SA MORT. SON INHUMATION
Pie VI quitta Grenoble le 10 juillet; il n'avait avec lui que son confesseur, le P. Fantini , et deux valets de chambre. Quelques soldats républicains sous les ordres du commissaire directorial du département de risèrelui servaient d'escorte ; puis venaient, dans une deuxième voiture, les séculiers au service du pape, et le médecin Duchadoy, qui l'accompagnait depuis Briançon.
On alla ce premier jour jusqu'à TuUins. Le 11 on continua le voyage jusqu'à Saint-Marcellin, où le pape demeura le jour suivant pour se reposer. Le 13 on gagna Romans, et le commissaire du département de risère fut remplacé par celui du département de la Drôme.
<c En approchant de Romans, dit M. l'abbé Baldassari, on se trouva entouré d'une si grande multitude,
qu'eu égard à la population , il ne s'était peut-être rien vu de pareil en Italie ni en France, Tout ce peuple paraissait animé d'un saint enthousiasme. De toutes parts on demandait au saint-père sa bénédiction apostolique, et chacun s'efforçait de voir et de contempler de son mieux cette figure si auguste et si vénérable. Un des valets de chambre, pour ôter autant que possible au gouvernement républicain tout prétexte de plainte et de vexation, crut en baissant les jalousies de la voiture modérer ce grand empressement. Cette idée ayant été approuvée par le P. Fantini, et Pie VI ne s'y opposant pas, toutes les jalousies furent baissées. La population se mit à crier avec force : a A bas les jalousies 1 nous voulons voir le pape. » Comme on n'acquiesçait pas de suite à ces réclamations, des murmures éclatèrent contre le commissaire, auquel on imputait cette nouvelle mesure. Plusieurs voulaient arrêter la voiture. Dès que le commissaire sut de quoi il s'agissait, il ordonna de lever les jalousies, et le peuple, s'apaisant, demanda de nouveau la bénédiction que le pape se plut à lui donner. Plusieurs blâmaient hautement l'injuste persécution qu'on faisait souffrir au vicaire de Jésus-Christ ; Pie VI, les entendant, leva les yeux au ciel, comme pour leur dire qu'il fallait se résigner humblement aux ordres de la divine Providence. Le reste du voyage fut tranquille.
» Près de Romans, où la foule allait toujours crois-
sant, se trouvèrent quelques membres de Tadministration municipale, ©ans la ville, les balcons et les fenêtres étaient remplis de monde habillé comme aux jours de fête, et en avant de la voiture du pape on voyait une troupe de jeunes filles vêtues de blanc, portant de jolis paniers pleins de fleurs, dont elles jonchaient le chemin juqu'à la maison où descendit Sa Sainteté.
» Les habitants de Romans se rassemblèrent en grand nombre autour de cette maison, demandant à grands cris que le pape parût et qu'il leur donnât sa bénédiction. Déjà plusieurs étaient parvenus à s'introduire, malgré la résistance des gardes ; ceux-ci ayant fermé les portes, le peuple menaça de les enfoncer. Le commissaire du Directoire et les membres du conseil municipal, craignant quelque désordre, crurent qu'il fallait trouver un moyen de satisfaire la multitude. On proposa de placer Pie VI au fond d'une chambre, et de faire défiler le peuple, sans lui permettre de s'arrêter ou de s'approcher de Sa Sainteté ; mais il fut résolu que le saint-père se montrerait à un balcon. Le commissaire avertit les personnes de la suite du pape, qui, ne voulant pas céder trop facilement à cette invitation, demandèrent qu'elle leur fût présentée par écrit. Le commissaire, pressé par les circonstances, se soumit à cette formalité, et le saint-père fût porté au balcon, où il resta quelques instants, et donna sa bénédiction au peuple. La
foule témoigna sa joie par de vives acclamations (^). » Ces faits ne sauraient êtf e révoqués en doute. Ils ont été attestés par de nombreux témoins, et se trouvent du reste confirmés par le rapport suivant du capitaine de gendarmerie qui commandait Tescorte.
a Valence, 27 messidor an yii.
Fauvin^ lieutenant de gendarmerie de résidence à Valence, au citoyen Fougère^ capitaine de gendarmerie dans la Drame.
» Je m'empresse, citoyen capitaine, de vous rendre compte de la mission que vous me donnâtes le 22 de ce mois, d'aller à Saint-Marcellin à Teffet d'escorter le pape, de cette commune à Valence. Je m'y suis rendu avec dix gendarmes, le même jour 22. Le pape y arriva le 23, à neuf heures du matin, y séjourna le 24. Il était escorté par un détachement de gendarmes de l'Isère, qui ne nous employa pas, parce que Saint-Marcellin est encore du département de l'Isère.
(i) On lit dans un recueil du temps une circonstance assez curieuse^ dont nous ne prétendons pas , toutefois , garantir Tauthenticité. Les Annales philosophiques de iSOO racontent que le commissaire, pour mettre à couvert son honneur et en repos sa conscience patriotique, protesta, sur les registres de la municipalité de Romans, contre la force majeure qui l'avait contraint de faire ce sacrifice à son républicanisme, et contre la bénédiction du pape, faite, disait-il, sans la soumission préalable aux lois et sans le serment de haine à la royauté*
» Le 25 , le pape se mit en route pour Romans, toujours avec la même escorte, à laquelle je me joignis avec les dix gendarmes de la Drôme. A la frontière du département , les pouvoirs du commissaire de risère cessèrent, et le citoyen Roussillac, commissaire ad hoc pour lé département de la Drôme, se chargea de la personne du pape. A une lieue de Romans, nous commençâmes de trouver une foule immense d'hommes et de femmes, qui ne fît qu'augmenter jusqu'à Romans; j'estime que le nombre des individus que nous avons rencontrés, tant sur la route que dans les rues de Romans, peut se porter à quatre ou cinq mille. La route en était obstruée au point que je fus obligé d'ordonner aux postillons de deux voitures que nous rencontrâmes de s'arrêter , pour ne pas laisser écraser une centaine de personnes. Les individus qui étaient dans ces voitures ordonnaient aux postillons de passer au trot parmi la foule; cette inhumanité était révoltante. Les femmes de Romans et des communes environnantes se rassemblèrent, sur les cinq heures du soir, au noihbre d'environ deux mille, devant le logement du pape , et voulurent absolument le voir; elles forcèrent deux fois la garde et inondèrent les appartements , mais elles ne purent parvenir jusqu'à celui du pape. On parvint cependant à les faire sortir, mais avec beaucoup de peine. Pour dissoudre ce rassemblement, le pape fut présenté à la croisée environ une minute. Le
rassemblement alors se dissipa peu à peu. Le 26, à quatre heures du matin, nous partîmes de Romans, toujours accompagnés par le peuple, et à huit heures le pape arriva à la citadelle de Valence, où étaient les membres des autorités constituées.
» En général, j'ai remarqué que Taffluence d'individus qui se portaient sur le passage et au logement du pape était composée, dans le département de risère, les trois quarts de fanatiques et le reste de curieux, tandis que dans le département de la Drôme les deux tiers étaient de curieux, qui en agissaient même très lestement, et le reste poussé par une dévotion brute W.
» Le lieutenant de gendarmerie,
» Fauvin. »
Ainsi le pape, parti de Romans le 14 juillet, à
(1) Voilà un gendarme qui était doué d'une merveilleuse perspicacité ! n ne dit pas cependant que la plupart de ses camarades furent touchés de cette dénotion brute des spectateurs. On lit , en effets dans la Vie de Pie VI, par Artaud de Montor : u Quand on fut arrivé dans le déparlement de la Drôme^ on admira la complaisance des gendarmes de T escorte. Aussitôt que le peuple le demandait^ ils permettaient y avec le consentement du pape, qu*on fit arrêter la voiture^ et ces soldats > le montrant au peuple, lui disaient : « C'est celui qui est habillé de blanc et qui est assis à droite. » Malgré la chaleur. Pie VI avait ordonné que la voiture restât découverte. *I1 y eut même de ces imprudents gendarmes , comme disait le pape, qui enjoignaient aux spectateurs d*6ter leur chapeau. (Artadd db Mou- TOR, Vie de Pie VI, p. 44i .)
quatre heures du matin, arriva à Valence à huit heures. Toute la population de la ville accourut à sa rencontre, et ce fut la seule fois qu'il lui fut donné de le voir pendant les quarante jours qu'il demeura au milieu d'eux.
En arrivant, Pie VI fut conduit à Thôtel du Gouvernement , où il retrouva M*^' Spina et les autres personnes qui l'avaient précédé à Valence. On ferma aussitôt les portes de la citadelle, et le souverain pontife fut déclaré en état d'arrestation. Le lendemain, l'arrêté relatif à sa surveillance, 6t portant la signature des quatre administrateurs, fut publié et affiché dans toute la ville, qui s'indigna des rigueurs dont il menaçait l'auguste prisonnier.
L'administration centrale était demeurée sourde aux plaintes du commissaire du Directoire, qui avait cassé l'arrêté, et aux protestations du citoyen Boveron, qui avait refusé de le souscrire. Celui-ci, justement révolté de la conduite de ses collègues, fit aussitôt imprimer et placarder à côté de l'arrêté,
dans les rues et sur les places publiques, l'exposé de ses griefs contre l'administration centrale,^ ainsi que les motifs de son opposition aux mesures de rigueur qu'elle avait décrétées contre le souverain pontife. Ses collègues, aussitôt qu'ils eurent pris connaissance de ces faits, s'en montrèrent très irrités. Ils se réunirent alors et rédigèrent séance tenante un procès-verbal, puis une lettre emphatique
et pleine d'injures contre le courageux Boveron. Nous reproduisons ci-après les pièces relatives à ces tristes débats.
