‹ Pie VI à Valence, recueil de documents authentiques et inédits sur le séjour et la mort àChapitre 14 sur 20 · SÉPULTURE DE PIE VI · texte numérisé non relu

SÉPULTURE DE PIE VI

« Les funérailles du pa|)e Pie VI, fixées au 10 pluviôse, seront annoncées la veille, à cinq heures du soir, par une salve de sept coups de canon, après laquelle on tirera un coup de canon d'heure en heure jusqu'à neuf heures du soir.

» Le 10 pluviôse, à sept heures du matin, une salve d'un pareil nombre de coups de^anon donnera le signal de la générale, qui sera battue immédiatement après.

» Il sera pareillement tiré un coup de canon d'heure en heure jusqu'au départ du convoi.

» A neuf heures , la garde nationale , toutes les troupes de la garnison, même celles qui se trouveraient de passage, se rassembleront en armes sur l'esplanade de la citadelle.

» A neuf heures et demie, toutes les autorités en grand costume se réuniront dans la première salle du département.

» Un détachement de la garde nationale, précédé de la musique, se rendra auprès d'elles et les escortera jusqu'au palais du Gouvernement.

» La porte d'entrée du palais, la cour et la salle où est déposé le corps de Pie VI seront tendus de noir.

» A dix heures, le convoi partira du palais du Gouvernement pour se rendre au lieu de la sépulture.

» Au moment du départ , il sera salué de sept coups de canon précipités par l'artillerie de la citadelle.

» Pendant la durée de la marche, il sera tiré un coup de canon de cinq minutes en cinq minutes.

» Arrivé sur l'esplanade de la citadelle, il sera

salué par une salve de mousqueterie par les troupes d'infanterie. •

» La marche sera ouverte par un détachement de cavalerie, précédé de ses trompettes et suivi de deux pièces de canon.

» La musique et les tambours viendront après.

» La musique exécutera des chants funèbres.

» Les trompettes, musique et tambours, seront drapés de noir.

» Le corps de Pie VI, renfermé dans son cercueil, sera porté sur un char de forme antique, drapé de noir et attelé de huit chevaux caparaçonnés de même.

» Le cercueil sera couvert d'un poêle de drap d'or avec des pentes en drap violet, garnies aux extrémités de quatre glands en or, qui seront portés par les quatre présidents des autorités administratives et judiciaires.

» Le char sera suivi des drapeaux, dont les cravates porteront un crêpe, et deux pièces de canon drapées de noir.

» Les officiers du pape, sa maison et sa suite, seront invités à assister au convoi, et dans le cas où ils y assisteraient, ils seront placés à la suite du char.

» Les autorités constituées viendront après; les membres qui les composent marcheront deux à deux dans Tordre accoutumé.

» La garde nationale et l'infanterie escorteront le

convoi, placées sur les ailes, et porteront Tarme renversée.

» Tous les membres des autorités civiles et militaires porteront un crêpe au bras.

» La marche sera grave et silencieuse.

» Tous les citoyens sont invités à cette cérémonie nationale ; ceux qui voudront y assister se réuniront avant dix heures au palais du Gouvernement, en costume de deiiil.

» Ils suivront immédiatement les autorités constituées.

» La mçirche sera fermée par un détachement de cavalerie et de gendarmerie.

» Le convoi traversera Tesplanade de la citadelle et suivra la rue de la Roderie, celle de Saint-Félix, la Grande-Rue, la place de la Liberté, sortira par la porte Sonnière, et se rendra au lieu de la sépulture en passant par les boulevards.

» Il recevra les grands honneurs militaires de tous les postes placés sur son passage.

y> La porte d'entrée du lieu de la sépulture sera décorée en marbre gris et noir, représentant l'entrée d'un tombeau et portant dans le milieu de son centre u*e lampe sépulcrale.

» Le cortège entrera dans l'enceinte, ainsi que l'infanterie ; les autorités constituées et les citoyens qui les suivront se placeront en cercle autour du caveau. L'infanterie se formera en bataillon carré

et fera une décharge de mousqueterie dans cette position.

» La cavalerie occupera la place qui précède la porte d'entrée.

