PRÉFACE
Je n'ai point encore usé du privilège qu'ont les auteurs de clouer une préface à la tête de leurs ouvrages. Heureux de quelques éloges, rarement blessé par une critique éclairée , je livrais mes comédies au public avec la confiance que donne le désir d'un succès durable.
Aujourd'hui, par intérêt pour un art que j'idolâtre y je crois devoir , au sujet de ma nouvelle pièce , répondre à quelques critiques faites de bonne-foi paç des écrivains estimables. Si je me décide à opposer à leurs jugements mes observations , c'est qu'elles me paraissent fondées sur des règles positives. Quelque bienveillants que se soient montrés mes censeurs , j'ai, en qualité d'auteur, le droit de n'être pas tout-à-fait de leur avis au sujet de certains reproches graves qu^ils m'ont faits. Je veux parler de la scène des parents au 3® acte, qu'on appelle êpisodique. Je ne crois
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pas qu'elle mérite ce nom; et j'espère me justifier à cet égard en prouvant son utilité.
H est peut-être peu d'auteurs qui craignent plus que moi, et qui aient employé moins que moi , ces personnages parasites dont le moindre inconvénient est de distraire du sujet principal l'altention du spectateur. Autant que je le puis, je restreins le nombre de mes acteurs , et je cherche la simplicité dans l'ordonnance de mon drame. Cependant plusieurs journalistes ont trouvé que dans la grande scène du 3^ acte^ les parents étaient nuisibles à l'action , puisque, sans déranger le plan , on pouvait les supprimer. Au premier coup-d'œil cette observation paraît juste; mais on n'a pas réfléchi que, sans la présence de ces deux personnages qui, en effet, ne sont pas liés à la grande chaîne de l'intrigue, Edmond de Rosenthal ne pourrait pas lire sa lettre. Ne sait -on pas que cette lettre est le principal moyen de l'ouvrage, et que, si elle n'est pas lue publiquement, elle ne peut avoir aucun résultat. Cet Edmond , afin de fixer l'attention de la jeune personne , veut du scandale; et comment peut-il le produire, s'il ne provoque un éclat devant des parents éloi-
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gnés qui, n'ayant point, comme le baron et la baronne , des reproches à craindre du marchand de Riga^ doivent avoir le désir et le droit de savoir le motif qui le fait écrire. Otez Tétonnement et les réflexions de ces parents, et un mot de la baronne empêchera l'effet de la lecture de la lettre. Leur présence, au contraire , augmente le trouble du baron, l'inquiétude de sa femme, l'effroi de la jeune Emma, et rend la position de tous ces personnages plus pénible ou plus intéressante. Et quand même la présence de ces deux parents n'aurait d'autre avantage que d'ajouter à l'intérêt de la situation , je la croirais encore utile : en règle générale , tout personnage qui facilite le jeu des ressorts d'un ouvrage dramatique, par cette seule raison, devient nécessaire.
Cette vérité, je la prouve par un exemple tiré du grand maître de la comédie. Madame Pernelle, dans le Tartuffe , ne tient aucunement à l'action principale, elle ne paraît qu'au premier et au dernier acte; elle ignore ce qui s'est passé dans la journée, et ce n'est qu'en l'apprenant qu'elle ajoute à l'intérêt et au comique de la pièce.
Le peu d'action du i^ acte a offert aussi matière