« Cejourd'hui vingt-neuf messidor an vu de Tère républicaine, sur les neuf heures du matin, ensuite des ordres donnés par l'administration centrale de la Drôme, est comparu devant elle Louis- Victor Gros, crieur public, habitant la commune de Valence, lequel, interpellé de déclarer en vertu de quel ordre il a affiché ce matin, dans divers lieux de cette commune, un imprime en placard, commençant par ces mots : Protestation du citoyen Boveron , administrateur du département de la Drôm^y contenant, 1*" une lettre par lui adressée au commissaire central ; 2** la réponse de ce dernier ; 3** une signification faite au citoyen Bénistant, duement signée par le citoyen Boveron et Syrand, huissier, et finissant par ceux-ci : Proteste de tout ce que de droit, et pour que le citoyen Bénistant n'en ignore, je lui ai laissé copie de ladite lettre et du présent exploit, ete., a déclaré que sur les sept heures et demie du matin, le citoyen Boveron, administrateur, Ta fait appeler pour se rendre surle-champ dans son domicile ; que s'y étant transporté, le citoyen Boveron en personne lui a fait remise de quinze exemplaires du placard dont* s'agit, avec ordre de l'afficher de suite dans les divers
quartiers de cette commune, ce qu'il a exécuté, rassuré par le caractère de celui qui lui a donné ledit ordre.
» A lui demandé s'il avait encore en son pouvoir quelques exemplaires dudit placard , a répondu qu'il s'en trouvait un, lequel, déposé sur le bureau, a été paraphé iie varietur par le président.
» Lecture faite de sa déclaration, a persisté et signé avec nous administrateurs.
» Signé : Daly, Leroy, Algoud et Gros. »
Lettre adressée par tadministration centrale de la Drame au commissaire du Directoire exécutif à Valence.
ce Informés par la voix publique , citoyen , que Ton affiche ce matin aux différents quartiers de la ville un imprimé en placard intitulé : Protestation du citoyen Boveron, administrateur du département de la Drôms, et dans la supposition que cet acte ne pouvait être que le fruit de la malveillance, nous nous sommes hâtés d'en connaître la source, et contre notre attente, nous nous sommes douloureusement convaincus, par la déposition de l'afficheur, que son auteur est réellement un de nos collègues, le citoyen Boveron.
» Sans entrer dans le détail des circonstances qui y ont donné lieu, il nous suffit d'avoir remarqué que cet écrit, basé sur le mensonge et la fausseté, porte
avec lui le cachet de Timprobation, et les signes bien manifestes de la part de son auteur, de rallumer dans cette circonstance les torches du fanatisme, exaspérer les esprits faibles et timides, et de se former un parti parmi les sicaires du trône et de Tautel.
» S'il est pénible pour nos cœurs d'avoir à déchirer le voile sous lequel on s'efforce d'allumer le flambeau de la discorde parmi nos administrés, nous devons à la vérité et à nos devoirs un acte qui puisse conjurer les événements désastreux auxquels l'imprimé dont il s'agit peut donner lieu.
» En conséquence, nous vous invitons, et au besoin vous requérons, de faire procéder sur-le-champ à l'enlèvement desdits placards, comme faux , calomnieux, tendant à troubler la tranquillité publique et à réveiller le fanatisme.
» Vous voudrez bien nous rendre compte du résultat de cette opération, et en dresser procès-verbal,
» Salut et fraternité, o)
Le même jour, Boveron écrivit à Paris aux représentants du département de la Drôme, la lettre suivante ; elle achèvera de faire connaître les hommes entre les mains de qui était tombé Pie VI.
« Valence, 29 messidor an yii.
y> Citoyens représentants,
))*Un incident extraordinaire, Tarrivée du pape dans ces contrées, a donné lieu à un arrêté du département de la Drôme que j'ai improuvé.
» La hiérarchie des pouvoirs y est méconnue.
Plein de respect pour les autorités établies par la loi constitutionnelle, je n'ai pu supporter de les voir avilies. Il m'importait donc de publier mon opinion, et je Tai fait avec le courage et la fermeté que m'imposent l'honneur et le devoir. Je mets sous vos yeux des protestations qui constatent mes principes. Comment se fait-il, citoyens représentants, qu'une conduite aussi régulière m'ait suscité la haine de mes collègues, qui m'outragent aujourd'hui et me calomnient avec un acharnement et une indécence qui n'eurent jamais d'exemple ?
» Dans la séance publique d'hier soir, composée de quatre, meihbres, savoir les citoyens A., D., L. et moi, le premier. A., qui y avait appelé ses affidés, me fit une sortie des plus violentes, des plus extraordinaires, et à laquelle tous les assistants s'attendaient, excepté moi. Il est aujourd'hui démontré que mes collègues s'étaient clandestinement concertés pour me faire tomber dans le piège qui m'était préparé. A. commença par me soutenir en face,
avec des clameurs de Stentor, que j'avais consenti à Tarrêté du 24, et que vainement je voulais protester. L'assurance que je montrai intimida les citoyens D. et L., qui, pendant une heure que durèrent les vociférations de mon antagoniste, ne proférèrent pas une seule parole.
» A. me prodiguait les épithètes les plus bizarres, élevait des griefs qui n'avaient pas le sens commun, mais avec de tels cris, de tels hurlements, de tels piétinements, qu'il m'était impossible de me faire entendre ; il asséna plus de cent coups de poing sur la table du bureau, et de sa main furibonde il brisa le fauteuil qui se trouvait devant lui.
» Au milieu de ce fracas je me tus, je m'assis, et je reçus dans un silence jiécessaire, toutes les bordées de mon détracteur.
» Le silence, loin de l'apaiser, ne fit que redoubler sa rage : il l'attribua au mépris, au dédain. Alors il s'agita comme un énergumène, et, se trouvant humilié de n'avoir point d'interlocuteur, il s'en prit à ses deux collègues L. et D., auxquels il adressa, d'une voix qui fit trembler les vitres, ces remarquables paroles : « Vous êtes des lâches, vous » m'avez abandonné, vous ne m'avez pas soutenu ; ».je vous abandonne à mon tour, et je ne veux plus y> délibérer. »
» Vous voyez, citoyens représentants, que ce ne serait pas un très grand malheur si cette tête sulfu-
reuse et rancunière venait à cesser toute espèce de délibération. Pour moi, frappé de cette naïveté, je pris une envie soudaine de délibérer dans mon petit à parte ^ et le résultat de mes réflexions fut que mes estimables collègues avaient charitablement ourdi contre moi une trame insidieuse et perfide. De nouvelles querelles survenues ce matin au milieu d'un colloque secret et très véhément entre A. et D., m'entraînent dans cette conviction. Le premier répétait au second les reproches de la veille ; c'était toujours un lâche qui embarquait ses amis dans des affaires fâcheuses, et puis qui les abandonnait dans le naufrage. Pour le calmer, D. disait : <c Eh 1 mais tais-toi , mon cher camarade, on va » nous entendre, tu vas évçnter la mine. Est-il pos- » sible que tu aies oublié ce dont nous sommes con- » venus? » D. faisait là une excellente réflexion, il ne se trompait pas ; Toreille vigilante du commissaire était collée à la porte , et cette oreille a bien entendu, bien retenu.
» D'après cet incident, dont j'aurais bien voulu vous épargner Tennui, il est clair, citoyens représentants, que je suis en guerre ouverte avec des ennemis d'autant plus dangereux qu'ils sont haineux et méchants. Dans cette crise, je me place sous vos ailes protectrices, et je vous prie de me défendre contre les traits venimeux de ces harpies dévorantes. A l'égard des protestations que j'ai déjà faites
et que j'ai Thonneur de vous faire passer^ je me flatte qu'elles obtiendront votre approbation. Mon attachement à la constitution, au maintien des principes, mon respect pour Tautorité supérieure, m'ont imposé l'obligation de les émettre, et ma confiance en vous, mon parfait dévouement, m'imposent celle de vous en donner connaissance. Il n'en faut pas davantage, citoyens représentants^ pour espérer de les voir accueillies avec ces témoignages ordinaires de vos bontés, dont le souvenir est toujours présent
à mon cœur sensible et reconnaissant.
» Salut et fraternité.
» BOVERON. »
Les félicitations des honnêtes gens ne firent pas défaut au courageux administrateur devenu l'objet de la haine implacable de ses collègues. Des témoignages de sympathie lui arrivèrent de toutes parts. Nous ne mentionnerons ici que le suivant :
« Au BuiSy le 9 thermidor an th.
» n m'a été remis, citoyen, un exemplaire de votre protestation. Il est bien glorieux pour la chose publique de notre département de voir dans le sein de son administration un homme dont la fermeté puisse, dans l'occasion, répondre de son salut et l'assurer de l'exacte observation des principes. Il me paraît du devoir de tout citoyen d'applaudir à
une conduite aussi élogiçuse que la vôtre, et je crois remplir le mien que de m'acquitter envers vous du tribut d'admiration que la saine portion du public s'est plue d'accorder à votre énergie.
» Salut et vénération.
» Bertrand-Monfort,
» Ex-constituant. »
Cependant l'infortuné Pie VI était soigneusement gardé à vue dans sa prison. Seules les personnes de Sa suite et l'ambassadeur d'Espagne étaient autorisés à venir lui présenter leurs hommages et à pourvoir à ses besoins.