» Les canons seront placés au même lieu, à une distance convenable.

)) Pendant rinhumation, la musique sera lugubre, et il sera tiré vingt-un coups de canon, tant par les pièces qui auront suivi le convoi que par celles de la citadelle.

» Après rinhumation, Tinfanterie fera une nouvelle décharge en défilant devant le caveau.

» La cérémonie finie, le cortège, escorté de toutes les troupes, se retirera dans le même ordre au département.

» Fait et arrêté par nous, . commissaires chargés de la rédaction du présent programme par Tart. 3 de Tarrêté de l'administration centrale du 22 de ce mois.

» A Valence, 26 nivôse an vni de la république française.

» Signé : Daly , administrateur ; Mermillod ; Brian; Sibaud, juge; Gaillard, président municipal; CoEUREL, professeur de mathématiques; Lagiir, défenseur officieux; Lesage, ingénieur; Leblanc, président du tribunal criminel. »

Les préparatifs de rinhumation de Pie VI et le

programme de la cérémonie avaient été discutés et déterminés par les citoyens administrateurs à Tinsu de M^ Spina. Dès qu'il en eut connaissance; il écrivit à Tadministration :

a 29 nivôse an yiii.

» Citoyens,

» Instruit par un de vos collègues des ordres que le ministre de Tintérieur vous a donnés pour que le corps de Pie VI soit enterré conformément à l'arrêté des consuls de la république du 9 nivôse, j'ose vous prier, citoyens administrateurs, de suspendre pour quelques jours encore Texécution de ces ordres, et jusqu'au moment où je reçoive une réponse du citoyen Revich (^ ), qui, ayant connu la dernière volonté du défunt pontife, s'est chargé de présenter au premier consul Bonaparte une nouvelle pétition que je lui ai adressée, pour être autorisé à transporter son corps en Italie.

» D'après une marque aussi éclatante de respect que les consuls de la République française donnent aux cendres de Pie VI, je dois bien me flatter qu'étant mieux instruits de sa dernière volonté, ils la regarderont comme sacrée et donneront les ordres pour qu'elle soit exactement exécutée.

» Je suis, etc.

» Spina, archevêque de Çorinthe, »

(i) Commissaire qui avait succé4é à Cumier,

Cette lettre étant restée sans réponse satisfaisante, il écrivait encore le 22 janvier :

« Citoyens administrateurs,

» Le programme qui a été affiché à la porte de Thôtel du Gouvernement, concernant les cérémonies qui seront observées dans Tenterrement du défunt souverain pontife Pie VI, et approuvé dans votre séance du 27 nivôse an viii, m'apprend que Tinhumation de son corps se fera le 10 pluviôse, et que les officiers du pape, sa maison et sa suite seront invités à assister au convoL

» Vous n'ignorez pas, citoyens administrateurs, que de toutes les personnes qui étaient à la suite du défunt pontife, moi seul je reste encore dans cette ville. Vous n'ignorez pas que sa volonté, exprimée dans son codicille, est que son corps soit enterré dans la basilique de Saint-Pierre de Rome, puisque vousmêmes avez eu la bonté après sa mort de solliciter auprès du gouvernement pour que sa volonté soit exécutée.

» D'après ces connaissances, je me flatte que vous ne trouverez pas mauvais qu'en même temps que je respecte les ordres du gouvernement, étant cependant revêtu de la qualité d'exécuteur testamentaire du défunt pontife, je ne prête aucune adhésion, ni expresse ni tacite, à un acte directement contraire à ses dernières volontés, et contre lequel ce n'est

que malgré moi que mon devoir m'oblige à réclamer comme de droit.

» Vous êtes assez justes et assez éclairés pour juger que mon refus à cette invitation est indispensable. Je ne puis cependant qu'être pénétré de reconnaissance pour la considération que vous avez eu la bonté de me témoigner, et je suis avec un profond respect, etc.

» Spina, archevêque de Corinthe. »

Les protestations qu'on vient de lire furent déférées au ministre par des entremetteurs officieux, qui sans doute jugèrent à propos d'en dénaturer le mobile en calomniant les intentions du prélat. C'est du moins ce qu'autorise à penser une lettre du ministre en date du 27 nivôse, adressée à l'administration.

