‹ Pie IXChapitre 268 sur 288 · CHAPITRE VINGT-SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-SEPTIÈME

plus longtemps ; et cependant bien des ennemis sont tombés à sa droite et à sa gauche ; avec l'aide de Dieu , il en verra tomber encore plus d'un. Mais il lui faudra s'en aller enfin, lui aussi. N'importe, cher enfant, le Pape reste toujours debout. » Puis élevant les bras et les yeux au Ciel, il ajouta : « Adieu donc, mon fils; je vous donne rendez-vous au Ciel ! »

Il dit de même à M. d'Ideville , qui depuis a été préfet d'Alger, et qu'il recevait en audience particulière avec M™" d'Ideville et leur jeune fils : « Les pères et les mères peuvent être inquiets, quand ils quittent ce monde, parce qu'ils songent à leur famille. Moi je m'en irai joyeux, avec confiance et sécurité. Dieu se charge de ma famille, de mon héritage et de ma dynastie. Je crains moins la mort que ne font bien des gens très-avisés , votre Empereur, par exemple. Je suis toujours prêt à partir.

» Vous êtes jeunes tous deux, vous avez la vie longue à parcourir ; mais , sans me tromper, c'est la dernière fois que vous me voyez : avant longtemps peut-être ne viendrez-vous pas à Rome. Cependant, souvenez-vous de moi et de ce que je vais dire : rappelez-le à ce petit enfant lorsqu'il pourra vous comprendre. A nous quatre qui sommes là, dans cette chambre, il survivra, lui. Lorsque, depuis longtemps nous serons morts, qu'il se souvienne donc! »

Et en même temps le Pape leva les yeux vers le crucifix placé auprès de lui : sa voix était vibrante , l'émotion profonde qui s'était emparée de lui avait gagné ses auditeurs. Alors frappant à plusieurs reprises sur sa poitrine en regardant l'enfant :

« Gravez profondément dans sa mémoire, dit-il, le souvenir de cet homme aujourd'hui devant lui habillé de blanc; et quoi qu'il arrive de moi qui ne suis rien , sachez bien qu'ici, là, à cette même place où je suis debout, lorsque l'enfant devenu vieux, reviendra un jour avec ses fils peut-être et ses petits -enfants, sachez qu'il trouvera toujours là, à cette même place, un autre homme habillé de blanc comme moi ! »

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