Curnier, commissaire du Directoire, chargé par le ministre de la surveillance du pape, se rendait aussi quelquefois à l'hôtel du Gouvernement, et témoignait beaucoup de zèle pour adoucir le malheureux sort du pontife exilé. Il voulut que l'auguste vieillard pût sortir et prendre l'air dans le jardin, et il permit même à quelques personnes recommandables d'aller le visiter. Mais l'administration paralysa tout le bon vouloir de l'honnête commissaire. Curnier, qui voyait son autorité méconnue, s'en plaignit au Directoire exécutif; mais, en attendant sa réponse, on continua d'exécuter fidèlement les mesures vexatoires prescrites par les administrateurs. Ceux-ci s'étaient rendus auprès de Pie VI le lendemain même de son emprisonnement. L'entrevue
avait été courte ; le vénéré pontife les avait reçus avec politesse ; il n'avait pas encore connaissance de Tarrété relatif à sa détention, et quand ^ien même il Teût connu, sa douceur et sa patience ne se seraient pas démenties. Le président de Tadministration lui fit part des mesures qu'elle avait prises, et lui promit sa protection, k ce mot, le souverain pontife, se tournant vers ses fidèles serviteurs, leur dit avec un sourire d'étonnement : Protezione! protezione/ et les administrateurs se retirèrent.
Le scandale était à son comble; Tautorité supérieure crut enfin devoir intervenir pour y mettre un terme. Le ministre de Tintérieur écrivit à Tadministration centrale et au commissaire du Directoire. Nous n'avons pu retrouver ces deux lettres, mais on jugera de leur teneur et de l'impression qu'elles produisirent, par les lignes suivantes, empruntées à la correspondance de l'administrateur Boveron avec M"' de Montpezat, demeurant à Paris (0.
« Valence, 12 thermidor an th.
» Je ne puis me repentir d'avoir publié, imprimé, affiché mon opinion concernant l'arrêté du pape. Je
(1) M"^ de Montpezat, issue de la famille d*Agout, de Grenoble, était veuve de M. le marquis Jacques-Timothée Trémolety de Montpezat. Cette dame avait de grandes obligations à Gabriel Boveron, qui Tavait aidée à rentrer dans la jouissance de ses biens confisqués ou vendus pendant son émigration.
ne me suis pas dissimulé les dangers auxquels cette détermination allait m'exposer; mais Thonneur commandait, j'ai obéi.
» Le ministre de l'intérieur a écrit au commissaire une lettre qui prêche la concorde et l'union . Cette lettre ne donne raison à personne. Celui-ci la tient secrète. Il ne l'a communiquée qu'à moi; mais les Mandrins en ont reçu une autre du même ministre qu'ils cachent à tout le monde, excepté à leurs nombreux complices. Il ne^ m'est rien parvenu de ce qu'elle contient, je sais seulement qu'elle est fulminante. Ils sont en deuil, ils portent sur leur sinistre figure la livrée de la rage et du désespoir.
» J'ai été des premiers à démêler leurs peines sur leurs visages renversés. Ils ont envoyé ces jours-ci des paquets énormes à plusieurs ministres; ils se lèvent de grand matin pour broyer du noir à plein mortier. Je m'en inquiète peu. Assuré de ne point vous déplaire en suivant, par instinct, l'impulsion de mon cœur, je laisse gronder l'orage et me résigne à tous les événements
» La société populaire de cette ville est composée d'une trentaine d'individus, parmi lesquels on compte mes quatre collègues. Elle délibère à huis-clos. L'entrée en est interdite à tous les profanes. Là, on agite les grands intérêts de la patrie, et pour la sauver, on y dénonce à tort et à travers tous les hommes qui ne partagent pas l'enthou-
sîasme des honorables membres. Comme malheureusement le nombre des âmes tièdes est très grande c'est une conséquence que celui des dénonciations est excessif. On pense que cela va vivifier Tesprit public, doubler le courage des conscrits, restaurer les finances; ce qui nous présage des victoires, des conquêtes et l'affermissement du régime propice sous lequel nous avons le bonheur de vivre
» Ces honnêtes gens s'amusent de temps en temps à me faire des niches ; cela les divertit fort, et je m'estime heureux de pouvoir contribuer à leurs plaisirs. Voici la petite pièce qu'ils me jouèrent hier : Ils me présentèrent une trentaine de circulaires à signer. J'en regardai d'abord la tête et la queue, pour savoir s'il s'agissait du pape, mon usage étant de ne point toucher à l'arche du Seigneur.
» Voyant qu'il n'y était question que de contributions, et sachant bien que Sa Sainteté n'avait pas assez séjourné dans cette ville pour y être mise à la taxe nobiliaire et somptuaire, je signai rondement. Mais que signai-je ? Une diatribe violente contre le conmiissaire, que l'on accusait, devant toutes les municipalités du ressort, d'insouciance et d'apathie dans le recouvrement des impositions. Le commissaire n'est point fâché contre moi , il voit bien conmie j'ai été trompé; mais il faut convenir que cette ingénieuse facétie est digne en tous points de la délicatesse de mes charmants associés.
» Quand serai-je sorti de ce coupe-gorge affreux ? Je n'ose point me démettre, on l'imputerait à faiblesse, peut-être même à lâcheté. Il faut donc rester ; mais combien je désirerais une bonne et salutaire destitution !
y> BOVERON. »
Curnier luttait vainement avec les passions de toutes sortes qui s'agitaient autour de lui. Contrarié dans ses desseins par les membres de l'administration centrale , impuissant à calmer leur colère et à faire prévaloir son autorité méconnue, il résolut de se démettre de ses fonctions. Informé de ce dessein, son ami Boveron s'empressa d'écrire à Paris, le 22 thermidor :
« Valence, 22 thermidor an vu.
» Le commissaire près de notre administration, après avoir longtemps lutté contre la méchanceté de mes collègues, vient de présenter sa démission au ministre de l'intérieur. Lorsque ses réquisitions sont méprisées, que l'autorité directoriale est méconnue, et que, loin de le protéger, cette autorité suprême le livre à la merci d'une administration barbare et d'un club anarchique, il est fondé, je crois, à abdiquer des fonctions où il ne peut faire le bien dont son cœur fut toujours animé. Les pièces que je mets sous vos yeux vous instruiront mieux que je
ne saurais le faire moi-même, de la position pénible dans laquelle il se trouve.
» Je la partage, cette position cruelle, puisque c'est pour avoir soutenu Tarrêté du Directoire exécutif relatif au pape que je suis en butte aux traits de ses ennemis, devenus les miens.
» Que deviendra le département de la Drôme si "bn lui enlève les magistrats qui seuls jusqu'ici ont développé Ténergie nécessaire pour faire respecter les lois et la hiérarchie des pouvoirs? Cependant il faudrait être doué d'une force surhumaine pour rester plus longtemps avec des collègues qui ne veulent que le désordre, et qui ameutent contre moi tous les scélérats de ces contrées. Nous osons l'avouer, le courage nous abandonne. Néanmoins, si, dans les circonstances difficiles où nous nous trouvons, le Directoire veut faire justice de deux hommes dangereux (Daily et Dédier) , le commissaire consentira à garder sa place, et dans ce cas, je vous prie d'empêcher que sa démission ne soit acceptée. J'ai sa parole, et il m'a promis de vaincre la répugnance qu'il a de fraterniser avec Algout et Leroy, qui ne sont que des anarchistes, mais que l'on peut espérer de contenir si la composition devient meilleure. Sans doute, le gouvernement entendra mal ses intérêts s'il ne prend ce parti. Le nombre de ses ennemis est ici fort considérable ; il va croissant, et chaque jour on conspire contre les directeurs Barras
et Sieyes. C'est dans Tombre des ténèbres que Ton forge des armes destinées à les renverser, et c'est dans le cercle dit constitutionnel qu'on leur porte les coups les plus perfides. Dans cet ordre de choses, le Directoire peut aisément choisir entre ceux qui lui sont dévoués et ceux qui veulent le perdre. Chacun a fait ses preuves
» BOVERON. »
Trois jours après, Curnier écrivit lui-même au ministre de Tintérieur :
« Citoyen ministre,
y> Je vous disais dans mes précédentes lettres que je n'avais jamais donné aucun scandale, et que depuis que j'existais, malgré mon caractère de fermeté, je n'avais jamais prêché que Tunion, la concorde et la fraternité, surtout parmi les autorités dont j'avais fait partie; que j'avais su oublier des injures personnelles et même les pardonner, pour ne m'occuper que du bonheur commun ; qu'ainsi c'était affecter ma sensibilité que de m'atlribuer une partie de celui qu'avaient donné au public plusieurs membres de l'administration centrale de la Drôme, dans sa séance du 25 messidor dernier. Je vais aujourd'hui finir d'éclairer votre religion, vous apprendre à connaître quel est le caractère de ces administrateurs, combien il est dangereux qu'ils restent en place, quel
exemple funeste ils donnent à leurs administrés, qu'ils provoquent aux vengeances et à l'assassinat, et par conséquent à la guerre civile, au lieu de leur prêcher le pardon des injures, ou du moins de n'invoquer que la vengeance des lois lorsqu'ils se croient insultés.
» On dit qu'un nommé Foret, ci-devant prêtre, dans la séance de la société populaire de la commune de Valence, du 22 de ce mois, monta à la tribune, et qu'il dénonça les citoyens Daily et Dédier, administrateurs du département, comme faisant partie des chefs de bandes des assommeurs, le premier de ceux de Lyon, le second de ceux de Marseille.