« 27 nivôse an viii.

» Par ma lettre du 12 de ce mois, citoyens, je vous ai fait part des intentions du gouvernement relativement aux funérailles de Pie VI .

» J'apprends aujourd'hui que l'archevêque de Corinthe, son exécuteur testamentaire, cherche à donner à ces funérailles un éclat qui ne saurait se concilier avec la décence et la simplicité que je vous ai recommandés.

» Le gouvernement, en accordant des honneurs à Pie VI, n'a pas entendu en éterniser le souvenir ;

on conséquence, vous voudrez bien prendre les mesures nécessaires pour que cette cérémonie soit terminée quarante- huit heures après la réception de cette lettre, et ordonnerez aussitôt à Tévêque Spina de quitter le territoire de la République. C'est le seul moyen de tranquilliser les esprits des habitants de Valence, que les apprêts de ces funérailles n'ont que trop agités.

» Salut et fraternité.

» Lucien Bonaparte. »

M«' Spina, justement affligé des inculpations que la malveillance faisait peser sur lui et de Tinutilité de ses efforts pour obtenir Tajournement des obsèques prescrites par l'autorité supérieure, résolut de s'éloigner au plus tôt de Valence. Il en prévint en ces termes l'administration de la Drôme :

« 7 pluTÎôse an viii.

» Citoyens administrateurs,

» L'enterrement du corps du défunt souverain pontife Pie VI, qui aura lieu jeudi prochain, fait cesser toute raison de prolonger davantage ma demeure en cette ville. Je vous prie donc, citoyens administrateurs, de vouloir bien me délivrer les passeports nécessaires pour que je puisse me rendre en Italie, en compagnie de M»' Malo, camérier secret du défunt pontife, et de mon valet de chambre.

» Quittant cette ville, mon regret serait trop grand, citoyens administrateurs, si je ne vous témoignais avant mon départ toute ma reconnaissance pour la manière obligeante dont vous m'avez traité pendant mon séjour ici, soit avant la mort du défunt pontife, soiUaprès son décès. Ce n'est pas à moi seul à rendre Thommage dû à vos vertus pour les égards que vous avez eus pour le défunt Pie VI lorsqu'il était vivant, et surtout dans les derniers moments de sa vie. La place distinguée que Tadministration centrale de la Drôme a acquise pour cela dans l'opinion publique, est le prix bien satisfaisant qu'elle en devait attendre.

i> Il ne me reste donc qu'à vous assurer que le souvenir de vos bontés envers moi sera toujours gravé dans mon cœur, et à vous prier d'agréer les assurances du profond respect avec lequel je suis, citovens, votre très humble et très obéissant serviteur.

» J. Spina, archevêque de Corinthe. »

La demande du prélat était trop bien motivée pour être suivie d'un refus. Elle était d'ailleurs formulée en des termes si flatteurs pour l'administration, que celle-ci ne pouvait sans se déshonorer l'accueillir avec indifférence.

Mais la situation était difficile, et l'administration se trouvait dans un extrême embarras. D'ime part

elle avait reçu du ministre de Tintérieur Tordre de faire sortir immédiatement M^ Spina du territoire dç la République, et d'autre part elle avait entre les mains une lettre confidentielle du ministre de la police qui lui enjoignait de refuser au prélat les passe-ports qu'il demandait. Voici cette lettre, en date du 14 nivôse an viii.

Le ministre de la police générale de la République à l'administration centrale de la Drame.

a Citoyens,

» J'approuve la disposition par laquelle vous avez suspendu la délivrance du passe-port que réclamait Tarchevêque de Corinthe, exécuteur testamentaire du feu pontife Pie VI.

» Je vous recommande même confidentiellement et sous votre responsabilité de faire exercer sur lui la surveillance la plus active, attendu qu'il importe aux vues ultérieures du gouvernement que cet étranger ne puisse *pas retourner à Rome dans le moment actuel.

» Je laisse, au surplus, à votre sagesse le soin de. concilier dans cette surveillance ce que prescrit la loyauté française avec ce que veulent les circonstances impérieuses qui motivent cette mesure.

» Salut et fraternité.

Page 1