‹ Pie VI à Valence, recueil de documents authentiques et inédits sur le séjour et la mort àChapitre 17 sur 20 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

EXHUMATION DES RESTES DE PIE VI. TRANSPORT A ROME. RETOUR DU CCEUR A VALENCE.

On connaît les grands événements qui suivirent de près la mort de Pie VI : l'élection de Pie VII à Venise, la conclusion du fameux concordat de 1801, sont des faits qu'il suffît de rappeler. La Providence dirigeait les esprits dans le sens d'une pacification religieuse après laquelle soupirait depuis longtemps l'Europe tout entière, et que devait inaugurer en quelque sorte la réhabilitation de la mémoire de l'infortuné Pie VI. Le corps de l'illustre défunt reposait depuis un an dans un humble caveau du cimetière de Valence, lorsque M»' Spina, l'un des négociateurs du concordat, obtint enfin du premier consul l'autorisation de faire transporter à Rome cette précieuse dépouille. Voici les lettres écrites à ce sujet au préfet de la Drôme par les ministres Chaptal et Talleyrand :

« 11 frimaire an x.

Lettre du ministre de l'intérieur au préfet de la Drame.

X) M^ Spina ayant demandé au premier consul, de la part du pape, que le corps de Pie VI, déposé dans le cimetière de Valence, lui fût remis pour être transporté à Rome, et le premier consul y ayant consenti, vous voudrez bien, citoyen préfet, au passage prochain de M^^"" Spina par Valence, lui faire remettre les restes du pontife défunt avec toute la décence convenable, mais sans aucun appareil.

» Je vous salue.

» Chaptal. »

« Paris, Mmaire au x.

A u préfet de la Drame.

» Citoyen administrateur. M**" Spina, archevêque de Corinthe, après s'être acquitté de la commission qui lui avait été confiée, traverse votre département pour retourner à Rome. Vous voudrez bien lui donner pour son voyage toutes les facilités qu'il pourra désirer. M^ Spina, par la manière dont il a rempli sa mission, a su parfaitement se concilier Testime et la bienveillance du gouvernement, et a obtenu du premier consul qu'à son passage par Valence, on lui remît le corps de Pie VI pour le trans-

porter à Rome. Je vous invite donc à disposer les choses de telle sorte que tout se fasse à cet égard avec décence, mais sans aucun appareil.

» Je vous salue.

» Le ministre des relations extérieures^

» Talleyrand. »

Le préfet de la Drôme était alors à Lyon auprès du premier consul, ainsi que M*^' Spina. Ils concertèrent ensemble les mesures à prendre pour Texécution des ordres qu'on vient de lire, et le préfet les transmit au citoyen Chaponnet, conseiller de préfecture à Valence, lequel rédigea aussitôt l'arrêté suivant :

« !•' niYÔse an x.

Arrêté concernant Cexhumation de Pie VI.

y> Vu la lettre du ministre de Tintérieur en date du 11 frimaire dernier, portant invitation de remettre le corps de Pie VI à M^ Spina, qui en a obtenu Tagrément du premier consul, à qui il avait été demandé de la part du pape Pie VII ;

» Vu la lettre du préfet de la Drôme, écrite de Lyon le 30 frimaire, jour d'hier, de laquelle il résulte qu'il s'est concerté avec W Spina sur les moyens de remettre le corps de Pie VI avec décence, mais sans aucun appareil , ainsi que l'a recommandé le mi-

nistre, et dans laquelle lettre il indique que Texhumation doit avoir lieu de nuit, pour éviter toute espèce de rassemblement nuisible au transport, et le corps transféré à la préfecture pour être par suite remis à M^ Spina :

» Le conseiller de préfecture , en remplacement du préfet absent,

» Arrête :

» Que dans la nuit du 2 au 3 nivôse, le corps du pape Pie VI, enterré à Valence, sera exhumé, ainsi que ses entrailles, qui sont dans un coffret particulier, et que le tout sera transféré dans une des salles de la préfecture.

» Que le commandant de la place est invité à tenir la porte de la citadelle ouverte pour que la translation puisse avoir lieu.

a Que le maire de Valence, ou l'adjoint en son absence, et le commissaire de police, devront faire procéder à Texhumation.

» Qu'ils commettront à cet effet un ouvrier intelligent et discret pour faire l'ouverture du caveau, et qu'alors, et en présence du maire ou adjoint et du coffunissaire de police, il sera commis un nombre de militaires suffisant pour la translation du corps.

» Qu'il sera dressé un procès-verbal de l'exhumation et de la remise à la préfecture, pour être statué ce que de droit. »

L'opération prescrite par cet arrêté fut présidée, en Tabsence du maire, par Gabriel Boveron et Michel Pinet, adjoints de Valence. Le premier est déjà connu, on se souvient du dévouement avec lequel il s'efforça d'adoucir les rigueurs de la captivité de Pie VI en sa qualité de membre de l'administration centrale, alors que le malheureux pontife était l'objet des plus odieuses vexations de la part des agents du Directoire. Boveron, revenu au pouvoir, était encore ce qu'il avait toujours été. U trouva bientôt l'occasion de signaler ses sentiments de profond respect pour la mémoire de Pie VI. Ce fut lui, en effet, qui rédigea de sa main le procès-verbal suivant, qui fut pour lui, comme on le verra plus tard, une source de chagrins et de tribulations.

PROCÈS-VERBAL d'EXHUMATION DU CORPS DU SOUVERAIN

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