» Je crois que c'était là une calomnie, mais la dignité dont ces deux citoyens étaient revêtus devait les engager à la mépriser, ou du moins à n'en faire punir le téméraire auteur que par les voies légales, pour ne pas montrer au peuple l'exemple terrible de la réaction et de la vengeance. Point du tout; ces deux magistrats attendent une circonstance qui puisse donner encore plus d'éclat à leur ressentiment et justifier le tocsin de l'assassinat public-^
» Avant-hier, jour de la fête du 10 août, sur les six heures du soir, au milieu du Champ de Mars, où le peuple s'était rendu en foule avec toutes les autorités constituées, pour assister à des courses à pied et à cheval, pour jouir du doux spectacle d'un banquet fraternel, se livrer au plaisir de la danse, à des
chants civiques, les citoyens Daily et Dédier, ces deux magistrats du peuple qui ne devaient se montrer qu'avec leur caractère public et embellir cette fête par un ton de décence et de retenue, viennent tout à coup la changer en un jour de deuil. Ils aperçoivent le citoyen Foret dans la foule. S'élançant sur lui comme des lions rugissants, ils lui donnent, en présence de tout ce monde, plus de deux cents coups de canne qu'ils lui cassent sur la tête, sur les reins, sur les bras, et il n'est soustrait à leur aveugle fureur que par des hussards à cheval qui accourent aux cris Aux assassins, l'arracher d'entre leurs mains et protéger sa fuite. Tous les assistants semblaient pétrifiés, et personne n'avait osé empêcher les deux magistrats de consommer leur crime.
» Citoyen ministre, je m'interdis toute réflexion ; mais s'il reparaît des bandes de Jéhu et du Soleil qui assassinent en pleine place, en pleine rue, ceux qu'ils accusent de les avoir dénoncés, de quel droit pourrait-on les poursuivre et les faire punir, puisque les premiers magistrats leur donnent l'exemple de se venger eux-mêmes, sans l'intervention de la loi, qu'ils méprisent et apprennent à méconnaître. Alors la guerre civile n'éclatera-t-elle pas ? Alors le sang ne coulera- 1- il pas à torrents? Alors la France ne deviendra-t-elle pas un vaste et sombre tombeau?
» Salut et fraternité. Curnier. »
Tels étaient les administrateurs qui, par un abus de pouvoir inconcevable, s'étaient constitués les gardiens du souverain pontife. Que Ton juge par leur caractère haineux et violent des égards qu'ils avaient pour leur paisible prisonnier.
Les ordres les plus rigoureux se multipliaient; chaque jour la surveillance devenait plus exacte et plus sévère ; des sentinelles furent placées jusqu'aux portes de la chambre où couchait le saint-père et aux fenêtres de son appartement sur le jardin , comme si l'on eut craint de voir s'évader ce vieillard paralytique et renfermé dans les hautes murailles d'une citadelle.
La consigne du poste était ainsi conçue :
« Sur la terrasse, un sergent, un caporal et dix fusiliers,; deux sentinelles pour examiner s'il n'y a point.de rassemblement dans la campagne ; une au pied du mur. Dans ce cas, on avertirait de suite le chef du poste, qui, à son tour, en préviendrait surle-champ l'ofRcier de garde chez le pape. » Tous les jours le commandant de place allait, à des heures différentes, faire sa ronde pour voir si les ordres s'exécutaient exactement.
Chacune des personnes de la suite du pape, à commencer par les prélats, reçut une carte dite de sûreté, sur laquelle étaient inscrits leurs noms et prénoms, leur qualité, leur taille, leur âge et tous les autres indices qui pouvaient les faire distinguer. Au moyen
de cette espèce de sauf-conduit, elles pouvaient sortir de la citadelle et y rentrer à leur gré ; toutefois ces cartes ne leur furent remises qu'à la condition expresse de se conformer scrupuleusement aux ordres de chaque jour. On recommanda surtout aux ecclésiastiques d'éviter avec soin tout ce qui pouvait exciter ou entretenir V enthousiasme et le fanatisme.
Au couchant de la terrasse était le bâtiment des Cordeliers, où se trouvaient renfermés les prêtres que la justice de ce temps avait condamnés à la réclusion. Le pape aurait pu les voir lorsqu'ils étaient dans la cour ; il leur fut interdit de s'y promener, et les ordres les plus sévères avaie;nt été donnés aux sentinelles dans le cas où une conversation tenterait de s'établir.
Malgré tant de consignes et la défense formelle de s'introduire dans la citadelle sans une permission par écrit de l'administration, un grand nombre de personnes se présentaient chaque jour pour obtenir la faveur de visiter le saint-père. Plusieurs gens du peuple qui avaient des relations avec les soldats de garde, s'y introduisaient furtivement sous divers prétextes. Le pape paraissait sensible à cet empressement. Le mouvement qu'il faisait avec la main, surtout quand il voyait des enfants, annonçait qu'il voulait bénir.
Le commissaire Curnier et l'administrateur Bove-
ron rendaient chaque jour visite à Tauguste prisonnier et s'empressaient de fournir aux personnes de sa suite tout ce qui pouvait leur être nécessaire. Ce fut Curnier qui leur procura une chaise roulante, à Taide de laquelle on pronienait de temps en temps Pie VI dans les allées du jardin.
Bo veron parlait avec facilité la langue italienne , ce qui lui permettait de s'entretenir familièrement avec Sa Sainteté. Qiaque fois qu'il était introduit, il voulait se prosterner à ses pieds, mais Pie VI l'en empêchait en lui disant en italien : « Non, ce n'est pas là que vous devez être, mon très cher fils, mais bien sur mon cœur. »
Avant l'arrivée du pape à Valence, l'administration avait examiné si l'on pouvait permettre aux ecclésiastiques qui l'accompagnaient de dire la messe. « Depuis deux mois que nous étions en » France, écrit l'abbé Baldassari , on n'avait jamais )^ prétendu gêner notre liberté à cet égard ; les ad- » ministrateurs de la Drôme, arrêtés par cette con- » sidération, ne voulurent pas se montrer plus » rigoureux que les autres. Il existait dans le château » une chapelle dévastée. On y disposa tout ce qui » était nécessaire, et nous commençâmes à offrir le » saint sacrifice le 15 juillet. D'abord il y eut autant » de messes que nous étions de prêtres, et la cha- » pelle était ouverte toute la matinée. Cela déplut à y> l'administration, et on nous redemanda les clefs de
» la chapelle. Quoique nous pussions choisir une des » chambres que nous occupions pour y célébrer la i> messe, cependant nous regrettions beaucoup d'être » privés d'un endroit spécialement consacré au culte » divin, et pourvu d'un tabernacle où nous conser- » viens la sainte eucharistie. Mais le commissaire » Curnier nous tira d'embarras en nous suggérant » de remettre simplement les clefs sans fermer la » porte. Cet expédient nous réussit, et nous conti- » nuâmes à nous servir de la chapelle, en prenant » toutefois la précaution de ne plus dire qu'une ou » deux messes ; ce qui dura jusqu'à la mort de Pie VI, » après laquelle nous recommençâmes à dire tous la » messe. »
Cependant les fréquentes visites et les complaisances de Curnier et de Boveron ne furent point ignorées des administrateurs du département, qui avaient placé un espion dans l'intérieur même de la citadelle. Ils prirent aussitôt un nouvel arrêté, portant qu'aucun des membres de l'administration départementale ou du corps municipal ne pourrait se rendre en particulier, et sans être revêtu des insignes de ses fonctions, à l'hôtel du Gouvernement.
Outre cet arrêté, dont nous donnons la teneur ciaprès, on intima aux sentinelles l'ordre de ne pas quitter le citoyen Boveron toutes les fois qu'il entrerait dans l'hôtel.
Deuxième arrêté de t administration centrale,
« 16 thermidor an vu.
» L'administration centrale de la Drôme, en interprétation de Tarticle 6 de son arrêté du 26 messidor dernier, relatif au pape et à son séjour à Valence, arrête :
» Que sous aucun prétexte, nul de ses membres ne pourra isolément pénétrer ni visiter dans les appartements du pape, s'il n'est muni pour chaque visite d'une commission ad hoc en constatant la nécessité ; la faculté de s'y introduire sans titre spécial n'étant réservée qu'à l'administration en corps. »
On le voit par les termes de cet arrêté, la surveillance qu'on avait établie autour du malheureux pontife se resserrait et devenait plus sévère de jour en jour. Cependant, aux rigoureux traitements qu'on lui fit éprouver, on n'ajouta pas celui de le dépouiller de ses habits pontificaux. Depuis son départ de Rome jusqu'à sa mort, il porta une longue tunique blanche ou violette bordée d'hermine , une calotte rouge et la croix pastorale. Avant son départ de Rome, on lui avait enlevé jusqu'à son anneau ; la reine Clotilde de Sardaigne lui en fit remettre un autre qu'il porta jusqu'à sa mort et qu'il légua à son successeur, témoignant ainsi de sa foi dans la restauration du pouvoir temporel de la papauté W.
(i) W le cardinal Mathibu, Histoire du pouvoir temporel.
La santé de Tillustre captif sembla se rétablir dans les prenliers jours de son arrivée à Valence ; mais ce n'était là que Teffet de Tagitation produite par les fatigues du voyage. Il tomba peu à peu dans un état de faiblesse qui fit prévoir que le terme de ses jours approchait. Accablé sous le poids de ses quatre-vingts ans qu'il avait si laborieusement accomplis, paralysé de la moitié du corps et réduit à ne pouvoir pas même se soutenir sur ses jambes ni faire un pas, le vénérable pontife épuisait goutte à goutte les douleurs et toutes les amertumes de sa prison. Le matin, après avoir entendu deux messes, il partageait son temps entre sa correspondance, la prière et la lecture de livres pieux. Il ne sortait de son appartement qu'une fois par jour, et quand le temps était beau, on le plaçait sur une chaise roulante et on le conduisait au jardin ; puis il prenait un léger repas, suivi de quelques moments de sommeil, suivant la coutume italienne. Le reste du jour, il demeurait ordinairement seul dans sa chambre, lisant quelques livres pieux ou plongé dans une tristesse et un abattement que Ton regarda bientôt comme un signe avant-coureur delà mort. Il ne se ranimait un peu qu'à la tombée de la nuit, pour réciter le rosaire avec les prélats et les personnes de sa suite.
