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CHAPITRE VINGT-SIXIÈME

Reste la France. Hélas ! dans cette France encore si violemment éprise de la Révolution qui la tue, dans ce Paris qui assassine ses archevêques, tout n'est pas fait pour réjouir les yeux et le cœur du souverain Pontife. En France, il y a une recrudescence générale d'impiété; il y a les sociétés secrètes ; il y a la ligue d'enseignement athée, les pétitionnements pour l'école obligatoire et laïque, c'està-dire obligatoirement privée de Dieu.

Mais à côté, il y a un réveil. Il y a la liberté d'enseignement supérieur votée; les fondements de trois Universités catholiques posés aussitôt, la multiplication et la prospérité des collèges chrétiens, les cercles d'ouvriers, les congrès religieux annuels, de nombreux députés et chefs du gouvernement publiquement chrétiens, la disparition générale du respect humain. Au dernier jubilé, les processions ont sillonné Paris — débandées et sans bannières , ainsi l'exigeaient les traditions réglementaires de la police ; — mais on y a vu des foules immenses dont le recueillement , autant que le nombre, a étonné amis et ennemis. De même dans toute la France. Le malheur purifie. Il est des victoires que Dieu donne dans sa colère : telles furent Solférino , et , selon toute apparence, Sedan ; mais il est des défaites qui sont un don de sa miséricorde, parce que l'humihation engendre l'humilité, et la chute la régénération. Sans doute, il faut le reconnaître avec tristesse, le mal n'est pas encore au terme de ses progrès dans les masses populaires; il les démorahse chaque jour plus profondément; mais les classes supérieures , les classes dirigeantes se sont visiblement rassainies ; or, c'est par la tête que commencent les transformations du corps social; c'est par l'aristocratie, ensuite par la bourgeoisie, que la Révolution est descendue dans les masses. Le mal, comme le bien, se propage de haut en bas.

« Depuis 1871, a dit Pie IX, il s'est fait en France un grand mouvement vers le bien , ce qui prouve que la France reprend sa vie : mouvement à Paray-le-Monial, mouvement à Notre-Dame de Lourdes , mouvement à Notre-Dame de la Salette, et à vingt autres sanctuaires que je ne puis énumérer; mouvement surtout vers les bonnes œuvres, vers les- œuvres de la foi et de la charité, dont

aucune ne reste en souifrance... Oui, il faut aimer beaucoup les pèlerinages, nous souvenant que nous sommes tous pèlerins sur la terre. Mais le meilleur pèlerinage consiste à sortir du vice pour aller à la vertu , à passer de l'indifférence et de l'égoïsme à la pratique de la perfection chrétienne... Courage ; après l'épreuve viendra la récompense. Les pèlerinages, les prières, les bonnes œuvres de la France et du monde catholique sont un présage de victoire. De même que Pie V vainquit les Turcs , nous vaincrons nos ennemis modernes par la patience et l'humilité. Nous sommes au milieu de la bataille^, mais Dieu est avec nous. Courage (1)!

» L'Evangile nous parle d'une veuve qui , à force de suppher un juge au cœur dur, finit par en obtenir justice : à combien plus forte raison Dieu , qui est le plus tendre des pères , vous exaucera-t-il, si vous persévérez dans la prière.

» Mon Dieu, souvenez -vous de vos miséricordes. Voyez ce peuple prosterné devant le trône de votre majesté infinie. Il vous supplie en faveur de l'Eglise, dont les droits sont méconnus. Exaucez sa prière pour le bien des âmes et de la société.

)) Priez, mes enfants, priez, même en faveur de ceux qui veulent la destruction de l'Eglise et la disparition de la foi sur la surface du monde; priez, afin que Dieu touche leurs cœurs. S'ils s'endurcissent dans le crime, le Seigneur fera surgir un nouveau David qui les humiliera (2). »

Pie IX disait un autre jour, sous une forme plus familière, à un Français de distinction qu'il avait invité à partager sa promenade quotidienne dans les jardins du Vatican :

« Venez donc ici , monsieur le comte, là , près de moi , que nous puissions causer de votre pays. Que fait-on à Paris maintenant? A-t-on relevé cette fameuse colonne (la colonne Vendôme)?

— Pas encore, Saint-Père, répondit le visiteur; mais on la relèvera bientôt, dit-on.

— Ah!... reprit le Pape, il n'est pas facile, par ce temps, de relever ce qui est à terre. Tant de choses n'ont plus de base... Et

(1) Discours à des pèlerins lyonnais, 1874.

(2) Discoui's à des pèlerins franc-comtois, 10 oclobre 1875.

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