la double conquête de la liberté d'enseignement, à un retour marqué des classes supérieures de la société vers la rehgion (2). On peut dire qu'il a inauguré le grand œuvre de la reconstruction de la France.
A côté de ces motifs généraux d'espérance et de consolation , à côté de la persévérance unanime de l'épiscopat et de celle de l'immense majorité des fidèles, ces dernières années ont produit encore bien des faits particuliers qui, semblables à autant de rayons de soleil, sont venus réjouir le saint vieillard dans sa captivité. La générosité fihale de ses enfants ne se lasse point. Sans doute il ne
(1) Le 23 février 1873 , Pie IX constituait encore , à titre définitif, une grande famille religieuse française, celle de Marie, en approuvant les règles qui lui furent données par son fondateur le P. Colin.
(2) Quand on se rappelle qu'en 1846, sous le roi Louis-PMlippe, on comptait une demi-douzaine tant de députés que de pairs de France qui satisfissent au devoir pascal, et que ce résultat était considéré comme un progrès , on peut se rendre compte du chemin parcouru depuis lors.
ol2 PIE IX, SA VIE, SON HISTOIRE, SON SIÈCLE.
reçoit pas tous les jours des dons royaux comme ceux qui viennent de lui être légués par le duc de Modène , et par le vieil empereur d'Autriche, Ferdinand, oncle et prédécesseur de François-Joseph, décédé seulement en 1875; mais le denier du pauvre se multiplie; les gouttes d'eau forment un grand fleuve qui coule sans cesse vers le Vatican, et les autres sources qui alimentent les œuvres d'apostolat et de charité ne sont pas pour cela taries. Jamais la quête de Saint-Vincent-de-Paul, jamais le sou de la Propagation de la Foi, les centimes de la Sainte-Enfance, de Saint-François de Sales, des Orphelins, n'avaient donné autant de milhons; jamais tant de missionnaires et de sœurs de charité ne s'étaient élancés vers les missions lointaines.
Ces miracles invisibles de la grâce ne sont pas les seuls. Le miracle perpétuel de la stigmatisée du Bois - d'Haine , ceux de Lourdes, si nombreux, si éclatants, et bien d'autres encore, attestent que la vie surnaturelle abonde dans l'Eglise comme aux temps héroïques de sa jeunesse. Le knout du Russe, la cangue du Chinois, la prison du Japonais ou du Prussien, envoient chaque jour des martyrs au Ciel, comme jadis le chevalet et l'amphithéâtre des Romains. Les conversions se multiplient. En Bavière c'est la reine-mère, en Prusse l'historien Onno-Knopp , le prince de Solms- Braunfels, frère utérin du roi de Hanovre, le comte de Schônbourg- Fordergleschau , le conseiller Biaix , le baron de Dûcker ; en Angleterre lord Bute, puis lord Ripon, grand-maître de la franc-maçonnerie anglaise, et ancien ministre de la guerre, avec lui des milliers d'autres ; en Orient l'archevêque arménien de Tarse et Adana , M^'' Théodore Nershabouk (1870), puis M^'' Sandalgi, autre évêque arménien schismatique , titulaire de Nicomédie (1875); en Itahe même , c'est un prince de la maison de Savoie, Amédée , l'ancien roi passager d'Espagne, qui reconnaît ses fautes et s'humilie aux pieds du Saint-Siège.
Lorsque Pie IX voit quelqu'un de ces événements merveilleux, ou qu'il les entend raconter, comment ne sentirait -il pas que le divin fondateur est toujours avec son Vicaire?
Il sent cela, et le reste lui importe peu. La distribution des