L'ambassadeur du roi d'Espagne, le chevalier de Labrador, ne laissa jamais passer un jour sans
rendre visite au pontife. Il s'entretenait avec lui et traitait la question des induits et aufres grâces spirituelles sollicitées par le cabinet de Madrid. Le chef de TEglise ne se départit pas d'une fermeté inébranlable, et n'accorda rien qu'après les discussions les plus sérieuses. Quelques jours avant sa mort seulement, on dut renoncer à toute négociation sur les demandes du roi d'Espagne. Le chevalier Labrador continua pourtant à résider à Valence et à pourvoir, comme par le passé, aux besoins du pape et de sa suite.
Le saint-père, pendant tout son séjour à Valence, vécut à ses frais. Le gouvernement français avait bien ordonné qu'on compterait au pape cent écus par jour, mais cette somme ne fut jamais payée. Le collège des cardinaux lui procurait 9,000 francs par mois, le roi d'Espagne 4,000 francs, et M«' Spina recevait 15,000 francs (*).
(i) Une lettre du ministre de la police en date du 6 thermidor an ?ii, adressée à l'administration municipale de Valence, nous apprend quelle était 1^ somme que Tarchevéque de Corinthe recevait chaque mois. Cette lettre, que nous avons trouvée dans les archives de la préfecture de la Drôme, est ainsi conçue : « Je vous préviens, citoyen, qu'un négociant de Marseille, nommé Bérard, est autorisé à faire compter tous les mois au nommé Spina, Joseph, archevêque de Corinthe, à la suite du pape, la somme d'environ 15,000 francs. Je vous recommande de surveiller exactement l'emploi de ces fonds.
» Salut et fraternité.
» BOUEGUIGNOlf. »
Ces fonds, dont une faible partie fut employée aux dépenses et à la tenue de sa maison, lui permirent de faire de nombreuses aumônes. Il donna des secours à plusieurs familles et fit don à l'hôpital d'une somme. considérable. Il voulut aussi laisser un souvenir au médecin Duchadoz, qui l'avait accompagné, et lorsque celui-ci se prépara à retourner à Grenoble, il lui remit une tabatière en or avec cinquante louis.
Cependant sa santé déclinait de jour en jour. La paralysie gagnait les entrailles, il ne pouvait prendre aucune nourriture, et la faiblesse augmentait. Il ne sortait même plus sur la chaise roulante, et passait toutes les journées dans un abattement extrême.
Telle était la triste situation ou plutôt la douloureuse agonie du chef de l'Eglise, lorsqu'au plus fort des chaleurs de l'été, le Directoire, effrayé du voisinage du comtat d'Avignon et de l'approche des armées autrichiennes, qui lui faisaient craindre qu'on ne lui enlevât sa victime, ordonna le transport du pape de Valence à Dijon, par le décret suivant :
« l thermidor an yii.
» Le Directoire exécutif arrête it » Article 1®'. Le ci-devant pape sera transféré de Valence à Dijon , département de la Côte-d'Or. » Article 2. Les commissaires du Directoire exé-
cutif près les administrations centrales de. la Drôme, du Rhône, de Tlsère, de Saône-et-Loire et de la Côte-d'Or, sont chargés de prendre toutes les mesures qu'exigera la sûreté de ce transport.
» Article 3. Le ministre de Tintérieur leur transmettra à cet effet les instructions nécessaires.
» Article 4 . L'administration centrale du département de la Côte-d'Or, et le commissaire établi près d'elle, sont spécialement chargés tant de la surveillance sur la personne du pape à Dijon, que de sa sûreté et des moyens de pourvoir à ses besoins avec les égards convenables.
» Article 5. Le ministre de Tintérieur est chargé de Texécution du présent arrêté, qui ne sera pas imprimé.
» Le président du Directoire exécutif,
» SiEYES. »
Ce décret fut adressé à Cumier par le ministre de l'intérieur, qui lui écrivit en même temps :
« Paris, 7 thermidor an vu de la République française une et indivisible.
/> ministre de l'intérieur au citoyen Cumier, commissaire central^ département de la Drame.
» Citoyen, » Le Directoire exécutif ayant jugé convenable d 'ordonner le transport du ci-devant pape de Valence
à Dijon , département de la Côte-d'Or , je vous adresse ampliation de Tarrêté du 4 de ce mois, relatif à cet objet. Le Directoire vous charge de prendre toutes les mesures qu'exige la sûreté de ce transport, et de vous concerter à cet effet avec votre collègue près Tadrainistration centrale du département de risère, sur le territoire duquel il entrera en sortant de celui de la Drôme. Le ci-devant pape fournit lui-même aux frais du voyage ; ainsi, vous n'aurez à payer que quelques frais extraordinaires nécessités pour la sûreté de son transport pendant qu'il sera sur votre territoire. Vous les prendrez sur les fonds des dépenses imprévues qui sont à la disposition de Tadmyiistration centrale. Vous m'en enverrez un état sur lequel ils vous seront remboursés. Une escorte de quinze gendarmes commandés par un ofTicier a suffi pour le conduire de Briançon à Valence; vous jugerez si elle sera également suffisante pour ce voyage. Ce vieillard doit être considéré comme otage et traité comme tel. Son âge et ses infirmités exigent de grands égards ; je vous recommande de les avoir, en empêchant néanmoins toutes communications avec lui qui ne seraient pas nécessaires, notamment avec les personnes suspectes. La route de Valence à Dijon le forçant de passer par Lyon, il » faudra prendre des mesures pour éviter qu'il y ait séjpur dans cette commune. Vous voudrez bien m'accuser réception
de Tarrêté du Directoire, et me certifier son exécution.
» Salut et fraternité .
» QUINETTE
En apprenant la cruelle mesure qui allait le frapper encore, le souverain pontife ne put contenir son affliction et il s'écria douloureusement : a Hélas ! ils » ne veulent donc pas me laisser mourir ici ! Cela » ne suffit donc pas pour satisfaire le Directoire I » S'il a encore quelque chose à craindre d'un » vieillard qui ne peut lui échapper, qu'il se dé- » chaîne donc contre moi, qu'il me charge de fers ; » mais au moins qu'il m'accorde la grâce de finir » tranquillement lé peu d'heures que j'ai encore à » demeurer dans la vie. »
Touché de cette profonde douleur, Curnier laissa passer quelques jours sans parler à l'administration centrale du décret qu'il venait de recevoir, afin que les prélats de la suite de Pie VI eussent un peu plus de temps pour se préparer à ce nouveau voyage, mais il rendit compte de sa conduite au ministre de l'intérieur.
Au ministre de l'intérieur.
a J'ai reçu seulement hier l'arrêté du Directoire exécutif du 4 ^e ce mois, qui ordonne le transport du ci-devant pape de Valence à Dijon, avec votre
lettre du 7 du même mois qui raccompagnait. J'ai sur-le-champ communiqué cet ordre à Thomme de confiance du pape, pour qu'il prit ses arrangements pour le départ, qui, attendu Tindisposition de ce vieillard, qui est, comme vous le savez, paralytique de la moitié du cbrps, a été fixé au 25 de ce mois. J'ai, en conséquence, écrit à mes collègues près les départements de l'Isère , du Rhône et de Saône-et- Loire, pour les en informer, afin qu'ils puissent à l'avance prendre les mesures nécessaires qu'exigera la ' sûreté de ce transport, et faire préparer au ci-devant pape un logement décent et convenable, dans les communes où chaque jour il arrivera.
» Son état d'infirmité et de faiblesse exige impérieusement qu'il voyage à petites journées, et que tous les deux ou trois jours il séjourne un jour pour prendre du repos.
D Vous devez être certain que j'aurai pour ce vieillard les grands égards que vous me recommandez, et ma conduite vis-à-vis de lui pendant le temps qu'il est resté dans la commune de Valence vous en répond.
» Si tous les agents du gouvernement agissent de même, la malveillance ne trouvera aucun reproche à faire, n
Curnier crut aussi devoir prévenir le commissaire du Directoire exécutif à Dijon, de la manière dont
le pape était installé à Valence , afin qu'on pût lui préparer un logement convenable dans sa future résidence. Il écrivit donc :
« Je crois qu'il est essentiel, mon cher collègue, que je vous informe de la manière dont je me suis conduit vis-à-vis de ce vieillard, depuis un mois à Valence, quel est le nombre des gens qui sont à sa suite, ce qu'il se fournit, et ce que Ton est obligé de lui fournir au nom du gouvernement.
» Il est inutile de dire que la politique exige que Ton ait pour cet otage important les plus grands égards, et qu'il soit logé de manière que sa sûreté s'allie avec la décence et, s'il est possible, avec les agréments , pour ôter tout prétexte aux puissances étrangères de calomnier le gouvernement français, et faire taire le fanatisme, qui ne manquerait pas de crier à la barbarie, à l'inhumanité, si l'on avait pour ce vieillard des rigueurs inutiles.
