CHAPITRE VINGT-SEPTIEME
dans les années 1874, de 3 sièges métropolitains et de plusieurs sièges épiscopaux en Australie; et en 1873, de -4 sièges métropolitains et de 15 sièges épiscopaux aux Etats-Unis d'Amérique.
Il ne se traite par le monde aucune grande affaire qui ne passe par ses mains; non de ces affaires de la politique, énormes aujourd'hui, oubliées demain, mais de celles dont l'intérêt ne s'efface point. Les questions nationales ou dynastiques qui passionnaient l'humanité il y a mille ans nous trouvent absolument froids, parce que dynasties et nations de ce temps-là n'existent plus. Dans mille ans, nos sympathies et nos aversions les plus graves seront de même éteintes avec leurs objets. Seule, l'Eglise catholique fut et sera toujours attaquée, toujours défendue. Où sont les hommes disposés à donner leur vie pour ou contre les violateurs du territoire sacré d'Apollon de Delphes , pour ou contre l'intégrité de l'empire romain ? Laissez quelques siècles s'écouler : on n'en trouvera pas davantage qui soient disposés à se sacrifier pour ou contre les frontières allemandes du Rhin, pour ou contre le principe des nationalités ou le régime constitutionnel ; mais il y a une institution pour laquelle ou contre laquelle on mourra alors comme jadis, et comme aujourd'hui : c'est la Papauté. La Papauté est un phare qui domine le monde; source de lumière pour les uns, d'épaisses ténèbres pour les autres, mais qui attire et force les regards de tous, et qui ne s'éteint jamais.
Voilà pourquoi ces habiles, ces conquérants, qui sont partout devenus nos vainqueurs, ont beau appeler à leur aide la fourbe, la science et l'artillerie. « La première place, comme l'a écrit, avec son éloquence ordinaire, M. Louis Veuillot, la grande première place du temps et de la postérité, ils ne l'auront pas. Elle est prise par un vaincu ; il la garde, et leur histoire ne sera qu'un chapitre et un feuillet de la sienne... Vous, empereurs et rois, vous bandits et princes du peuple, pour le moment chargés de lauriers et de butin, vous n'êtes pas les maîtres , vous ne triomphez pas. Le vrai
tant avant Pie IX, portait à 1,109, à la date ci-dessus, le total général des hautes dignités de l'Eglise. Mais ce chiffre , nous l'avons dit, doit être augmenté de 35 à 40 pour 1874, 1875 et 1876.
maître, le triomphateur serein, c'est ce captif que l'un de vous tient là bas à Rome, enchaîné sur le Vatican... Vous ne subornerez pas à jamais la conscience humaine. Elle rendra témoignage à la justice, elle s'éprendra d'amour pour la grandeur, et vous n'aurez été que des traîtres applaudis par des lâches, et finalement, des sots éternels. »
Et qui n'aimerait mieux, dès aujourd'hui, être le captif que le geôlier? Qui ne préférerait se présenter devant l'avenir avec la figure de l'innocence spoliée , plutôt qu'avec celle de Guillaume P'^ ou de Victor-Emmanuel, rehaussés chacun de six couronnes, dont pas une acquise honorablement?
M. de Bismarck s'est vanté un jour, dans son Parlement, d'être l'homme le plus haï qui soit en Europe. C'était là, à son insu peut-être, une pure fanfaronnade, car Pie IX, l'objectif de toutes les sociétés secrètes, est plus haï que Bismarck. Mais Pie IX peut ajouter qu'il est aussi le plus aimé, et ici Bismarck n'a plus la prétention de le disputer à Pie IX.
Que fera le terrible chancelier pour déguiser sa défaite ou pour essayer de ressaisir la victoire? Nul ne le sait, et lui-même probablement pas plus que les autres. Impuissant contre Pie IX et sans espérance de l'amener à reconnaître la suprématie de l'Etat dans les questions rehgieuses, il peut escompter sa mort; il peut caresser le dessein de peser un jour sur un conclave; peut-être même arriverat-il à faire proclamer un anti-pape par ses Vi'eux-Cathohques (1) ; mais encore faudrait-il le faire accepter, cet anti-pape , et il est pour cela à bout de moyens. Mettra-t-il les catholiques hors la loi? Peu leur importe : ils y sont déjà.
L'auguste vieillard, prit un jour congé d'un ouvrier charpentier parisien, nommé Pèche, en lui exprimant la même pensée que nous l'avons déjà entendu exprimer au prince et à la princesse de Galles :
« Cher enfant , vous le voyez , votre Pape est vieux. Il ne restera
(1) M. de Bismarck disait à un diplomate français : « Il nous faut obtenir qu'on nomme Pape un cardinal qui ne soit pas infaillibiliste. — En connaissezvous un? demanda le Français. » M. de Bismarck fit un geste de dépit et ne donna pas d'autre réponse.