» Je lui cherchai pour logement, à Valence, une maison qui était placée dans l'intérieur de la citadelle, appelée l'hôtel du Gouvernement, qui était très bien située, fort grande, fort spacieuse, puisque le pape avec toute sa suite, composée de trente-trois personnes, y étaient logés très commodément.
y> Cette maison a un fort beau jardin où le pape pouvait se promener journellement sur un fauteuil roulant, et respirer l'air le plus pur, ce qui ne contribuait pas peu à rétablir sa santé.
» Vous voyez,.d'après ce tableau, que Ton ne pouvait allier plus d'agrément, de décence, avec la sûreté, puisque une seule sentinelle placée à la porte de la citadelle interdisait l'entrée à tout le monde, exceuté aux personnes qui avaient à faire avec la maison du pape, ou que Ton pouvait laisser entrer sans inconvénient et auxquelles on délivrait des cartes.
» Néanmoins j'avais jugé à propos d'établir un corps de garde dans le jardin, de crainte que quelque indiscret n'escaladât le rempart. En outre, j'avais ordonné qu'il y aurait journellement un officier de planton dans les appartements du pape, pour y exercer une surveillance honnête et décente. Et comme le pape était seul en otage, tous les gens de sa suite avaient la faculté de sortir librement de la citadelle, d'aller où bon leur semblait, munis d'une carte de sûreté qui leur avait été délivrée.
» Voilà pour le logement et la sûreté; maintenant il faut que j'entre dans le détail des objets dont le pape se fournit, et de ceux que le gouvernement est obligé de mettre à sa disposition.
» Déjà vous avez vu qu'il est question d'avoir une maison montée pour le pape et sa suite. Or, il est nécessaire qu'il y ait au moins douze lits de maître. Mais tous vos soins doivent se borner là. Le pape se fournit tout son linge de table, de lit, ainsi que toute sa suite. Il a également sa vaisselle, il loue la
batterie de cuisine qui est nécessaire et paie absolu-
ment toutes les dépenses de sa maison, de manière
que vous n'avez aucune provision à faire. . . .
Sur ces entrefaites, la santé du pape empira notablement. Le docteur Blein, Tun des médecins les plus renommés de Valence, fut appelé auprès de lui, augura très mal de son état, et en fit un rapport qu'il déposa entre les mains de Curnier. Alors le commissaire notifia à l'administration le nouvel arrêté du. Directoire, et lui adressa en même temps le certificat du médecin, attestant l'impossibilité absolue où se trouvait le malade de partir pour Dijon. Les administrateurs se trouvèrent alors dans une étrange perplexité; d'une part ils ne* pouvaient se résoudre à soulever contre eux l'indignation publique en enlevant un vieillard moribond de son lit de douleurs; de l'autre ils redoutaient le courroux duDirectoire et craignaient que leur sensibilité , comme ils le dirent, ne fut taxée de criminelle connivence avec le fanatisme.
Cependant, après de longues hésitations, la pitié l'emporta sur les préjugés. On écrivit au Directoire que Pie VI était agonisant, et pour le moment du moins nul ordre de départ ne fut signifié à l'auguste prisonnier.
Cette nouvelle déconcerta le Directoire ; il avait
peut-être pensé qu'un voyage de plus serait suivi de la mort du pontife, et il voyait avec jeine qu'on l'eût ajourné. Il eut toutefois assez de pudeur pour ne pas insister sur l'exécution immédiate des ordres qu'il avait donnés.
Le 26 thermidor, le ministre de l'intérieur écrivait à Curnier pour suspendre l'exécution des ordres de départ.
« 26 thermidor an vu.
Le ministre de l'intérieur au commissaire du Directoire exécutif près l'administration centrale du département de la Drame,
» Citoyen, j'ai reçu votre lettre du 19 présent mois, par laquelle vous m'informez de l'impossibilité momentanée où vous vous trouvez, par la mauvaise santé du ci-devant pape, d'exécuter l'arrêté du Directoire exécutif qui ordonne sa translation à Dijon.
» Je ne puis que vous inviter à apporter la plus grande surveillance pour qu'aussitôt que le permettra l'état de sa santé, on ne néglige aucun des moyens de donner la plus prompte exécution à l'arrêté du Directoire exécutif.
» Salut et fraternité.
» QUINETTE
Il fut cependant décidément sursis au départ du pape; le ministre de Tintérieur l'annonça en ces termes à l'administration centrale :
— iM —
« Paris, !•' fructidor an vu.
Le ministre de r intérieur à l'administration centrale de la Drame,
» Citoyens, j'ai examiné les motifs qui vous portent à penser que le transport du ci-devant pape de Valence à Dijon, dans la saison actuelle, offre du danger à raison de sa caducité, des faiblesses et autres incommodités qu'il éprouve à chaque instant.
» Le Directoire, à qui j'en ai fait part, consent que vous suspendiez jusqu'à nouvel ordre l'exécution de son arrêté du 4 messidor dernier.
» Salut et fraternité.
» QUINETTE
Cette lettre fut bientôt suivie d une autre à l'adresse de Curnier; elle était ainsi conçue :
a Paris, 1*' fructidor an vu de la République.
Le ministre de Fintérieur au commissaire exécutif près le
département de la Drame.
» Citoyen, j'annonce à l'administration centrale du département de la Drôme que le Directoire, informé des motifs qui la portent à penser que \e transport du ci-devant pape de Valence à Dijon, dans la saison actuelle, offre du danger à cause de sa caducité, des faiblesses et autres incommodités qu'il éprouve à chaque instant, consent qu'elle suspende,
jusqu'à nouvel ordre, Texécution de son arrêté du 4 thermidor dernier.
» Je vous préviens et vous invite à en faire part à vos collègues les commissaires des administrations centrales des départements de Tlsère, du Rhône, de Saône-et-Loire et de la Côte-d'Or,
» Salut et fraternité.
» QUINETTE
Le Directoire n'avait donc pas osé presser Texécution de ses ordres, et il avait paru surseoir sans difficulté au transport du pape; mais cette bonne volonté était plutôt apparente que réelle ; il ne tarda pas à signaler sa mauvaise humeur à Tégard de ceux qu'il jugeait trop indulgents pour un vieillard moribond, et à faire exclure le citoyen Boveron de l'administration centrale, en même temps qu'il destituait le citoyen Curnier de ses fonctions de commissaire. Dès lors l'administration, devenue tout à fait libre, se montra plus obséquieuse envers le Directoire et plus sévère à l'égard de Pie VI. Le nouveau commissaire donna bientôt des preuves de son dévouement patriotique. Il avertit les prélats que l'on ne pouvait différer plus longtemps l'exécution des ordres de l'autorité supérieure, et que le pape devait se disposer à partir au plus tôt pour Dijon. « Mais, le 16 au matin, dit l'abbé Baldassari, auquel nous empruntons le récit des derniers moments de Sa
Sainteté, le malade était si faible et souffrait tellement, que les médecins déclarèrent de nouveau qu'on ne pouvait Tarracher de son lit 'qu'en l'exposant infailliblement à la mort. Le commissaire et les administrateurs se rendirent en cérémonie à Thôtel du Gouvernement pour s'assurer, par leurs propres yeux, de l'état du malade; ils demeurèrent tous convaincus que le rapport du médecin était pleinement conforme à la vérité, et ils décidèrent que le départ pour Dijon serait de nouveau indéfiniment ajourné.
» Le 18, Pie VI voulut qu'on le levât, et demeura quelques heures dans son fauteuil. Il essaya même de réciter les heures canoniales avec son confesseur ; mais il ne put remplir cette tâche : il répétait sans ordre les psaumes qu'il savait par cœur. Le 19, il paraissait visiblement mieux ; il avait l'esprit plus libre, et nous le vîmes, non sans étonnement, prendre avec goût le peu d'aliment qui lui fut présenté. Mais après ce léger repas, comme il reposait, suivant son usage, il fut pris de grands vomissements ; il ne lui vint point en pensée ou il n'eut pas la force de sonner la personne qui se tenait dans la pièce voisine. Celle-ci, ayant entendu un sourd gémissement, entra dans la chambre du pape, le vit les traits altérés, dans un état convulsif et presque entièrement tombé en léthargie. Tout le monde accourut. On appela le docteur Blein, qui vint avec empresse-
ment donner ses soins au malade. Il crut d'abord que les vomissements avaient été occasionnés par une mauvaise digestion. Mais quand il vit que, malgré les remèdes employés, le second et le troisième jour se passaient sans qu'il se manifestât aucune amélioration, que le dégoût pour toute espèce de nourriture allait toujours croissant, et qu'à ces symptômes venait se joindre le hoquet, il déclara que le mal était beaucoup plus grave qu'il ne Tavait jugé d'abord. On envoya un exprès au docteur Duchadoz, qui, s'étant rendu de Grenoble à Valence, prit son logement dans la citadelle, et commença, le 23 août, de concert avec le docteur Blein, à traiter le papô. Mais la veille, le mal avait fait de grands progrès. Une particularité remarquable, c'est que plus le corps de l'auguste malade s'affaiblissait, plus on voyait se dissiper les nuages qui, depuis quelques jours, obscurcissaient ses facultés intellectuelles ; à l'assoupissement léthargique succédèrent alors une sérénité d ame et une présence d'esprit qui se soutinrent jusqu'aux derniers moments.
» Le 27 août. Pie VI se fit habiller et demanda à être placé sur son fauteuil ; comme il devait recevoir le saint viatique, il se confessa et se fit revêtir de son rochet, de sa mosette et de l'étole. M^^Spina, précédé des autres ecclésiastiques, qui tenaient des cierges allumés, porta la sainte Eucharistie de la chapelle dans la chambre du pape. Il la déposa sur
une petite table placée en face du malade, qui, s'étant découvert et s'inclinant profondément, adora le Fils de Dieu fait homme, dont il était le représentant par réminence de 'sa dignité, et la vive image par tant de souffrances supportées si patiemment. M^ Caracciolo, placé à côté du saint-père, récita en son nom la profession de foi. Pie VI Técoutait très attentivement, et témoignait par le mouvement de sa tête sa ferme adhésion et sa soumission entière aux divers enseignements de l'Eglise cathotholique ; puis, mettant la main sur le saint Evangile, il attesta sa foi en prononçant lui-même ces paroles : Sic me adjuvet Deus , et hœc sancta Dei Evangelia,
)) Lorsque le P. Fantini récita le Confiteor, il voulut aussi répéter depuis le commencement jusqu'à la fin ces humbles et touchantes expressions de la pénitence. Après le Miser eatur et Ylndulgentiarïiy il s'empressa de répondre Amen. Quand M^ Spina, tenant entre ses mains la sainte Eucharistie, lui annonça son Sauveur par ces douces paroles : Ecce Agnv^ Dei, ecce qui tollil peccata mundi, le pape commença le Domine , non sum dignus , qu'il répéta trois fois entièrement. Mais avant de recevoir Notre Seigneur, il s'arrêta quelques instants afin de prier Dieu pour la religion et pour la France.
» Les assistants, dit encore labbé Baldassari, té-
moin oculaire de cette touchante cérémonie, sortirent très émus de la chambre de Sa Sainteté, où il ne resta que le P. Fantini. Ce bon religieux devait aider le saint-père dans son action de grâces, mais il avoua depuis ingénument qu'il n'aurait su lui suggérer les prières et les oraisons jaculatoires que sa piété lui inspira. Il regardait Timage de la sainte Vierge ou le tableau qui représentait Notre Seigneur couronné d'épines ; plus souvent il arrêtait les yeux sur le crucifix, et, s'excitant au repentir de ses fautes, il en demandait humblement pardon à la divine miséricorde. Tantôt il priait Dieu de lui appliquer les mérites de la passion et de la mort de son Fils, et tantôt, animé de la plus vive espérance, il se réjouissait d'être sur le point de recevoir la couronne d'immortalité. »
Cependant on se préoccupait vivement à Valence de l'état de santé du souverain pontife. Les portes de la citadelle étaient assiégées par une foule nombreuse, qui demandait à toutes les personnes qui sortaient de l'hôtel des nouvelles de l'illustre malade. En présence de cet empressement, les administrateurs du département et ceux de la commune ne voulurent point paraître indifférents. Accompagnés du commissaire du Directoire et du commandant de la place, ils se transportèrent, en grand appareil, à la citadelle pour s'enquérir de la santé du pape. Le docteur Duchadoz ne permit pas qu'on en-
trât dans la chambre de Pie VI ; il déclara que le mal était incurable et que dans quelques jours le pape n'existerait plus.
Un des administrateurs du département et le commissaire demandèrent alors aux prélats s'ils ne désireraient pas, après la mort du pape, transporter son corps en Italie. M^' Spina répondit qu'il se réservait d'en faire la demande en temps opportun et dans les formes convenables, attendu que le malade lui avait déjà manifesté sa volonté à cet égard, et l'avait chargé de ne rien omettre pour que cette translation eût lieu. Le commissaire répliqua qu'il fallait s'adresser au Directoire, mais qu'il promettait d'intervenir pour que cette permission fût accordée ; il conseilla même à M*' Spina d'employer la médiation du ministre d'Espagne auprès du Directoire. Les prélats s'étonnèrent à juste titre de voir les autorités républicaines prévenir leurs désirs, mais ils ne tardèrent pas à connaître la cause d'une obligeance à laquelle ils ne s'attendaient guère.
Dans une séance de l'administration, on avait proposé d'ensevelir le corps de Pie VI, après son décès, .dans une si grande quantité de chaux vive, qu'il fût promptement dissous et réduit en poussière, afin d'enlever aux fanatiques toute occasion de se remuer pour avoir de ses reliques. Cet avis avait été repoussé par le plus grand nombre des administrateurs, qui pensaient que cet expédient ne suf-
firait pas pour réprimer ce qu'ils appelaient le fanatisme, et qu'alors on se disputerait les cendres du souverain pontife.
La crainte qu'une pareille sépulture, si peu digne du chef de l'Eglise, ne révoltât les esprits, avait rendu sur ce point les administrateurs de la Drome favorables aux désirs exprimés par Pie VI. Cette visite des administrateurs avait eu lieu le 27 août; le 28, le saint-père fut, d'après son désir, placé sur son fauteuil ; mais, vers dix heures du matin, les médecins jugèrent qu'il ne fallait pas différer davantage l 'extrême-onction, son excessive faiblesse faisant craindre qu'il ne tombât en léthargie. Ecoutons encore le récit de l'abbé Baldassari sur cette fin édifiante ; (( On remit alors le pontife sur son lit, et on » l'avertit qu'on allait lui administrer les derniers » secours de l'Eglise. Non-seulement il marqua son » consentement par un signe de tête, mais l'expres- » sion de sa figure annonça la joie qu'il en ressenr> tait. M^' Spina, qui avait en la précaution de se » munir des saintes huiles à Florence, procéda lui- » même à la cérémonie. A peine avait-il commencé » les prières prescrites par le Rituel, que le pape lui » fit signe de la main de ne pas se presser , mais » d'aller doucement. Il répondait Amen à toutes les » prières, et lorsque le P. Fantini récita le Confi- » teoVy il voulut encore le répéter, tout faible qu'il » était. On lui mit entre les mains un petit crucifix,
» qu'il continua de tenir jusqu'au moment de son » agonie, et tant qu'il eut la force de l'approcher de » ses lèvres, il le baisait de temps en temps avec » tendresse.
D Vers le milieu du jour, on le crut sur le point » de mourir ; mais au bout d'une heure environ, il » parut mieux, et les médecins opinèrent qu'il pour- » rait bien vivre tout le jour suivant, ou au moins » une grande partie de la journée. Dans la soirée, le ) catarrhe se déclara, et, vers le milieu de la nuit, » le malade, ne pouvant plus expectorer, souffrait » un grand oppressement. On alla éveiller le docteur » Duchadoz, et nous entrâmes tous dans la cham- » bre du pape, qui tenait encore le crucifix de sa » main gauche. Il tourna les yeux de notre côté et r> nous regarda tous avec bontés II serra la main aux » ecclésiastiques qui se trouvaient à sa droite, » comme pour leur dire qu'il les remerciait de leurs » services et de leur dévouement. Le P. Fantini » lui suggéra alors d'imiter l'exemple du Sauveur, » en pardonnant généreusement à ses ennemis. Le » pape fit un effort pour parler, et dit, de manière » à être entendu : Domine , ignosce illis. Le » même P. Fantini l'avertit de se préparer à rece- » voir de nouveau l'absolution sacramentelle ; il té- » moigna, par un mouvement de tête, qu'il y était » tout disposé; il répondit de la même manière à » M»' Spina, qui lui demanda la permission de lui
» donner la bénédiction in articulo morlis, avec » rindulgence plénière.
» Ensuite le P. Fantini commença les pri Tes » de la recommandation de l ame, et à une heure » vingt minutes après minuit, il s'arrêta un instant. » A ce moment, Pie VI souleva sa main droite et » nous donna sa triple bénédiction; puis il laissa » tomber ses bras sur son lit, et c'est alors que le » crucifix lui échappa des mains. A ce dernier gage » inattendu d'affection paternelle, les larmes coulè- » rent de nos yeux en abondance, et comme le pape » demeura les bras étendus et immobiles et ne pa- » raissait plus donner aucun signe de vie, nous crù- T> mes qu'il avait cessé d'exister, et, nous étant mis )) à genoux autour de son lit, nous commençâmes » les prières Pro defunctis. Mais le docteur Ducha- )) doz , qui se tenait près du saint-père , l'observa » attentivement, lui tâta le pouls et nous dit qu'il » restait encore un fil de vie, et que ce que nous » prenions pour la mort était une paisible et douce » agonie. Nous continuâmes donc les prières de la » recommandation de l'âme. Cinq minutes s'étaient » à peine écoulées , lorsqu'une légère contraction » s'étant fait remarquer sur le visage de l'agonisant, r> le médecin annonça que le pape était mort. »
Ainsi se termina, par» cette mort édifiante, une vie qui n'avait été qu'un long martyre.
Pie VI était la dernière victime de la révolution- Née d'une pensée impie, d'une pensée de révolte contre les droits de Dieu, la révolution française ne pouvait respecter les droits de Thomme, qu'elle avait cependant la prétention d'apprendre, aux générations nouvelles. Après avoir brisé le trône, elle renversa Tautel, et, dévorant jusqu'à ses propres enfants, elle noya la France dans le sang, et jeta l'épouvante sur l'Europe.
Le meilleur des rois, une grande reine, des princes et des princesses illustres, tout ce que la France renfermait de plus noble, de plus pur, de plus généreux, était tombé sous ses coups. Le vicaire de Jésus- Christ pouvait seul clore dignement la liste de toutes ces augustes et saintes victimes.
L'impiété révolutionnaire, qui avait eu l'audace de tous les crimes, n'a pas reculé devant ce dernier attentat. Pie VI pleurait dans Rome, où il vivait au milieu de continuelles alarmes, sur les malheurs de la religion et sur tant de ruines amoncelées de toutes parts, quand il se vit assailli par elle jusque dans son propre palais. Arraché violemment de la capitale de ses Etats, il est, malgré son grand âge et ses infirmités, traîné en exil et conduit en France, où il ne tarde pas à mourir.
La révolution avait mis le comble à la mesure. Pie VI n'était plus, elle croyait son triomphe assuré, tandis qu'au contraire elle touchait à sa fin. Déjà,
couronné des lauriers de la victoire, accourait de rOrient le jeune général qui devait lui porter le coup fatal. Arrivé au pouvoir, Napoléon Bonaparte marchera d'abord sur les traces de Charlemagne ; mais, égaré par son étonnante fortune, il les quittera bientôt pour suivre celles des empereurs d'Allemagne qui ont fait la guerre à TEglise. Les princes et les rois apprendront alors, par ce nouvel exemple, que Ton ne s'attaque jamais impunément au représentant de Jésus-Christ, à celui auquel il a été dit : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise.
Pie VI avait gouverné l'Eglise pendant vingtquatre ans cinq mois quatorze jours ; c'était le plus long pontificat après celui de saint Pierre. Sa mort et ses souffrances avaient produit une vive impression, non-seulêment sur la catholicité, mais encore sur l'Europe tout entière. Voici dans quels termes une feuille du temps, rédigée par un calviniste de Genève, s'exprimait à propos de la mort du souverain pontife (^) :
<c De toutes les injustices barbares qui forment » l'histoire de la république française, je ne sais s'il » en est une qui soulève autant l'indignation que la » froide et systématique atrocité du Directoire vis-
(1) Mallbt du PAff, Mercare britannique (numéro du 25 mai 1799).
y> à-vis du pape Pie VI. Jamais traitement ne mérita » mieux le nom d'assassinat. Il y aurait eu moins » d'inhumanité à livrer sa tête blanche au fer du » bourreau, qu'à profaner avec étude la sainteté de » son caractère, qu'à l'abreuver à dessein d'affronts » et de douleurs, qu'à le traîner de son palais ravagé » dans la captivité sur une terre étrangère, qu'à » promener son agonie de prisons en prisons, ne » lui laissant la vie que pour qu'il en éprouvât toutes )) les souffrances. Et sur qui exercent-ils une si exé- » crable violence ? Sur un octogénaire aux portes du » tombeau, sur un pontife dont la modération, la » douceur, la piété tranquille et sincère, avaient mé- » rite l'hommage même des communions séparées » de TEglise de Rome, sur un souverain sans Etats, » sans puissance, sans défenseur, qu'ils ont attaqué » sans guerre, opprimé sans opposition, pillé, dé- » trAné, emprisonné, sans qu'il en coûtât un cheveu » à l'armée. Qu'avaient-ils à redouter de sa cony) duite? Quelle sûreté, quels avantages pouvaientn ils tirer d'une cruauté aussi gratuite ? Comment » pouvait leur nuire ce pape moribond ? Le fana- » tisme de la philosophie avait-il décidé d'ajouter » au nombre des martyrs qu'il s'est immolés, le » chef d'une Eglise dont il poursuit l'anéantisse- » ment? »
La mort du saint pontife laissait dans la plus pro-
fonde affliction tous les prélats de sa suite; mais bien d'autres épreuves les attendaient. M^' Spina , qui était à la tête de la petite colonie des exilés à Valence, dut présider lui-même à tous les pénibles
détails usités en pareil cas.
Aussitôt que l'administration eut été informée de la mort de Pie VI, elle s'empressa de la notifier au Directoire, et prit les mesures d'urgence commandées par l'événement. Tous les actes accomplis dans ces tristes circonstances sont consignés dans les pièces qui suivent.
« L'an VII de la République française etle douzième jour du mois de fructidor, à trois heures du matin, nous membres de l'administration centrale du département de la Drôme, le commissaire du. Directoire exécutif près d'elle, les membres de l'administration municipale de Valence etle commissaire du Directoire exécutif près ladite administration ; d'après l'avertissement que nous a fait faire le citoyen Mermillod, commandant de la place de Valence, que le pape, qui se trouve placé dans la maison ci- devant Gouvernement, ensuite de sa translation ordonnée par l'arrêté du Directoire exécutif du xxii prairial dernier, était mort cette nuit, nous nous sommes transportés dans ladite maison, accompagnés du commandant de la place, du juge de paix du canton de Valence, des citoyens Vidal et Duvaure, officiers de santé, que
nous avons commis à Feffet de vérifier et constater le décès du pape ; arrivés à ladite maison, nous y avons trouvé Tarchevéque de Corinthe et autres personnes attachées à celle du pape, ainsi que le citoyen Duchadoz , aussi officier de santé de la commune de Grenoble, qui avait été appelé auprès du pape pour lui administrer les secours de Fart dans sa maladie; lesquels, après nous avoir déclaré qu'il a cessé de donner signe de vie depuis une heure vingt-cinq minutes de ce jour, nous ont introduits dans Tappartement par lui occupé, placé au rez-dechaussée, prenant jour sur le jardin attenant à ladite maison, où nous avons trouvé son corps étendu sur son lit, lequel ayant été découvert, Tavons reconnu et trouvé sans mouvement ; et de suite vu et vérifié par lesdits citoyens Duvaure et Vidal , ils nous ont déclaré que, quoique le pape soit sans mouvement et ne donne aucun signe de vie apparent, ils ne peuvent affirmer sur la mort qu'au moment où la putréfaction sera établie. En conséquence, nous dits membres de Tadministration centrale, avons requis lesdits officiers de santé de se rendre à quatre heures après midi de ce jour à ce présent lieu, à l'effet de faire une seconde visite et constater Tétat où se trouvera le pape, et avons néanmoins invité le juge de paix ici présent d'apposer provisoirement le scellé sur ses effets.
» Fait et rédigé audit Valence, les susdits jour et
an, et nous sommes signés avec les membres de la municipalité de Valence, Tarchevêque de Corinthe, lesdits officiers de santé, le commissaire près Tadministration centrale et celui près la municipalité. » (Siyvent les signatures.)
Conformément à cette décision, les administrateurs ordonnèrent donc aux deux médecins de revenir vers les quatre heures de l'après-midi pour visiter de nouveau le corps et se prononcer sur son état. Mais avant de se retirer, ils prescrivirent de fermer les caisses qui contenaient les effets du pape et y apposèrent le sceau du juge de paix. Ils ne laissèrent à M»*" Spina que le nombre nécessaire de couverts, chandeliers d'argent et autres objets indispensables, dont ils voulurent néanmoins avoir une note signée du prélat. Ils annoncèrent qu'on ferait un inventaire de tous ces objets, pour discerner ce qui appartenait au pape de ce qui était la propriété du saint-siége. « Ce qui appartient au pape, ajoutèrent-ils, sera remis aux héritiers, les droits de succession payés ; ce qui est la propriété du saint-siége passera à la République française. »
Dans l'après-midi, les autorités parurent de nouveau à la citadelle avec les deux médecins de l'hôpital. Ils regardèrent et examinèrent une seconde fois Pie VI, et décidèrent, selon le procès- verbal cidessous, qu'il était véritablement mort.
« Cejourd'hui 12 fructidor an vu de la Repu- ' blique, sur les trois heures et demie de relevée, ensuite de notre procès-verbal du matin dressé à Toccasion de la mort du pape, nous, membres de Tadministration centrale et commissaire du Directoire exécutif près le département de la Drôme, assistés du commissaire général, nous sommes transportés, accompagnés des administrateurs et commissaire du Directoire du canton de Valence, du commandant de cette place, du juge de paix dudit canton et des deux officiers de santé par nous commis à cet effet, en la maison dite du Gouvernement, destinée au logeiùent du pape et de sa suite, où, étant dans la même chambre décrite au procès-verbal cidessus, avons trouvé dans la même position que ce matin le corps du pape, froid, inanimé, sans aucun signe de vie et gisant sur un lit autour duquel étaient réunis tous ceux attachés à sa personne, et notamment Tarchevêque de Corinthe, de même que le médecin Duchadoz , venu de Grenoble , en présence desquels les citoyens Duvaure et Vidal ont procédé devant nous à Texamen et vérification dudit corps, d'après lesquels, ayant reconnu et déclaré que la putréfaction commençait, ils ont affirmé qu'il était réellement mort et sans vie, et ont signé avec nous. y> (Suivent les signatures.}
«Sur quoi, les administrateurs du département, réunis dans une chambre voisine, délibérant,
. » Considérant qu'il importe que la cause de la mort soit connue et authentiquement constatée ;
» Ouï le commissaire du Directoire exécutif,
» L'administration arrête que sur-le-champ et en sa présence, et sans désemparer, il sera procédé à Touverture du cadavre de la personne du pape décédé aujourd'hui, par les officiers de santé y attachés, en présence de ceux par elle nommés, lésquels officiers de santé demeurent tenus de vérifier et constater par procès-verbal les causes de sa mort.
i) Fait et arrêté en la maison dite du Gouvernement, les jour, mois et an que dessus. «(Suivent les signatures. )
» Et à rinstant est comparu M. Philippe Morelli, chirurgien attaché à la personne du pape, lequel a réclamé comme une faveur de faire Touverture de son corps, ce qui lui a été accordé à lunanimité.
» Repassant de là dans la pièce où se trouvait le cadavre, les membres des autorités constituées et autres personnes ci-dessus dénommées, ont assisté avec nous à l'ouverture dudit corps pendant tout le cours de cette opération, à la suite de laquelle MM. Morelli, Duchadoz , Vidal , Blein et Duvaure , officiers de santé^ coopérateurs, ont rédigé le procès- verbal dont la teneur suit :
a Du 12 fructidor, Tan vu de la République fran- » çaise, à quatre heures de relevée, en prrsence de